#^-. Jh^ -'y A -< i\ ^^•^ ■^ Lî^Jar. '.'wiaA^ *^^ X V /^^-■^ ^r ) \ ^^•^ \ s Présente d to the LIBRARY of the UNIVERSITY OF TORONTO hy Department of Mathematics î^* \'^ ^ V V- < COURS DE LA FAClJL'i:^: DES SCIENCES DE PARIS LEÇONS SIR LES HYPOTHÈSES COSMOGONIÛUES PROFESSÉES A LA SORBONNE PAR H. POINCARE MEMBRE DE l'aCADÉMIE FRANÇAISE ET DE l'ACADÉMIE DES 8CIBNCK8 Rédigées par Henri YERGNE, Ingénieur des Arts et Manufactures, Docteur es sciences mathématiques PARIS LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE A. HERMANN ET FILS LIBRAIRES DE S. M. LE ROI DE SUÈDE 6, RUE DE LA SORBONNE, 6 1911 LEÇONS s L'a LFS HYPOTHÈSES COSMOGONKjlES Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/leonssurleshyOOpoin COURS DK LA FACIXTK DKS SCIKXCKS DK l'AllIS LECOXS sii\ Li:s IIYPOTHI^SES COSMOOOMQIES PIJOFESSÉES A LA SOlîliO.X.NE PAR H. POINCARE NK.MBRK DE l'aCADKMIE KllANiJAlSK ET DE l"aCADÉ.\IIE DES SCIENCES Rédigées par Henri VERGNE, Ingénieur dos Arts et Manul'actures, Docteur es sciences mathénialiques DHPAliTMtNT OT MATViEMATiCS UNIVERSITY OF TORONTO PARIS LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE A. HERMANX ET FILS LIBKAIUES DE S. M. LE ItOI DE SL EUE 6, ItUE DE LA SORBONNE, G 19il COI'YRKiHT BY A. HeRMAXX I;T FiLS, IHl. PRÉFACE Le problèmo de l'origine du Monde a de lout temps préoccupé tous les hommes qui rélléchissent ; il est impossible de contempler Je spectacle de l'Univers étoile sans se demander comment il s'est formé ; nous devrions peut-être attendre pour chercher une solu- tion que nous en ayons patiemment rassemblé les éléments, et <|ue nous ayons acquis par là quelque espoir sérieux de la trouver ; mais si nous étions si raisonnables, si nous étions curieux sans impatience, il est probable (|ue nous n'aurions jamais créé la Science et que nous nous serions toujours contentés de vivre notre petite vie. Notre esprit a ilonc réclamé impérieusement cette solu- tion, bien avant (ju'elle lût mûre, et alors qu'il ne possédait que de vagues lueurs, lui permettant de la deviner plutôt que de l'at- teindre. Et c'est pour cela que les hypodièses cosmogoniques sont si nombreuses, si variées, qu'il en nait clia(|ue jour de nouvelles, tout aussi incertaines, mais tout aussi plausibles que les théories plus anciennes, au milieu desquelles elles viennent prendre place sans parvenir à les faire oublier. On pourrait penser que l'Univers a toujours été ce qu'il est aujourd'hui, que les êtres minuscules qui rampent à la surface des astres sont périssables, mais c[ue les astres eux-mêmes ne changent pas, et qu'ils poursuivent glorieusement leur vie éternelle, sans se soucier de leurs misérables et éphémères parasites. Mais il y a deux raisons de rejeter cette manière de voir. Le système solaire nous présente le spectacle d'une parfaite harmonie; les orbites des planètes sont toutes presque circulaires, toutes à peu près dans un même plan, toutes parcourues dans le PoiNCARli. HÏI'OTIIESES COS.MOGOMyUES même sens. Ce ne peut être l'effet du hasard ; on pourrait supposer qu'une intelligence infinie a établi cet ordre au début une fois pour toutes et pour toujours, et tout le monde se serait contenté autre- fois de cette explication ; aujourd'hui on ne se satisfait plus à si bon marché ; certes il y a encore bien des gens qui tiennent un Dieu créateur pour une hypothèse nécessaire, mais ils ne conçoi- vent plus l'intervention divine comme le faisaient leurs devanciers ; leur Dieu est moins architecte et plus mécanicien ; et il reste alors à expliquer par quel mécanisme il a tiré l'ordre du chaos. Si l'or- dre que nous constatons n'est pas du au hasard, et si on renonce à l'attribuer à quelque décret divin immédiatement exécutoire, il faut qu'il ait succédé au chaos, il faut donc que les astres aient changé. Et c'est bien ainsi qu'a raisonné Laplace. D'autre part, le second principe de la Thermodynamique, le principe de CAR^0T, nous apprend que le Monde tend vers un état final; l'énergie «se dissipe», c'est-à-dire que le frottement tend constamment à transformer le mouvement en chaleur et que la température tend partout à s'uniformiser. L'état iinal du Monde est donc un état d'uniformité ; cet état, qu'il doit atteindre, n'est pas atteint encore; donc le monde change et môme il a toujours changé. Et voilà le champ ouvert aux hypothèses; la plus vieille est celle de Laplace; mais sa vieillesse est vigoureuse, et, pour son âge, elle n'a pas trop de rides. Malgré les objections qu'on lui a oppo- sées, malgré les découvertes que les astronomes ont faites et qui auraient bien étonné Laplace, elle est toujours debout, et c'est encore elle qui rend le mieux compte de bien des faits ; c'est elle qui répond le mieux à la question que s'était posée son auteur. Pounpioi l'ordre règne-t-il dans le système solaire, si cet ordre n'est pas dû au hasard ? De temps en temps une brèche s'ouvrait dans le vieil édifice; mais elle était promplement réparée et l'édi- lice ne tombait pas. On sait en quoi consiste cette hypothèse. Le système solaire est sorti d'une nébuleuse qui s'étendait autrefois au delà de l'orbite de Neptune ; cette nébuleuse était animée d'un mouvement de rotation uniforme : elle ne pouvait être liomoj^vne, elle était condensée et même fortement condensée vers le centre; elle était formée d'un noyau relativement dense qui est devenu le Soleil, entouré d'une atmosphère d'une ténuité extrême (jui a donné naissance aux pla- nètes. Elle se contractait par refroidissement, abandonnant de temps en temps à l'équateur des anneaux nébuleux; ces anneaux étaient instables ouïe devenaient promptement; ils devaient donc se rompre et linalemcnt se rassembler en une seule masse spliéroïdale. Au moment où le système commence à se former, il y rogne déjà un commencement d'ordre; les mouvements internes de la nébuleuse ne sont pas capricieux et désordonnés; ils se ramènent à une rotation uniforme ; c'est cette harmonie initiale quia produit l'harmonie finale que nous admirons, mais cette harmonie initiale est aisée à expliquer. Les frottements internes de la masse ont dû promptement détruire les irrégularités de ses mouvements intes- tins et ne laisser subsister qu'une rotation d'ensemble parfaitement régulière. Promptement? Cela dépend du sens que l'on attache à ce mot; les inégalités disparaîtront promptement ?i l'on regarde quelques milliards d'années comme un délai très court. Quand on veut faire le calcul en attribuant à la matière de la nébuleuse la viscosité des gaz que nous connaissons, on arrive à des chiffres fantastiques. Et ce n'est pas tout : le refroidissement même et la contraction qui en résulte tendent à troubler cette harmonie si len- tement conquise, et, pour qu'elle se conserve, il faut que celte contraction et l'évolution entière du système soient aussi prodi- gieusement lentes. D'autant plus que l'on a établi qu'il faut des centaines de millions d'années pour que les diverses parties d'un même anneau, en se mouvant séparément suivant les lois de KEPLER, finissent par se choquer et se coller les unes aux autres ; phénomène qui ne doit être regardé pourtant (jue comme un court épisode dans l'évolution générale. Ces chiffres ne doivent pas nous effrayer : ils sont en désaccord avec l'âge que d'autres théories attribuent au Soleil et aux étoiles; mais ces théories soulèvent de leur côté de grandes diflicultés. Une réflexion toutefois s'impose; d'autres svstèmes semblables au nôtre devaient subir en même IIYPOTIILSES COSMOGOMOL'ES temps la même évolulion ; chacun d'eux occupait un espace consi- dérable s'étendant hien au delà du rayon de notre Soleil actuel ; si celle évolution a duré trop longtemps, on est obligé de compter avec la probabilité d'un choc, venant tout détruire avant qu'elle soit terminée. Pour Paye, l'origine des planètes est toute différente; c'est à l'intérieur de la masse nébulaire elle-même que les planètes et le Soleil se sont dilïérenliés ; dès qu'un commencement de condensa- tion s'est produit en certains points, ces points sont devenus des centres d'attraction, ils ont attiré la matière environnante, s'en sont nourris pour ainsi dire, jusqu'à ce qu'ils aient lini par absorber toute l'atmosphère très ténue de la nébuleuse primitive et par se mouvoir dans le vide. Cette théorie conduit à de singulières consé- quences: Mercure serait plus vieux que Neptune et la Terre elle- même plus vieille que le Soleil. Les planètes étaient autrefois beaucoup plus éloignées du Soleil, et Mercure par exemple était à la dislance de Saturne ; elles se sont graduellement rapprochées de l'aslre central en conservant des orbiies circulaires. On ne peut pas dire que Fave ne rend pas compte de la faiblesse des excentri- cités et des inclinaisons ; du moins il cherche à le faire et il est bien décidé à donner les coups de pouce nécessaires pour obtenir ce résultat; mais l'explication qu'il donne est bien imprécise et bien moins satisfaisante pour l'esprit que celle de Laplace. 11 avait cru devoir abandonner les idées de Laplace, incapables d'après lui d'expliquer le mouvement rétrograde du satellite de Neptune. Il croyait, comme Laplace lui-même, que le sens de la rotation d'une planèle dépend de la distribution des vitesses dans l'anneau qui lui a donné naissance. Nous savons aujourd'hui que celte distri- bution ne peut être qu'éphémère, puisque l'anneau est instable, qu'elle ne peut donc avoir aucune influence sur le résultat final ; que les rotations de toutes les planètes ont dû être primitivement rétrogrades quelle (|ue soit leur origine, et que l'inlluence des marées a pu seule les rendre direcles. Dans ces conditions, nous n'avons plus aucune raison de préférer l'hypothèse de Fave à celle de Laplace. La théorie de M. i»u Licomiks dérive à la fois de celle de Faye et de celle de Ka>t. Pour lui, le point de départ, n'est plus la nébu- leuse de Laplace, dont les mouvements sont déjà régularisés par le frottement, c'est un chaos véritable. Au lieu d'une masse gazeuse dont les diverses parties sont rendues plus ou moins solidaires les unes des autres par l'elVel de la viscosité, et (|ui forme en tout cas un coiiliiiu, nous n'avons plus qu'un essaim tie projectiles se croi- sant au hasard dans tous les sens. Que sont ces projectiles? Ce peuvent être des météorites solides, ou d'énormes bulles de gaz, peu importe; entre eux il n'y a que le vide ou une atmosphère assez ténue pour ne pa'S gêner la liberté de leurs mouvements. De temps en tcm[)S ces mouvements sont troublés, soit parce que ces corps approchent beaucoup les uns des autres, soit parce qu'ils se choquent physicjuement. Et ce sont ces chocs qui produisent l'évo- lution ; s'il n'v avait ni choc, ni résistance passive, ou même si les corps qui se choquent étaient parfaitement élastiques, ces projec- tiles, malgré l'attraction qu'ils exercent les uns sur les autres, pourraient circuler iniléfiniment sans montrer aucune tendance à la concentration ; de même que, dans le vide, les planètes tourne- raient perpétuellement autour du Soleil, sans jamais tomber sur l'astre qui les attire. Supposons au contraire deux planètes circu- lant en sens contraire sur la même orbite circulaire; avant d'avoir décrit une demi-circonférence, elles se rencontreront, leur vitesse sera détruite par le choc, si on les suppose dépourvues d'élasticité, et elles tomberont ensemble sur le Soleil, augmentant ainsi la masse de l'astre central. De pareils chocs peuvent devenir fréquents dans un milieu constitué comme l'imagine M. du Lico.ndés ; il va donc une concentration progressive de la masse ; on la voit peu à peu s'or- ganiser, les planètes et le Soleil se difîérenlient, puisse nourrissent delà matière qui les entoure et finissent par tout absorber. On peut montrer que par le jeu même de ces chocs, on arrive à un système d'orbites peu excentriques et peu inclinées. Bien que se faisant au hasard et pour ainsi dire aveuglément, ces chocs transforment le chaos en un cosmos admirablement réglé, oîi l'uniformité pri- mitive a fait place à la variété, mais à une variété harmonieuse. HYPOTHESES COSMOGO!>.wt().\ n'est pas PoiNCARK. HYPOTHKSES COSMOGOMOUES rigoureusement exacte, et que la gravitation subit une sorte d'ab- sorption, se traduisant par un facteur exceptionnel. Si on consent à faire cette hypothèse, les conclusions de Lord Kelvix ne s'im- posent plus, car nous les avons établies en partant de la loi de Newton ; la Voie Lactée ne serait plus assimilable à une bulle ga- zeuse dont la densité et la température augmente vers le centre, mais à ce que nous pouvons voir d'une masse gazeuse indéfinie et homogène, de densité et de température uniforme. Ce n'est pas tout : le monde de M. Arrhemus n'est pas seulement infini dans l'espace, mais il est éternel dans le temps ; c'est sur- tout ici que ses vues sont géniales et qu'elles nous apparaissent Gomme suggestives, quelques objections qu'elles soulèvent d'ail- leurs. L'Univers est comme une vaste machine thermique, fonc- tionnant entre une source chaude et une source froide; la source chaude est représentée par les Étoiles et la source froide par les nébuleuses. Mais nos machines thermiques ne tarderaient pas à s'arrêter, si on ne leur fournissait sans cesse de nouveaux com- bustibles ; abandonnées à elles-mêmes, les deux sources s'épuise- raient^, c'est-à-dire que leurs températures s'égaliseraient et fini- raient par se mettre en équilibre. C'est là ce qu'exige le principe de CAR>ioT. Et ce principe lui-même est une conséquence des lois de la Mécanique statistique. C'est parce que les molécules sont très nombreuses qu'elles tendent à se mélanger et à ne plus obéir qu'aux lois du hasard. Pour revenir en arrière, il faudrait les démêler, détruire le mélange une fois fait; et cela semble impos- sible ; il faudrait pour cela le démon de Maxwell, c'est-à-dire un être très délié et très intelligent, capable de trier des objets aussi petits. Pour q,ue le monde pût recommencer indéfiniment, il faudrait donc une sorte de démon de Maxwell automatique. Ce démon, M, Arrhemus croit l'avoir trouvé. Les nébuleuses sont très froides, mais très peu denses,, très peu capables par conséquent de retenir par leur attraction les corps en mouvement qui tendent à en sortir. Les molécules gazeuses sont animées de vitesses diverses, et plus les vitesses sont grandes en moijcnne plus le gaz est chaud. Le rôle du démon de Max\vei.l, sil voulait refroidir une enceinte, serait de trier les molécules chaudes, c'est-à-dire celles dont la vi- tesse est grande et de les expulser de l'enceinte, où ne resteraient que les molécules froides. (3r, les molécules qui ont le pluç de chances de s'échapper de la nébuleuse, sans y être retenues par la gravitation, ce sont précisément les molécules à grande vitesse, les molécules chaudes; les autres restant seules, la néhuleuso pourra rester IVoide tout en recevant de la chaleur. On peut tenter de se placer à d'autres points de vue, de dire par exemple qu'ici la véritable source froide, c'est le vide avec la température du zéro absolu et qu'alors le rendement du cycle de C.vuNOT est égal à 1. D'autre part, ce qui distingue la chaleur de la force vive mécanique, c'est que les corps chauds sont formés de molécules nombreuses dont les vitesses ont des directions diverses, tandis que les vitesses qui produisent la force vive mécanique ont une direction uni(|ue; réunies, les molécules gazeuses forment un gaz ([ui peut être froid et dont le contact refroidit; isolées, au con- traire, elles seraient des projectiles dont le choc réchaufferait. Or, dans le vide interplanétaire, elles sont séparées par d'énormes distances et pour ainsi dire isolées ; leur énergie s'élèverait donc en dignité, elle cesserait d'être de la simple « Chaleur » pour être promue au rang de « Travail ». Bien des doutes subsistent toutefois ; le vide ne va-t-il pas se combler, si le monde est infini; et, s'il ne l'est pas, sa matière en s'échappant, ne va-t-elle pas s'évaporer jusqu'à ce qu'il ne reste rien? De toutes manières, nous devrions renoncer au rêve du « Retour éternel « et de la perpétuelle renaissance des mondes ; il semble donc que la solution de M. Akrhkmus est encore insuf- sante; ce n'est pas assez de mettre un démon dans la source froide, il en faudrait encore un dans la source chaude. Après cet exposé, on attend sans doute de moi une conclusion, et c'est cela qui m'embarrasse. Plus on étudie cette question de l'origine des astres, moins on est pressé de conclure. Chacune des théories proposées est séduisante par certains côtés. Les unes donnent d'une la(;on très satisfaisante l'explication d'un certain HÏPOTlIbSES COSMOGOMQLES nombre de faits; les autres embrassent davantage, mais les expli- cations perdent en précision ce qu'elles gagnent en étendue; ou bien, au contraire, elles nous donnent une précision trop grande, mais qui n'est qu'illusoire et qui sent le coup de pouce. S'il n'y avait que le système solaire, je n'hésiterais pas à pré- férer la vieille hypothèse de Laim.aci:; il y a très peu de choses à faire pour la remettre à neuf. Mais la variété des systèmes stellaires nous oblige à élargir nos cadres, de sorte que l'hypothèse de Laplack, si elle ne doit pas être entièrement abandonnée, devrait être modifiée de façon à n'être plus (ju'une forme, adaptée spécia- lement au système solaire, d'une hypothèse plus générale qui conviendrait à l'Univers tout entier et qui nous expliquerait à la fois les destins divers des Etoiles, et comment chacune d'elles s'est fait sa place dans le grand tout. Or, sur ce point, les données sont insuflisantes et nous avons encore beaucoup à attendre de l'observation. Les deux courants d'étoiles de Kaptkv.n existent-ils et y en a-t-il d'autres ? Que sont les nébuleuses et en particulier les nébuleuses spirales ? Sont-elles à des distances énormes, en dehors de la Voie Lactée, et sont-elles elles-mêmes des voies lactées vues de loin? Ou bien, malgré la nature de leur spectre, sont-elles incapables d'être assimilées a des amas de vraies étoiles; devons-nous accepter la mesure de Boulin au sujet de la parallaxe de la nébuleuse d'Andromède et la conclu- sion que See en tire, et qui nous représenterait cet objet céleste comme formé de soleils sans doute, mais de soleils gros comme les astéroïdes qui circulent entre Mars et Jupiter? Est-il possible d'admettre que notre système solaire soit sorti d'une des espèces de nébuleuses que nous connaissons, par exemple des nébuleuses spirales, ou planétaires, ou annulaires ? Voilà une question à laquelle on ne pourra tenter de répondre que quand on connaîtra mieux la nature, la distance et par conséquent les dimensions de ces corps. Un fait qui frappe tout le monde, c'est la forme spirale de cer- taines nébuleuses; elle se rencontre beaucoup trop souvent pour (ju'on puisse penser qu'elle est due au hasard. On comprend combien esl iiicomplelo toute théorie cosmogoiii(|ue (|ui en lail abstraction. Or, aucune d'elles n'en rend compte d'une manière satis- faisante et l'explication (|ue j'ai ilonnée moi-même un jjur, par manière de passe-temps, ne vaut pas mieux que les autres. Nous ne pouvons donc terminer (|uc par un point d'interrogation. llvMll PolNCAUi:. • LEÇONS SI IV LES HYPOTHÈSES COSMOGOMOUES CHAPITRE I. HYPOTHÈSE DE KANT. 1. Emmanuel K.wt a exposé ses idées sur la conslilulion et l'ori- gine de l'Lnivcrs dans un Ouvrage publié en 17Ô5 sous le titre Albjemcinc ISatunjeschichle iiivl Tlworie des llimnicls {'), et il les a reproduites en ijGo dans un autre écrit : Der ein:it se met en opposition absolue avec les principes de la Mécanique : « yUlmettons donc, dit-il, qu'à l'origine la matière du Soleil et des planètes ait été répandue dans tout cet espace, et qu'il se soit trouvé quelque part, là oi"i le Soleil s'est clïectivement formé, une légère })répondérance de densité et par suite d'attraction. Aussitôt une ten- dance générale s'est prononcée vers ce point, les matériaux y ont alllué et, peu à peu, cette masse première a grandi. Bien que des maté- riaux de densités dilïérentes se trouvassent partout, cependant les plus lourds ont dû particulièrement se presser dans cette région centrale ; car, seuls, ils ont réussi à pénétrer à travers ce chaos de matériaux plus légers, et à s'approcher du centre de la gravitation générale. Or, dans les mouvements qui devaient résulter de la chute inégale de ces corps, les résistances produites entre les particules se gênant les unes les autres n'ont pu être si parfaitement les mêmes en tout sens, qu'il n'en soit résulté, çà et là, des déviations latérales. En pareil cas s'ap- plique une loi générale des réactions mutuelles des corps, à savoir que ces corps se détournent et talonnent, pour ainsi dire, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé le chemin de la moindre résistance. Ces déviations laté- rales aboutissent donc forcément à une circulation commune, dans le même sens et dans la même région. Et même les particules dont le [>} Au Cliapitrc V, à l'occasion tic l'liv|)Olli(jse de M. du Licjomji:; IIYPÛTUKSE DE KANT "Soleil a élé forme lui sont parvenues aiïeclées déjà par ce genre de -déviation, en sorte que le cor[)s résultant, le Soleil, s'est trouvé animé d'une rotation dans le même sens. » (p. i32-i33.) La pensée de K wr, à larpiclle aucun mathématicien ne saurait se rallier, se comprend sans difliculté et il est aisé de voir quelle a été l'urigine de l'erreur; dans une fuule la police impose parfois un sens •déterminé de circulation afin d'éviter les heurts et les encombrements. Ka>t imagine qu'il s'établit entre les particules en mouvement une •sorte de police spontanée et automatique, par reilet des chocs eux- 'inèmes. Inutile d'ajouter que les allirmalions de Ka>t sont en con- 'tradiction formelle avec le principe des aires, d'après lequel le moment de rotation d'un svstème soustrait à toute action extérieure est constant : ce moment de rotation doit rester toujours nul s'il l'est initialement. Il est donc impossible qu'un système parlant du repos ait engendré le système solaire, pour lequel le moment de rotation n'est pas nul : or, Ka\t suppose explicitement que la ma- tière primitive du Soleil part du repos. Pourquoi Ivant n'a-t-il pas supposé, comme le fit plus tard Laplace, une rotation initiale? C'est que Laplace se bornera à considérer la nébuleuse d'où est sorti le système solaire, tandis que IvA>r a voulu essayer d'expliquer la for- mation de la Voie Lactée tout entière. Peut-être aussi KANra-t-il •trouvé plus philosophique de ne pas supposer un mouvement initial. 2. Quoi qu'il en soit. Kant pense que, vers le centre de sa nébu- leuse, va se former une condensation prépondérante (Soleil , autour de laquelle les particules vont circuler, à peu près dans un même plan, suivant les lois de Kkpi.er ; ces particules donneront par la suite des •condensations secondaires (planètes) : « Ainsi l'équateur solaire n'est autre chose que le plan de cette cir- culation générale. Or, les particules qui se trouvaient hors de ce plan ont dû, en vertu des lois de la gra\italion, aller le rencontrer quelque part dans leur mouvement de circulation et s'y accumuler, surtout vers la région centrale. D'ailleurs, au milieu de ces particules se poussant, se résistant l'une à l'autre, celles-là seules ont du continuer -à se mouvoir librement en cercles concentriques qui étaient arrivées •à ces cercles juste avec la vitesse linéaire exigée par les lois des forces ■centrales. Cette vitesse résulte de la hauteur de chute ; la déviation. IIYPOTHliSES COSMOrjOMQLES latérale résulte de ces conflits incessants dont le résultat final est d'ar- river à la direction de moindre résistance. Quant aux particules, en Lien plus grand nombre, pour qui la vitesse n'était pas dans la pro- portion voulue, elles ont continué leur chemin en s'approchant de ])lus en plus du Soleil et ont contribué à le former. (( Ainsi le système premier se trouve transformé, par les lois com- binées de l'attraction et de la résistance, en un autre système dans lequel tout l'espace compris entre deux plans parallèles, assez rappro- chés de part et d'autre du centre du Soleil, est parcouru librement par des particules se mouvant dans des cercles, chacune avec la vitesse qui répond à sa distance au centre. Comme leurs résistances mu- tuelles sont, là, aussi faibles que possible, cet état de choses durerait indéfiniment si leur attraction n'intervenait pour le modifier et y faire naître les germes de formations nouvelles, les planètes. En elTet, les particules voisines décrivant des cercles presque égaux et paral- lèles, elles se trouvent comme en repos les unes par rapport aux au- tres : alors, s'il se trouve quelque centre d'attraction prépondérante, les particules voisines tendront vers ce point et y formeront une masse dont l'attraction toujours croissante finira par s'étendre et ramasser au loin de nouveaux matériaux. Évidemment les corps ainsi formés seront animés, autour du Soleil, des mêmes mouvements circulaires que leurs éliments primitifs. » (p. i3'4-i35.) 3. Ka^it essaie ensuite d'expliquer la rotation directe des planètes et la formation de leurs satellites : (I Tout ce qui s'est passé en grand autour du Soleil, se répétera en petit autour de toute planète, pourvu que sa sphère d'attraclion ait acquis une extension suffisante. » (p. io5.) Pour expliquer ce sens direct de rolalion des planètes et de révo- lution des satellites, Kant donne, il faut l'avouer, des raisons fort in- sulïisantes. Il semblerait même que les particules, se mouvant autour du Soleil selon la troisième loi de Kkplkh, auraient tendance à en- gendrer des planètes à rolalion rétrograde, puisque les particules ont une vitesse linéaire d'autant plus grande qu'elles sont plus proches du Soleil. — \ous discuterons plus loin les raisons que l'on peut invo- quer pour expliquer les rotations directes. llYPOriltSE DE KAST 4. Kant s'occupe aussi de la formation de l'anneau de Saluine : « Pour monlier, par un autre e\em[)le, que la simple action de la gravitation, en réunissant des élcmenls dispersés, produit nécessai- rement des ellets d'une telle régularité, je vais dire comment l'anneau de Saturne a pu et dû se former par une voie entièrement mécanique. Que l'on veuille bien m'accordcr seulement ceci : à l'origine, sous l'influence de la chaleur, l'atmosphère de Saturne s'est développée bien au delà de ses limites actuelles ; plus tard, elle s'est refroidie, et les particules atmosphériques qui s'étaient élevées ont commencé ù retomber sur la planète. Cela posé, le reste suit avec une rigueur toute mécanique. Les particules de cette atmosphère, en s'élevant, ont emporté avec elles la vitesse de rotation qu'elles possédaient primiti- vement, selon la place qu'elles occupaient sur la planète. Elles ont donc dû, d'après les règles des forces centrales, décrire librement des cercles autour du centre. Mais il s'en est trouvé dont la vitesse était insufiisante pour que la force centriluge fît exactement équilibre à leur pesanteur; celles-là ont dû s'cnlre-choqucr, se ralentir et linalc- ment retomber sur la planète, tandis que les autres, à vitesses plus grandes, continuaient à se mouvoir librement sur leurs orbites cir- culaires. Celles-ci devaient nécessairement traverser à chaque révolu- tion le plan de l'équateur de la planète, et s'y ramasser de manière à former une sorte de limbe dans le prolongement de ce plan. Ce limbe, formé ainsi de particules se mouvant librement autour de la planète, ne pouvait être qu'un anneau constitué principalement par les molécules équatoriales, puisque celles-ci possédaient, en s'élevant, la plus grande \itessc. « Et comme il n'y a, entre toutes les distances au centre, qu'une seule distance pour laquelle cette vitesse équatoriale soit compatible avec le mouvement libre dans un cercle, on pourra décrire dans le plan de ce limbe une circonférence concentrique à Saturne, au de- dans de laquelle toutes les particules devront retomber sur la planète. Les autres particules comprises entre cette circonférence et le bord extérieur du limbe, sous forme d'anneau, continueront à circuler autour de la planète sans jamais retomber sur elle. « Cette solution nous fournit immédiatement le moyen de déter- miner la durée inconnue de la rotation de Saturne. En ellet, la vitesse de circulation des particules situées au bord interne de l'anneau étant HYPOTHESES COSMO<;ONIQUES égale h colle que possède un point de l'équateur de Saturne en vertu de sa rotation, il suffira de calculer la durée de sa révolution au moyen de celle d'un des satellites, pour avoir la durée de la rotation de la planète. On trouve ainsi 6''25'"52^ » (p. i^3-i^\.) Sans nous arrêter à ce chiffre beaucoup trop faible, disons que Kant fait ensuite quelques réflexions intéressantes sur la stabilité de l'anneau de Saturne, 11 le considère comme formé de particules tour- nant indépendamment les unes des autres autour do la planète, selon la troisième loi de Kepler; et il pense que, dans l'anneau se produi- sent « des lignes de rupture qui le divisent en amicaux concentriques isolés l'un de l'autre. » (p. i^J-) Cette idée est d'autant plus remar- quable que Kaa't ne connaissait pas la grande division de Cassim. Enfin, si, parmi les planètes, Saturne est la seule qui possède un anneau, c'est, d'après Kant, parce que sa densité est faible et sa rota- tion très rapide. 11 s'ensuit que le rapport de la force centrifuge à la gravité est plus grand pour Saturne que pour les autres planètes. 5. Les comètes, selon Ka>t, ont une origine analogue à celle des planètes. Dans un chapitre assez confus, il s'efforce de montrer qu'elles ont dû se former à de grandes distances du Soleil, et, d'après ses idées, l'orbite d'un astre doit s'éloigner d'autant plus de la forme cir- culaire que l'astre s'est formé plus loin du Soleil. Le sens du mouve- ment des comètes devrait être, en général, le même que celui des planètes, c'est-à-dire direct; et si, de son temps, on connaissait dix- neuf comètes rétrogrades, Kant fut porté à en attribuer au moins quelques-unes à une illusion d'optique. 6. Tels sont les traits principaux de la Cosmogonie delvAM'. On voit qu'il eut l'idée d'attribuer une commune origine au Soleil et à toutes les planètes. 11 ht même, à ce sujet, une curieuse remarque : si le Soleil et les planètes sont formés des mômes éléments, la densité moyenne de celles-ci doit être égale à celle du Soleil ; or, adoptant les nombres de Buffox, Ka>t trouve que le rapport de ces densités est celui de 61 à 65, coïncidence assez curieuse. Malheureusement, ses affirmations sont trop souvent en contradiction avec les principes de la Mécanique. CHAPITRE IL HYPOTHÈSE DE LAPLACE. 7. IvANTavaitélcndu ses conceptions à l'ensemble du monde slellaae, à toute la A oie Lactée. Laplace, dans sa célèbre bypotbèse, se borne à en\isager la formation du système solaire. La nébuleuse de Kant était une espèce de cbaos : les matériaux, s'étant agglomérés autour de certains centres de condensation, formaient conmie un essaim de météores indépendants, dont les mouvements, primilivcmcnl désor- donnés, se seraient plus tard ordonnés, par suite des cbocs et des frottements. La nébuleuse de L.vpl.vce, au contraire, est une véritable atmospbèie (jazcuse animée, dès l'origine, d'un mouvement de rota- tion bien uniforme. Au centre de cette atmosplière L.m'lace suppose une forle condensation. C est donc une sorte d'étoile nébuleuse, cons- tituée par une masse centrale fluide, Soleil déjà à demi formé, entourée d'une atmospbère extrêmement ténue s'étendant à une très grande distance, l'ensemble tournant d'un seul bloc. En se contractant, cette atmospbère abandonnera, dans le plan de l'équateur, une série d'an- neaux successifs d'oiî naîtront les planètes. 8. Les premières idées de Laplace sur la formation du système solaire sont indiquées dès la première édition (1796) de V Exposilion du Sysli'inc du Monde. Mais c'est seulement dans des éditions posté- rieures que l'exposé complet de la tbéorie de Laplace devient l'objet de la Note VU et dernière. Nous suivrons ici le texte du Tome M des Œuvres Complètes de Laplace (Paris, Gauthier-Villais, i884, p. 4f)8-5og.) « On a, dit l'Auteur, pour remonter à la cause des mouvements primitifs du système planétaire, les cinq pbénomènes suivants : les mouvements des planètes dans le même sens et à peu près dans un même plan.; les mouvements des satellites dans le même sens que ceux des planètes; les mouvements de rotation de ces dillérents corps 8 ini'OTHESES COSMOr.OXIQLES et du Soleil, dans le même sens que leurs mouvements de projection et dans des plans peu dilTérents ; le peu d'excentricité des orbes des planètes et des satellites ; enfin, la grande excentricité des orbes des comètes, quoique leurs inclinaisons aient été abandonnées au liasard . « BuFFOx est le seul que je connaisse, qui, depuis la découverte du vrai système du monde, ait essayé de remonter à l'origine des pla- nètes cl des satellites. 11 suppose qu'une comète, en tombant sur le Soleil, en a cliassé un torrent de matière qui s'est réuni au loin, en divers globes plus ou moins grands et plus ou moins éloignés de cet astre : ces globes, devenus par leur refroidissement opaques et solides, sont les planètes et leurs satellites. » (p. 498.) Lai'lace n'avait donc pas connaissance des travaux de Kant, puis- qu'il ne cite que Buffon. Il n'a pas de peine à réfuter la tbéorie de ce dernier, car elle n'explique pas les cinq pliénomènes qu'il a rap- pelés. Lai'lace se den)ande alors s'il est possible de s'élever à la véri- table cause de ces pbénomènes : « Quelle que soit sa nature, puisqu'elle a produit ou dirigé les mouvements des planètes, il faut qu'elle ait embrassé tous ces corps, et, vu la distance prodigieuse qui les sépare, elle ne peut avoir été qu'un fluide d'une immense étendue. Pour leur avoir donné dans le même sens un mouvement presque circulaire autour du Soleil, il faut que ce fluide ait environné cet astre comme une atmosplière. La considération des mouvements planétaires nous conduit donc à penser qu'en vertu d'une cbaleur excessive, l'atmosplière du Soleil s'est pri- mitivement étendue au delà des orbes de toutes les planètes, et qu'elle s'est resserrée successivement jusqu'à ses limites actuelles. (( Dans l'élat primitif oïl nous supposons le Soleil, il ressemblait aux nébuleuses que le télescope nous montre composées d'un noyau plus ou moins brillant, entouré d'une nébulosité qui, en se conden- sant à la surface du noyau, le transforme en étoile. Si l'on conçoit, par analogie, toutes les étoiles formées de cette manière, on peut imaginer leur état antérieur de nébulosité précédé lui-même par d'autres états dans lesquels la matière nébuleuse était de plus en plus diflïise, le noyau étant de moins en moins lumineux. On arrive ainsi, en remontant aussi loin qu'il est possible, à une nébulosité tellement \ IIYPOTIIKSIC DE I.AI'LACE difTuse, que l'on pouirail à peine en soupronncr rexistcncc. » (p. 499-500.) L'étoile nébuleuse à forte condensation centrale n'est donc pas, pour Laplace, l'état tout à fait [)rimortiial, puisqu'il lui suppose un état antérieur. Mais il s'occupe seulement de la faron dont les planètes ont pu naître aux dépens île l'almosjjhère qui entoure le iioNau cen- tral de la nébuleuse, il lonunence par rejeter l'Iiypollièse qui attri- buerait aux planètes une origine extérieure à la nébuleuse, celle-ci les ayant captées ; puis il montre que l'almosphère de la nébuleuse, en se contractant, abandonne une série d'anneaux : <« Mais comment l'atmosplière solaire a-t-elle déterminé les mou- vements de rotation et de révolution des planètes et des satellites? Si ces corps avaient [)énélré |)rolbiidément dans cette atmospbère, sa résistance les aurait fait tomber sur le Soleil; on peut donc conjec- turer que les planètes ont été formées à ses limites successives, par la condensation des zones de vapeurs, qu'elle a dû, en se refroidissant, abandonner dans le plan de son équaleur. (( ... L'atmosphère du Soleil ne peut pas s'étendre indéfiniment; sa limite est le point où la force centrifuge due à son mouvement de rotation balance la pesanteur; or, à mesure que le refroidissement resserre l'atmosphère et condense à la surface de l'astre les molécules qui en sont voisines, le mouvement de rotation augmente ; car, en vertu du principe des aires, la somme des aires décrites par le rayon vecteur de chaque molécule du Soleil et de son atmosphère et pro- jetées sur le plan de son équateur étant toujours la même, la rotation doit être plus prompte quand ces molécules se rapprochent du centre du Soleil. La force centrifuge due à ce mouvement devenant ainsi plus grande, le point où la pesanteur lui est égale est plus près de ce centre. En supposant donc, ce qu'il est naturel d'admettre, que l'at- mosphère s'est étendue à une époque quelconque jusqu'à sa limite, elle a du, en se refroidissant, abandonner les molécules situées à cette limite et aux limites successives produites par l'accroissement de la rotation du Soleil. Ces molécules abandonnées ont continué de cir- culer autour de cet astre, puisque leur force centrifuge était balancée par leur pesanteur. Mais, celte égalité n'ayant point lieu par rapport aux molécules atmosphériques placées sur les parallèles à l'équateur lO IITPOTlIliSES COSMOGOMQUES solaire, celles-ci se sont rapprochées, par leur pesanteur, de l'atmos- phère à mesure qu'elle se condensait, et elles n'ont cessé de lui appartenir, qu'autant que, par ce mouvement, elles se sont rappro- chées de cet équalcur. » (p. 5oo-5oi.) Admettons donc, avec Laplace, un tel ahandon, dans le plan de réquatetn-, d'anneaux concentriques de vapeurs, — cette question sera soumise à l'analyse dans le Chapitre suivant, — et demandons- nous ce que deviennent ces anneaux. Chaque molécule, abandonnée à elle-même, décrira un cercle en obéissant à la troisième loi de Ivéi'ler oj-r' = const., oj désignant la vitesse angulaire et /• le rayon de l'orbite des différentes molécules ; d'où il suit que les molécules les plus éloignées du Soleil auront une vitesse angulaire, et même une vitesse linéaire, moindre que les molécules les plus rapprochées. Si donc A et B sont les cercles qui limitent extérieurement et inlé- rieurcmenl un anneau dont C est la ligne moyenne {/îg. i), la vitesse • 0 f"J- I- des molécules situées en A sera tout d'abord inférieure à celle des mo- lécules situées en B. Mais Laplace invoque le Irotlement mutuel des- molécules qui tend, dil-il, à égaliser toutes les vitesses angulaires, de telle façon qu'on ait finalement oj z= const. ; par suite la vitesse linéaire des molécules telles que A deviendra supé- rieure à celle des molécules telles que B. Une seconde cause, d'après Laplace, a du agir dans le même sens. Par les effets du refroidisse- ment et de la condensation, l'anneau a dû se rétrécir, si bien que A et B se seraient rapprochés de la ligne médiane C. En vertu de la loi des aires, B s'éloignant du centre a du diminuer sa vitesse; A s'erk IITPOTIIÈSE Dr L.VPLACE rapprochant a (là augmenter la sienne. Si L.m'lace insiste sur ce lait que, dans un même anneau, les vitesses linéairesdes molécules les plus éloignées du centre ont dû finir |)ar être plus grandes, c'est que ce sera là son principal argument pour expliquer les rotations directes des planètes. — Toutes ces questions seront disculées plus loin. 9. Voyons maintenant comment Lu-i.ack explique la manière dont les anneaux, instables en général i>ar eux-mêmes, ont donné nais- sance aux planètes et celles-ci aux satellites, M Si toutes les molécules d"un anneau de vapeurs continuaient de se condenser sans se désunir, elles formeraient à la longue un anneau liquide ou solide. Mais la régularité que cette formation exige dans toutes les parties de l'anneau et dans leur refroidissement a dû rendre ce phénomène exl reniement rare. Aussi le système solaire n'en otlre-l-il qu'un seid exemple, celui des anneaux de Saturne. Presque toujours chaque anneau de \apcurs a dû se rompic en plusieurs niasses qui, mues avec des vitesses très peu dilVércnlcs, ont continué de circuler à la même distance autour du Soleil. Ces masses ont dû prendre une forme sphéroïdiquc, avec un mouvement de rotation dirigé dans le sens de leur révolution, puisque leurs molécules infé- rieures avaient moins de vitesse réelle que les supérieures; elles ont donc formé autant de planètes à l'état de vapeurs. Mais si l'une d'elles a été assez puissante pour réunir successivement par son attraction toutes les autres autour de son centre, l'anneau de vapeurs aura été ainsi transformé dans une seule masse sphéroïdique de va- peurs, circulant autour du Soleil, avec une rotation dirigée dans le sens de sa révolution. Ce dernier cas a été le plus commun : cependant le système solaire nous oiïre le premier cas dans les quatre petites planètes qui se meuvent entre Ju[)iter et Mars, à moins qu'on ne suppose, avec M. Olbeus, qu'elles formaient primitivement une seule planète qu'une forte explosion a divisée en plusieurs parties animées de vitesses dilTérentes. « Maintenant, si nous suivons les changements qu'un refroidisse- ment ultérieur a dû produire dans les planètes en vapeurs dont nous venons de concevoir la formation, nous verrons naître au centre de chacune d'elles un noyau s'accroissant sans cesse par la condensation de l'atmosphère qui l'environne. Dans cet état, la planète ressemblait parfaitement au Soleil à l'état de nébuleuse où nous venons de le I2 HYl'OTI ÈSES COSMO(;OMQt'ES considérer; le refroidissement a donc dû produire, aux diverses li- miles de son atmosphère, des phénomènes semblables à ceux que nous avons décrits, cest-à-dire des anneaux et des satellites circulant autour de son centre, dans le sens de son mouvement de rotation, et tournant dans le même sens sur eux-mêmes. La distribution régulière de la masse des anneaux de Saturne autour de son centre et dans le plan de son équateur résulte naturellement de cette hypothèse, et, sans elle devient inexplicable : ces anneaux me paraissent être des preuves toujours subsistantes de l'extension primitive de l'atmos- phère de Saturne et de ses retraites successives. Ainsi les phénomènes singuliers du peu d'excentricité des orbes des planètes et des satellites, du peu d'inclinaison de ces orbes à l'équateur solaire, et de l'identité du sens des mouvements de rotation et de révolution de tous ces corps avec celui de la rotation du Soleil, découlent de l'hypothèse que nous proposons et lui donnent une grande vraisemblance. » (p. 3o2-5o3.) 10. Pour Lm'lace, les comètes sont d'origine étrangère au système planétaire. Il les considère comme « de petites nébuleuses errantes de systèmes en systèmes solaires » (p. 5o/i), ce qui expliquerait pourquoi les orbites des comètes sont aussi bien rétrogrades que directes et, de plus, pourquoi elles ont de fortes excentricités et inclinaisons. Mais cette manière de voir n'est plus adoptée en général, car aucune comète ne présente d'orbite l'ranchement hyperbolique, ce qui ne manquerait sans doute pas d'arriver si ces astres étaient d'origine cosmique et nous arrivaient de l'infmi avec des vitesses sensibles relativement à la vitesse de notre système solaire. 11. Lai'lack voit dans la lumière zodiacale une preuve nouvelle à l'appui de son hypothèse : (( Si, dans les zones abandonnées par l'atmosphère du Soleil, il s'est trouvé des molécules trop volatiles pour s'unir entre elles ou aux planètes, elles doivent, en continuant de circuler autour de cet astre, offrir toutes les apparences de la lumière zodiacale. »> (p. ôoO.) 12. L'égalité rigoureuse entre la durée de révolution sidérale de la Lune et sa durée de rotation sur elle-même, égalité qui fait que la Lune tourne toujours vers nous un même hémisphère, a été expliquée HYPOTllîiSE DE LAPI.Ar.E l3 par Laplace en supposant qu'à l'origine les deux mouvements an- gulaires de rotation et de révolution étaient peu diflorents : (( Alors, dil-il, l'atlraction de la planète a élabli entre eux une [)arraite égalité ; mais en même temps elle a donné naissance à une oscillation périodique dans l'axe du satellite, dirigé vers la planète, oscillation dont l'élendue dépend de la différence primitive des deux mouvements. » (p. .J07.) La Lune, encore fluide, a donc pris une forme allongée dans le sens de la Terre; son grand axe tendait constamment à être ramené dans celte direction par l'attraction terrestre, tel un pendule écarté de la verticale; les oscillations de cet axe produisaient une libnilion. Mais, dans un corps fluide, la libration est accompagnée de marées internes qui font naître des frottements; ces frottemenis tondent à diminuer la libration qui deviendra très petite et pourra finir par dis- paraître, même si elle était notable au début. 13. Une autre question tout à fait analogue, et c'est par elle que Lvi'i.ACE teruiine son Exposition, est la question relative à la particu- larité que présentent les trois premiers satellites de Jupiter. \p[)clant n, n', n", leurs moyens mouvements et/, /'./"leurs longitudes moyennes respectives, on a constamment, entre les trois longitudes moyennes, la relation /_3/' 4_ 2/'= 180", et entre les trois moyens mouvements, la relation n — 3ai' -+- 2ti" = o. Or, Laplack a montré, dans sa Mécanique Céleste, que, si les con- ditions initiales ont été telles que ces égalités soient approximative- ment satisfaites, l'action mutuelle des satellites a suffi pour les main- tenir satisfaites en moyenne, avec une inégalité périodique d'autant plus faible que ces égalités étaient plus près d'être rigoureusement vérifiées initialement. Cette inégalité périodique est tout à fait compa- rable à la libration dont nous venons de parler. Or, Dklamiuie n'a pu parvenir à la mettre en évidence au moyen d'observations. Gomme il y a (( l'infini contre un à parier » que les deux égalités écrites ci-dessus n'ont pas été rigoureusement vérifiées par les conditions initiales. • l'i HYPOTHESES COSMOCONIQLES Laplace conclut que celle inégalité périodique a dû exister au début, mais qu'une cause l'a lait disparaître : cette cause, c'est la résistance de milieu qu'opposait l'atmosphère primitive de la plancle au mou- vement de ses satellites : (( Dans notre hypothèse, les satellites de Jupiter, immédiatement après leur formation, ne se sont point mus dans un vide parfait ; les molécules les moins condensables des atmosphères primitives du Soleil et de la planète formaient alors un milieu rare, dont la résis- tance, dilVérente pour chacun de ces astres, a pu approcher peu à peu leurs moyens mouvements du rapport dont il s'agit, et lorsque ces 'mouvements ont ainsi atteint les conditions requises pour que 1 attraction mutuelle des trois satellites établisse ce rapport en ri- gueur, la môme résistance a diminué sans cesse l'inégalité que ce rapport a fait naître, et enfm l'a rendue insensible. On ne peut mieux comparer ces effets qu'au mouvement d'un pendule animé d'une grande vitesse, dans un milieu très peu résistant. Il décrira d'abord un grand nombre de circonférences; mais, à la longue, son mouve- ment de circulation, toujours décroissant, se changera dans un mou- vement d'oscillalion, qui, diminuant lui-même de plus en plus par la résistance du milieu, Unira par s'anéantir; alors le pendule, arrivé A l'état du repos, y restera sans cesse. » (p. 5o8-5o9.) CIÏAlMTKi: 111. ANALYSE DE L'HYPOTHÈSE DE LAPLACE. TRAVAUX DE ROCHE. ÉTUDE DE LA STABILITÉ DUN ANNEAU. FORMATION DES SATELLITES, I. — Surfaces de niveau. 14. \ous allons maintenant entier dans le détail de riivpolhèsc de Lapi.ace, et, comme l'a fait Kocme ('). soumettre celle liypothèsc au calcul. Considérons la nébuleuse de Laplace, constituée, nous l'avons dit, par un noyau central condensé, entouré d'une atmosphère très ténue, dont la masse est supposée très petite par rapport à celle de la con- densation centrale. Les couches atmos[)héri(]nes sont supposées parti- ■ciper, en vertu des Irottements, à la rotation du noyau qu'elles recouvrent, de sorte que l'ensendjle est animé d'une vitesse angulaire uniforme oj. Désignons par M la masse du noyau que nous supposons sphérique, et négligeons lattiaclion mutuelle des molécules de l'atmosphère. Quelle sera, dans ces conditions, la forme des surfaces de niveau !* Prenons pour axe des x l'axe de rotation de la nébuleuse, pour plan des vc le plan perpendiculaire à l'axe de rotation mené par le centre de gravité o ; et désignons par r = \ X- -r- V" — y la distance d'un point quelconque à l'origine. Le potentiel dû à l'attraction du noyau central est INI M V x^ (', Les travaux de E. [iocuE sur ce sujet se Irouvcfit résumés dans son Essai sur la conslitution et Corijine du sysl'eine solaire, 1878 Acad. de Montpellier, Sec. ion des Sciences, t. VIII, p. aSoj. i6 HYPOTHESES COSMOGONIQUES le polcntlcl dû à la force centrifuge est L'équation générale des surfaces de niveau (surfaces équipolentielles) s'écrira donc M ^ + V (J^ -^- ") = C' C désignant une constante. Les surfaces de niveau sont donc, comme il était évident a priori, de révolution autour de ox et symétriques par rapport au plan yoz. Nous obtiendrons l'équation des méri- diennes de ces surfaces en faisant ; = o dans l'équation précédente, ce qui donne (0 -+- — J" = G. \Jx^ -t- y^ ■« Lorsque la constante C est très grande, chaque méridienne (y?^. 2) A7- a. se compose d'une petite courbe entourant l'origine et de deux branches infinies très éloignées, coupant l'axe des y ; l'ensemble de la méri- dienne est désigné par i dans la figure. Lorsque C diminue, la courbe entourant l'origine se dilate, les deux branches infinies se rapprochent, et donnent l'ensemble de courbes 2. Si la constante G diminue encore, on obtient la courbe .'> qui présente deux points doubles sur l'axe oy, puis enfin des courbes telles que f\ et 5 qui ne coupent plus l'axe des y. AN.VLTSE DE L UïrOTIIL>E DE HPL.VCE I-T 15. Quels sciont les points de ces courbes où la tangente sera pa- rallèle à oy '} On obtiendra ces points en dilîérentiant par rapport à y l'équation (i) de ces courbes, ce cpii donne My „- -f- lo-V = O . ,.3 Celle équation est satisfaite pour v = o. les points de l'axe des x sont, en cITel, des somniels pour nos couibes ; elle est satisfaile éga- lement pour le lieu des points où la tangente sera parallèle à ovest donc (en dehors de l'axe des x) un cercle V de rayon En chaque point de ce cercle, on a Mv /• >lv, c'est-à-dire que la force centrifuge est égale et opposée à la compo- sante de la gravité parallèle à oy. En particulier, aux deux points doubles A et A', la force centrifuge balance exactement la pesanteur, 16. Cela posé, reprenons noire nébuleuse qui tourne tout d'une pièce. Son atmosphère, qui est supposée s'étendre aussi loin que pos- sible, se termine nécessairement à la plus grande des surfaces de niveau dont la méridienne ne dépasse pas le cercle Y , car, au delà de ce cercle la force centrifuge l'emporterait sur la pesanteur. La surface libre de l'atmosphère est donc engendrée par la révolution delà courbe à points doubles o autour de ox : celle surface présente une arête saillante tout le long de l'équaleur. La surface de niveau qui vient immédiatement après n'enveloppe pas complètement les précédentes : elle s'ouvre à l'équaleur, puis se développe en deux nappes infinies, comme le montre la figure 2. Lorsque la nébuleuse se contractera par suite du refroidissement, la vitesse de rotation w augmentera, d'après la loi des aires ; le ravon 7' du cercle F, défini par PoiSCi HYPOTHESES COSMOGONIQLES diminuera : la surface libre de l'atmosphère se conlractcra donc, pour ainsi dire, en restant semblable à elle-même. Par suite de celle con- traction, la couche fluide qui se trouve en e\cès descend des pôles vers réquateur en coulant le long des surfaces de niveau, puis elle s'échappe, comme par une ouverture, par l'arête saillante que nous avons signalée. Elle cesse dès lors de faire partie de l'atmosphère de la nébuleuse : elle forme une zone équatoriale dont les particules con- tinueront à décrire des cercles autour du centre, dans le plan de réquateur, puisqu'au moment de l'abandon la force centrifuge faisait équilibre à la pesanteur. ?sous comprenons donc maintenant la formation des anneaux de- Laplace : elle est due à la présence, sur la méridienne de la surface libre, des deux points doubles A et A', dont l'importance a élé mise en évidence par Roche ('). II. — Nécessité de l'hypothèse d'une condensation centrale. 17. Dans ce qui précède, nous avons, avec Laplace, supposé une très forte condensation centrale de notre nébuleuse. Aurions-nous pu. nous dispenser de cette hypothèse ? Il est facile de A^oir que non. Reprenons en effet, en abandonnant cette hypothèse, la détermi- nation de nos surfaces de niveau. Le potentiel dû à la force centrifuge est toujours Appelant \{x, y, z) le potentiel du à l'allraction, nous aurons pour le potentiel total 2 TJ(a:, r, z) = Y{x, y, :) + '^ (y- -f- z'). ^ , L'équation des surfaces de niveau sera U(.r, y, :) = C et l'équation de leurs méridiennes, dans le plan des xy, sera U(t, yO, ) = C. (') E. IJociiE : Mémoire sur la Jiijure des nlinosphères des corps célestes, i854 [Acad. de MoidijclUer, Section des Sciences, t. Il, p. 899). ANALYSE DE L inPOTlltsr: DE LAl'LACi; ig Polirions- nous avoir, pour la siurace libre île l'atmosphère une arèle saillanlc, [)ar où la condcnsalion laissera s'échapper des molé- cules [)our rornicr un anneau? Oui, s'il existe une méridienne présen- tant des points doubles, ce qui arrivera on général, car les trois équations U(a:. j. 0) = C. -, - = G , - - = G. déleruiincroiil un point double situé >ur l'axe des y. En elïot, sur cet axe, on a dU par raison de symétrie ; les deux autres équations délermincnt les valeurs de G et de y. INous aurons donc bien une méridienne à point double, et de plus, comme nous l'apprend l'équation dU en ce point double la force totale, résultante de la gravité et de la Torce centrifuge, sera nulle. Donc il y aura, comme précédemment, abandon de molécules dans le plan de l'équateur. Ces molécules commenceront par décrire des cercles autoiu- tie la nébuleuse qu'elles viennent d'abandonner, puis- qu'au moment de l'abandon la force centrifuge contrebalance la pesanteur. On pourrait croire, à première vue, que rien n'est changé et que l'anneau ainsi formé continuera à se comporter comme un anneau de Lapi.aci-. Il n'en est rien. I\e[)réscntons, en elTet, un anneau AA' {Jl'j. o) qui vient de se détacher de la nébuleuse. Ses molécules dé- crivent des cercles autour de l'axe ox sous l'action d'une attiactlon égale à la force centrifuge. Lorsque le reiroidissement aura contracte la nébuleuse, la force centrifuge sera bien toujours la môme, mais l'attraction, qui est celle d'un corps aplati, aura varie, (tandis que, dans l'hypothèse de Laplace, l'attraction du noyau sphérique ne va- riait pas avec la condensation). Il semble donc que les orbites des molécules ne pourront pas rester circulaires, et qu'elles deviendront excentriques. Mais nous verrons plus loin, à propos de la théorie de HYPOTHÈSES COSMOUONIQUES Fa\e, qu'une planète déciivant une oibitc primitivement circulaire et soumise à une attraction Icnlemenl variable d'après une loi quelconque, conservera une orbite circulaire. ^ -^ 18. On peut encore mettre en évidence la nécessité de supposer une grande condensation à la nébuleuse de Laplace, par les calculs sui- vants dus à M. l'oLcnÉ ('). iNous connaissons le moment de rotation du système solaire : il est approximativement égal au moment de ro- tation du Soleil autour de son axe, augmenté du moment dû à la révolution de l'ensemble des planètes autour du Soleil, (le moment dû à la rotation de cbaque planète autour de son axe étant négligea- ble). Prenant pour unités le rayon de l'orbite terrestre, la masse du Soleil et le jour moyen, M. Fouché donne les cbiflres suivants : Pour le moment dû à la rotation du Soleil 2:^ X 0,000 000 353 8, Pour le moment dû à la révolution des planètes 2iT X 0,00000961 1 0 ; on voit donc que la plus grande partie du moment de rotation est dû aux planètes, et que le moment de rotation total est égal à 2- X 0,000009965/1. D'après le tliéorème des aires, ce moment n'a pas dû varier depuis l'origine. Supposons un instant qu'à l'époque où la nébuleuse a aban- donné l'anneau qui a formé Neptune, celte nébuleuse était homogène. ['j ^I. FoLciiÉ : Comptes rendus de rAcadéinic des Sciences, 2] nov. i88i (t. 90, p. go3j. ANALTo. ce qui donne par conséquent AUc/- — • ' 2Z ' nous avons ainsi une limite inférieure de la densité de l'anneau, et a foiiinri de la nébuleuse. Lorsqu'on prend pour o) la vitesse angulaire •de Ne[)tune, on trouve pour 0 un chill're tellement grand que, d'après ce chilTre, la niasse totale de la nébuleuse serait très supérieure à celle •du Soleil. III. — Formation successive des anneaux. 20. Revenons à l'hypothèse de Lvplvce d'une très forte condensa- tion centrale, hypothèse oij nous négligeons l'action mutuelle des molécules de l'atmosphère. L'équation des surfaces de niveau est alors, nous l'avons vu dans la Section I, r 2 ^ / -ces surfaces ont leurs méridiennes représentées sur la figure 2. Si, dans cette équation, nous changeons X, y, z Cl) Ix. ly, \z. U) en |JtO), M en XV-M. G en >-{^-C, cette équation ne change pas, et la figure 2 est simplement remplacée par son homothétique, le rapport d'homothétic étant À : c'est un cas •de similitude mécanique. 24 IIYrOTIlÈSES COSMOGONIQUES Dans ces conditions, le volume V se trouve multiplié par X^ le moment d'inertie I se trouve multiplie par l^ix- x '>^- = A-a% le moment de rotation J =: wl sa trouve multiplié par ^x x V'iJ^ = V'ix^ ; les deux expressions o2y j^ "M ' \W ne changent pas. C'est dire que h forme des surfaces de niveau ne dépend que de si l'on adopte comme variables définissant la nébuleuse M, V et o) ; elle ne dépend que de J" VM^ ' si l'on adopte comme variables ^I, V et J. A la surface lenticulaire à arête saillante (engendrée par la révolution de la méridienne à points doubles;, correspondront toujours pour ces expressions deux valeurs bien déterminées A et B. Toutes les fois donc que nous aurons oi-\ Jfi nous dépasserons cette surface lenticulaire et la surface libre s'ou- vrira à l'équateur. Nous aurons donc abandon de molécules et forma- tion d'un anneau de Laplace. 21. Que se passera-t-il par suite du refroidissement de notre nébu- leuse!» La masse M du no}au et le moment de rotation J resteront constants, tandis que Y diminuera ; donc augmentera et dépassera la limite B : il se formera un anneau. Si le refroidissement restait uniforme, ce processus serait conliiui, et nous aurions une plage continue de vapeurs abandonnées dans tout le plan de l'équateur, et non pas une série discrète d'anneaux séparés les uns des autres. AN\L\SE DE L IIYPOTIIUSE DE LAPLVCE Pour expliquer la formallon successive des anneaux, il faut donc supposer, avec Roche, que le refroidissement n'est pas uniforme. Supposons d'abord le refroidissement purement superficiel. V dimi- nuera, mais fj) ne variera pas sensiblement, le moment d'inertie n'ayant guère changé, car la densité de l'atiuosphère est très faible. Quant à M il reste toujours constant. Donc M diminuant, il ne se formera pas d'anneau. Si, au contraire, le refroi- dissement est central, V demeurera constant, tandis que o) ira en croissant par suite de la condensation du noyau qui diminue le mo- ment d'inertie. Donc M ira en augmentant, dépassera la limite \, et il y aura production d'un anneau. Mais un refroidissement central ne sera pas suivi iinincdialenienL de la formation d'un anneau. En effet, par suite d'une condensation centrale, la vitesse de rotation du noyau augmentera, celle de la partie superficielle demeurant la même au moins pendant un certain temps, car il faut un certain temps pour que le frottement parvienne à com- muniquer à la périphérie la vitesse angulaire que possède le noyau. Or, la vitesse angulaire oj, qui importe pour la formation d'un anneau, c'est celle de la superficie. Pendant un certain intervalle de temps, oj et Y restent donc constants, et il ne se forme pas d'anneau. 22. Gomment expliquer ces alternances de refroidissement central et de refroidissement superficiel? Supposons que notre nébuleuse ait atteint la forme lenticulaire ABA'B' {fig. 3), puis, qu'elle se con- tracte et arrive à la nouvelle forme lenticulaire AjBiViB i : il se "26 IIÎPOTIIÈSES COSJrOGO?JinUES produit alors un anneau cqualorial. En même temps une portion de fluide almospliérique en excès descend des pôles vers l'équateur, mettant ainsi brusquement à nu une nouvelle couche A,B,A'i B'i, qui va se refroidir rapidement. Donc l'instant de l'abandon d'un anneau est immédiatement suivi d'une période de refroidissement superficiel, pendant laquelle il ne se formera pas d'anneau. Cette pé- riode durera jusqu'à ce que, le refroidissement ayant gagné les parties centrales, le même mécanisme puisse se renouveler. Nous compre- nons ainsi que les anneaux aient pu se produire dune manière discontinue. 23. D'après la loi de Bode, la planète de rang n se trouve à une dislance Xn du Soleil donnée par la formule x„ = a -\- h", a el b étant deux constantes. Donc, au moment de l'abandon des anneaux successifs, le rayon équatorial de la nébuleuse solaire devait être représenté par cette formule. D'autre part, en vertu de la loi exponentielle du refroidissement, ce rayon, variable avec le temps t, devait être représenté par une expression telle que a + Pe-H a, Ij, /. étant trois constantes. Par suite, l'époque / de l'abandon de l'anneau de rang n est donné par l'équation a -h fc" =; a -h Pe"'''. Or, attribuer à n une suite de valeurs entières dans le premier membre de cette équalioTi, revient à attribuer à /, dans le second membre, des valeurs équidislanles. Donc les époques où la nébuleuse solaire a abandonné les anneaux successifs ont du croître en progression arith- métique. Telle est, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, la signifi- cation de la loi de Bode. 24. Revenons à noire nébuleuse cpii abandonne un anneau en passant, par contraction, de la forme lenticulaire \BA'B' à la nou- velle forme lenticulaire AiBiA',B'i \ fi'/. ")). 11 y a lieu de remarquer ■que, seules, les molécules qui se trouvaient déjà au voisinage de l'équateur contribueront à former cet anneau, car les molécules de la A>\MSE DE L lITPOTIIKSr DE I VPI.ACE porlion tle fluitlc aluiospliérique en excès qui, des pôles descend vers l'équaleur en s'écoulanl sur la surface libre, possédaient priinilivement une vitesse linéaire de circulation d'autant plus petite qu'elles étaient plus voisines du pùle. Celle vitesse linéaire tendra à diminuer (en vertu de la loi des aires) quand la molécule se rapprochera de l'équateur. Les molécules q»ii alTluenl ainsi vers l'équateur ne possèdent donc pas, en y arrivant, la vitesse nécessaire pour décrire un cercle, mais une vitesse moindre. Chaque particide A jiarlira donc langentiellement à l'équateur et décrira, dans le plan de cet équateur, une ellipse AA' {fin. G , de lover o, d'autant [)lus excentrique que sa vitesse à l'a- phélie A est plus faible. Les particules qui partent ainsi successive- ment de A n'ont pas toutes la même vitesse tangentielle ; mais toutes celles (pii sont animées d'une même vitesse langentielic décrivent la même ellipse et donnent une Iniincc clltiHi ANALYSE DE l'hYPOTIIKSE DE LAPLACE 29 la pression, o la dcnsilé, y le coelliclenl tic \Uco^ilé, u, v, w les com- posanles de la ^ilesse. Si, clan:^ les équalions (3), nous multiplions X, Y, :, t, Y par une même conslanlc n, et que nous ne changions pas P, p, Z, U, V, U', ces équalions ne chan^^ent pas. Si donc nous considérons deux \olumes fluides Y, et V^ liomotlié- tiques l'un de l'autre dans un rapport n, et qu'aux points homologues nous avons les mêmes valeurs initiales de 1\ p, ?, ", V, 't-; si, en outre, le coeflicient de viscosité 7 est n fois plus grand pour le second volume que pour le premier, les phénomènes produits au hout du temps / pour le premier volume se produiront pour le second au hout du temps ni. Le frottement agira donc plus lentement sur le second volume que sur le premier, hien que la viscosité du second volume soit plus forte. Hei.muoltz a reconnu que, pour une atmosphère de S kilomètres d'épaisseur, le temps nécessaire pour réduire par le iVottement de moitié une différence de vitesse est de '-xi~'\~ ans, soit 4io'*. Ici l'épaisseur de notre atmosphère est le rayon de l'orbite de Neptune, soit 4-10^ kilomètres; le temps nécessaire pour réduire les différences de vitesse de moitié serait donc Zl.io*. ^o— = 2.10'' années, avec un coefficient de viscosité —0— plus grand que celui de notre atmosphère ; avec le même coefficient de viscosité, cela Icrait 2.10'^ -^ — = IO-- années. Il faut donc, si l'on veut que la rotation ait pu se maintenir sensiblement uniforme, que le processus de refroidissement et de pro- duction des anneaux ait été excessivement lent. 3o H ïPOTIli;SES COSMOGO.MOLES 26. Cette faiblesse de l'induence du tVoltement, quand il s'agit de grands volumes fluides, nous conduit à reclierclier s'il ne serait pas possible d'abandonner l'iiypollièse d'une rotation uniforme de la né- buleuse, et à étudier les diverses hypothèses que l'on pourrait faire sur la distribution des vitesses angulaires. Cette question présente beau- coup d'analogie avec le problème suivant : Quelle sera, dans une atmosphère (par exemple l'atmosphère terrestre), la distribution sta- tionnaire des températures ? On pourrait dire, d'une part, que si la température initiale de l'atmosphère n'est pas uniforme, elle le devien- dra bientôt par suite de la conductibilité : l'état d'équilibre des tem- pératures de l'atmosphère serait donc l'état isotherme. On pourrait penser, d'autre part, supposant la conductibilité négligeable, que les mouvements internes de l'atmosphère et les brassages qui s'y pro- duisent finiront par déterminer, pour les températures, l'état d'équi- libre dit adiabaliqiie . L'observation montre que dans les couches les plus basses de l'atmosphère, jusqu'à lo kilomètres environ, on suit la loi adiabatique parce que ces couches sont brassées constamment par les grandes perturbations et les cyclones. Plus haut, on retrouve la loi isother- mique ; plus haut encore, on ne sait rien. Quoique ni l'un ni l'autre des deux états ne soit cfTccliNement réalisé par ratmos[)hèrc, nous pouvons essayer d'étendre ces considérations à la distribution des ro- tations dans une masse fluide tournant autour d'un axe de révolution x'x [fifj. 7). Décomposons par la pensée la masse fluide en une infi- nité d'anneaux très déliés, tels que AA', tournant indépendamment autour de x'x. Chaque anneau possédera une vitesse angulaire oj, et ANALTSE DE l'iI YPOTUÈSE DE LVPL.VCE 3» celle vilesse w vaiieia d'un anneau à l'autie. Si nous admettons qu'il y ait froltcuient des divers anneaux les uns sur les autres, il y aura tendance à l'uniformisation des vitesses angulaires, et o) deviendra bieiilùl le même pour toute la masse qui. finalemenl, louiiieia d'une seule [lièce. Cetclal final correspond à l'équilibre i^ulliermc de l'almos- phcre dont nous venons de [)arler, le rroltemcnl jouant ici le rôle quc^ jouait plus haut la c iiiductibililé thermique. Su|)posons au contraire que, le frottement étant négligeable, notre masse fluide soit le siège de brassages intérieiirs, (ces brassages étant supposés conserver, pour simplifier, la symétrie de révoluùon de noire masse aiilour de x'x). Dans ce cas le moment de rotation de chaque anneau demeurera constant ; et, si on ap[)elle R la distance de chaijuc molécide à l'axe de rotation, l'état permanent de di^lribulion des vitesses angulaires sera défini par l'équation wR- = const. Cet étal (que nous pourrons encore appeler adiabaliquc) est analogue à l'équilibre adiabalique des températures : chaque anneau emportant avec lui, dans son (lé[)lacemont, son moment de rotation, comme tout à l'heure chaque particule de l'atmosphère conservait la même quan- tité de chaleur. Remarquons que, dans celle distribution adiabalique des rotations, on aurait oj = x sur l'axe de rotation. Cet état n'est donc qu'un élat limite idéal, doiil on pourra s'a[)[)rocher plus ou moins; il corres- pond au cas d'un tourbillon recliligne dirigé suivant l'axe. 27. Etudions les conditions d'équilibre d'une telle masse fluide tournant d'un mouvement permanent autour d'un axe de révolution ox {Ji'j. 7), la vilesse angulaire oj n'étant plus constante, mais variant d'un anneau A.V à l'autre. Xous reprenons les équations (3) de l'hy- drodynamique dans lesquelles nous faisons y = o, car dorénavant nous négligerons le frottement. Les trois premières équations (3) de- viennent alors les équations bien connues d'EuLEu. Chaque molécule tournant, par hypothèse, autour de ox avec une vitesse angulaire o), nous devons faire U ^ o, l' = — - lùZ, W = (OJ, 32 HYPOTHÈSES COSMOGOMQLES et les trois premières équations (3) deviennent (A) dp I dl) _ dx p dx = o, dP I dp _ dy p dy = W'V: dP I dp 'dï '^ pdz " = 0/2., Dans le cas d'isotliermie, p et p sont reliés par la loi de Mauiotte ; dans le cas d'adiabatic ils sont reliés par une autre formule ; mais, dans les deux cas, /) est fonction de ^ et '^P = du p est une différentielle exacte. Multipliant les équations (4) respective- ment par dx, dy, dz et ajoutant les résultats obtenus, nous trouvons dP + du = i.'>~{ydy -\- zdz), qui s'écrit (5) (i(P+ ll) = a)2iyR, en appelant R = /Tm^ la distance d'un point à l'axe de révolution. Le premier membre de l'équation (5) étant une différentielle exacte, il en est de même du second; donc fjj ne doit dépendre que de R et nous pouvons poser io2R = o\l\) ; l'équation (5) s'écrit alors d{P -{-U) = d'i, ce qui nous donne l'intégrale P H- n — ç =: const. Les surfaces d'égale pression, qu'on peut encore appeler surfaces de niveau, s'obtiendront en donnant à FI une valeur constante; elles au- ront donc pour équation o — V = G. ANVI.YSE DE l.'ll YPOTIIKSE DE LAPLACE 33 Dans riiypolhèsc d'un noyau très condensé de masse M, nous pou- vons écrire P = _ ^^ ;• ce qui donne pour éfpi.ilion dos surfaces d'égale pression r Les méridiennes de ces surfaces s'obliendronl en faisant z ^ o dans cette équation, ce qui donne »(v)-+--=!i= = C. \/x^ -t- j- Telle est donc l'équation des méridiennes des surfaces de niveau lorsque la vitesse angulaire o) n'est [)lus constante, mais varie avec la dislance à l'axe de révolution suivant la loi représentée par u,n\ = o'(U). 28. La forme de ces méridiennes dépend essentiellement de la lonction 's. Dans le cas adopté par Laplace et par Rociii:, oj est cons- tant; alors ?sous retombons sur l'équation Al = c >Y ^ M ^ y/a;- -+- y- qui a donné les courbes représentées parla figure 2 (p. 16). Si nous supposions que la distribution des vitesses angulaires suit la loi adiabatique, nous aurions, Q. étant une constante, les équations et L'équation des méridiennes serait alors Q- . M 2J' V'X-^ -h f PûINCARÉ. 34 lIÏPOTHtSES COSMOGÛMQUES ce qui donnerait les combes représentées par la figure 8, Les surfaces de niveau auraient donc des formes toutes différentes ne se prêtant pas à la formation d'anneaux. Remarquons que, dans le cas de la figure 2, si l'on parcourt l'axe oy depuis 0 jusqu'à l'inlini, la constante C commence par décroître, puis elle passe [)ar un minimum au point double A et croit ensuite Jhj. 8. indéfiniment. Au contraire, dans le cas de la figure (S, la constante G part de — ce , passe par un maximum au point A, et ensuite décroît. Donc, lorsque la quantité M y (6) ?(r) passera par un minimum, quand y varie de o à + 00, les méridiennes présenteront un point double et il y aura formation d'anneaux de Laplace. Lorsque cette quantité passera par un maximum, les méri- diennes affecteront une forme analogue à celle de la ligure 8, incom- patible avec la production d'anneaux. Dans les deux cas, qu'il y ait maximum ou minimum, la dérivée première de la quantité (6) s'annulera au point correspondant : ^(r)-p==o. ce qui s'écrit y' o ; AXM.ïSE i>E l'iiypotiiksi-: de L\rL.»CE 35 •donc en ce point la force ccnlrifuge fait équilibre à la pesanteur. Mais il n"v aura minimum, t-t par suite l'ormalion possible d'anneaux, que >i la dérivée seconde est positive, c esl-à-dire si O)* -^- 2(o(.) V -I — n- ■> G, V* •ce qui s ecriljCn rcni[)i.'i(;ant ,j par son égal oj-, 3(0* -f- 2(0<.j'v > G. 'Cette condition cx[)rime simplement que l'expression croît avec }'. Cette condition n'est pas réalisée dans la distribution .dite adiabatique des vitesses, puisqu'alors on a tov"^ = const. Nous voyons donc que, pour expliquer la formation des anneaux -de Laplace, il est absolument nécessaire de supposer qu'on est très loin de l'adiabatie, et qu'on se ra[)proclic d'une rotation uniforme de la nébuleuse. V. — Étude de la stabilité d'un anneau. Anneaux de Saturne. 29. Quoi qu'il en soit des discussions précédentes, supposons qu'un anneau ait été formé et examinons les conditions de sa stabilité. La question a été principalement étudiée pour la constitution et la stabilité des anneaux de Saturne. On peut faire sur la constitution de ces anneaux trois liypolbèses : ils sont solides, ou fluides, ou formés d'astéroïdes indépendants très nombreux circulant autour de la pla- nète. ÎSous allons voir qu'il faut rejeter les deux premières bypothèses pour des raisons mécaniques. La troisième bypollièse, proposée déjà par Cassim en lyiô, mais sans preuves à l'appui, semble confirmée par l'expérience : l'anneau intérieur de Saturne est en elVet transpa- rent et la lumière le traverse sans trace de réfraction; ce n'est donc pas un milieu continu. Les observations spectroscopiques montrent, de plus, "que la vitesse d'une molécule de l'anneau n'est pas la même sur le bord interne que sur le bord externe. 30 inroTiiKSES cosmogomques 30. Travaux de Lapla.ce et de IIir>. — Laplage, supposant les anneaux de Saturne solides, a fait remarquer que, si ces anneaux étaient parfaitement réguliers, ils seraient nécessairement instables, car un anneau solide régulier, sous l'influence du plus faible déplace- ment provoqué par la cause la plus légère, tendrait à tomber sur la surface de la planète. Supposons, en eff'et, que le centre de Saturne soit en o, le centre de l'anneau déplacé étant en C {Jig. 9). Soit ab la corde perpendicu- laire en 0 à oC. 11 est clair que l'altraclion de la planète sur un aie tel que mit, l'emporte sur son attraction sur un arc tel que m'n'. Donc le segment amnb de l'anneau est plus attiré par Saturne que le segment an'm'b. L'anneau tendra par conséquent à s'excentrer davan- tage et à se joindre à Saturne. Donc un anneau solide ne peut être stable que s'il est suffisamment irrégulier. ILux s'est demandé, d'autre part ('), dans l'bypotbèse d'anneaux solides, quelle résistance on devrait attribuer à ces anneaux pour qu'ils ne soient pas brisés par l'attraction des satellites. Il est arrivé à cette conclusion : aucun corps connu, si rigide ou si tenace qu'on le suppose, ne saurait résister, sans se rompre, aux ellorts qu'il aurait à supporter. 31. Calculs de Maxwell. — J. Clerk Maxwell avait aussi trouvé que les anneaux de Saturne ne pouvaient être solides, car leur stabi- lité exigerait alors des irrégularités si grandes qu'elles sont inad- missibles. Il examine donc l'hypothèse qui (ad des anneaux de Sa- turne une multitude d'astéroïdes indépendants : il les assimile à des cordons de perles disposées circulairement autour de la planète et (M IIihn : Mémoire, sur les conditions d'ôijuilibre cl sur la nature probable des cnneaux de Saturne, iS-^i. ANALYSE DE l'hYPOTIIK-E DE F. VPL\<:E $7 alïectccs de vagues régulièies, soit dans le sens du rayon, soit dans le sens transversal ; chaque perle est un petit satellite. Puis il cherche les conditions pour que l'amplitude de ces vagues, nées des pertur- bations, ne croisse pas indéfiniment, ^oici les grandes lignes de l'analyse de ^IA\^^EI,l. ('). 32. i*icnons d'abord p satellites IV i^. •••' 1*/-. Je même masse v.M (M désignant la masse de Saturne), équidislanls sur un même cercle J]çj. lO. de rayon a concentrique à Saturne {fuj. lo). La distance 2 5 de deux satellites voisins sur ce cercle est une constante : P Ln mouvement possible est celui où chaque satellite parcourrait le cercle avec une même vitesse angulaire 'a déterminée par l'attraction de la planète à laquelle s'ajoute la force centrale due à l'attraction de tous les autres satellites. Appelions ce moxwcxnenl moiwc ment normal, et cherchons un mouvement plan peu dillcrent de celui-là. Désignons par le rayon vecteur du satellite P,, et par l',- = 2 tO + 0)1 H- 7,- [* ] Maxwell : On Ihe staOility of ihe molion of Satuni's rings. Cambridge, iSijQ. Maxwell' s Scienli[ic Papers, t. I, p. 288-376. Voir aussi Tisseuand : Traité de Mécanique Céleste, t. II, (lliap. xii; et II. Poincauk : Figures d'équilibre d'une masse jluide, Chap. viii Paris, (laulhier-Villars, 1900 , 38 HVPOTIIKSES COSMDGONIQUES son angle polaire. Dans le mouvement normal non troublé, on aurait p; = G, a, = G ; et dans un mouvement peu dilTérent, o, et 7, seront petits; nous négli- gerons leurs carrés et produits. Écrivons, en coordonnées polaires, les équations de mouvement de l'un quelconque des satellites, par exemple da satellite \\ : \ W~'''\dl! ~ r|+ dr, ' ^^^ '' d^Vj dv, dr, _ i JK, '■' di' + ^ (// "(// ~ /•, dv, ' M désigne la masse de Saturne, et j=p K, = V [jiM _ V^d -^ r) — 2 r^i-j (cos Vj — v^) est le potentiel perturbateiu' dû à laltraction de tous les autres sa- tellites sur le satellite Pi. fNous négligeons les attractions exercées sur Saturne par les satellites, attractions qui se compensent d'ailleurs presque exactement.) Chaque satellite donne ainsi deux équations telles que les équations (i) : il Y a donc en tout 2j) équations entre les O; et les c,. Ces équa- tions devant admettre la solution pi = O, ff.- = G, les termes indépendants des o, et des Ci dans ces équations se détrui- ront et disparaîtront d'eux-mêmes. Si, dans ces 2/) équations (i) nous ne conservons que les termes du premier ordre par rapport auv pi et aux cTm nous obtenons les équations { a- a j, où nous avons désigné par I rf(oR,) i rf[olV| a dji '' a di, ANALYSE DE l'iI YP< > TIIKSE DE LAPLACE Sq les parties de qui dépendent elTedivement des o, et des cr.. Les seconds n»end)res des équations '2 sont des fonctions linéaires des c, et des 7,, puisque nous nous en tenons aux termes du [)rouiicr ordre. Les équalrons (2) forment un système d'équations dillércnliellos linéaires à cocIVicients constants. On pourrait, suivant la méthode classique, les intéj^'rer par des exponentielles de la forme ^ p, =r ll,e>:(. Substituant ces valeurs dans les équations (2), on aurait un ensemble de 2/) équations linéaires homogènes, entre lesquelles on éliminerait les 11, et les K,. On trouverait ainsi une équation de degré '\p en N. A chaque racine N correspondrait pour les équations (2) une solution de la forme (3). Pour que le mouvement normal soit stable, il est nécessaire que 0, et 7, restent toujours petits. Par suite, il laudrait écrire que toutes les valeurs de N ont leur partie réelle négative ou nulle. Cette méthode serait longue, aussi Mvxwkll procède-t-il in- directement. Il cherche pour les équations (2) une solution [)articu- lière de la forme ( Pi = A cos {t -^- 2 7îO + nt), ^^ ( cr; = B sin (a H- aytO - ni), où A, B, n et a désignent des constantes et y un entier positif. 11 se trouve que, si l'on substitue à 0, et à 7j ces valeurs (4), les seconds membres des équations '2' prennent respectivement la forme (o-a[ALY — BM"] cos a -h 2 7tO H- ni , lo^ajAMy -f- BN"] sin (a -+- 2-; iO + nt), OÙ L-., M-, N-. sont trois constantes dépendant de l'entier y. La subs- titution des valeurs (\) dans les équations (2) conduit donc aux deux équations S 3co-A -h 2 oMiB -i- n'-\ = w^afAL; — BM-;], ■( _ n'^B — o (0 /lA = wV [ÀMy -h B.\y], ^JO HYPOTIltsES COSMOGONIQUES homogènes en A et en B et propres à déterminer n et le rapport . , une lois choisi l'entier y ('). Par l'éliminination de A et de B on obtient l'équation en n (5) {n^ -f- 3 co2 _ io-^ixL..) (/(» + (o2aN,p _ (2 ^n + (o^aM.,)' = 0. A chaque racine n de cette équation du quatrième degré corres- pond pour les équations (2) une solution de la forme (4)- Comme, dans ces formules (/j), y peut recevoir une série de valeurs entières (^), on conçoit la possibilité d'obtenir ainsi les intégrales générales des équations (a). 33. Remarquons que, pour une solution simple telle que la solution (4), la position et la vitesse du satellite P^à l'époque / sont les mêmes que la position et la vitesse du satellite P,_i à l'époque n On peut donc dire que le mouvement se communique d'un satellite à l'autre dans le temps n Chaque solution simple représente ainsi une onde ou vague élémen- taire propageant le mouvement avec une vitesse angulaire égale à -, Le mouvement total est la superposition des mouvements qui corres- pondent à plusieurs ondes élémentaires. Les ondes les plus dange- reuses pour la stabilité sont les ondes courtes, c'est-à-dire celles qui correspondent aux grandes valeurs de y; pour de telles ondes, en effet, deux satellites voisins pourraient se rapprocher d'une façon sensible, et leur action mutuelle ne serait plus très petite par rapport à l'action de Saturne. 34. Pour que le mouvement normal soit stable, il faut que toutes les valeurs de n soient réelles : sinon les formules (/j) donneraient (') Ces deux équations sont les mêmes, quel que soit 1 indice i du satellite que l'on considère. (^) Si, par exemple, le nombre des satellites est pair, p = a*/, il sulTira de donner à Y les valeurs i, a, ..,q. yV riiacurie de ces valeurs correspondent '1 valeurs de ;i, soit en tout l\q valeurs de n. Or, pour chaque valeur de n, les formules ('1) compor- tent deux arbitraires (savoir a et un facteur constant). On obtient donc ainsi 85 =4/^ constantes arbitraires, comme l'exige l'intégrale générale dos équations (y). A>ALYSE DE l'iIÏI O TIltsE DE LAPLACE 4 • pour 0; et 7, des exponentielles en i croissant indéfiniment. Montrons tout d'abord que, si le nombre des satellites est lini, on peut prendre la masse aM de chacun d'eux, et par suite la masse totale de l'anneau, assez petite pour assurer la réalité de toutes les valeurs de n. En eiïet, le premier membre de l'équation (5) en n est de la forme ]i-[n- — W-) -t- A[JL H- IV'- Ce premier membre sera donc négatif si, a étant Irî-s petit, on attribue à n* la valeur — par exemple. Si donc on substitue à n dans le pre- mier membre de l'équation (5) les valeurs (•) w — X) , ~= , G , +7^ 1 +<» » \l 1 V'2 on trouvera que ce premier membre prend les signes + , — , + , — ,-+-• Ces quatre changements de signe prouvent que les quatre racines de l'équation (5) sont réelles. Il y a donc stabilité si [j. est suffisamment petit. Bien entendu, si w est nul il y aura instabilité, et a pourra être d'autant plus grand que w le sera lui-même : la stabilité croît avec la rotation, comme il arrive pour une toupie ou un gyroscope. Si m = 'j.p désigne le rapport de la masse de tous les satellites à la masse de Saturne, Maxaaell a montré ainsi, qu'il laut, pour qu'il y ait stabilité, que On voit que si le nombre p des satellites augmente indéfiniment, leur masse totale mM (c'est-à-dire la masse de l'anneau) doit tendre vers zéro ; c'est là un inconvénient de la théorie de Maxwell ; mais c'est un inconvénient artificiel, car l'hypothèse d'un grand nombre de petits satellites répartis sur une seule circonférence est trop simple. Il faudrait supposer une distribution des satellites occupant un certain volume de l'espace ; alors la difficulté signalée disparaîtrait. 35. Limi/e supérieure de la densilé d'un anneau fluide. — Maxwell étend son analyse au cas d'un anneau supposé fluide. Malheureuse- ment, dans cette partie de son Mémoire, les raisonnements manquent parfois de rigueur et même de clarté, aussi faut-il les considérer seu- 42 HÏPOTIIKSES COSMOGONinUES lement comme im aperçu, dont la conclusion semble néanmoins devoir être acceptée. Décomposons l'anneau supposé fluide en un grand nombre de tran- ches MXM'N par des plans méridiens (y?^. Il) et assimilons chaque f"J- TI. tranche à un des satellites précédents P,. Il s'agit de calculer les- seconds membres des équations (2), c'est-à-dire (en elTaçant l'indice /)• (h' ' dji ' On peut concevoir que la quantité grande que les deux autres, car c'est dans le sens des x que l'onde de condensation se propage, et nous choisissons les ondes les plus défavorables à la stabilité, c'est à^dire les plus courtes; l'onde étant très courte les variations dans le sens de la propagation, c'est-à- dire dans le sens de l'axe des ./; sont très rapides; nous |)Ouvons donc écrire, au lieu de l'équation (5), (O; 'i:g^ = -4.(îD). La contraction a eu pour ellcl de niulli[)lier la densité de la tranche par elle a multiplié son épaisseur par ''^\. %/..)' comme sa masse totale n'a pas changé, on doit avoir oD\ / à- c'est-à-dire '^ D ['~''dx) = '^ "* dx ~ D Alors l'équation (G) donne la suivante (Le- ax d'où l'on tire, en intégrant, — ^j — ■- ou — >,^ = Ix-axJ-. ax a a- 44 HYPOTHÈSES COSMOGOMOLES Le second membre de la seconde équation (2) est donc nous avons vu d'ailleurs que le second membre de la première équa- tion (2) peut être pris égal à zéro. Si maintenant dans les équations (2) nous substituons les valeurs (4) de p et de 7, nous obtenons ( 3 o; cette inégalité peut s'écrire ainsi : M' — 5G:tDoj2 -if- i67:-D- >> o. Nous savons déjà que la masse de l'anneau et, par suite, sa densité doivent être petites pour qu'il y ait stabilité. Négligeant donc D-, nous obtenons la condition w^ > 56-D, d'oij nous tirons l'inégalité (7) 4.D<^^ qui fixe une limite supéricnir à la densité de l'anneau. Maxw cll con- clut que si l'anneau était liquide sa densité ne pourrait pas surpasser 3^ de celle de la |)lancte. Ce résultat est vrai pour tm anneau de poussières cosmiques comme pour un anneau liquide : la stabilité ne peut cxi>^tcr que si la densité est suffisamment petite. ANALYSE DE l.'llïl'OTIIl'.SE DE LAI'LVCE 45 36. Liniile iiifcricurc 'le lu dc/isiti- (11111 (inncaii fln'ulc. — Un cal- cul ([uc nous avons déjà fait à la fin de la Section II (p. 23), donne une limite infcrieiire pour la densité d'un anneau fluide homogène su[)posé tourner d'une seule pièce avec la vitesse angulaire oj : l'an- neau n'est stable que si sa densité o satisfait à l'inégalité l8) ? > "^^ • ^ ^ '271 Le même raisonnement nous permet même de dire que, pour une masse fluide homogène tournant autour d'un axe avec une vitesse an- gulaire constante o) et soumise à l'altraction mutuelle de ses molé- cules, aucune fi'lQtES ■présente un maximum à rinlcrieui-; par conséquent H en est de même de l'expression o - P. Il y a donc certainement, à linléiieur de la masse iluidc, un point (ou plusieurs) où l'on a ■(9) A('..-P).Vl.YSE DE L'ilYPOTlirsr l)F, L\1'1.ACK 47 CCS points est ici un cercle d'axe xx cl Je laNOu oV. Uf, en un point oii c; P est maximum, on a, non seulement mais encore A('f-P)2 - ç < o. 3 w- -f- 2 tooj'y -{- e -f- £' — lx~p <^ o, — £' < O. La première et la troisième sont satisfaites d'elles-mêmes. De la seconde on lire, en remplaçant r par 11, et se rappelant que 1 et 0' sont positifs, l'inégalité (l'î). 3 to- -H 2 w lo'R <^ 4 ■'^p. donnant pour la densité p une limite inférieure plus précise que la limite donnée par l'inégalité (10). Si donc la distribution des vitesses angulaires dans l'anneau est telle que le premier membre de l'inégalité (12) soit positif, il existera une limite inférieure de la densité; si, au contraire, ce premier membre est négatif il n'en existera pas : or, ce premier membre est positif ou négatif suivant que (,ylV croît ou décroît quand 11 aug- mente. ANALYSE DE L inP0TIlî;5E DE LAPLACE .'ig VI. — Rupture des anneaux de Laplace. Formation des planètes. 39. Kevenons maintenanl aux anneaux abandonnés par la nébu- leuse de Lmm.ace dans le plan de son équaleur, et montrons qu'il arrivera un moment oîi ils seront nécessairement instables. Nous venons de trouver, dans la Section précédente, une limite supérieure et une limite inférieure pour la densité o d'un anneau fluide. Pour qu'il y ait stabilité on doit avoir à la fois, d'après les inégalités j) et (12), / 0 (.3) '-■=<û- 4 ~? > -5 *'i' 4-2 0) to'U. A l'instant où l'anneau est abandonné, sa densité est très petite, donc la première inéf^alité est vérifiée. De plus, les particules de l'anneau se mouvant selon la troisième loi de Kepler, on a w-R^ =^ const. et par suite, en différcntiant et en divisant par R", 3 w- H- :> w w'R = o ; la seconde inégalité est donc vérifiée aussi. Donc l'anneau est stable au début. Mais cet état de cboses ne peut pas durer. D'abord, par suite du refroidissement, la densité p aug- mentera et la première inégalité pourra cesser d'être satisfaite. Ensuite, le frottement des couclies les unes sur les autres tendra, d'après Lapl\ce, à uniformiser la vitesse angulaire (,) qui deviendra constante : la dérivée fj)' devenant nulle, les deux inégalités (i3) deviennent incompatibles, et l'anneau ne peut pas subsister. 40. D'ailleurs, une cause autre que le frottement agit pour rendre ".VLÏSE DE l'hïPOTIIKSE DE LAPLACE 5t 41. T/anneau. n'étant pins stal)le, se rompra en plusieurs parties, qui ne seront encore que des masses ga/cuses plus on moins dilVnses, décrivant chacune un cercle autour du Soleil, à la façon d'un satellite. Si toutes ces masses gazeuses étaient juste à la même dislance du- Soleil elles n'arriveraient pas à se rencontrer. Mais, si leurs dis- tances au Soleil sont un peu diilërentes, leurs vitesses angulaires le seront aussi, et par suite lune des masses rejoindra l'autre : si la dilTérence de leurs distances au Soleil est plus petite que la somme cjue nous éludions. Prenons pour axes rectangulaires mobiles (fig- i4) l'axe de rotation 'OX, l'axe oy dirigé vers le Soleil G et Taxe o:, perpendiculaire aux J>9- l'i- deux précédents. Dans ces conditions, la tliéorie élémentaire des marées nous apprend que le potentiel perturbateur dû à l'attraction solaire est 0-^ - -), M' désignant la masse du Soleil et / sa distance au point o. Si M est la masse du fluide en mouvement, la troisième loi de Kkpler donne l'équation ,o-^/^^ =: M + M' ; d'où nous tirons, en appelant M' le rapport de la masse fluide à la niasse solaire, M' P (') E. I^ocuE : Mrinoirc sur la fi(jui'c d'une masse Jluide soumise à l'atlraclion d'un point iHoifjné, i^\q, iSâo, i85i [Acad. de Montpellier, Section des Seiences, t. I, p. '>.'['^ et 3,'î,'?, t. 11, p. 2T1. Voir aussi Tisseuand : Traité de Mécanviue (Céleste, i. 11, Cil. AIII, p, 1 lO. AX.Vl.ïSE DE L UYPOTIlliSE DE LVPLVCE 03 par suite nous pouvons écrire V3 = — ^"^ (2y2 _ x' - c2), •* 2(t -f- [Xj ^ ' ' Le polenlicl lIù à la force centrifuge est 2 - ^ \ous voulons prouver que la masse iluidc homogène peut prendre, dans l'équilibre, la figure d'un ellipsoïde , , .-r- y- c- (17 0 -H 'rr, -h~, = I, ^ " a- Ij- c- donl les axes sont dirigés suivant ox, oy, oz. On sait que le potentiel d'allraclion à l'intérieur d'un tel ellipsoïde homogène peut s'écrire V, = — l (IV^ -h (y- -h R:^), P, Q, Il étant trois constantes. Si l'on désigne par ■(^^) •^ = /y.. ' = ,-.' les carrés des rapports d'un des axes de l'ellipsoïde aux deux autres, ces trois constantes ont pour valeurs n _ r ''" ■où l'on a posé A = \\i -h u){i -+- s«)(^i -+- lu]. Donc, lorsque la masse homogène affecte la forme de l'ellipsoïde {17), le potentiel total a pour valeur 56 IIYl'OTIliisES COSMOGOMQUES Pour montrer que l'ellipsoïde (17) est une figure d'équilibre, il sullit de l'aire voir qu'on peut l'identifier avec une surface équipotentielle A', + V^ + V3 = const. ; cette dernière équation s'écrit — (PX2 ^- Q/ -}- Rc2) -^ to2(_v2 + ;-3N _|_ ^_^ (^V^"' — x' — 2^) = COUSt., 1 —)— [^ et l'identification avec l'équalion (17) donne Avec la notation (18), ces deux dernières équations s'écrivent, on le voit de suite, n p. - to-(s + 3 -+- ix) I -t- IX I H- (i. Ce sont deux équations aux deux inconnues 5 et / : elles détermineront les rapports des axes de l'ellipsoïde qui est une figure d'équilibre. Si nous posons ces deux équations s'écrivent, en remplaçant P, O, R, par leurs va- leurs (19), V s(i — s) ( uda -h [i *■ + 3 + |Jt J„ (i -^ u)(i + su)A (20) <( .^ i(\ — /) r udii ~ < + F Jo (i + «)(! -i-'«)A" Puisque V est essentiellement positif, s et / seront toujours plus petits que 1, c'est-à-dire que l'axe de rotation sera toujours le petit axe de l'ellipsoïde. 46. La seconde des équations (20) peut être considérée comme représentant une courbe dans le plan des st. Si nous construisons la portion de cette courbe intérieure au carré o < s < 1, o s : l'ellipsoïde a son grand a\c dirigé vers le Soleil, ce qui s = 1 A \ /f > 1 II /^'' \ ■0 t' f"J- '•'•• correspond a des formes stables. Au point A Tellipsoïde se confond avec une sphère, au point B c'est une aiguille infiniment allongée, a section circulaire. La branche OD pour laquelle t < s, correspond à des ellipsoïdes allongés dans une direction perpendiculaire à celle du Soleil ; ces ellipsoïdes sont des figures toutes instables. Au point D l'ellipsoïde est une aiguille très allongée à section circulaire, au point 0 c'est une aiguille très allongée et à section aplatie. Si l'on examine comment varie V = lorsqu'on chemine sur ces deux branches de courbe, on reconnaît que Y partant de o au point A. commence à croître, passe par un maxi- mum, puis reprend en B la valeur o. De même V part de o au pomt D, passe par un maximum et s'annule de nouveau au point O. Si l'on considère le moment de rotation, on constate que, nul en A, il ne cesse de croître le long de la branche AB et devient infini en B (en ce point B, le moment de rotation est infini, bien que la vitesse angulaire soit nulle, car le moment d'inertie de i'aiguille infiniment allongée est infini). 47. Etudions spécialement deux cas particuliers. Soit d'abord 7, = GC , c'est-à-dire que la masse M' de l'astre perturbateur G est HYPOTHESES COSMOGOMOIES supposée négligeable par rapport à la niasse liquide M en rotation. La question revient alors à chercher les formes d'équilil)re d'une masse fluide homogène animée d'une rotation uniforme et soustraite à toute action extérieure, problème connu : les deux branches de courbe AH et OD de notre représentation graphique se rejoignent alors en un point H, et la figure i5 se transforme en la figure i6; la ligne OV bissectrice des axes de coordonnées correspond à des ellipsoïdes de révolution (ellipsoïdes de MAC-LAiRn) ; la ligne DB correspond à des ■ellipsoïdes à trois axes inégaux (ellipsoïdes de Jacobi). s = ± A \ / xi/ •vj t fuj. 1(3. 48. Le second cas particulier que nous envisagerons est celui tb y, = o. La masse fluide en rotation est alors très petite par rapport à la masse de l'astre troublant G (c'est le cas d'une nébuleuse plané- taire dont la masse est très petite par rapport à celle du Soleil). Dans ce cas, la branche OD de la figure i5 vient s'a[)latir contre l'axe des /, tandis que la branche AB subsiste. Quand on parcourt cette branche AB, la quantité A part de o, passe par un maximum égal à o,o4t), puis décroît jusqu'à o. Pour qu'une forme ellipsoïdale d'équilibre soit possible, il est donc nécessaire que l'on ait V = < o,oZi<) 2 -3 Cette inégalité va fournir ime limite supéiieure que n'a pas pu dé- passer le diamètre d'ime nébuleuse planétaire (supposée ellipsoïdale et homogène}. Prenons, par exemple, la nébuleuse planétaire qui a engendré Ju[)iter. Si /• désigne un ra\on movcn de l'ellipsoïde qu'était initialement celte nébuleuse, la niasse i\I de celle-ci (M est a: passera (en tant que l'onction de 0), par un maximum ou par un minimum : on reconnaît aisément qu'elle passera par un maximum. Dans le cas actuel, la fonction perturbatrice î'> due à l'action so- laire a pour expression ^? = 2-;3 (2J' — ^' — 2'', M' désignant comme plus haut la masse du Soleil et / sa distance au centre. Elle présente, pour une valeur donnée de r, deux maxima égaux, en deux points de l'axe des y. Donc l'une de nos surfaces de niveau présente deux points doubles ou points coniques ; les surfaces de niveau extérieures à celle-là ne sont plus fermées. 50. Jusqu'ici la durée de rotation de la nébuleuse planétaire a été supposée égale à sa durée de révolution, et nous avons dit (n" 43] que, pendant toute la période oii s'est maintenue cette égalité, la né- buleuse n'a pas dû former de satellites. Lorsque, par suite de la con- densation, la marée solaire est devenue plus faible, la rotation s'est accélérée, et la nébuleuse planétaire a cessé de présenter constamment au Soleil les mêmes points de sa surface. Roche admet que, dans cette seconde période, l'atmosphère planétaire prend à chaque ins- tant la figure avec laquelle elle pourrait être en équilibre sous l'action du Soleil : sa surface libre est allongée vers le Soleil, et peut acquérir, aux sommets du grand axe, deux points coniques comme ceux dont nous parlions plus haut. C'est par ces deux pointes opposées que la contraction laissera s'échapper l'excès de fluide atmosphérique, et Ga IIÏI'OÏIIÈSES COS.MO(;0MQLES non plus par toute une arête saillante équatoriale, comme il arrivait pour la nébuleuse solaire de révolution. Donc, au lieu d'un anneau régulièrement disposé autour de la planète, nous aurions une émission de matière s'elïectuant par deux points opposés, llocni: pense que les diverses masses ainsi délaissées ne présenteraient aucune condilion de stabilité ni de durée, et qu'en réalité les satellites ne se sont pas formés dans cette seconde période : ils appartiendraient à une phase bien postérieure oh la durée de la rotation se trouvait déjà tellement ré- duite que l'allongement de la nébuleuse planétaire vers le Soleil était presque négligeable. La nébuleuse planétaire, devenue alors tout à fait comparable à la nébuleuse solaire, aurait abandonné des anneaux ordinaires de Laplace qui auraient engendré les satellites. Dans ce cas, aucun satellite ne se serait formé avant que la nébuleuse planétaire ne soit assez contractée pour que la ditTérence R' — R", entre son plus grand et son plus petit rayon équatorial, soit descendue au dessous d'une certaine limite 0. Estimant assez arbitrairement cette limite û à fi,ô rayons terrestres, Roche en conclut, pour le rayon IV des dilTérentes nébideuses planétaires, au moment où elles, ont pu commencer à abandonner des anneaux équatoriaux, les va- leurs suivantes (exprimées en rayons de la planète correspondante) : Jnpiler Saturno Uranus JNejitune 48,6 G^,/| i55 200 C'est seidement en deçà de ces distances qu'on doit s'attendre à trouver des satellites. Les satellites anciennement connus satisfont bien à cette condition. Mais il n'en est plus de même pour certains- satellites récemment découverts : pour Jupiter, par exemple, on connaît un satellite à une distance de la planète égale à oô~ ravons. Il y a donc lieu de penser que. contrairement à l'opinion de Roche, les masses gazeuses abandonnées par les deux ]ioints coniques de la nébuleuse dans la seconde phase de son existence ont pu concourir à la formation de satellites. Gela, en elTet, ne parait pas impossible à imaginer : les masses successivement abandonnées auraient pu se répartir sur un anneau ; mais si, ce qui est le plus probable, aucun» anneau n'avait pu se former, on se serait précisément trouvé dans les- mêmes conditions qu'après la rupture de lanneau devenu instable.. Que cet état ait été atteint en passant par une phase d'anneau stable^ ANALYSE DE l'uYI'OTHKSE I>E LVPI.ACE 65 OU sans passer par celle phase, la foniialioii d'un salellile aurait tou- jours pu en résulter par un mccanisuie identique. 51. Cas (le la Lune. — Uociin estime que la Lune se présente, à divers points de vue, comme un satellite exceptionnel : « Elle se dislingue, dit-il, par la grandeur de ses dimensions et de sa masse coniparées à celles de la Terre, par rexccntricité de son orbite, surtout par sa distance à la Terre. Saturne et peut-être Lranus en ont un aussi éloigné comparativement au rayon de la [)lanète, mais c'est alors le dernier d'une série de satellites. Ici le satellite est unique. » {Essai sur la coii^iUiUioii cl l'orif/uic du syslcmc solaire^ n" 52.) Ces raisons lui font attribuer à la Lune une origine spéciale : (( Il a pu arriver aussi exceptionnellement, et telle est l'origine pro- bable de la Lune, quun amas de vapeurs déjà refroidies s'étant formé au dedans de la nébuleuse terrestre, dans la région équaloriale et à une certaine profondeur, cet amas soit devenu un centre de conden- sation autour duquel se sont groupés d'autres amas semblables. De cette agglomération est résultée, dans l'atmosphère même de la Terre, une nouvelle nébuleuse, origine de la Lune. » {loc. cil., n° 58.) Le système Terre-Lune serait donc comparable, dans cette manière de voir, à une sorte de planète double. Nous sommes donc très loin des idées de L.\i'lace. 52. Anneau (Je Salurne. — Pourquoi le dernier anneau équalorial abandonné par la nébuleuse de Saturne est-il resté sous forme d'an- neau et n'a-t-il pas donné un satellite ? C'est, d'après Roche, parce qu'à une aussi faible dislance de la planète, ime masse fluide ellipsoï- dale n'aurait pas pu être en équilibre. l\appelons-nous en ellet ce que nous avons dit relativement à une masse fluide homogène, soumise à l'attraction d'un astre central éloigné (ici Saturne) et animée d'une rotation uniforme d'une durée égale à celle de sa révolution. Lorsque la masse fluide est très petite par rapport à celle de l'astre central fcas de u. = o , nous avons vu (n" 48) qu'il faut avoir -"-- ■< o,o/|G '2 ■■0 C4 IIÏPOTIIÈSES C05JI0G0MQUES pour qu'une forme ellipsoïdale d'équilibre soit possible. Mais la lidi- sième loi de Kepler donne M désignant ici la masse de Saturne et / sa distance à la masse fluide: il faut donc que M' 2TT0/^ -< o,oZ|G. Remplaçons M' par .. -r^â, r et r) étant le rayon et la densité de Saturne, l'inégalité précédente devient Si, pour fixer les idées, on suppose les deux densités égales, â = p, la condition d'existence du satellite lluide est simplement D'où cette conclusion : à une distance de la planrte inférieure à deux fois et demie son rayon, un satellite de môme densité à létat lluide ne saurait se maintenir sous forme ellipsoïdale. Comme le rayon moyen de l'anneau de Saturne est inférieur à cette distance, sa matière n'a donc pas pu s'agglomérer en un corps unique. Cela appelle les observations suivantes : à cette distance une forme annu- laire lluide ou solide est instable ; nous l'avons vu et nous en avons conclu que l'anneau se composait de satellites tiès petits et ellipsoï- daux. Mais d'après Roche, mie figure ellipsoïdale (en supposant l'éga- lité des vitesses de révolution et de rotation) est également instable. Nous devons donc conclure que les petits satellites dont est composé l'anneau ne présentent pas toujours la même face à Saturne. VIII. — Objections à la Théorie de Laplace. 53. Nous avons exposé en détail les développements théoriques aux- quels ont donné lieu les idées de Lapl.vce. Voyons maintenant les quelques objections que l'on peut faire et que l'on a faites en clïet à cette théorie. ANALYSE DE L HYPOTHESE DE LAPI..VCE Le biilde Laplace était de rendre compte de la fail^lessc des excen- tricités et des inclinaisons, et du sens direct de tous les mouve- ments connus de son temps. Son hypothèse explique fort bien les deux premiers de ces phénomènes ainsi que le sens direct de toutes les révolutions des planètes. Quant aux rotations directes, elles sont, avons-nous dit, insullisammcnt expliquées par Laplace; mais nous avons pu en rendre conq)te dune façon salisl'alsanle au moyen de l'elïet produit [)ar les marées solaires sur les nébuleuses planétaires (mécanisme f|ui n'avait pas échai)pé à Laplace en ce qui concerne la Lune). La marée solaire étant très faible pour les planètes les plus extérieures, nous répondons du même coup à l'objection qu'on pour- rait tirer des mouvements rétrogrades des systèmes d'Uranus et de Neptune. 54. On a aussi objecté à la théorie de Laplace l'énormilé du temps nécessaire à la transformation d'un anneau en une masse planétaire unique. 1 n anneau devenu instable s'est rompu en plusieurs masses sphérofdiqucs qui, d'après Lapi.ace, ont dû se réunir en une seule. Or, ]\L IvuiKwooD a fait remarquer que cette réunion exigerait un temps considérable. Si les fragments de l'anneau étaient tlistribués à peu près régulièrement le long de rorbite. leurs actions perturbatrices se détruiraient à très peu de chose près, et on ne pourrait invoquer en faveur de la réunion des morceaux un peu éloignés que la diffé- rence de leurs vitesses de révolution. Or, considérant deux fragments de l'anneau de Neptune distants de i8o'' en longitude, et dont les dis- tances au Soleil différeraient de looo milles, M. KnikA\ooD calcule que leur jonction ne se ferait qu'au bout de i5o millions d'années. Pendant ce temps les masses se seraient refroidies et encroûtées, et cette durée semble beaucoup trop, considérable, étant donné l'âge que la Thermodynamique permet d'assigner au système planétaire. Pour échapper à cette grave difficulté, M. Kïrkxvood propose d'admettre que les planètes ont été projetées par des espèces d'éruptions solaires : elles seraient en quelque sorte assimilables à d'anciennes protubé- rances que le Soleil aurait comme oubliées en se contractant. Mais dans celte supposition, on ne trouve aucune raison pour ex[)liquer la faible excentricité des orbites. D'ailleurs nous n'avons aucune espèce d'idée du temps qui a pu être nécessaire pour la formation du sys- tème solaire. Il est possible, il est probable même que i5o millions G6 HYPOTIIÙSES (:0SM0(;0>'1QLES d'années ne représentent qu'une fraction tiès faible de ce temps. Il n'y a donc rien à retenir de l'objection de M. KinkAvooD. 55. l ne autre difficulté de Ihypothèse de Laplac.e provient de ce que plusieurs satellites sont à des distances de leur planète inconq)a- libles avec cette In potbèsc. Ou a dit, par exemple, que la distance de la Lune à la Terre est plus grande que n'a pu être le rayon de l'at- Tnosplièrc terrestre à l'époque de la formation de la Lune, c'est-à-dire lorsque la nébuleuse terrestre tournait sur elle-même en •2-i°"^%o, durée de la révolution de la Lune. La liinile de l'atmosphère de cette nébuleuse était en elïet le point où la force centrifuge jointe à l'at- traction solaire contrebalançait l'attraction terrestre, et l'on a cru pouvoir en déduire que l'atmosphère terrestre ne s'étendait qu'aux trois quai ts de la distance de la Lune à la Terre. ^lais Rocue a mon- tré que cette affirmation est inexacte. Dans le calcul de cette limite de l'atmosphère, ce qui intervient, ce n'est pas l'attraction absolue du Soleil, mais, comme dans le calcul des marées, son attraction relative, c'est-à-dire la dilï'érence entre l'attraction exercée sur une molécule de l'atmosphère et l'attraction exercée sur le centre de la Terre. On trouve, avec cette rectiticalion, qu'à l'époque indiquée l'atmosphère terrestre atteignait la distance de la Lune. La (jvande distance de la Lune n'est donc pas une objection à la théorie tle Laplace. Il n'en est pas de même pour les petites distances auxquelles se trouvent le premier satellite de Mars et l'anneau intérieur de Saturne. D'après riiy[)olhèse de Laplace, « tous les corps qui circulent autour d'une planète ayant été formés par les zones que son atmosphère a successivement abandonnées, et son mouvement de rotation étant devenu de [)lus en plus rapide, la durée de ce mouvement doit être moindre que celles de la révolution de ces dilïérents corps. » [Expo- sition du Syslcine du Monde, p. 5o3.) Or, on sait que le satellite le plus voisin de Mars (Phobos) et l'anneau intérieur de Saturne ont une durée de révolution moindre que la durée actuelle de rotation de la planète. On peut, pour expliquer celte anomalie, avoir recours à la formation d'anneaux intérieurs par la rencontre de traînées ellip- tiques, telle qu'elle a été indiquée par IIocue (n" 24). Le satellite de Mars se serait ainsi formé à l'intérieur même de l'atmosphère primi- tive de la planète, c'est-à-dire à une distance inférieure à celle que lui avait assignée Laim.ace. Ce satellite aurait ensuite subi la résistance ANALYSE HE I.'inPOTlli.SE DE I.APLVCE 67 de milieu de celle atinos|)hcrc, ce qui auiail pu contribuer à rétrécir son orbite et, par conséquent, à augmenter sa vitesse de révolution. L'iiypothèse de Laplaci: est ainsi sauvée, mais au prix d'ime modi- ficaliou profonde. 56. l^nlln la découverte récente, autour de Jupiter et de Satur?ie, de satellites à révolution rétrograde, crée une nouvelle dillicul té. On pourrait essayer de la lever en considérant, comme au n" 42 ([>. .")!), -deux masses M et jM' provenant de la rupture de l'anneau {fi"IQUES rotation lolal est nul ; les orbites sont orientées dans des directions- diverses et décrites aussi bien dans un sens que dans l'autre. Un cas beaucoup plus irénéral sera « celui d'un amas non splié- rique, non homogène et animé de tourbillonnements susceptibles de se résoudre en une gyration unique. » (p. 2G2.) La condensation s'opérant alors autour de quelques centres d'attraction, finira par former deux ou trois globes séparés : d'où la formation d'une étoile double ou multiple. (( Et comme, dans la série des niouvemenls des corpuscules se précipitant vers des corps distincts, il n'a dû se pré- senter aucun moyen de régularisation capable d'imprimer la forme circulaire à leurs trajectoires, les étoiles finales, associées par couples,, décriront des ellipses plus ou moins excentriques, ayant leur i'ovcr commun au centre de gravité. » (p. 260.) Abordons maintenant la formation de notre système solaire. Ce s\s- tème présente cette remarcjuable particularité que les orbites des pla- nètes sont presque circulaires. « Il faut donc que, parmi les conditions initiales de notre lambeau chaotique, il s'en soit trouvé une qui ait empêché les gyrations de dégénérer en mouvements elliptiques, et qui ait rectifié d'abord et fermement conservé ensuite la forme à peu [)rès circulaire à travers toutes les péripéties. » p. aôj. , Favk suppose que- le chaos partiel, le lambeau d'où est sorti le système solaire, était à l'origine une sorte de nébuleuse sphcriquc et. honuxjcnc et que cette- nébuleuse possédait un lent mouvement tourbillonnaire atTectant une partie de ses matériaux. Il pense qu'à l'intérieur de cette nébuleuse se formeront des anneaux concentriques animés d'un mouvement de rotation commun, semblables à l'anneau dont la nébuleuse de la Lyre nous oflVc un exemple : « Les mouvements tourbillonnaires que ce lambeau chaotique em- porte dans son sein aflectent une forme spiraloïde avec des vitesses dirigées à peu près perpendiculairement au rayon vecteur. Ces vi- tesses vont en croissant vers le centre. Il y aurait donc peu à faire pour transformer, en ])arlie, im mouvement de ce genre en ime véri- table rotation, si cette dernière était compatible avec la loi de 1» pesanteur interne. « Or, c'est précisément le propre de ce genre d'amas chaotique de ne permettre aux corps qui s'y meuvent que des révolutions ellip- tiques ou circulaires concentriques el de même durée. Des portions IIYPOTIlKSi: DE M. notables des lourbillons intéilems pourront donc y prendre l'allure d'un anneau plal, lournant autour du centre avec nne même vitesse angulaire, exactement comme si cet anneau nébuleux ctait un cerceau solide. Il n'y a à cela qu'une condition, c'est que la durée de la gyra- tion de ces particules soit égale à la durée commune de tous les mou- vements elliptiques ou circulaires qui se produisent sous l'inlluence de la force centrale. (( Ainsi toutes les particules qui auront la vitesse convenable, dans le plan des gyrations, s'arrangeront immédiatement sous l'inlluence de la gravité en anneau plat, animé, autour du centre, tl'une véritable rotation. Les autres, à vitesses trop grandes ou trop petites, se mou- vront dans le même plan, en décrivant des ellipses concentriques à l'anneau. Si ces ellipses sont très allongées, les matériaux qui les parcourent se rapprochent beaucoup du centre oi*! s'opérera une con- densation progressive; ils finiront par y être englobés, tout en com- muniquant au globe central naissant une rotation dans le plan mémo de la gyration primitive. Si elles diU'èrent peu d'un cercle, la faible résistance du milieu sullira pour uniformiser la vitesse et disposer les matériaux en anneaux lournant comme le premier. » (p. •>.6{\--y.()- .) 58. Nous constatons ici une première dilVérence essentielle entre la conception de Vx\e et celle de L aplaci: : les anneaux de Laplace se formaient à l'extérieur de la nébuleuse, ceux de Favi: se forment à l'intérieur. Seulement, tandis que LAiT.Act: rendait parfaitement compte de la faiblesse des excentricités et des inclinaisons mutuelles de ces anneaux, Faye donne de ce phénomène une explication beau- coup moins nette. Le but principal que Laplace s'était proposé ne se trouve ainsi qu'imparfaitement atteint. Dans les deux théories, c'est la rupture des anneaux, devenus instables, qui donne naissance aux planètes. 59. "Niais suivons l'évolution de la nébuleuse de FA\t:. Au début, elle était sphérique et homogène ; l'attraction à l'intérieur était pro- portionnelle à la distance r au centre et pouvait être représentée par Ar, A désignant une constante. Plus tard, l'attraction mutuelle des par- ties, jointe aux chocs et aux frottements inévitables entre j)arti- cules, produisit nécessairement une condensation centrale ; celle-ci •-2 HYPOTHESES COSMOCOMQUES s'est peu à peu nourrie aux dépens de l'atmosphère nébulalre qui se raréfiait de ce fait. C'est ainsi que le Soleil s'est finalement formé vers le centre par la réunion de tous les matériaux non engagés dans les anneaux, faisant ainsi le vide autour de lui. Dans cet état final, qui est l'état actuel, l'attraction est inversement proportionnelle au carré de la distance au centre ; elle a pour expression B B étant une nouvelle constante. Dans la période intermédiaire, Fave admet que la loi d'attraction, en fonction de la distance /', peut se représenter par l'expression (E) ar + ^, , où a va en diminuant de A à o et 6 en augmentant de o à B. Cette loi correspondrait exactement à une nébuleuse formée d'un noyau central d'une certaine masse qu'envelopperait une atmosphère parfaitement homogène. Il est peu vraisemblable que la nébuleuse solaire ait offert cette constitution dans la période intermédiaire. La loi d'attraction réelle avait sans doute une forme beaucoup plus com- pliquée ; la loi simple proposée par Fave nous donne donc simple- ment une idée approchée de la façon dont pouvait varier la pesanteur à l'intérieur de la nébuleuse primitive. 60. l<]ludions maintenant comment se comportent les anneaux de Fate au point de vue de leur rotation. Considérons une molécule quelconque d'un anneau. Sa trajectoire est circulaire et sa force centrifuge fait équilibre à l'attraction. Si l'on appelle w sa vitesse angulaire, on a, d'après l'expression (E) d'où l'on tire ■•"•=v Or, r,)r est la vitesse linéaire de la molécule : si cette vitesse croît avec r, les molécules externes auront une vitesse supérieure à celle des molécules internes, et l'anneau, après sa ruplme, donnera une pla- HYPOTHESE DE H. lAYE 73 nètc à rotalion directe. Au conlralic, si ojr csl une l'onclion décrois- sante de r. la planète issue de l'anneau aura une rotalion rétrograde. Voyons donc dans quel sens varie o)r, c'est-à-dire dans quel sens varie l'expression r Ce sens dépend du signe de la dérivée 6 2ar Tant qu'on aura l'inégalité h l'anneau engendrera une planète à rotalion directe. La rotalion de la planète sera indirecte si cette inégalité n'est pas vériliée. Or, au début, b est nul, donc l'inégalité est satisfaite partout. Mais, avec le temps, 6 croît et a décroît, donc à chaque distance /■ il arrivera un moment où l'inégalité cessera d'être vérifiée, lue planète formée après cette époque aura une rotation rétrograde. Les rotations sont donc directes lorsque a est grand et b petit, c'est-à-dire au commencement. Ainsi, d'après Fave, les planètes à rotation directe sont les plus anciennement formées : l'âge relatif des dilTérentes planètes est inverse de celui que leur assignait Lm'l.vce. 61. Dans cette hypothèse, la Terre sérail non seulement plus viedle que Jupiter ou Neptune par exemple, mais beaucoup plus vieille même que le Soleil, puisqu'au moment où elle s'est formée, a était grand et b petit ; par suite, la condensation centrale de la nébuleuse était très fiiible. Les géologues estiment que le dépôt des sédiments terrestres, depuis le début de l'ère primaire, a exigé un minimum d'une centaine de millions d'années. Or, nous verrons plus tard qu'HELMiiOLiz et Lord Kki.vin, au nom de la Thermodynamique, assignent au Soleil un âge qui ne dépasse pas une cinquantaine de millions d'années. Fave re- gardant la Terre comme beaucoup plus ancienne que le Soleil espère faire disparaître cette contradiction inquiétante. Mais observons que l'étude des fossiles de l'époque cambriennc nous invile à penser que les conditions générales de la vie n'étaient pas alors extrêmement dilTérentes de ce qu'elles sont aujourd'hui, et il paraît assez dillicile 74 IIYI'CTIli:sES COSMOr.OMQUES d'admettre que les êtres de cette époque aient vécu sans soleil, ou mieux encore, à l'intérieur de l'atmosphère solaire. 62. Les comètes, d'après Lapl.vce, étaient des corps étrangers au système solaire, mais appelés dans ce système par l'atliaction. D'après Faye, ces astres appartiennent originellement au système solaire : (( Parmi les matériaux non engagés dans le tourbillon primitif, et décrivant en tous sens des ellipses allongées autour du centre, il a dû s'en trouver qui échappèrent à la condensatiou centrale. Ces maté- riaux, partis des limites du chaos primitif, ont continué à se mouvoir dans des courbes allongées. )> (p. 273.) Ils ont donné les comètes dont les orbites sont devenues des ellipses presque paraboliques ayant leur foyer à l'endroit où les premières avaient leur centre. 63. jNous avons exposé les points essentiels de la théorie de Faye. Cette théorie fut imaginée principalement pour expliquer ce fait que les systèmes planétaires intérieurs sont directs tandis que les systèmes jolanétaires extérieurs sont rétrogrades. Faye croit ce fait absolument inconciliable avec l'hypothèse des anneaux de Laplace, car ces anneaux doivent, selon lui, donner des planètes toujours rétro- grades ('). Les planètes se séparent donc ici en deux catégories très nettes : les planètes directes (les plus rapprochées) dont la formation est antérieure à celle du Soleil, et les planètes rétrogrades (les plus éloignées) dont la formation est postérieure à celle du Soleil ("). Laplace, n'ayant connaissance que de mouvements directs, avait annoncé que si l'on venait à découvrir une nouvelle ])lanète ou un nouveau satellite, il y aurait des milliers de milliards à parier contre un que la circulation de ce satellite ou la rotation de cette planète serait directe. Personne ne tint le pari, mais Laplace l'aurait perdu : la découverte deNeptune et de son satellite lui ont donné un démenti. Aux yeux de Faye, c'était là la faillite de la théorie de Laplace et c'est ce qui l'engagea à en proposer une autre. Pour lui, les diverses (') Nous avons vu que l'cll'ot des marées solaires permet de répondre ù ceUo objection. (-) La planète L'ranns se serait formée à une éporpic de transition, intermédiaire entre celle des planètes à satellites l'ranchcment tiirecls et celle de >c|itune à sa- tellite francliement rétrograde. I^a rotation, d'abord directe, aurait été forcée ensuite de devenir rétrograde, de là serait résulté un conflit, contraignant l'équa- teur de la planète naissante à s'incliner sur le plan de l'orhitc, jusqu'à lui devenir perpendiculaire et à dépasser même un peu cette position \ers le sens rétrograde. inpi5Tni:si; de h. vwe planètes peuvent aussi bien tourner sur elles mêmes dans un sens que dans l'autre — cela dépend de l'épocpie de leur formation ; — mais il aurait volonlieis parié à son tour cpie les satellites se mouvront tou- jours autour de leurs planètes respectives clans le sens de rotation de celles-ci. Lui aussi, il aurait perdu : on connait aujourd'hui des sa- tellites ^qui circulent autour de Jupiter et de Saturne dans le sens rctro-rrade. llestant dans l'ordre d'idées de Fvye, on pourrait essayer d'expliquer le mouvement rétrograde de ces satellites autour de leurs planètes par des considérations analogues à celles que nous avons données à la lin du Gluipitr(> précédent. Les premiers satellites de Jupiter, par exemple, auraient été formés pendant la période directe, c'est-à-dire quand l'inégalité (i) était encore vérifiée à la distance de Jupiter, le dernier aurait été capté plus tard, pendant la période rétrograde, comme nous l'expliquions au n" 56 (p. G7 . 64. Examinons à présent un point capital pour la théorie. Au mo- ment où chaque planète se forme, son orbite est circulaire, puisque, par hypothèse, la planète provient d'un anneau, ^ous avons vu que sur ce point les explications de F vye ne sont pas entièrement satisfai- santes ; nous ne reviendrons pas là-dessus, et nous les admettrons provisoirement. Mais la loi d'attraction varie avec le temps. \ sup- poser que l'orbite ait été initialement circulaire, a-t-cllc pu rester circulaire? Montrons qu'il en est bien ainsi. Représentons par 'jî(r, /) la loi d'attraction, variable avec la distance V de la planète au centre, et variable aussi, lentement, avec le temps t. Le rayon vecteur v satisfait à l'équation d^r /f/e ou -r. désigne la vitesse angulaire. La force étant centrale, nous avons l'équation des aires dt G étant une constante. L'équation précédente s'écrit alors , • dh^ C-^ ■jfi HYPOTHÈSES COSMOGOMQLES Introduisons une fonction H(/', /) définie par l'équation lin C2 (dans riiypolhèse de Fa\e, où nous avons h la fonction II serait ,1 C- or^ b II = ., H ; 2 r- 2 r mais nous restons ici dans le cas général où II est une fonction quel- conque connue de /• et de /). L'équation (a) s'écrit alors ,„, iPr dll Dans le cas où II ne dépend pas de /, cette équation, multipliée par OT et intégrée, donne immédiatement l'équalion des forces vives I /dr\- ■Ad w ..(;y;)^ji=^- où T est une constante. Dans le cas actuel où II dépend de /, nous posons cette même équation { f[) : elle servira de définition à T, qui n'est plus une cons- tante, mais une quantité qui dépend du temps. Calculant la dérivée jj de T par rapport au temps, on trouve (/T _dU (dll f/V\ dr di ~ (//: ~^' \dr "^ df'j dr La parenthèse du second membre étant nulle d'après l'équation (3), -..- est égal à la dérivée partielle de II [)ar rapport au temps : '* 20 1 Saturne .... (),:> 3 2 l'raiins !',),' 27 ÎNeptuiic . . . . .'>o 3o Nous voyons, par exemple, que Mercure se serait formé à peu près à la distance où se trouve aujourd'hui Saturne. Si le rayon \\ de la nébideuse homogène primitive avait été encore plus grand, les dis- lances a' se trouveraient encore augmentées. L'attraction est initiale- ment représentée par A/', A étant proportionnel à la densité de la nébuleuse, c'est-à-dire à tv^^ ; w' égal à \/A est donc proportionnel à R 2 ; comme u'a'^ a une valeur constante, nous concluons que a est proportionnel à l\* . Poi>( ga HYPOTHÈSES COSMOGOMQUES Donc, si la nébuleuse primitive a eu un ravon double de la dis- lance actuelle de Neptune, c'est par 2^ qu'il faut multiplier les nom- bres de la dernière colonne du Tableau ci dessus. Si l'on admet quel» nébuleuse solaire touchait à l'origine celle de l'étoile la plus voisine- (a du Centaure), qui se trouve éloignée à une dislance de l'ordre de 200000 ravons de l'orbite terrestre, c'est par un nombre de l'ordre de ( — y Y qu'il convient de mullijilier les distances a'. Dans l'hy- potlièse de Faye, c'est donc à d'énormes distances que les planètes se seraient Ibrmées. L'hypothèse de Fate présente en résumé un caractère ingénieux ;; mais elle rend moins facilement compte que celle de Laplace de la faiblesse des excentricités et des inclinaisons. Elle a été imaginée à 1» suite de certaines objections qui avaient été opposées à la théorie de Laplace ; nous avons vu plus haut comment la plupart de ces objec- tions avaient pu être écartées et avaient été victorieusement réfutées par les partisans des idées de Laplace. La principale difficulté, ignorée d'ailleurs de Faye, provient du mouvement rétrograde des satellites extérieurs de Jupiter et de Saturne; mais elle n'est pas mieux expli- quée par la nouvelle théorie que par l'ancienne. CHAPITRE V. HYPOTHÈSE DE M. DU LIGONDÈS (*). 67. Le point tics original de la théorie de M. di Luiondès consiste dans l'idée quil se fait du chaos primitif : (( V l'origine l'Univers se réduisait à un chaos général extrêmement rare, formé d'éléments divers mus en tous sens et soumis à leurs attractions mutuelles ... « Ce chaos s'est partagé en lambeaux qui ont donné naissance, par voie de condensation progressive, à tous les Mondes de l'Univers. » {Formalion mécanique du syslhne du Monde, p. l'i.) Nous sommes loin, on le voit, delà nébuleuse de Laplaci: qui tour- nait tout dune pièce avec une vitesse de rotation bien uniforme. Les tourbillons et gyrations intestines dont Paye dotait sa nébuleuse pri- mitive sont aussi supprimés. Nous sommes, en quelque sorte, « reve- nus aux idées de Kant, avec le mouvement en plus, non pas le mouvement régulier de la rotation ou des tourbillons, mais le mouve- ment sans ordre apparent. » (p. i4-) Nous devons donc nous représenter l'un quelconque des lambeaux nébuleux en lesquels le chaos initial s'est partagé, par suite de la tendance de toutes les molécules à se porter vers les régions les plus denses, comme formé par un très grand nombre de masses séparées, «'attirant les unes les autres, se mouvant en tous sens et pouvant arriver à se choquer de temps à autre. Les vitesses de tous ces pro- jectiles ne sont soumises à aucune loi : la seule loi sera celle des grands nombres : (') Lieutenant-Colonel \\. du LinoNors : Formation mécanique du système da Monde (I^aris, (jautliier-Villars, 1897J. 84 HYPOTHÈSES COS.MOGOMQLES u Nous ne faisons aucune liypolhèsc sur la naluic de ces mouve- menls; nous les abandonnons entièrement à ce qu'on est convenu d'appeler le hasard. C'est en cela que riiypotlièsc dont kous allons développer les conséquences dill'ère essentiellement de toutes celles qui ont été émises jusqu'ici ; c'est ce qui lui donne un caractère de vraisemblance et de généralité qui doit, a priori, la faire préférer à toute autre. L'hyj)ollièse de Ivant, malgré son apparente simplicité, est moins g;énérale que la nôtre, puisque la matière y est primitive- ment en repos ; le repos n'est qu'un cas particulier du mouvement. » (p. i5.) 68. Examinons maintenant comment M. ni LiooNDiiS fait, d'un des lambeaux chaotiques, naître le système solaire. Observons tout de suite — c'est là un point capital — que M. DU LigondC'.s n'est pas en contradiction avec le principe des aires, comme l'était Ka>t qui supposait sa nébuleuse initiale partant du repos. Les projectiles dont se compose le lambeau ont leurs vitesses distribuées an hasard. Considérons alors les vecteurs qui représentent le moment de la quantité de mouvement de chacun de ces projectiles par rapport au centre de gravité du lambeau : ces vecteurs seront orientés dans tous les sens et auront des grandeurs diverses; et, puis- que le mouvement est supposé complètement désordonné, la somme géomélrique de tous ces vecteurs sera très petite par rapport à leur somme ariihmérujae, c'est-à-dire par rap])ortà ce qu'elle serait si tous ces vecteurs avaient même direction ; mais en général elle ne sera pas nulle. Or, cette somme géométrique, c'est précisément le moment de rotation total du système, moment qui doit demeurer constant à partir de l'instant où le lambeau considéré est suflisamment séparé des au- tres pour pouvoir ôlrc regardé comme isolé. Il n'y a donc, a priori, aucune contradiction à faire sortir le système solaire d'un pareil lam- beau nébuleux chaotique. 69. Cherchons à nous faire une idée de la somme géométrique et de la somme arithmétique des vecteurs dont nous venons de parler, et du rapport de ces deux sommes. La somme géométrique, nous la connaissons, c'est le moment de rotation actuel du système solaire. Pour essayer d'évaluer grossièrement la somme arithmétique, assimi- lons la nébuleuse chaotique initiale à une sphère homogène avant une masse M égale à la masse totale du svstèmc solaire, et un rayon U HYPOTlIKSr: DE M. I)L I.IGONDI 85 égal à looooo unités astronomiques ('). \ l'intéiicur d'iuic telle sphère homogène, l'attraction est proportionnelle à la distance au cen- tre et toutes les molécules décrivent des ellipses dans le même temps. Pour calculer ce teiups, considérons une molécule décrivant une orhite circulaire ayant justement pour rayon looooo unités. Cette molécule se mouvant comme si toute la masse delà néhuleuse était concentrée au centre, sa durée de révolution se calculera suivant la troisième loi de Kéhlek : elle aura pour valeur (100000)-, soii en\i- rou 3o millions d'années. Une molécule m décrivant dans ce temps tme clli[)sc d'axes 2a cl 26 aura donc pour moment de rotation 2 -ah m .j , 00 000 000 et la somme arilhméli(jue des moments de rotation de toutes les mo- lécules sera !>„ = n -. > mab, •io X 10' -m^ la somme 2i étant étendue à toutes les molécules qui constituent la néhuleuse. Pour calculer cette sonuno nous aurions hesoin de con- naître l'ellipse décrite par chaque molécule. Or, nous n'avons pas la moindre idée de la façon dont varient ces ellipses d'une molécule à l'autre, et il semble dilFicile de l'aire à ce sujet une hypothèse qui puisse se justifier. Mais, cherchant ici sculemenl un ordre de (jrandeiir, nous remarquons que, pour la plupart des molécules, a et h sont compa- ntbles au rayon U de la nébuleuse sphériquc et nous nous contenions d'écrire, avec une approximation grossière S„ = ^ — , > m ?)0 X lo'^ 3o X 10" M. Quant à la somme géométrique S^, qui est le moment de rotation du système solaire, voici comment on peut l'évaluer. Le calcul montre que la sphère bomogène de ravon R =^ 100000 unités devrait, pour (') L'unité astronomique est la distance movenne de la Terre au Soici!. Les étoiles les plus voisines du Soleil en sont à une distance de l'ordre de 200000 unités astronomiques. g6 HYPOTHÈSES COSMOGOMQCES avoir un moment de rotation égal à celui du système solaire, tourner sur elle-même d'un seul bloc en lo'- années. Son moment de r soit à peu près de l'ordre de ^ ('). ^ '■ ooooo ^ ^ Il faut donc penser que, dans le lambeau nébuleux chaotique d'où est sorti le système solaire, le hasard a élabli cette légère prédomi- nance des moments de rotation dans un certain sens. Pour d'autres lambeaux, la prédominance a pu être plus forte : ce lut le cas de ceux qui ont donné naissance à des svsièmes d'étoiles doubles. M. du Li- GoxDÈs remarque en etTet que les étoiles doubles ont en général un moment de rotation beaucoup plus grand (^) que celui du système solaire (car, pour ce dernier, la masse presque totale du système se trouve concentrée près du centre de gravité). 70. Chaque molécule décrivant approximativement une ellipse au- tour du centre de la nébuleuse, l'état chaotique persisterait indéfini- ment s'il ne se produisait pas de chocs entre les dilVérenls projectiles. Mais ces projectiles se rencontreront inévitablement de temps à autre, et de leurs chocs résultera un double etTet : 1° Une concentration de la nébuleuse, une tendance à la formation d'un noyau central se produira, car deux projectiles qui se hcurlent se collent ensemble et n'en forment plus qu'un ; il y a perte de force vive, ce qui se traduit par une chute des matériaux vers le cenire. 2" Le sphéroïde qu'est la nébuleuse chaotique initiale s'aplatira. (i) Ce rapport dépend éviticmment du ra\oii II f[ue l'on assigne à la nébuleuse initiale, et ce rayon peut être choisi arljitraireinenl. Si. par excniple, au lieu de prendre R= looooo unités, nous avions pris 11 = 3o luiitcs, c'est-à-dire le rayon de l'orbite de Neptune, nous aurions trouvé t,' do l'ordre de ^— . Conten- tons-nous de remarquer que rc rapport est toujours petit. (-) 25o fois environ pour la Gi'^ du C\j.'ne, cl plus de :r)KS 87 Considérons, en ciVel, le plan du maximum des aires, per[)cndiculaire au moment de rolalion résultant du svstèmc. Parallèlement à ce plan il va fpour ainsi dire par déiinilion imc légère })répondérancc de molécules tournant dans un certain sens, tandis que parallèlement à un plan perpendiculaire à celui-là, cette prépondérance n'existe pas. Les chances de chocs seront donc moins uondDreuses dans le plan équatorial du maximum des aires, où le mouvement est un peu orienté, que dans im plan méridien, où les mouvements se font indifféremment dans tous les sens. Il en résulte évidemment une tendance du sphéroïde à s'aplalir suivant la perpendiculaire au plan tlu maximum des aires. 71. Montrons (|ue cet aplatissement, une ibis commencé, \a s'ac- ■ccntuer. Assimilons la nébuleuse a[)latie à un ellipsoïde homogène. A l'intérieur d'un tel ellipsoïde, l'attraction au point x, r, r a pour ■composantes — a-x, — '^'-y, — 7'-;, a^ [■:>'-, Y" étant trois constantes ('). La trajectoire d'une molécule •quelconque sera définie par les équations dill'érentielles d'-x , , ) dt' , -- =r O, V dl ous sommes donc en présence d'une question analogue à celle qui a été étudiée au Chapitre précédent (n" 64, p. 75). Si nous posons 11 a- t) = , la première équation (i) s'écrit dl- dx Si H ne dépendait pas de /, cette équation multipliée par -j^ et intégrée donnerait l'équation des forces vives h i fdxV- 2 \ dt j + 1I=T. oi!i T serait une constante. Ici, où H varie lentement avec /, nous posons cette même équation, qui servira de définition à T. La dérivée de T par rapport au temps est alors dT _ dll _ X^ d{yr) dl ~ dl ~ 2 dl ' . , (/(a- ! ^ -, Pendant imc oscillation — ,y- peut être regarde comme constant, et X- a pour valeur moyenne--", Xç, désignant l'élongatlon maxima ; on a donc pour la valeur moyenne de -,r pendant une oscillation ^^^ dt ~ J ~dr ' dx D'autre part, -^j s'annulant pour x = x^^, la constante des forces vives T a pour valeur T — II — ^" d'où ^^ dl — 2 dt "^2 ~f/r * La comparaison des équations (2) et (3) donne 2 dt ^ 4 dl — °' c"esl-à-diie on encore ii'ïi'iiTiiiiSE DE M. DU lk;ondi;s 89 const. Donc, qnand a augmente, l'ampUtnclc des oscillations parallMe- ment à Taxe tics x diminue. Or, quand rdlipsoïde, en gardant la même niasse, s'a[)lalit snivanl l'axe des ./•, a augnienlc visiblement. Kn réalité, dans le cas actnel, a, j^ et y vont tous trois en augmentant, mais c'est a qui augmente le plus vite si l'axe da^ x est perpendicu- laire au plan du maximum des aires. L'aplatissement commencé s'accentuera donc de plus en plus. 72. C'est ainsi que M. ni Lir.o]\DKS rend compte du double fait d'une condensation centrale et d'une tendance à l'aplatissement; le noyau central donnera le Soleil, et les matériaux extérieurs formeront autour de lui une sorte de disque lenticulaire équatorial qui, s'apla- tissant de plus en plus, deviendra lui-même instable : ce disque pourra se résoudre iinalement en anneaux qui se transformeront en planètes. Nous avons ainsi expliqué la tendance des trajectoires à s'orienter parallèlement au plan équatorial du maximum des aires. Mais pour- quoi les trajectoires des dilVérents projectiles tendent-elles à devenir et à rester circulaires !' Lorsqu'un projectile en heurte un autre, il y a perle de force vive se traduisant par une diminution du grand axe de l'orbite de ce projectile. Cette diminution du grand axe est-elle accompagnée d'une diminution ou d'une augmentation de l'excen- tricité? Pour nous en rendre compte, supposons qu'un de nos pro- jectiles soit très gros ice sera, s: l'on veut, une planète déjà presque formée , les autres étant relativement petits : le gros projectile subira alors, du fait de ses chocs contre tous les petits, un effet analogue à celui d'une résistance de milieu. Or, nous verrons au Chapitre sui- vant qu'une résistance de milieu a en général pour cll'et de diminuer l'excentricité de l'orbite de la planète (\\n la subit, c'est-à-dire de rapprocher cette orbite de la forme circulaire. 73. Si l'on compare la conception de M. m LicoNnr.s à la théorie cinétique des gaz, on ne peut s'empêcher de remarquer un contraste 90 II vP0Tni;sES cosmogomques riap2:)ant. M. du Ligondks remplit l'espace de piojecliles qui le sillonnent en tous sens. Les chocs de ces projectiles produisent l'évo- lution du chaos, sa transformation eu un système planétaire hien ordonné. Dans la théorie cinétique, les molécules des gaz sont de même assimilées à des houlets se croisant dans toutes les directions, mais leurs chocs, au lieu d'amener une dilVérentiation, produisent au contraire l'homogénéité parfaite de la masse gazeuse. \ous sommes donc, semble-t-il, devant un paradoxe ('), puisque des prémisses en apparence identiques conduisent, ici et là, à des conséquences diamé- tralement opposées. En réalité, dans les deux cas, le second principe de la Thermodynamique (Principe de Carnot-Clausius, ou de dégra- dation de l'énergie) trouve son application, mais de deux façons dilTérentes. En ell'el, les prémisses, quoi qu'il paraisse tout d abord, ne sont nullement les mêmes : les projectiles de la théorie des gaz sont supposés parfaileincni élastiques, tandis que les projectiles cos- miques de M. DU LiGONiiKS sont plutôt mous. Aussi, au moment du choc, deux molécules gazeuses rebondissent l'une sur l'autre comme deux balles élastiques, sans perte de force vive; tandis que deux pro- jectiles cosmiques qui se heurtent se collent ensemble avec dégage- ment de chaleur, et par suite avec perle de force vive. Différence de nature des projectiles, voilà la vraie cause de l'apparent paradoxe que nous signalions. Mais il convient d'insister et de pousser plus loin ce parallèle entre Ja théorie cinétique des gaz et la Cosmogonie de M. dl Ligundlis. 74. Théorenic du viriel. — Considérons un système mécanique formé d'un grand nombre de points matériels. Soient m la masse de l'un d'eux, x, y, z ses coordonnées, X, Y, Z les composantes de la force qui agit sur lui. On a Û-.X ,- m ^^^, = \. d'y V '" dt^ = ^' (') Nous avons tlûjà signale ce point, à propos de l'Iixpfjlliùsc de Iva>t (Cli, I, 11" 1, p. 2). ll\I'OTlli:SE DE M- DU LIGOXDIIS Posons et les sommes^ s'étendant à toutes les molécules. La quantité \ s'appelle le viriel du système. Calculons ,, : La picmière somme ^ n"(;st aulicquc la force vive lï, la seconde somme n'est antre que le viriel \ . On a donc ,. d\j „, ,- 14) -_ = .1+^. Supposons que tous les points restent à distance finie et que leurs vitesses restent aussi finies : dans ce cas U sera toujours fini. Prenant les valeurs moyennes des deux membres de l'étjv.alion {'\) [)endant un intervalle de temps très long /^ — /,, il vient nioveniic de a T -+- V) Or, Ui, Lo, valeurs de L aux époques l\, U, sont finies, et /j — /,, est aussi grand qu'on le veut. On peut donc dire que pendant un temps très long la valeur moyenne du second membre est nulle : ce que nous écrivons, en surmontant les lettres d'un trait pour indiquer qu'il s'agit de valeurs moyennes, (5) 2 T -I- V ^= o. Tel est le théorème du viriel. 75. Faisons d'abord l'application de ce théorème à un gaz renl'crmé dans un vase. Ktant données deux molécules gazeuses m\. et mi, leur viriel a pour expression (a?iXi + ViY, -\- r, Z,~i -f- (.ToX. -H J^Y. -}- z^Zj). 03 , HYPOTIIliSES COSMOGONIQUES Quelles sont les forces Xi, \i, Zi, X^, \i,Z< appliquées à ces deux molécules? Xous pouvons négliger les actions mutuelles des molé- cules, sauf aux moments des chocs, d'ailleurs au moment d'un choc on a puisque les deux molécules sont au contact; et d'autre part X| -f- X, = o, Y, H- y. = o, Z, + Z. = o, puisque la réaction est égale et opposée à l'action. Le viriel dû aux chocs des molécules entre elles est donc nul, au moins en première approximation ('). Mais il faut tenir compte aussi des chocs des molécules contre les parois du vase : à ces chocs est due la pression /) du gaz. La Ibrce exercée sur un élément (k) de surface dont hi normale extérieure fait avec les axes les angles a, fj, y a pour composantes — p cos adio, — p cos [3f/(o, — p cos '(dw. Le viriel Y dû aux chocs contre la paroi a donc pour expression Y ^ — p j j (a* cos a -t- 7 cos P + ; cos y) d'o^ l'intégrale étant étendue à toute la surface. Or, on a X cos a(/rocliée. Nous n'en avons pas besoin ici. IlYPOTIli;sr DE M. I)f Lir.ONDKS ().) LussAC, car la force vive moyenne i>T est propoillonnclle à la tempé- rai me absolue du gaz. 76. A[)[>liquons maintenaiil le ihéorème du viiiel à la nébuleuse chaotique lie M. m Li(;om)i:s. Ici nous n'avons plus de parois, mais nous ne [)Ouvons plus négliger l'attraclion mutuelle îles projectiles. A[)[)elant /• la distance de deuv masses //*, et m., nous désignons par il; la fonction des fm'ces. Calculons le \lric'l : la force (X;, ^,, Z,. qui s'exerce sur m, par suite de l'aclion de m . a [)0ur composante suivant l'axe des .c A, == ih,!)}: - (r) ; la masse lU; fournit donc, dans le viricl. le terme Ai-T, = /H, Mi/.. 9 (r) ; Xi- La masse /H/_ fournit de même le terme \/.rr,, = »i,m/, 'c (r) r,,. ' r La somme de ces deux termes est r jSous voyons aisément que le viriel total a pour valeur ik =^;?j,m/, 'i'{r)r. ik Dans le cas de l'attraction newtonienne, nous avons et o'(r r = — - ; g4 HYPOTHESES COSMOGOMQLES par suite = — M. L'équation du viiiel donne donc 2 T - W = G. D'ailleurs, nous pouvons écrire aussi l'équation des forces \ives T — W = C. C restant constant lant qu'il n'y a pas (Je choc. De ces deux dernières égalités nous tirons T = — C, ^==_. 2C. Que pouvons -nous conclure de là!* Supposons tout d'abord que les projectiles soient parfaiterncal élastiques : leurs chocs n'entraînent aucune perte de force vive, et C reste constant malgré ces chocs. Alors les valeurs moyennes de T et de AA sont aussi constantes. Or, ^V = V "'' '"/■ augmente avec la concentration : il n'y aura donc pas tendance à la formation d'un noyau central très condensé. Ce seraient là les conditions d'une masse gazeuse entièrement isolée dans l'espace : cette masse ne se concentre pas indéfiniment, elle admet un certain état final d'équilibre, auquel elle tend d'elle-même à revenir si elle s'en est écartée accidentellement. S'il se produit en un point une petite condensation anormale, elle tend à disparaître d'elle-même. Au contraire, si les projectiles ont une certaine mollesse — et c'est le cas pour les matériaux cosmiques de M. du LiGoiN'Dr;s — la cons- tante des forces vives C décroll à chacun des chocs, par suite W = — 2G croîtra sans cesse : c'est dire que les distances /' décroîtront en IIYPOTIU:SE DE M. Df LUlONDliS C)D moyenne, et par suite que les chocs provoquent une tendance à la concentra lion indéfinie ('). 77. Loi de rcparlllioii des vitesses. — Avant de donner la loi de M.wwEi.i, sur la répartition des vitesses des molécules gazeuses ilans la théorie cinétique, exposons quelques considérations préliminaires. Envisageons un liquide enlermé dans un vase de forme invariahle qu'il remplit complètement. Soient .'.', v. * les coordonnées d'une molécule liquide, X, \, A les com[)Osantes de sa vitesse, de telle façon que les équations ditrérentielles des trajectoires des molécules s'écrivent dx dy dz , i6) X = Y=Z=^''' X, ^ , Z sont, par hypothèse, des fonctions données de j:, y, : et /. Dans ce qui suit, le mouvement sera supposé permanent, en sorte que X, \, Z ne dépendront que de x, v, r. Comme le liquide est incomprcssihle, on aura d\ d\ dZ (7) dx + dy + r/r = °- Nous supposerons que le liquide est un mélange de deux autres liquides : un liquide blanc et vm liquide rose, par exemple. Si, au début, ces deux liquides ne sont pas mélangés, on prévoit facilement qu'en général les brassages tins aux mouvements des molécules liquides auront pour ell'et de les mêler et de rendre linalemenl la masse homoûène. Parmi les molécules liquides distinguons-en un certain nombre (par exemple les molécules du liquide rose), et considérons leur dis- tribution à une certaine époque / à l'intérieur du vase. Appelons o la densité du liquide rose (^) au voisinage du point quelconcpie x, y, z : i' lîemarquons de plus ce fait curieux : l'énergie cinétique moyenne T va aussi en augmentant ; les chocs ont pour eiïet (Wui'jnieiiter les vitesses. Ce fait est à comparer au suivant que nous rencontrerons au Chapitre prochain : une résistance de milieu a pour eiïet d'accroître la vitesse linéaire d'une planète ou d'une comète. Nous aurons aussi plus loin (Gh. VIII, n° 171 l'occasion de constater un autre paradoxe du même genre. !- s sera le rapport du nombre des molécules roses au nombre total des molé- cules comprises dans un petit volume entourant le point a:, y, :. 96 IlYPOTUhSLS COSMOGONIQUES nous conviendions de dire que p dx dy dz est proportionnel à la probabilité pour qu'à l'époque / une molécule rose soit intérieure au petit élément de \olume (/a; <-/}' ]<]crivons l'équa- tion de continuilé relative au liquide rose dp d(^\) f/foY) d(pZ] de dx dv dz llYPOTlIliSE DE M. DU I.KJONDLS Q" dans Télal final [termanent, la dciivcc parlielle -,'. sera nulle; cl celle (•(jualion se réduira, en verlu de l'cqualion {-), à ,. do ,. do r, do \ { +\ ,' + / -^ = o. dx dv d: Celle cqualion sinlcipi'ètc lacileaienl : d'après les équalions (6), \,\ ,Z sont proportionnels au\ composantes dx, tly, dz du déplace- ment clénienlaiie de la molécule ; on a donc do , do , do , ,'- dx H- ,'- dv -h ,'- d: =~- G. dx dy •' d: Celte équation signifie que, quand l'clal pcnuducnl csl allcint, o ne varie pas loul le Id/k/ de la Irajeeloirc d'une molécule quelconque . Si donc une Irajcctoire (pielconcjue reinplil le vase tout entier ('), l'état final pei'Uianenl donnera p = const. dans tout le vase; c'est-à-dire que le mouvement aura eu pour ré- sultat le mélange complet des deux liquides. C'est le cas le plus gé- néral. Mais il peut airivcr que les équations données (G) admettent une intégrale première J [x, j, z) = const. Cette équation représente une lamille de surfaces, et une trajectoire cpielconque est alors située tout entière sur une telle surface. Si elle remplit cette surface, la densité o sera constante sur celte surface et la disliibulion finale des densités sera représentée par P =/lJ), f étant une fonction quelconque. De même, si les équations (6) admettent deux intégrales 3i X. V, : = const., 3, x, v. c = const., (') C'est ce qui arrive, par exemple, pour une couriic de Lissajols analogue à celles que nous avons considérées au n" 71 (p. 87 , el qui emplit tout un paral- lélé(iipède si les trois constantes a, p, ^ du n" 71 ne sont pas comniensuraLles entre elles. g8 iiypoTHi:sES cosmogomqles on aura comme loi finale de distribution des densités 78. Après CCS préliminaires, envisageons un système mécanique (S) à // degrés de liberté. Sa situation à l'époque / est définie par n para- mètres 7,, q., ... q„. Son énergie potentielle U est une fonction de ces variables^,. Sa force vive 2T est une fonction des q^ et de leurs dérivées y/ p^^r rapport au temps. Si nous posons nous aurons, pour définir le mouvement du système, les 211 équations différentielles suivantes (équations canoniques de IIamilto>{) : (8) (h II (/E dpi (/E àt dpi dt dqj oîi E = T+ U représente l'énergie totale du système, fonction des qiet des pi. Posant pour abréger (Œ _ _ <'E _ p dp, ~ ^' ' 'tq, - ' " les équations (8) s'écrivent (9) ;';"=î^='"- Elles sont de la même forme que les équations (G), les P; et les Q, étant indépendants de /. De plus, les Pi et les Q, satisfont évidem- ment à l'équation '''/i "^ dp, de môme forme que l'équation d'incompressibilité (7). Si donc nous considérons 7l' 'h, ■•-, 'In, Ih, Ih, •••■ I>n IIYPOTIIKSE DE M. Df L100^Dl:S 1)9 -comme les coordonnées, dans un espace à 2// dimensions, d'une par- ticule matérielle II, dont la vitesse aurait [)Our composantes nous pourrons dire que les équations (9) sont les équations différen- tielles de la trajectoire de la particule II. Dans cet espace à 211 dimensions, considérons fictivement un vase complètement rempli par un Tujuide incompressible, les molécules de ce liquide se mouvant conformément auv équations (9). Comme les composantes de la vitesse de la particule II satisfont à l'équation (10; d'incompressibilité^ nous pouvons considérer cette particule II comme étant en .suspcn.sioii dans un pareil liquide liclil' (jui l'entraîne dans son mouvement. •Ainsi, au niouvenicnt de notre système mécanique (S), nous faisons correspondre, dans l'espace à 211 dimensions, la trajectoire d'une par- ticule n en suspension dans un fluide incompressible. Si, au lieu d'un seul système mécanique (S), nous en considérons un très grand nombre (SJ, (S,). ..., (S,„). obéissant aux mêmes équations (9) de mouvement, mais diJîérant entre eux par les conditions initiales, au lieu d'ime seule particule 11, nous aurons à en considérer m n„ n„ ..., n,,,, toutes en suspension dans le même liquide incompressible. Ces parti- cules n vont jouer ici le rùlc des molécules roses que nous considérions un peu plus liant. Définissons la probabilité pour qu'à un instant donné /, un de nos systèmes pris au hasard parmi nos m svstèmes satisfasse à certaines conditions, par exemple pour que sa particule représentative II soit intérieure à un certain volume v de l'espace à 211 dimensions. Si, ù cette époque /. la densité des particules FI est représentée par 0 ('), la [^) La ilcnsilé p est proportionnelle au noml^re de particules II intérieures à runité de volume, au voisinage du point considéré. HYPOTIIliSES COSMOGOMQUES probabilité en question sera, par définition, proportionnelle à Tinté' grale '211 uplc ff !■ p '^'j'i <^'72 ••• f^7)j '/Pi dp-2 •■• ^h^ii étendue à ce volume v. Soit à{(iy, i, p-2, .-., pn) comme étant la moyenne, pendant ce temps très long T, des valeurs que donnent à à les coor- données de la particule II rcpréscntalive du système. Le liquide fictif de l'espace à 2/i dimensions va, en général, quelles, que soient les conditions initiales, par suite des mouvements intérieurs définis par les équations (9), tendre vers un élat limite permanent, comme il arrivait précédemment dans le cas simple de trois dimen- sions. Le raisonnement fait dans ce cas simple (p. 97) est évi- demment général et nous permet de dire qu'une fois Vêlai pcnuducnl allcint, 1(1 dcnsiU- 0 des paiiiciih's ][ ne inirlcra pds loul le /o/n/ de la Irajceloire d'une nioléeule quelconque. Si donc une de ces trajectoires emplit le vase tout entier la distri- bution finale des densités 0 sera p = const. DEPARTMENT OF MATHEMATICS ^ UNIYERSITY OF TORONTO ini'OTIIi;SE DE M. DL LIOONDKS dans tout le vase. Si les équations (9) de mouvement admettent une inté'.'-fale piemière J =r const. celte distribution finale sera Si les équations (9) admettent A: intégrales premières Jj = const., J < ;= const., .... J^ = const., la distribution fmale sera P=/(J.,J„....J,). Toutefois celte dernière airirmalion suppose implicitement que la tra- jectoire tl'une des molécules, qui est située tout entière sur la multi- plicité à 2/2 — le dimensions définie [)ar les équations J, = const., J., = const J/.- ^^^ const., rempli/ cette multi[)licilé. Nous ailmcllrons — c'est en cela que con- siste le (' postulat de M.vx-well » — qu'il en est elTectivement ainsi pour les systèmes que nous considérons. 79. Dans le cas qui nous occupe, les équations (8) ou (9) du mou- vement admettent une intégrale, celle des forces vives E = const. Supposons d'abord que ce soit la seule. La loi de distribution finale des densités 0 est alors ? =/(E). Supposons un instant, pour simplifier et pour avoir une représen- tation géométrique, que notre espace n'a cjue trois dimensions ; alors l'intégrale E = const. représente une famille de surfaces ; la loi ?=/(E) nous enseigne que 0 est constant tout le long d'une telle surface, mais peut varier d'une surface à l'autre. Considérons deux surfaces 103 IHiPOTIIÈSES COSMOGONIQUES voisines E et E -t- '/E {fi,. Le résultat serait le même, et nous trouverions la même densité fictive (j , si nous posii^ns le problème d'une façon un pou diiïérenle. Supposons que les équations de mouvement (9), au lieu d'admettre k intégrales, en admettent seulement /i (11) J, = consl., Jj =^ const., .... J,, = const. ; mais nous imposons à notre système l'obligalion de satisfaire à k — h autres conditions (12) J/._i.i ^= consl., J/,_i_2 = const. J/,:= const., I04 IlYPOTlIliSES COSMOGOMQl'ES que nous nous donnons arbilraircment. En d'aiilres termes, parmi tous les systèmes qui satisfont aux h conditions (i i), nous considérons seulement ceux qui satisfont en même temps aux /,• — h conditions (12). Et c/'da sera proportionnel à la probabilité pour qu'un système satisfaisant à la fois au\ conditions (ii) et (lu) ait sa particule représentative 11 située sur l'clémcnt (/c de la multiplicité à in — k dimensions définie par les conditions simultanées (11) et (12). Remarque. — Dans les cas que nous considérerons, les multipli- cités à 2/i — k dimensions que nous aurons à envisager présenteront la symétrie de sphères concentriques ou de cylindres coaxiaux, si bien que la quantité 'Ç sera une constante tout le long de la multipli- cité envisagée, et il en sera de même de rj . 80. Appliquons les considérations précédentes à un système méca- nique formé par un très grand nombre n de projectiles dont l'action mutuelle dépend seulement des masses et de la distance : ce système sera, si l'on veut, un gaz dont chaque molécule est assimilée à un projectile. Soient Xi, x-2, Xi les coord(3nnée.s du premier projectile dont la masse sera désignée indifféremment par //h, m-i ou m,. Soient de même £Ci, x'.;, Xi-, les coordonnées du second projectile dont la masse sera désignée indifl'éreniment par /??,, m., ou m,-, ... VA ainsi de suite. Non s poserons /-■ = V"' et qi = V m; Xi L'énergie potentielle U du système sera une certaine fonction des Xi, c'est-à-dire des qu La demi-force vive T aura pour valeur 1 =: > /», r, - ^ > -y, - = -- > \)-. Et comme on a rfT ^' ^ àql ' les y, et les [), lormenl un système de luiridhles cdiioniqnes ; autrement 1IYP0TI11:*E Di: .M. Df dit, on aura pour définir le niouvemenl les équations de IIamilton (8) (/7, _ /»,- :=: const. : telle est, dans l'espace à n dimensions des p ,. l'équation de notre mul- tiplicité M à /i — I dimensions. Cette multiplicité M présente, on le voit, la svmétrie d'une sphère ; par suite d'après la remarque faite à la page loV la quantité appelée plus haut 'Ç et la densité fictive 0' sont constantes tout le long- de cette multiplicité M, que nous pouvons appeler une s[)hère à n — i dimensions, pour faciliter le langage. I06 UYPOTuioSES OOSMOGOMQLES Le point }h, Ih Pn représenlalif des vitesses de noire système est donc situé sur cette sphère. Et comme la densité o' à la surface de cette sphère est cons- tante, nous pouvons dire que la probabilité, pour que ce point repré- sentatif soit situé dans une certaine région R de cette sphère, est pro- jiortionnelle à la surface de cette région R. Quelle est alors la probabilité pour que Pi soit compris entre p'I et p[ -h dpl'^ Nous n'aurons qu'à prendre comme région R la zone dé- coupée sur la sphère par les deux plans et la prol)abilité cherchée sera proportionnelle à la surface de celte zone, surface que nous allons évaluer. Appelons /• le rayon de notre sphère h n — i dimensions. Ce rayon est délini par V ,,,. = ,.= ; et nous posons r'- = nk-, n étant le nombre des molécules ; la constante /.- sera alors la moyenne arithmétique de tous les /),-. Si nous posons p'i' = /• cosO, la surface de la zone en question sera proportionnelle à sin"— -0 t/O, c'est-à-dire à Mais nous avons sin"-''0 dpi. sin2 0= I —'À 1- Pf- ~ ni,-' ' par suite nous pouvons représenter la surface de notre zone par n — 3 -^(■^£V'«; lYPOTHKSi; Di; M. Dl LIGOTIDES celle expression représente aussi la prol)al)ililé pour que /)i soit com- pris enlrc />j' el p" -h r///,'. Gomme n esl 1res |_M-ancl, par hypothèse, on peut écrire api)ro\imalivemcnl (') cc qui clnnno à la probabilité la forme _PÏ' Telle est l'expression de la loi de Maxwell sur la répartition des vi- tesses des molécules gazeuses (-). Le point Pi' P^ /'" étant situé sur la sphère ^ p;"- = const.. et la densité fictive '>' étant constante à la surface de celte sphère, tous les p"- ont même valeur moyenne ; ce que nous écrivons Pr=Ph en surmontant les lettres d'un trait pour indiquer qu'il s'agit de va- leurs moyennes. Faisant d'abord /= •>, pi ci p., sont relatifs à une même molécule, et l'équation précédente montre que cette molécule a même force vive moyenne dans le sens des ,'■ et dans le sens des y. Si p, et pi sont relatifs tous deux à l'axe des a:, mais à deux molécules dill'érentes, la même équation prouve que ces deux molécules ont, suivant une même direction, la même force vive moyenne. Donc, si (') On sail cti dlct fjiic ( i + j a pour limite C quand n croit indéfiniment. (- Si, parmi nos n molécules, il s'en trouve deux identiques, on peut les inter- vertir sans ciianger la configuration du système : les deux systèmes ainsi définis satisfont à la mrme loi de probabilité. S'il se trouve > molécules identiques, on peut les intervertir de A ! façons différentes : on obtient ainsi N ! systèmes satis- faisant à la même loi de probabilité. Cette loi subsiste donc même si l'on ne con- sidère pas comme distincts ces > ! systèmes qui offrent tous la même configuration. I08 HYPOTHÈSES COSJIOUOMOLES l'une des molécules a une masse plus grande que celle de l'autre, sa vitesse moyenne sera plus faible. 81. La démonstration précédente s'applique au cas d'un gaz en- fermé dans un vase à la même température que lui. Si le gaz est entièrement libre, cette démonstration demande à être complétée. Dans ce dernier cas, en elTet, les équations (8) du mouvement n'ad- mettent pas seulement l'intégrale des forces vives qui s'écrit toujours, les (ji étant supposés donnés, (i4) 7 pr = const. ; elles admettent aussi les intégrales du centre de gravité ('). Si nous projetons la quantité de mouvement de toutes les molécules sur la direction quelconque dont £i, ii, s., sont les cosinus directeurs, la somme de ces projections est une constante A. La première molécule a pour quantité de mouvement en projection sur cette direction / , / / / — / / £i/»i:f 1 -T- ^lUoXi -h HiiifX -i = ^^ \/mipi + i., \ in.p., + £3 \ in.p^. La seconde molécule a de même pour projection de sa quantité de mouvement sur la même direction l'expression OÙ l'on a posé, pour plus de symétrie dans les notations, Et ainsi de suite. L'intégrale du mouvement du centre de gravité, en projection sur la direction envisagée, s'écrit donc dans celte égalité on a posé 2 =:; "S ••• -^.^ . — , •••1 E, = £,;== f„ = ...= £3,^ =•••• (') Ces intégrales n'exislaicnt pas dans le cas d'un gaz renfermé dans un vase. puisque les molécules étaient soumises aux réactions des parois du vase qui sont des forces cxlcriciires au sjstètne. llYPOTIILSi; DE M. DU I.I«;ONDi;S 10^ \ous devons, dans l'espace à n dimensions, couper la s[)lièie (iV) par le plan (i5) : l'intersection est une splicic à n — •.> dimensions dont nous appelons p" les coordonnées du centre. Pour avoir ce centre, nous abaissons de l'oriirine la perpendiculaire sur le plan ( lô) : nous obtenons les équations qui expriment que les p'I sont proporlionncls aux cosinus directeurs de la normale au plan (i5) ; et pour déterminer la constante /.-, nous écrivons que le point p'/ est situé dans le plan (i3), ce qui donne /.V ,.„,=. A. Avant ainsi obtenu le centre de notre sphère à n — 2 dimensions^ transportons-y l'origine en posant La sphère (l'i ) devient alors ^ l>\- -h 2 ^ /)■/)" -+- ^ /)"- = con:t. ; or, on a = k[\ — A] = o ; par suite, l'équation de la sphère (i '1) s'écrit ^ p- = const. Il faut couper celte sphère par le plan diamétral (i5), devenu La multi[)licilé li n — 2 dimensions qui résulte de cette intersec- tion présente encore la symétrie de la sphère. Un raisonnement identique à celui qui a été lait plus haut montrerait alors que la dis- tribution des p[ satisfait encore à la loi de Max\\ ei.l. 0 nVPOTIIi:SES COSMOr.O.MQLE!» Or, si Ion fail successivement £1 = 1, E, :^ O, Ej puis enlin o, -2=1, ^1 = o, o, £0 = o, afin d'utiliser l'ensemble des trois intégrales du centre de gravite', les p\ ne sont antre chose, on le voit aisément, que les variables qui correspondent aux vitesses des molécules par rapport au centre de (jravilé du système . ?sous pouvons donc dire que dans une masse gazeuse entièrement libre, la distribution des vitesses relatives par rapport au centre île gravité satisfait encore à la loi de Maxwell. En particulier, les di- verses molécules auront même force vive moyenne ; si leurs masses sont inégales, les grosses molécules auront, relativement au centre de gravité, une vitesse moyenne plus faible que les petites ; plus les masses des molécules seront grandes, plus leurs vitesses se rappro- cheront de celle du centre de gravité. 82. Tout ce qui précède s'applique aux gaz arrivés à un état station- naire, et qui, par conséquent, se trouvent dans leur ensemble en état d'écpiilibre mécanique et thermique. Lorsqu'au contraire la masse gazeuse possède diverses régions où les vitesses et les températures ne sont pas les mêmes, le mécanisme du frottement et de la conducti- bilité tend à égaliser ces vitesses et ces températures, et à déterminer im état slalionnaire. Considérons, en effet, deux portions conliguës A et B où les vitesses moyennes sont dillérentes, les molécules de B, par exemple, présentant une prépondérance de vitesses dirigées dans un certain sens. Des échanges de molécules s'elVectuent entre les ré- gions A et B, et les molécules qui passent de B en A apportent avec elles leur vitesse ; la prépondérance diminuera donc en B et la vitesse augmentera en A : c'est ainsi que le frottement ou la viscosité de la masse gazeuse tend à égaliser les vitesses de A et de B, et à rendre nulle la vitesse relative de l'une des régions par rapport à l'autre. L'ensemble de la masse gazeuse tendra donc vers un état final où elle se mouvra d'un bloc, à la fa<;on d'un corps solide. Si le moment de rotation total était nul initialement, cet état final est une simple DE M. i>u; Li(;<>M)i:s Iranslalion ; si ce mrirncnl de rotation Inilial cxislail, l'élal final est une translation acco[n[)agnée d'une rotation autour d'un certain axe. Le mécanisntie de la conductibilité tlieriniquc est entièrement ana- logue. Ueprenons nos deux régions conliguës \ et li et supposons la région B plus chaude que la région A. Les molécules de B auront alors une lorce vive moyenne supérieure à celle des molécules de A ; par suite les molécules qui passent de H en A tendent à écliauller A; celles qui passent de A en H tendent à refroidir li. Les températures finiront donc par s'égaliser. Toutcl'ois, si la masse gazeuse est d'un volume considérable, elle n'arrivera à son état final stationnaire tant mécanique que thermique, qu'au bout d'un temps excessivement long ('). Mais chaque petit volume atteindra assez rapidement un état d'équilibre local, où les vitesses des molécules satisferont à la loi de Maxxvei.l (il s'agit ici des vitesses relatives par rapport au centre de gravité de la région res- treinte envisagée). 83. Revenons maintenant à la nébuleuse chaotique de M. vn Li- coxDÈs, et vovons dans quelle mesure tout ce qui vient d'être dit sur les vitesses des molécules gazeuses dans la théorie cinétique s'applique aux projectiles qui composent cette nébuleuse. Si ces projectiles étaient parfaitement élastiques, l'assimilation serait complète. Lorsque deux projectiles élastiques de même niasse, qui se sont choqués, A'/- 1^- rebondissent l'un sur l'autre, la vitesse de leur centre de gravité commun n'a ])as changé, la force vive totale non plus ; quant à la vitesse relative de l'un par rapport à l'autre, elle n'a pas changé en grandeur, mais elle a changé en direction. En d'autres termes, si les vecteurs oa et ob représentent (fifj- i8) les quantités de mouvement des deux projectiles axant le choc, leur somme géométrique oc n'a I ^ oir ce qui a clc dit au Cliap. III, Section IV, a» sujet de la faiblesse de riiillueiice des rrollemeiils quand il s'agit de grands >oUiaics lluiiles. IlVPOTllli!>L:S COSMOGOMOVES pascliangé; leur dilTércncc géométrique ah a conservé sa grandeur mais a varié en direction. Telles sont les lois du choc de deux corps élastiques de môme masse. Considérons maintenant deux points matériels A et B de même masse s'attirant (ou se repoussant) suivant une loi quelconque fonction de la distance, l'action étant nulle à distance infinie. Quand ces deux points sont très éloignés l'un de l'autre, leurs trajectoires sont recti- lignes ; elles s'incurvent ' fig. 19 lorsque ces deux points viennent à passer l'un près de l'autre; puis, la distance augmentant, les deux trajectoires redeviennent rectiligncs. La force vive n'a pas changé; quant à la vitesse relative, lorsque les deux points sont arrivés en A' et en B' oii les trajectoires sont redevenues sensiblement rectilignes, elle + B' 7'.7- 19- na pas varié en grandeur, mais elle a changé en direction. Nous retrouvons donc exactement les mêmes lois que dans le choc de deux corps élastiques ; en effet, le choc de deux corps élastiques peut être regardé comme un cas particulier du problème que nous envi- sageons. Nous conviendrons de dire que les points matériels A et B, ainsi déviés de leur route, ont subi un dciui-clioc. Les demi-chocs se font conformément aux lois des corps élastiques. Les matériavix qui constituent la nébuleuse de M. du Lir.oxDKS et qui s'attirent entre eux suivant la loi ne^^tonienne vont ainsi subir un grand nombre de demi-chocs : à ce point de vue ils sont assimila- bles aux molécules d'une masse gazeuse. iNLais, à côté des demi-chocs, il faut distinguer aussi les cliocs vcrilahics (jui ont lieu lorsque deux iivpOTm:*!: de m. nu lkjondus |Mojectiles A et B viennent à se toucher physiquement. Ces chocs vérilahlcs se font toujours avec perle de force vive, et par suite avec tendance à la concentration, parce que les matériaux cosmiques ne sont pas parfaitement élastiques mais plutôt mous. Les deiui-chocs, dans la néhulcuse, sont certainement beaucoup plus fré(juents que les chocs véritables. Par suite, malgré la possibilité (le ceux ci, les vitesses auront loul d'abord une tendance à se répartir selon la loi de Maxwelf., les [)rojcctilcs les plus gros prenant une vitesse moindre que les plus petits. L'elîet concentrateur des chocs véritables produira quelques grosses agglomérations. Ces grosses agglomérations, en vertu de la loi de Maxwell (que les demi-chocs tendent toujours à maintenir}, prendront une vitesse relative assez faible par rap[)ort au centre de gravité de la région où chacune d'elles se trouve. Comme la nébuleuse entière, assimilée à une masse ga- zeuse, lend, par suite du frottement, à tourner d'un seul bloc comme le ferait un corjis solide, les grosses agglomérations tendront finale- ment à jirendre une vitesse peu différente de celle qui correspond à une rotation uniforme autour d'un axe. Dans ces conditions, reconnaissons que les inclinaisons des orbites des grosses agglomérations sur le plan équatorial vont tendre à dimi- nuer. Soient O le centre de la nébuleuse. Il le plan équatorial du maxi- mum des aires et Y la vitesse actuelle d'une grosse agglomération 1^ {fiDi:s tente aussi d'expliquer certains faits particuliers oflerls par le système solaire. Par exemple, Jupiter se trouve être la plus grosse des planètes, parce que le disque équatorial aplati, géné- rateur des planètes, aurait présenté à la distance correspondant à Jupiter un maximum de densité. Il trouve aussi certaines raisons pour rendre compte des lois suivant lesquelles varient les masses des dilVérenles planètes, leurs distances au Soleil, les inclinaisons de leurs axes... Disons enfin que, d'après M. m Lkjondi'.s, l'ordre des |)lanètes, rangées au point de vue de leur âge, serait le suivant : Jupiter, ^e[)tune, Uranus, Saturne, la Terre, Mars, Venus, Mercure. Les considérations développées dans les n"^ 85 et 86 nous paraissent avoir moins d'importance que les précédentes. On pourrait les aban- donner sans renoncer aux principes fondamentaux de la théorie que nous venons d'exposer. En ce qui concerne le sens de la rotation des planètes, nous avons vu que la théorie des Marées était seule capable d'en rendre compte; les objections faites aux idées de E ave sur la (( période directe » et la « période rétrograde » conserveraient ici leur valeur. D'autre part, il nous semble prématuré de chercher à rendre compte, par des considérations a priori, des lois qui lient les masses des planètes aux grands axes de leurs orbites, à la durée de leur rota- tion, au nombre et à la répartition de leurs satellites. Si ces considé- rations étaient justifiées elles devraient s'ap[)liquer aux systèmes pla- nétaires qui entourent toutes les étoiles, et tous ces svslèmes devraient être identiques ce qui est bien peu vraisemblable. CHÂPITUE VI. HYPOTHÈSE DE M. SEE. 87. Pour ^I. See ('), les planètes n'ont pas du tout été l'ormécs par des iVagaicnts de la nébuleuse solaire et la Lune ne provient pas d'un fragment de la nébuleuse terrestre. Les planètes sont, d'après lui, d'origine cosmique extérieure à la nébuleuse solaire; ce sont des corps étrangers qui, venant à ]iasser dans le voisinage du Soleil, ont été captés par lui. De même la Lune a été, à une certaine époque, captée par la Terre. Gomment s'est produit ce phénomène ? M. Sel: pense qu'autrefois le Soleil était entouré d'une vaste atmosphère, et que c'est par l'elTcl de la résistance de milieu créée par cette atmosphère que la capture a eu lieu. 88. Etudions donc l'clTct d'une résistance de milieu sur le mouve- ment d'une planète (■). Si la résistance était nulle, le mouvement serait képlérien, l'orbite serait une ellipse d'excentricité d'ailleurs quelconque. La densité du milieu résistant étant par hypothèse très faible, cette orbite variera lentement. >'ous allons étudier les varia- tions de cette orbite par la méthode de la variation des constantes. Rappelons d'abord quelques formules du mouvement elliptique des planètes. Appelant r le rayon vecteur et v l'anomalie vraie, l'équation de l'orbite est ^ ' i -\- e cos V e désignant l'excentricité, et (2) p = a{\—e') ('1 T. J. J. See : Rescarches on the Evolutionof Ihe Stellor Systems, vol. Il : The Capture Theory of Cosmical Evolution 1 Lynii, Mass , U. S. A., Tlios. P. ^'icllols and Sons; Paris, A. Ilermann, 1910 . {-J T. J. J. See : Loc. cit., Ch. MI, p. iSj-iôS. H8 IIYPOTIIKSES COSMOr.ONIQUES désignant le paramèlre de l'oibilc cllipllque dont sa est le grand axe. Nous avons aussi l'équalion des aires la constante des aires C ayant pour valeur G = /My> , oii M représente la masse du Soleil. (Nous négligeons la masse de la planète vis-à-vis de celle du Soleil.) Le moyen mouvement n est lié au demi-grand axe a par la troisième loi de IvKPLiiu (3) nhi' = M. Enfin l'équation des forces vives donne .^, _ M _ _ M /• -la ï étant la demi-force vive. Diirérentiant l'équation ( i) par rapport au temps, il vient dr pe sin v dv dt (,!"+" <-' ^"os v)- dl pe sin u C ( I -t- <-' cos V) - r- ne sin y C , , , = 7 — r, -9(1 H- « COS l'j- ( [ + e cos j;,r p- ^ ' C . :^ - e SUl l'. V Or TT est la composante de la vitesse suivant le rayon vecteur. La com- posante perpendiculaire à ce rayon a pour valeur do C '■ dl = r = - ( I -t- ^ cos V). p Des deux composantes de la vitesse V nous déduisons, pour le carré de celle vitesse, V^ r= — (i -t- 2 e cos V -h e^). p2 . J liyPOTUKSE DE M, SEE HJ Si, pour abréger, nous posons nous aurons V='^o Les formules ci-dessus conviennent au mouvement képléricn. Supposons maintenant qu'il existe un milieu atmosphérique don- nant une résistance R directement opposée à la vitesse et tonclion de la valeur \ de cette vitesse. La constante des forces vives — ^— subira, pendant le temps '//, une variation cette variation sera égale au travail de la résistance R, travail qui a pour valeur on a donc ^ '^ = _ RV aa- dt d'où l'on tire da aRpa- rempla<.-ant M et p par leurs valeurs (2) et (3) dans cette dernière équation, on obtient /,v da 2R? dt n V I — e'^ A oilà l'équation qui donne la variation du grand axe : le second mem- bre est essentiellement négatif. L'effet de la résistance de milieu est donc toujours de diminuer '/, et par suite, d'après l'équation (3), I20 HYPOTHESES rOSMOGOSIQUES d'augmenter n. La \itesse angulaire de la planète s'accélère (') en même temps que sa distance moyenne au Soleil diminue. Etudions, à présent, l'cfTet de la résistance de milieu sur l'excen- tricité de l'orbite. Tout d'abord la constante des aires C aura sa dérivée -„ éj-ale au al " moment, par rapport au centre d'attraction, de la force perturbatrice R. Or, cette force R opposée à la vitesse a pour composantes : suivant le rayon vecteur r/r - R ''' , V perpendiculairement au rayon vecteur dv - R ^ ; Y et le moment de la force W par rapport au Soleil est .dv On a donc (5) Rappelons que 11 y — *^ Y rfC _ _ R C dl — V = M=* a- (i — e-y-. Prenant les dérivées logarilbmiques des deux membres extrêmes, il vient rfC i /da 2 ede oC I /da G 2 \ a 1 (i) La formule (3) montre mùme que na augmente quand a diminue. D'où cette conséquence curieuse : une résistance de milieu a pour eflet d'augmenter la vitesse linéaire de la planète. llYPOTIIESIi Di: M. SEE Celle équation va nous pernicllie d'ohlcnir '/<• puisque da et dC vien- nent d'être calculés. On trouve ae de i da •?. (/C 1 — e- dt a dl C (// . , , . , da (W. , / /\ . /-\ cqualion qui s ecril, en remplaçant ^^ et ^ par leursYaieurs(/i)et(a), (C^) 3e ( le aRo 2K c- dt ,ia \' i — g2 \ Transformons le second membre de celle égalité. Nous avons trouvé précédemment (p. 119) /M P na V = ? V par suite ce second membre se met sous la forme na V^i — e- L' ? J ou encore, en nous rappelant la valeur de 0-, sous cette autre forme aR 26 cos V H- 2e- na V I — e r L'équation (ô) donne donc finalement , , de 2R v^i — e- , . (7) j, = (^ + cos V). ^'^ dl nap ' Telle est l'équation qui donne la variation de l'evcentricité de l'orbite. 89. Les formules (4) et (7) permettent de calculer à chaque instant les variations du grand axe et de l'excentricité. Mais ici il importe seulement d'obtenir leurs variations séculdircs, et pour cela de cal- culer les valeurs de da et de de pendant le temps d'une révolution complète. Prenant pour variable indépendante l'anomalie vraie v, nous aurons ' da da dl S dv dt dv ' ^^) . \de_dedl [ dv ~ dt dv ' 123 iiypoTHfSEs cos:mogomques Or, l'équation des aires donne <9) =:: p- (l + e COSI')" -, donneront les variations tlu demi-grand axe et de l'excentricité pendant une révolution. II y a lieu de faire certaines hypotlièses sur la résistance de milieu R. Cette résistance croît avec la vitesse; nous la supposerons propor- tionnelle à une certaine puissance de la vitesse V. Elle varie avec la distance /• au Soleil, car la densité (et par suite la résistance) de l'atmosphèie de cet astre croît à mesure qu'on s'en approche; nous admettrons que R est proportionnel à une certaine puissance (néga- tive) de /■. Bref, nous poserons (10) R = /tV*r-?, h, a e: 1^ étant des constantes positives. Comme Y est proportionnel à 0, et /• a — — T~, nous pouvons écrire la lormule (10) ainsi : i 1 H- e cos u A ^ ' Y\ = hf (1 +ecosi')?, Ji étant une nouvelle constante positive. Avec cos liypothèses sur R, les valeurs (8) de , et , , calculées au moyen des formules (^j), (7) et (9), peuvent s'écrire oii n désigne la constante positive j= — II ( ' — e-) ^ p* ' ( I + e cos I')'' '-'■ {e + cos v) ; 2}rli rappelons que, dans ces valeurs (i i), I p = ( I -t- 2 e cos /.' + e-) a . HYl>nTHi:SE DE M. SKE 133 Pour ('ludicf les varialious séculaires de a et de e, nous devons développer les seconds membres des valeurs (ii)en séries trigonn- niétriques suivant les cosinus des niulliples de v, cl intégrer entre )' = o et r = '2T.. A l'intégration tous les cosinus donneront zéro; par suite ce qui nous intéresse, ce sont les termes constants de ces Llé\e!oppenicnts trigonomélriques et surtout le si I, ? > 2, Al sera positil", car de deux éléments de l'intégiale correspondant aux; deux valeurs i' et tt — v de la variable d'intégration, l'un est positil" et l'autre négatif, mais l'élément positif est plus grand en valeur absolue que l'élément négatif. D'une façon analogue, on reconnaîtrait que si les deux inégalités sont satisfaites, on aura de même Ai >• o. Si nous supposons l'excentricité c assez petite pour pouvoir négliger son carré e'-, nous trouverons des conditions plus larges. La seconde formule ( 1 1) se réduira à 1, c'est-à-dire que K croisse plus vite que la simple puissance de la vi- tesse. Or, on admet souvent, à titre d'approximation, qu'une résis- tance de milieu est proportionnelle au carré de la vitesse. 90. Cette diminution de l'excentricité par le fait d'une résistance de milieu aurait pu se prévoir, en gros et sans calcul, de la manière suivante. Supposons que la résistance ne se fasse sentir qu'au voisi- nage du péribélie P [/}(/. ay) ; dans ce cas, la planète subit en ce HYPOTIIKSE DE M. SEE 125 point P une brusque diminulion de vitesse, d'oiî résulte vinc diminu- tion du jjiiaml axe. Le péiilu'lie reslaul le mémo et l'apliélie se lap- piocliant, il est clair (pic Icxccnliicilé tlécroît. Au contraire, si la résistance n'agissait f|u';iu moment de l'aphélie, la nouvelle orbite aurait même a[)liélie (pic l'ancienne, mais son périhélie se rappro- cheralt du Soleil : l'exciMilricilé augmenterait. Dans la réalité la ré- sistance se fait sentir tout le long do rorl)ite, mais deux raisons font qu'elle est plus importante au périhélie : d'abord, en ce point la vitesse est maxima, puis l'atmosphère étant, en général, plus dense à mesure qu'on se rapproche du Soleil, elle oppose une plus grande résistance [ucs du périhélie. 91. En résumé, l'etlet d'une résistance de milieu sur une orbite képlérienne est de diminuer à la fois le grand axe et l'excentricité ('). Donc, si l'on admet, avec AI. See, qu'autour du Soleil s'étendait pri- mitivement à de très grandes distances une atmosphère résistante, on conçoit qu'un astre d origine cosmique, venant à passer dans la sphère d'action du Soleil, ait pu modifier sa trajectoire. Celle-ci, de parabo- lique ou hyperbolique qu'elle était, a pu d'abord devenir elliptique ; puis la résistance de milieu continuant à faire décroître le grand axe et l'excentricité de l'orbite, celle-ci s'est rapprochée de la forme circulaire. Lorsque l'atmosphère résistante, peu à peu absorbée par le Soleil, a finalement disparu, l'astre a continué à circuler autour du Soleil dans son orbite voisine d'un cercle. Telle est, d'après AL See, l'histoire de toutes les planètes. (') On reconnaît aisément que celte résistance ne produit aucun c(Tet séculaire (au moins en preniière approximation) sur la longitude du périliélie. Bien entendu, elle ne modilîe pas le plan de l'orbite, qui garde la même inclinaison et la même ligne des nœuds par rapport à un plan fixe. laO HYPOTHESES COSMOGOIQUES 92. Do môme que les planètes ont été captées par le Soleil, de même, selon M. See, les satelliles ont été captés par leurs planèlcs respectives ('). Pour étudier celle capture, plaçons-nous dans le cas relativement simple qu'on appelle le problème reslreinl. Le Soleil S et une pla- nète J (par exemple Jupilcr) décrivent chacun {fi(j. 23) autour de ^P ^V.P2 fuj. 23. leur centre de gravité commun G une orbite circulaire, avec une vitesse angulaire 0) constante. Il s'agit d'étudier le mouvement d'une petite planète P dont la masse est négligeable par rapport ù celle de la planète principale J et qui par conséquent ne troublera pas le mouvement de celle dernière. Prenons pour origine le centre de gra- \ilé (i du système S-J, pour plan des xy le plan où S et J décrivent leurs orbiles circulaires, et dans ce plan des axes rectangulaires mo- biles, l'axe des x étant la droite SGJ qui joint le Soleil à Ju[)iler ; l'axe des z est la perpendiculaire en (! au plan de l'orbite. Les forces agissant réellement sur le point P(x, }', z) sont l'attraction du Soleil et celle de Jupiter. Ces deux forces dérivent respeclivement des deux fonctions de forces ; -) U, = Ml U. = M:^ Ml, M, étant les masses du Soleil et de Jupiter, <;i, ^^ leurs distances à P. Les axes étant mobiles, il convient d'ajouter à ces forces la force centrifuge et la force centrifuge composée. La force centrifuge a pour (') T. .T. J. See : Loc. cit. Cliap. VIII, p. i^fj-iSa et Gliaji. X, p. Tii-'i^n. (-) Nous supposons égale à l'unité la masse i\i de la petite planète P. Plus exac- tement, cette masse m se trouvant partout en facteur, nous ne l'ccTivons pas clans les l'orniulcs. IIYI'UTIIKSI-; DE M. SEE l't~ composantes «o-.r, 0/2 v^ o. La force cenlrilnge composée a pour composantes ilv d.r Les équations de mou\ement do la planète P relativement aux axes mobiles sont donc il'x dl\ dl.. , dv dl- dx dx dl d-Y (/U, dlj., , dx dl- dy dy - dl d': _ rfU, dU.. d? ~ d: '^ d: • Si nous multiplions respectivement ces trois équations par dx = '!;' dl, dy = '{■' dl, d: = 'î: (//, dl dl dl et que nous ajoutions les résultats, novis obtenons une combinaison iuunédiatenienl intégrable qui nous conduit à l'intégrale suivante i[/dx\'- /dvV- /'l-\-l M, M, io2 ^ connue sous le nom d'iiiléi/fale de jAcom. Le premier membre de celte dernière équation étant positif, les coordonnées x, y, : du point P satisferont à l'inégalité M, M, o- , — ^ H -i (x- -+- r- — C > o. Pi ?2 ^ Par suite la projection (x, y du point P sur le plan des xy sera intérieure à la courbe dans cette équation, Oi et 02 désignent les distances de cette projection du point P aux points 8 et J. Pour les très grandes valeurs de lu lyS m POTIUJSES COSJIOGOXIQUES constante C, celle couibc comprend deux boucles ^désif^nées par i sur la fifj. 2/i) entourant, l'une le point S, l'autre le point J. Lorsque C décroît, ces deux boucles se dilatent et se rejoignent à un certain moment en un point double A (courbe 2). Puis, G diminuant encore, elles n'en font plus qu'une (courbe 3) qui entoure à la Ibis S et J ('). f>'3- 24. Donc, lorsque la constante C n'est pas trop grande, la [)chte [)Ianètc obligée de rester intérieure à la courbe .') est néanmoins libre d'aller au voisinage, soit du Soleil, soit de Jupiter. Si, au contraire, la cons- tante C est très grande, la petite planète restera à l'intérieur de l'une des deux boucles i : elle sera un satellite soit du Soleil, soit de Jupiter. Or, l'effet d'une résistance passive telle qu'une résistance de milieu est d'augmenter la constante G du second membre de l'intégrale do Jacoiu. Par suite, la courbe qui encercle la petite planète se rétrécit sans cesse. Si elle était initialement la courbe 3, elle deviendra à un certain moment la courbe à point double 2. Si h ce moment la pla- nète est voisine du Soleil, jamais elle ne retournera au voisinage de Jupiter : elle est captée par le Soleil. Si, au contraire, elle est voisine de Jupiter, elle ne reviemlra jamais près du Soleil : elle est captée par Jupiter dont, à partir de cet instant, elle devient un satellite. 93. La tliéorie de M. See rend bien compte de la faiblesse des excentricités des orbites des planètes et des satellites (^). Mais pour- (') Nous ne nous occupons pas de certaines portions de courbes pouvant se trouver très éloignées de l'origine. {-) La diminution tic l'excentricité du fait d'une résistance de milieu n'est pas seulement capitale dans la théorie de M. See : elle intéresse aussi les tliéories de Faye et de ^L uu Lico^ois. IIYl'OTIlilSE DE M. 5EE 1 29 quoi les mouvemonts de presque tous ces astres sont-ils directs et pourquoi leurs orbites ont-elles de faibles inclinaisons mutuelles ;* Ces deux questions restent, dans l'iiypothèse de M. See, sans ré- ponse bien satisfaisante. Pour essayer d'expliquer la faiblesse des inclinaisons, on peut supposer que l'atmosphère résistante du Soleil a une forme lenticulaire très aplatie : alors un astre dont l'orbite est très inclinée sur le plan de ce disque subit une icsistance beaucoup moindre qu'un astre qui se meut dans le plan même du disque. Le premier astre a donc beaucoup moins de tendance à être ca[)té que le second, et c'est surtout dans le plan du disque que se feront les captures des planètes. On pourrait aussi supposer que le milieu résistant est lui-même en rotation : il tendrait alors, non pas à annuler la vitesse de la planète qui s'y meut, mais à imprimer à celte planète une vitesse d'un certain sens : on se retrouverait donc dans des conditions analogues à celles qui ont été étudiées au Chapitre précédent (n" 83, p. ii3 et ii4). La résistance n'étant plus directement opposée à la vitesse, le plan de l'orbite pourrait varier et tendre à diminuer son inclinaison sur le plan équatorial de l'atmosphère solaire. PomcA CHAPITRE VII. THÉORIE DE Sir G. H. DARWIN. I. — Généralités. 94. Dans l'hisloire, lanl passée que future, des astres du système solaire, Sir G. II. Dahavin attribue un rolc essentiel à l'influence des marées ('). Considérons les marées produites sur une planète T par im astre troublant L ( /?ry. 25 : la planète sera, par exemple, la Terre (M l'astre fig. 35. troublant la Lune. Rendons-nous compte de l'action du frottement de la marée sur la rotation de la planète et de la réaction qui en ré- sulte sur le mouvement de l'astre producteur de la marée. Si la théorie statique des marées pouvait être appliquée, la surface des océans terrestres serait un ellipsoïde allongé vers la Lune L. Mais les trottements dus à la viscosité ont pour effet de produire un décalage, un retard de la marée sur l'instant du passage de la Lune au méri- (i I I.es travaux de Sir (î. H. Darwin sur ce sujet forment l'objet d'une série de Mémoires ijubliés dans les Philosopldcal Transarlions et dans les Proccedinqs of the Royal Society de 1879 à 1882. Ils se trouvent réunis dans (t. H. Darwin' s Scien- ùjir Papers, dont ils forment l'ensemble du Volume II intitulé Tidal Jriction and Cosmofjony (Cambridge, 190S). A'oir aussi C. Wolf : Les Ilypolkcses Cosmogo- tiqucs, Cliap. VI, p. ~5. l32 llYPOTntsES COSMOGOMOUrS dien. Le grand axe de l'ellipsoïde terrestre fera donc un certain angle avec la ligne TL qui joint les centres de gravité des deux astres ('). Par conséquent, la résultante R des attractions de la Lune sur les molécules terrestres ne passe pas par le centre de gravité T de la Terre, mais est appliquée à un certain point A : cette résultante a donc un moment par rapport au point ï et tend, par suite, à ralentir le mou- vement de rotation de la Terre. De même, l'attraction R' de la Terre sur la Lune n'est pas dirigée suivant le rayon vecteur LT : ce n'est plus rigoureusement une force centrale : elle a une petite composante tangentielle qui va troubler le mouvement orbital de la Lune. Cette composante tangentielle, dirigée dans le sens même du mouvement de la Lune sur son orbite produira évidemment un elTet inverse de celui d'une résistance de milieu, cette dernière étant une force tangentielle dirigée à lopposé du mouvement orbital de la Lune. Il y aura donc augmentation du gTand axe de l'orbite lunaire et, conséquemment, diminution de la vitesse angu- laire de révolution. Cette augmentation du grand axe de l'orbite lunaire pouvait encore se prévoir autrement. L'effet de freinage des marées est de diminuer la vitesse angulaire de la Terre et par suite son moment de rotation. D'autre part, le moment de rotation total du système Terre-Lune doit rester constant. Donc le moment de rotation dû au mouvement orbital de la Lune doit augmenter, c'est-à-dire que la distance de la Lune à la Terre doit s'accroître. Nous prévoyons donc dès maintenant et sans calcids que les deux principaux effets du frottement des marées sont la diminution de la rotation terrestre et l'augmentation corrélative de la distance de la Lune. En d'autres termes, la durée du jour augmentera, ainsi que celle du mois. 95. Pour expliquer l'accélération séculaire du moyen mouvement de la Lune dont la gravitation, comme on le sait, ne paraît pas rendre entièrement compte, Delaunat avait déjà proposé d'admettre une augmentation de la durée du jour sidéral, due précisément à l'action du frottement des marées sur le fond des océans. Dans cette hypothèse, l'accélération séculaire de la Lune ne serait pas réelle; ce 'M Ici, la Lune L est regardée, pour simplifier, comme un simple point ma- tériel sans dimensions. Tiii'oniE DE SIR a. II. uvinviN l33 ne serait qu'une apparence tlne à ce que notre unité de lem[)S, le jour sidéral, augmenterait peu à peu. Bien plus, l'clTet des marées, loin de produire réellement une accélération du moven mouvement de la Lune, au^mienterait au contraire la distance de cet astre à la Terre et sa période de révolution, comme nous venons de le remarquer. iN'est-il pas à craindre alors que ce retard elTectif ne l'emporte sur l'accélération apparente 1' Pour répondre à cette objection, Delalnav soutenait que le coefficient du relard imprimé à la Lune est moindre que celui du relard de la rotation de la Terre, ce qui se trouve être exact, seml)le-t-il. Mais, si l'on ne tient compte que du frottement des océans actuels sur leur fond, l'cU'el total est tout à fait minime et insignifiant. Il faudrait supposer que l'intérieur du globe terrestre n'est pas rigide, qu'il est plus ou moins visqueux, et que, par consé- quent, les marées internes y produisent des frottements intenses. II. — L'excentricité et l'inclinaison de l'orbite lunaire sont supposées nulles. 96. Quoi qu'il en soit, et [lour en revenir au point de vue cosmo- gonique, on doit siq)[)oser, avec Sir G. 11. Daiuvin, que dans ses étals antérieurs la Terre était lluide et visqueuse. Elle a alors subi des marées dans toute sa masse (boflily liclcs , et les fiolternenls dus à ces marées internes étaient incomparablement plus énergiques que ceux qu'on peut attribuer actuellenient aux marées océaniques. 97. Nous nous proposons d'étudier de plus près les variations que subissent, du fait de ces marées, la distance de la Lune el la rotation terrestre. Pour simplifier, nous supposerons tout d'abord que le plan de l'orbite lunaire coïncide avec celui de l'équaleur terrestre et que cette orbite est circulaire. Il est bien clair que, par raison tle symétrie, l'orbite restera alors indéfiniment dans le plan équatorial. Mais res- tora-t-elle toujours circulaire? Montrons qu'il en sera bien ainsi et que. si l'excentricité est initialement nulle, elle le restera toujours. Soient F la force perturbatrice perpendiculaire au rayon vecteur (') et ' L'allraclion U' de la Terre siir la Lune Juj. y,'>; se décompose en : i" une forrc centrale- presque égale à la force entière et donnant le mouvement ké- plérien, el a" une force perlubalrice F perpendiculaire au ravon vecteur. l34 HYPOTHÈSES COSMOGONIQl ES ds le chemin parcouru par la Lune pendant le temps dl : le travail de la force perturbatrice est l'angle de F avec la perpendicu- laire à ce rayon vecteur. Dans le cas d'une orbite circulaire, cos a et cos ,'5 sont tous deux égaux à I, et Ton a ds = rndl, n étant le moyen mouvement. Nous tirons alors des formules précé- dentes (i) dT = ndÀh. Or. d'Y csl la différentielle de la constante des forces vives ( ): \ ia l ^n = d(-^^^^'^'^-. \ 2a J 2 a- et le moment de rotation Mo a pour valeur Jb = V/Ma(i —e^): M désigne la masse de l'ensemble Torrc-Lune, •la et e sont le grand axe et l'excentricité de l'orbile lunaire. L'écpiation (i) s'écrit donc Mc/« ./IT(i- — e-)da — ad(e^) 2\/a (i — e.-) L'orbite étant supposée circulaire, nous faisons c- = o; il \icnl / N Wda /., da . /,, \ a ,, ,^ Or, on a 2\' a M = n-d'' \ THÉORIE DE SIK G. 11. DAKWIN l3j les termes en du se détruisent donc dans l'équation 2 qui donne alors L'excentricité ne subit donc |)as de variation : nulle au début, elle restera nulle. On pourrait l'aire ici une objection. Il n'est pas étonnant, dira-l-on, que d[e-) soit nul, et d'ailleurs cela ne prouve rien ; en effet d{e-) := 2 e de, et, pour une orbite circulaire, c est nul. Mais il est facile de recon- naître que, dans le calcul ci-dessus de (/(e^) (ou pour être plus précis, de sa partie séculaire), tioiis n'avons néf/ligé que des termes en e-. Donc d{e'-) est de l'ordre de e- et de est de l'ordre de . Ainsi, lorsque l'énergie est maximum ou minimum, la vitesse an- gulaire de rotation de la Terre est égale à la vitesse angulaire de révolution de la Lune. fig. 36. 99. Prenons, avec Sir G. H. Dakvvin, x pour abscisse et y pour ordonnée; et traçons (/?y. 2O) la droite (3) et la courbe 3- H- j = h. x'v = I. i38 HYPOTHESES COS.MOGONIQUES Cette courbe, Sir G. 11. Dahwin la nomme courbe de rù/iflité, [)arce que si le point représentatif (a;, j) est sur cette courbe, la durée de rotation de la Terre égale la durée de révolution de la Lune, et l'ensemble Terre- Lune tourne d'un seul bloc à la façon d'un corps solide. Deux cas sont à distinguer suivant la valeur de la constante h. Ou bien la droite (3) coupe la courbe de rigidité (4) en deux points G et D ; ou bien la droite (3) ne coupe pas la courbe (4). Prenons d'abord le premier cas, et étudions Y en fonction de x. Nous avons Si nous prenons x pour abscisse et Y pour ordonnée, cette équation représente une courbe telle que celle de la figure 27 : les points C/ et D' où Y passe par un maximum et par un minimum correspondent aux mêmes abscisses que les points G et D de la figure 26 situés sur la courbe de rigidité. Dans le second cas, où la droite (3) ne coupe pas la courbe de rigi- dité (4), la fonction \ de x ne présente plus ni maximum ni mini- mum, et la courbe de la figure 27 est remplacée par celle de la figure 28. Nous pouvons maintenant suivre les cbangements subis par le svs- tème formé par la planète et son satellite. Supposons que l'état initial soit représenté par un point de la droite AHGDE {fi(/. 2()) : alors le point représentatif {x, y) restera toujours sur cette droite, mais de telle façon que Y aille toujours en décroissant. ïiitoiiiE Dr siu (;. M. iiMiwiN l3ç) Si le point repicsentalit'(a:, y) initial eslsiliiéenlre A et U (J'nj. -îô), le point (x, Y) {J'kj. 27) est situé sur la hranche A'B' et, puisque V diminue toujours, il décrit cette branche en allant de V vers B'. Le point (.r, y) {fifj. 2()) décrit donc la portion de droite AB en aYan(:anl toujours à droite, jusqu'au point B cpii représente l'état final. En ce point on a x == o, c'est-à-dire 12 = x ; autrement dit, le satellite finira par tomber sur la planète. Beniarquons que, dans ce cas, le satellite circule toujours autour de sa planète dans un sens inverse de celui de la rotation de celle-ci (x o). fi'.h 28. \ous arriverions à une conclusion analogue — le satellite tomberait finalement sur la planète — si le point représentatif (x, y) initial était situé entre B et C, car alors le point (x. Y) {fifJ. 27) décrirait la branche de courbe G'B" en allant toujours vers B". Cette fois, les deux mouvements de rotation de la planète et de circulation du satellite sont de même sens (x >> o, y >> o) ; mais puisqu'on a c'esl-à-dire rV< 1, V < 0- le mouvement angulaire du satellite est plus rapiilc (pie celui de la planète : le mois est plus court que le jour. Supposons maintenant que le point représentatif (x, y) soit entre C et D {fig-. 26). Les deux mouvements sont alors directs (x > o, }' > o), et le mois est plus long que le jour (x'y > i) : c'est le cas 140 iiiPOTiiiiSEs cosMa(jO>'iQLi:s oflert par ic système Terre-Lune. Alors le point {x, \ ) ifig. '2') dé- crira l'arc CD' en marchant vers D' puisque \ décroît. L'état final est représenté par le point D de la courbe de rigidité (/?//. 126), pour lequel les deux durées de rotation et de révolution sont égales. Enfin, si le point représentatif (x, y) était situé entre D et E. l'état final serait encore le point D, puisque le point {x, \ ) {Ji'j- 27) décri- rait alors la branche E'D'. Dans ce cas, le mois est toujours plus court que le jour [x^y < i), le mouvement du satellite est toujours direct (x > o), mais celui de la planète a pu commencer par être rétrograde (jlanètes devraient toujours tourner une même face vers le Soleil, ce qui n'a pas lieu. III. — Cas général. 103. Dans l'exposé qui précède, nous avons, pour simplifier, sup- posé nulles l'excentricité de l'orbite lunaire et l'inclinaison de cet orbite sur le plan de l'équateur terrestre. Nous allons à présent nous affranchir de ces hypothèses et entrer dans le détail de la théorie de Sir G. II. Daramn. Auparavant, il est nécessaire de rappeler quelques points de la théorie statique des marées ('). Dans celte théorie statique, on suppose que la mer prend à chaque instant sa forme d'équilibre : la surface libre de l'océan est donc une surface de niveau relativement à la somme des potentiels de la gravité et de l'astre perturbateur qui produit la marée. Le potentiel de la gravité peut se représenter par V,. — !/^ Yo désignant la valeur constante de ce potentiel au niveau moyen des mers et Ç la dénivellation de la particule liquide superficielle envi- sagée (-). Le potentiel dvi à l'astre perturbateur, nous le désignons par V,. Soient m la masse de l'astre perturbateur L (qui sera, par exemple, la Lune), /• sa dislance à un point A de la surlace de la mer {Ji(j- 29). ÎNous avons (6) V, = "^ . (') Voir M. Levy : Leçons sur la Tliéorir drs Marées, t. I, cliap . I ; et 11. l'oi:ic\Kiî : Leruiis de Mécanique Célesle,l. III, Tliéorle des Marées, chap. l et 111. (■-) Dans Vq il est tenu compte de la force centrifuge qui provient de la rotation diurne. Nous négligeons le potentiel dû à la couche d'eau comprise entre la sur- face moyenne et la surface vraie des mers. TilKOniE DE SIR G. II. DARWIN l'43 Comme nous rapportons les points de la mer à des axes de coor- données invariahleinent liés à la Terre, il faut, pour pouvoir regarder ces axes comme fixes, appliquer à chacpic^ point A les Ibrces appa- rentes dues à leur mouvement. Mais, puiscpi'il ne s'agit ici que de Téquilibre, la force centrifuge composée n'intervient pas; il ne reste que la force d'inertie dans le mouvement d'entraînement du point A avec les axes. La Ibrce [)rovenant de la roUitiim diurne a déjà été i)rise en considération dans A,,. Il suffit donc, aux forces réelles, d'ajouter la force d'inertie due à la translation des axes, c'est-à-dire, puisque l'origine est au centre de la Terre, une force accélératrice — J égale et contraire à l'accélération J que l'astre perturbateur tend à imprimer à ce point. Soient J, , J,,, J; les composantes rectangulaires de J. A chaque point A, on devra appliquer une force de composantes — J,, — Ir — J3 ; comme ces composantes ne dépendent que du temps, et non des coordonnées x, y, z du point A, elles peuvent être considérées comme les dérivées partielles de la fonction (7) — {3jX -h J,/V H- J^j) = — Ja cosi'J, a), en appelant a le rayon moyen des mers, égal sensiblement à la dis- tance du point A au centre T de la Terre, et en désignant [)ar (J, a) l'angle de J avec le rayon TV. Finalement, en écrivant que la somme des trois expressions (5), (6) et (7) est égale à une constante, nous obtiendrons l'équation de la surface libre des océans rapportée à des axes invariablement liés à la Terre : ^8) Yg — y^ -+- ^ i — J<ï cos ( J, a) = const. I la IIYPOTIllOSES COSMOGO'IQUES Telle est l'équation qui, clans la théorie statique, donne la dénivel- lation 'Ç. Nous allons la transformer. 104. L'accélération J que la Lune L imprime au centre de la Terre T a pour valeur ^ , et est diri"-ée suivant la droite TL = o. Donc '- Q- O j l'angle (J, a) n'est autre que l'angle désigné par 7 sur la figure 29 (c'est la distance zénithale géocentrique de la Lune), et l'on a Ja cos (J, a) = ~r cos a. Comme on a /■^ = a- + p^ — 2ao cos a, le potentiel Vi dû à la Lune peut s'écrire Vl — [0- -+- a- — lao cos cr) m I 2a a- 1 • cos J H- ., 0 0- m am a^m 3 cos'-a — 1 cos 0- p p^ p- 2 en négligeant les termes de l'ordre de ~x • Nous écrirons Vl = Uo -}- u, + u,, en posant TT m Tj am ,, a-m ocos-cr — ^i Ug =^ — , Ui^=-„ COS 7, Uo ^ — ^ Par suite, nous pouvons écrire l'équation (8) ainsi ^0 — f/C H- IJo + U^ = const. Vq et Uq = - étant des constantes ne dépendant pas du point A, cette équation nous donne finalement, pour la dénivellation ^, ». U2 .1 à^m 3cos^(T — r ç = — -h const. T=z 1- const, 9 9 ?' 2 TIIEOIIIE DE «lU i;. II. DAinVlN 1^5 La constante du second nienibio se déteiiuinerait en écrivant que le volume total de la met- est constant, c'est-à-dire que l'inléj-'^rale Jï-"- étendue à tous les éléments ious devons la considérer comme fdihlc, car une substance comme la poix nous donnerait, si nous faisions le calcul, un angle s très petit et non voisin de ^" . La poix doit donc être consi- dérée, au point de vue qui nous occupe, comme un corps à viscosité très faible, et il y a lieu d'admettre que la Terre, à l'époque où elle était liquide, n'oll'rait pas une viscosité incomparablement su[)érieure à celle de la poix. 108. Revenons à la formule de la dénivellation statique . , , „ Uo I a^in ocos'-G- — i ' 9 tJ ? ^ et indiquons maintenant comment on pourrait développer eiïeclive- ment son troisième membre sous forme trigonométrique. Représentons sur une sphère le pôle boréal P, le lieu géographique A et l'astre perturbateur L, de façon à former un triangle sphé- rjque PAL (triangle Pôle-Zénitli-Astre) dont les trois côtés sont PA = â' colatitude du lieu, PL = r)' complément de la déclinaison de l'astre, LA= G" distance zénithale géocentrique de l'astre. L'angle APL = Jb est l'angle horaire de l'astre relativement au point A où on étudie la marée. La formule londamenlale de la trigono- métrie sphériquc, appliquée au triangle sphérique PAL, nous donne l'équation suivante : cos ■j = cos 0 cos o' H- sln ^ sin o' cosili, d'où nous tirons cos^c7 = cos-o cos-o'-i-sin-o sui-o -f- a siiiocoso snio coso cos^. 2 Si nous portons cette valeur dans la formule (()), nous voyons que 'Ç contient trois sortes de termes (') : l'i Z. sera fonclion du temps par l'iiilernu'diaire de p, o' et .li. Observons que les coordonnées s cl o' de l'astre varient très lentement, tandis (jue son angle horaire JIj varie vite. Tiii:oi!ir; de sir. 11. DUS WIN 149 i"* Des termes indqxiuLinls de l'angle horaire .1 : ils donncionl les marées à longue période ; 2" Des termes en cosaJl dont la période est voisine d'un demi-jour: ils donneront les marées semi-fliiirnes ; 3° Des termes en cos.b dont la période est voisine d'un jour : ils correspondent aux marées (liurnes. Introduisons les éléments usculalcursde l'orbite de l'astre L. Soient, sur la sphère céleste (//^. 00), E le plan de l'équateur terrestre, 0 le plan de l'orbite de l'astre troublant L, N le nœud de l'orbite sur l'équateur, A^ l'origine des longitudes géographiques intersection de l'équateur avec le méridien de Paris), A' l'intersection de l'équateur avec le méridien du lieu géographique A, ttt le périgée de l'astre. Nous avons A'Aq = /o longitude du lieu, AqN ^= X angle horaire du nœud à Paris. Nous désignons par ^ l'arc Nnr égal à la longitude du périgée moins la longitude du nœud ; et par / la longitude moyenne de l'astre dans son orbite, comptée à partir du nœud N. Alors, si nous développons le troisième membre de la formule (g, autrement dit cos'c, en série de fonctions trigonométriques dont l'ar- gument est une fonction linéaire du temps /, nous obtiendrons des termes tels que (l3) Al COS ay_ + »-/„ -h ^/ -f- -^m). M étant une fonction des coordonnées du lieu A, et a. ^b, y étant des l50 HYPOTHÈSES COSMOGOMIQLES entiers. C'est en effet des quantités /. + Zo- ^ ^ que dépendent les coordonnées horaires de l'astre .i et r)'. Puisque dans l'expression (i3), /q ne dépend comme M que des coordonnées du lieu A, et non de l'astre, nous l'isolerons en déve- loppant le cosinus sous la l'orme (i4) cos a/g cos (a/_ -f- p/ -4- vto) — sin «/q sin {^.y -}- j3/ -h ■^rs). Et finalement les différents termes du développement trigonométrique de Ç seront de la forme (i5) AX cos (a'x, + ^/ -h Y^ -H /*■)• où la constante // vaut o ou ± - , suivant que l'on prend le cosinus ou le sinus qui figure dans la formule (i4), et où nous désignons par AX le coelficient qui dépend des coordonnées du lieu géographique. De quelle nature seront ces coefficients y\X en tant que fonctions des coordonnées du lieu ? Ils seront évidemment des fondions sphéri- ques du second ordre comme l'est lui-même le troisième membre de la formule (9). Nous avons désigné chacun de ces coefficients par un produit AX : la lettre A désigne une constante numérique, et la lettre X une fonction sphérique du second ordre multipliée par un nombre con\enable de telle façon que l'intégrale X'-dc étendue à tous les éléments de surface de de la sphère, ait une mente valeur constante K pour toutes les fonctions sphériques que nous au- rons à envisager. Soient x, y, : les coordonnées du lieu par rapport à trois axes rec- tangulaires invariablement liés à la Terre et passant par son centre, l'axe des z étant l'axe de rotation, le plan des xz étant le méridien de Paris. îSous aurons (en prenant pour unité le rayon terrestre a) X = sin 0 cos /„, y = sin 6 sin /g, z = cos 0. TIIKORIE DE SIU r.. M. nUOVlN Les fonctions .,l.é.iqnes X '!"'-'™;'";'f ^ 'l'"^,*",:' 'uP- gonomélriquo du troisième memb.o ,1e la formule (9) =onl vantes (') : T- — V" sin-0 ± -L ^= cos 2-/( 2 2 sln''û .TV = sin 2/û, 2 .rr = sin o cos o cos •/(,. yz := sin 0 cos 0 sin /q. x^^h^}'^ - 2:^ ^ ^_--^^cos^S^ Faisons malmenant quelques remarques sur les trois entiers a. [% '/• Tout d'abord on aura a = 0,1 on 2, suivant que le terme considéré correspond à une ---j^|-^^^^ riode à une marée diurne, ou à une marée semi-dmrne. cai, dan rode, ^^^"e . e très lentement et peuvent i::=s^:ot.e::nSi::e„fcons.i„.s.E„su est nulle, on aura ? -h ï = o, car alors les deux plans E et 0 (/,• 3o) coïncident, le pomt > devient indéterminé, et les seuls angles qui interviennent sont 7 - - et / • Par suite, dans les termes indépendants de l'Inclinaison, on aura a + p -+- ï = o- Dons les termes qui contiennent l'inclinaison à la puissance ),. on verrait facilement que 1 a -f- P + Y 1 (' On reconnaît aisément que l'intégrale étendue à toute la sphère a, comme nous le désirions, la même valeur K pour toutes CCS fonctions sphériques X. l52 IIYPOTUKSrS COS.MOGOUTQUES doit être au plus égal à 1 et de même parité que À. Enfin, dans les termes indépendants de l'excentricité, w n'intervient pas, on a donc Y = o; et dans les termes qui contiennent l'excentricité à la puissance )., on verrait que | y | est au plus égal à ). et de même parité que ).. Gomme nous ne conserverons dans la suite que des termes du pre- mier ordre au plus par rapport à l'excentricité e et à l'inclinaison /, nous aurons, dans les termes indépendants de e et de i, Y = G. a H- p = o ; dans les termes en e, Y = ± I , a -+- p -I- Y = o ; dans les termes en /, Y=:=:0, a4-[3=drt, 109. liref, nous avons prouvé que le troisième membre de la for- mule (g), qui représente (au facteur 7 près) le potentiel U^ générateur de la marée, peut se développer en une série de termes de la forme (i5) : -^ = V AX cos (a/ 4- s/ -h Y^ -+- /O- g j^ V - r ; ce que nous écrivons simplement -2 = y AX cos G, en posant pour abréger 0 = oL/ -f- p/ + Y" + /'• Si nous voulons maintenant tenir compte de la viscosité comme nous l'avons fait au n" 106 (p. i/|0), nous trouverons que ce po- tentiel perturbateur LU produit une dénivellation (16) ^ ~ 5i ^^-^ ^*^^ " ^°^ (^ "■ ^)' oi'i c est donné par la formule TlIl'jOKlE I>E SIH (;. 11. nvRUIN IJ*} ( ,. représente ici la vitesse de la marée que nous a[)[)elions a au n« 106) ('). Nous nous proposons de clicrchcr l'action de la Terre, uin>i dé- formée par la marée (i6), sur un cor[)s extérieur. Pour fixer les idées, nous supposerons que la marée (i6) est [)roduite par le Soleil et nous clierclierons les perturbations que cette marée solaire (iG) fait subir au mouvement de la Lune. Les quantités /, /, ^ sont donc relatives au Soleil. Nous appellerons /.', /', to' les mêmes quantités relatives à la Lune. Comme nous cher- chons l'action, sur l'orbite de la Lune, du bourrelet soulevé par la marée solaire à la surface de la Terre, nous introduirons une fonction perturbatrice M' qui sera le potentiel dû à l'attraction de ce bourrelet. f"j- •il- Soit /•' la distance de la Lune L à l'élément Ç'h di\ bourrelet (//'/. ji). Nous aurons alors lintégrale étant étendue à toute la surface de la sphère terrestre. Nous pouvons développer , comme nous avons développé - au n" 104 (p. i\'\) et écrire ' — l ' -+- U' -^ U' l,f *- 0 ^^ '^ 1 • ^ i' L'o, U',, L ., étant respectivement des fonctions sphériques d'ordre o, I, 2, par rap[)ort aux coordonnées du lieu 'IQUES Comme 'C est lui-même mie Ibnclion sphérique du second ordre par rapport aux coordonnées du même point A, on a Nous avons donc simplement pour notre Ibnclion perturbatrice (17) w^ffaiw.. Développons U', sous forme liigonométrique de la même manière que nous avons développé U^ un peu j^lus haut : nous aurons U; = _^'^"^' cos (a'// + f!7' + vV + //) a', fj, y' étant trois entiers, h' étant une constante égale à o ou à =t-,A' étant un coefficient numérique, et X' une Ibnction sphé- rique du second ordre telle que l'intégrale étendue à toute la sphère ait une valeur constante donnée K, la même pour toutes les Jonctions sphériques \'. Nous éciirons simplement (18) U; = ^A'X'cosO', en désignant, pour abréger, par G' = a'// ^- p'/' + 7'ttt' + h' l'argument du cosinus. Alors, d'après (16) et (iS), l'expression (17) de AV peut s'écrire, en faisant sortir du signe I I tout ce qui ne dépend pas des coordonnées du lieu A, ( 1 9) W = V A A' cos t cos (0 — t) cos 0' ) f \X' ch. Telle est l'expression de la fonction perturbatrice dont nous avons à chercher l'action sur l'orbite de la Lune. TIIKORIE nE Slll i;. II. DAUWIN 110. Nous appliquerons la niélhotle de la variation des constantes. ?^ous commencerons par définir la position de la Lune par un sys- tème de six éléments canoniques ('), Aux trois quantités y'.ra',/', nous adjoindrons, pour achever de déterminer la position de la Lune, les trois suivantes : r/ = I — \/V I • -, ' 2 sin- - 2 a', e', i' représentant le demi-grand axe, l'excentricité et l'inclinaison sur l'équateur de l'orbite lunaire. Le vecteur des aires a alors pour valeur (à un facteur constant près dépendant des niasses et dont nous faisons abstraction) et la projection de ce vecteur sur la perpendiculaire au plan de 1 équa- teur a pour \aleur \/a' \ \ — e'- cos t" = ;'(i — t/) (i — \x). Les six éléments r. r(r-V). ?'(! -V)(i -[-'), l'-^', ^'^ - )•'- forment un système de variables canonirjiies '-) entre lesquelles existent les équations de HAMu/rox. Nous aurons en particulier dW dt ~~ d{l' — m'y d[^'{l — V)'. _ d^ \ dl ~ dm' ' / , ;d[^{l—r^)\ d\S (20) ' -t^-i -' — di-yy (') ^oil• H. PoiNCARÉ : Lerons de Mécanique Céleste, l. I, Cliap. III. (-) Ce sont celles t|iii ont clé désignées par L, G, e, /, g, 6, à la p. -(] fie rOuvrage de M. H. Poincaré : Leçons de Mécanique Céleste, t. I. Dans les trois premières de ces variables, nous faisons abstraction d'un même facteur constant où fisurent les masses de la Terre et de la Lune. i56 HYPOTIIKSES COSllOr.OMOUES Telles sont les équations auxquelles nous conduit l'application de la méthode de la variation des constantes, pour calculer les pertur- bations des éléments lunaires sous l'action de la fonction perturba- trice AA. 111. Le calcul qui précède est relatif à l'action, sur l'orbite lu- naire, du bourrelet liquide soulevé sur les océans terrestres par la marée solaire. ?Se pourrait-on pas appliquer le même calcul à l'action, sur l'orbite lunaire, du bourrelet liquide soulevé par la marée lunaire elle-même? On le peut certainement, mais à condition de prendre quelques précautions : -/', ro', /' devenant alors égaux à /, w, l, la fonction perturbatrice W se trouve dépendre de la variable -/ de deux manières différentes : elle en dépend par '/et ensuite par -/'. Dans le calcul de -ï-7 , il faut donc supposer d'abord '/' ;zf /, puis dériver W par rapport à "/', et enfin faire / = '/'• Les mêmes précautions doivent être prises dans le calcul des autres dérivées de W. En d'autres termes, il faut distinguer la Lune en tant qu'astre troublant producteur des marées et en tant qu'astre troublé par ces marées. C'est ainsi que Sir G. II. Dakwix appelle notre satellite Diane quand il est troublant et Lune quand il est troublé : alors '/, w, /, sont les coordonnées de Diane, /', w', /', sont les coordonnées de la Lune, et l'on a y' = -/, Tir' = rn. /' = /. Moyennant cette précaution, notre analyse s'applique à l'action des marées lunaires sur la Lune elle-même. 112. Nous reprendrons donc les formules {•lo), et comme nous ne nous occupons que des elTets séculaires, nous ne conserverons aux seconds membres que les termes constants indépendants du temps /. Nous avons d'après la formule (ig) (20'""') • 'l~ =. — V A A' ros i cos (0 — s) (y' -h 'p') sin 0' / / XX' (/t. jrzm) = "^^ A A' cos £ cos (0 — i) a' sin 0' M XX' ch. TiiicouiE DE sut i;, ii. rmiwiN Dans ces cxpicssloiis, le temps ne (lyuie que clans le produit cos (0 — h) si 11 0', produit qui, dével(j[)|)é, rournil des termes en et des termes en cos sin ;o + ()'). Nous aurons donc, aux seconds membres des expressions ("io), un terme indépendant de / chaque (bis que 5 — d/' ou 5 H- ^' se réduira à une constante. Comme \J + ■;' n'est jamais une constante, les termes séculaires correspondent à 0 — '/ := const., c'est-à-dire à (/6 t/f)' (21) dl dt Si l'astre troublant et l'astre troublé sont différents, celte condition n'est jamais remplie ('), car le rapport des moyens mou\ements de ces deux astres n'est pas commensurable. Nous [)ouvons donc dire que la marée solaire ne produit pas d'etTet séculaire sur Torbite lunaire. Mais si l'astre troublant et l'astre troublé sont identiques, la con- dition (2 1) est remplie chaque lois que 6 = 0' et n'est remplie que dans ce cas : on a alors cos (0 — s) sin 0' = ' sin (0' — 0 + s) + ' sin fe' + 0 — t), 2 ^ '2 ^ ^ qui donne le terme constant ^ sin (0' — 0 + ç) =. ^ sin t. (') Excepté pour les termes sidéraux. Ces termes sidéraux n'ont d'ailleurs d'in- fluence que sur l'inclinaison, et cette influence est faible. l58 HÏPOTIlîvSES COSMOGOMQUES Les seconds membres des formules (20'"'), dans lesquels on ne con- serve que les termes constants indépendants de /, deviennent donc V AA' ^ «' j j^XX'rf,. Nous pouvons maintenant elTacer les accents « prime » devenus inu- tiles, puisque tout se rapporte au même astre, la Lune. Nous remar- quons que le facteur est /(' même pour tous les termes, puisque nous avons eu soin de choisir les fonctions spliériques X de façon que cette intégrale ait toujours la même valeur constante K (note de la p. i5i). Nous n'écri- vons donc pas ce facteur, qui est le même partout (quitte à le rétablir plus tard), et les formules (20'"') prennent la forme Rappelons-nous que l'angle z est très petit et que par suite sin 2 2 , , . - 1- •. I • 11 ' do ^ est proportionnel a tang s, c cst-a-du-c a la vitesse de la marec ■ . Ur, (/O _ dy dl dm dl^'^tl^^ dl "^ "^ (// ' et i'oii a d/ dl = " (// dm , , , r=: O a très peu pros. dl vitesse angulaire de rotation de la Terre, vitesse angulaire de révolution de la Lune. I Tiii:oniE DE sin n. ii. D.vnwiN lOf) Par suite, dans les formules (20'-'), nous pouvons remplacer sin 2 c par a/l -+- p.i (jui lui est pioporlionnel. Finalement les formules (20), dans lesquelles on ne conserve que ce qui est relatif aux ternies séculaires, sont devenues Ces dernières formules, par un calcul imincdial, nous fournissent les suivantes : 22) ; ' 777' = — S -^'^'^ + ^'î^)(*" + P--)' [ I ^T = ^ A-(a + ^ — !^?)(3"t + ,3i>) -h termes en r,. Ces trois formules vont nous permettre de calculer les variations séculaires du grand axe, de l'excentricité et de l'inclinaison de l'orbite lunaire, provoquées par le bourrelet liquide de la marée lunaire elle- même. Dans la troisième de ces fornmies (22), qui nous servira à calculer la variation de l'inclinaison (a =1 — cos /), nous néglige- rons les termes en r^ , car ■t\ = 1 — v/i — e- s'annuleavec l'excentricité, et, dans le calcul relatif à l'inclinaison, nous pouvons, en première approximation, supposer l'excentricité nulle. 113. Les seconds membres de (22) sont des sommes de termes^ dont chacun provient d'un des termes (i5) AX cos (a/_ ~h '^l ^ Y^ -+■ /') = AX cos 6 en lesquels on a pu décomposer le potentiel U^ producteur de la marée lunaire. Parmi ces termes, nous ne conserverons ici que ceux qui l6o lIYrOTIltsES COSMOGOMI^UES sont du premier ordre au plus par rapport à rexcentricilé e et à l'in- clinaisou . La théorie des marées (') nous enseigne que ces termes sont les suivants : Termes semi-diurnes : ÇSl^) = cos (2/ -+- 2/0 — il) (principal senii-diurnc), (N) =: ^ cos (2/ + 2/0 — 31 -\- w) (elliptique majeur), /T - e sin- 0 . , , / 11- ,• • N (L) = — cos (2/ + 2/n — / — ra) (cilq)tique mmcur) ; Termes diurnes : (0) = siu sin 20 cos (/. + /o — 2 / -h - j (principal diurne), (Kj) ^= siu siu 20 cos f / H- /u — " ) (sidéral); Terme à longue période : [M,„) ^. ~ (i — a cos^ 0) cos (/ — TTî) (elliptique mensuel). Ces six termes sont ceux que nous conserverons dans U^ (seul le premier (AI^) est indépendant de e et de /). 114. Tels qu'ils sont, ces six ternies ne sont pas tout à fait de la forme (1 5) (puisque Zq figure dans l'argumenl) ; or, il convient de les rendre de cette forme. 1° Les trois termes semi-diurnes sont de la forme {sd) B^^cos(2/o + 0), qui peut s'écrire , siu- 0 nu ^i"" "■' • fa \i cos 2/_„ cos 0 — 13 SIU 2/0 cos G — (') Voir Maurice Lévy : Leçons sur la Ihcorie des Marées t. I, Cli. III, et H. PoiNCAnÉ : Leçons de Mécanique Céleste t III, Théorie des Marées, Ch. II. Nous faisons ici abstraction d'un facteur constant, le mente pour tous les termes. Et nous laissons de côté les termes éveclionnels et variationnels, bien qu'ils ne contiennent e qu'à la puissance i ou o, [)arce qu'ils se trou\cnt alTectés de coefficients numé- ricpies très petits. THÉORIE DE sni G. 11. D\RWi:« l6l or, sin'^ 0 X- — y^ et COS 37n sin- 0 . — ^ sin 2/„ =r o-j sont justement des fonctions spliérkjiies \ qui donnent à l'intégrale la valeur K (note de la p. i5i). Donc chaque terme semi-diurne (sd) fournit deux termes de la forme (i5) ayant respectivement pour coefficient B et — l>, et pour argument 0 et S — -. Par suite, chaque terme semi diurne fournit aux seconds membres des formules (22) deux termes égaux, pour lesquels on a \- = B2. 2° Les deux termes diurnes sont de la forme (t/j B sin -2 0 COS (Xo + 6), ce qui peut s'écrire r, sin 20 „ sin 20 . / -\ 2 B COS •/(, COS 6 — 2 B sm /q cos ( 6 1 ; or, et sm 2 0 — -- COS Xo = xz sin 2 0 . — r— sin Xo = )'. sont justement des fonctions sphériques X qui donnent à l'intégrale X^ f/- la valeur K. Donc chaque terme diurne {d} fournit deux termes de la forme (i5) ayant respectivement pour coefficient 2B et — 2 B_, et PoiNCARK. i6a HYPOTHÈSES COSMO<;OSIQfES pour argument 0 et S — -' . Par suite, chaque terme diurne fournit aux seconds membres des formules (>'i; deux termes égaux, pour lesquels on a 3» Le terme à longue période est de la forme „ I — 3 cos- 0 B cos 0 ; et, comme 3 co%- 0 a-2 + y 2 _U v2 O -2 2\/3 2\/3 est une fonction sphérique X donnant à l'intégrale X^da la \aleur K, ce terme est de la forme i5), ayant pour coefilcient Bv/3- Il donnera donc aux seconds membres des formules (22) un seul terme pour lequel on aura Comme cliacjue terme diurne ou semi-diurne en fournit deux éo-aux dans les seconds membres des formules (22), tandis que le terme à longue période n'en fournit (\\\un seul, il v a lieu de multi- plier par 2 la quantité A" relative à chaque terme diurne ou semi- diurne. Au lieu de cela, nous diviserons par 2 la quantité A- relative au terme à longue période ('), pour lequel on devra prendre, par con- séquent, 3B^ A- = 2 115. Bref, si nous prenons les six termes CM,), (X), (L), (O), (K,) ,M, ■') Cela revient à faire abstraction, ainsi que nous l'avons déjà fait plusieurs fois d'un mcine facteur constant aux seconds membres des équations (22 . TiiEOuiE Di; «m i;. ii. dauwin 16} nous pouvons former le tableau suivant à tlouhle entrée a ? A^ a/i -(- 'it> — ,'— f.> ï-f .3— ;i? Terme (M^) 3 — 2 ■' ■ ■1 n — - ii " r, X a Terme (N) a — 3 1 'l'.l fi i. ■i n — ;5 fJ — ■ » Terme (L) 2 — 1 - ■ 1 2/1 — a ' » 'l'erme (Oj I — 2 0 2 ;j. u — an » — 1 Terme fKi) I - '• 2 ;j. fl » ■ Terme (M„.) 0 1 — I W r, Q. I » Pour le calcul des quantités A^ t'^ a été remplacé par 2/; et sin- .^ par -. Dans les deux dernières colonnes on n'a conservé les termes en r, et en a que pour le terme principal (M^). Enfin, dans l'avant dernière colonne, on ne s'est pas occupé des termes (0; et (K,) (|ui contiennent sin ^ en facteur; dans la dernière colonne, on ne s'est pas occupé des termes (N), (L) et (M„,) qui contiennent e en facteur; car, pour le calcul des variations de l'excentricité, nous sup- posons l'inclinaison nulle et, pour le calcul des variations de l'incli- naison, nous supposons l'excentricité nulle. 116. Le Tableau précédent fournit tous les éléments nécessaires pour calculer dr 'dJ' '^dT au moyen des formules (22). Nous trouvons ainsi di = ( — Z|/i H- 4ii) -f- termes en r, et en tji, Il -^J = -ir.hn — 2l>) — ^jr,{2n — 3l2) + --rX-^n — o) -f- 3r.lJ, idiJ. ^dt (m -TT^= 5^(2/1 2 il) 2|Jl(/t 2 12; 2 an. i64 lIYPOTIlliSES COSMOGOMIQUES Ces trois formules s'écrivent (en négligeant an second membre de la première les termes en rj et u. a côté du premier terme qui est fini) (23) ^^;^,; = -«,, + 7..., 1 [x al Rappelons-nous que nous avons lait abstraction, aux seconds membres des formules (20) ou (22), d'un même facteur constant. Ce facteur, il est facile de le voir, est négatif. Désignons-le par — t , et rétablissons-lc maintenant dans les formules (23) qui deviennonli ainsi dt dn ^ dt = k{n — il), V [J. dt Au lieu de conserver les variables -^ et 11, introduisons l'excentricité e et l'inclinaison / : nous avons, à des termes près d'ordre supérieur,. . , t i- a = 2 sin- - = — , 2 2 et par suite I '0 dr, dt - 1 de ^ ë dt' 1 dix dJ- _ -j di ~ i dt ' Les équations (2/1) s'écrivent donc (.5) ^Ç^^ = 'f {,,„_, 8.). . di Id 'dt = -2"- TMLOIUE DE SIR C. M. DVUWIN 105 Ces dernières cqualions donneront les variations du grand axe, de l'excentricité et de l'inclinaison de l'orbite lunaire par suite de l'effet des marées. 117. Nous voulons aussi calculer la variation de la vitesse angulaire n de rotation de la Terre. Nous nous servirons pour cela du théorème des aires. Dans la Section II de ce Chapitre, nous avons posé et l'équation des aires nous a donné (n" 98) (;i) X -h Y = II. En vertu de la Iroisièmo loi de Képleu, x est proportionnel à la racine carrée du grand axe, c'est-à-dire à ce que nous appelons ici £. Donc, en adoptant des unités convenables, cette équation (3) peut s'écrire Mais cette équation n'a élé établie qu'en supposant nulle l'incli- naison de l'orbile lunaire sur l'équateur, hypothèse que nous aban- donnons ici. Représentons {/}(/. .Sa) par 0 le plan de l'orbite lunaire, fifj. 32. par E celui de l'équateur terrestre, et par Yl le plan invariable (plan du maximum des aires). -Modifiant im peu les notations précédentes, nous appellerons i l'in- clinaison de lorbile sur le plan invariable et j linclinaison de celui- ci sur l'équateur. Le théorème des aires donne alors les deux équations suivantes : E co.si H- n cosj = h, : sin i — n sin j = o. l66 IIYPOTIIKSES COSMOGOMQLES Les angles / et j étant supposés petits, ces équations s'écrivent appro- ximativement ( jn = ic. Ces équations nous serviront à calculer les variations des éléments terrestres n et j, puisque les variations des éléments lunaires | et / sont données par les équations (25). Nous aurons d'abord (^7) -„ = - s,-- = - /.■('. - "). Ensuite, puisque nous appelons maintenant / -+- i, ce qui. dans les équations (25), est désigné simplement par /, nous devons, dans la troisième équation (25), rem[)lacer / par j + / (di n'étant pas changé) ; cette équation devient Alors la seconde équation (2 G) donne . dn dj . (/: ^ di ^ dt '^' " dl^'Jt'^'^ Il ' d'où nous tirons (29) "|/J = 2 ('+j) ("— 212). 118. Hennissons dans un tableau les deux [)rcmières équations (25) et les équations (27), (28) et (2<)) : ' dt=^'^"-'^' du , ^,=-/.(.-i2), (30) { ^^^ =^^ (lI»-I.So). C'est de ces écpialions que nous allons tirer les varialions des élé- ments. THtOIUE DP Pin n. 167 119. Kemarquons d'abord que les deux premières ne contiennent ni r, ni /. l-]llcs donnent les variations de la rotation terrestre et de la distance niovennc de la Lune. Ce sont ces variations que nous avons discutées en détail dans la Section II. Rappelons les résultats de cette Jig. Où. discussion. Prenant pour abscisse | et pour ordonnée n {Ji'J- 33), nous traçons la droite + n = h, et la courbe de rigidité qui coupe la droite en deux points G et D. Le point représentatif (|, n) du système Ïerre-Lune est parti de G, état dans lequel le jour et le mois étaient tous deux égaux à 5''36"' ; actuellement, ce point représentatif est en P (c. = 0,2, n = o,(S) ; et l'état final sera repré- senté par D, où le jour redeviendra égal au mois, leur durée com- mune étant de 55 jours actuels. 120. Passons maintenant à la variation de l'excentricité c donnée par la troisième équation (3o). Il s'agit de savoir si j^ est positif ou négatif, pour reconnaître si l'excentricité e croît ou décroit. Or, le de signe de -n dépend du signe de l'expression i8o. l()8 HYPOTHÈSES COSMOGO>inLES Si lin — i8i> >■ o, l'excentricilé croît. Si, au contraire, lin — 1 8 <> <; o, l'excentricité décroît. Traçons sur la figure 33 la courbe un — i8 ti ^ o, c'est-à-dire la courbe I I Cette courbe (représentée en trait ponctué) coupe la droite AP] en deux points C et D'. Lorsque le point représentatif (H, n) parcourait le segment de droite ce, on avait ., ^ 18 c'est-à-dire lin — 1 8 n < o ; l'excentricité a donc commencé par décroître. En P état actuel), on est entre C et D', par suite un — 1 8 1> >• o , et l'excentricité est en train de croître. Enfin, lorsque le point représentatif parcourra D'D, l'excentricité recommencera à décroître. Si l'on trace la courbe (fty. ofi) qui représente les variations de l'excentricité e en Ibnction de ç (ce qui est possible puisqu'on con- naît l'état actuel P), on constate que cette courbe présente une asym- ptote verticale correspondant à l'abscisse du point C et que l'excen- tricité c passe par un minimum en C, par un maximum en D', ])uis décroît ensuite jusqu'au point final D où elle s'annule. Il ne faudrait pas croire que l'asymptote verticale signifie que l'excentricité a été initialement très grande. Les équations (3o), en eiTct, supposent essentiellement e très petit et cessent d'être appli- cables dès que e devient grand. TlIKOniE ME 5in <;. II. DAinvIN MlÇ) D'ailleurs, ce n'est pas ainsi cpie le problème se pose. Supposons que l'excentricilé e ail été initialement nulle, la Iroisirme équation (3o) donnerait de donc e r= o est une solution : elle correspond à une orbite circulaire restant indé- iiniment circulaire ('). L'important est de savoir si celte solution est f'O- 3i. stable ou inxlahlc. Supposons que e ail subi une petite variation : la troisième équation 3o étant de la forme de y. la solution e = o sera stable ou instable, suivant que ■NI, c'est-à-dire 1 1 n — i8t>, sera négatif ou positif. Donc, tant que le point représentatif [J"J- 33 est situé entre G et C, la solution e = o est stable : l'orbite reste circulaire. ^lais à partir du point C celte solution devient instable, et l'excentricité, avant cessé d'être nulle M, Cf., n" 97. lyO HYPOTIIliSES COSMOGONIQLES par suite d'une pelite perturbation quelconque, croît jusqu'en D' ; de puis, à partir de là, ,. devenant négatif, elle décroît jusqu'en D où elle s'annule. La courbe représentative de l'excentricité (y/7. 34) se composerait ainsi de la portion de droite cC et du morceau de courbe CDD. Par suite, le Jait qu'actuellement l'orbite lunaire est excentrique n'implique pas Ibrcément qu'à l'origine l'excentricité était difTérente de zéro : le frolLcment des marées a pu, d'après Sir G. H. Darwin, faire naître une excentricilé qui n'exislail pas inUialemeiit. 121. Etudions maintenant les variations des inclinaisons / et j, données par les deux dernières équations (00). Gomme ce qui nous intéresse c'est l'angle /+j que fait l'orbite avec l'équateur, nous ajoutons ces deux équations : il vient ,0 \ d(i-]- j) k ,. ., / 12 Donc (/ 4- J) croîtra ou décroîtra suivant le signe de la quantité Remplaçant n par 1i — ç, cette quantité s'écrit (au facteur positif n'z^ près) — 2\' + 3/if — h'^ — 2; ce polynôme en | présente deux variations de signe ; il a donc au plus deux racines positives. Dans le cas de la Lune, il a elfectivement deux racines positives qui correspondent aux abscisses de deux certains points G" et D' situés entre G et D {/kj. 33). jNous pouvons donc faire pour l'inclinaison la même discussion que pour l'excentricité. Nous avons pour l'équation (3i) la solution Gctte solution est stable lorsque le point représentatif est entre G et G" ; elle devient instable entre G" et D". Si donc nous partons d'un état initial où l'inclinaison / -+- / est nulle, l'inclinaison restera nulle au début; puis, lorsque le point représentatif sera arrivé en G', si elle cesse d'être nulle par suite d'une petite perturbation quelconque, clic TMiiouiE nr siii II. IIMIWIN au^Miicnlcra jusqu'en D ; ensuite clic diminucia jusqu'en D où elle s'annulera de nouveau. Nous voyons donc (|ue /(' frolIciDenl ilrs nvu'i'i's n pu Jnirc naître une inclinaison da pl'in de forhilc sur l\'iju'ilcur, qui n'e.rislnd pas inilialcmenl. 122. Nous venons d'exposer, dapns Sitli. 11. Dauwin. l'évolution passée du svstènic Teric-Lune. Mais quelle a pu être la durée de cette évolution 1' Nos formules ne nous l'apprennent pas, car il y entre le coeflicient de viscosité inconnu qu"a\ait la Terre quand elle était encore [)àteuse. Néanmoins nous pouvons reconnaître facilement qu il y a un maximum de l'action pcrturliatricc, c'est-à-dire un mtiumum de temps nécessaire. Les seconds membres des formules (20'") sont de la forme (32) A- 3 siu 21. Les \- et les ^j sont connus par la théorie des marées. ^Llis les sin 21, définis par les équations Ig t = A- a/i — 3l>), sont inconnus puisque A: dépend de la viscosité. Ur. un sinus est tou- jours inférieur à l'unité en valeur absolue. Nous exagérerons donc l'expression (3:?), par suite nous diminuerons le temps nécessaire à la variation de |, si nous rem[)laçons les sin 2£ par l'unité et si nous prenons tous les termes avec le même signe. Durée Inverse Distance Durée du mois Incli- de (en ï Chaleur Epoques du jour ^en jours actuels naison l'aplatis- sement rayons terrestres actuels n dégagée 0 23''56°' 27,32 .■?3°28' 232 60.4 4.01 0 .46.3oo.ooo i5 3o 18,62 20 4o 96 46.8 2,28 225 56.0)00.000 9 33 8.17 17 20 40 27,0 i.ii 760 56. 800.000 7 5o 3,59 i5 3o 25 i5,6 0,67 i3oo 56 810.000 6 45 1,58 i4 25 18 9.0 0,44 1760 C'est de celte façon qu'à procédé Sir G. H. Darwin pour introduire le temps dans son analyse. 11 a dressé le Tableau ci-dessus, dans lequel HYPOTIIKSES COS\IO(;OMOL'ES la première colonne indique le nombre d'années écoulées à partir de l'époque actuelle, et en arrière (ces époques sont de plus en plus rap- prochées à mesure qu'on remonte dans le passé, parce que, la Lune étant alors plus proche de la Terre, les eiïets des marées étaient plus considérables). L'énergie mécanique du système Terre-Lune a toujours été en di- minuant, le frottement la transformant en chaleur. Si cette chaleur avait été employée à échauiTer la Terre, elle aurait élevé sa tempéra- ture d'un certain nombre de degrés (FAKE>nfc;rr) : c'est ce nombre de degrés qui ligure à la dernière colonne du Tableau. Sir G. IL Darwin fait remarquer que l'on pourrait peut-être invoquer cette cause pour expliquer l'origine de la chaleur interne du globe. 123. Sir G. IL Dahwin a aussi essayé de calculer une valeur du coellicient de viscosité inconnu de la Terre, en [)artant de l'accélération séculaire de la Lune. Des observations déclipses dans l'antiquité ont permis d'évaluer cette accélération à lo". Or, le calcul indique une accélération théorique de 6" seulement. Il y a donc une accélération de \" que la gravitation n'explique pas('). SirG. IL Dauwi.n cherche, comn)e le lit autrefois Di^lalnay (n" 95), à en rendre compte par l'augmentation du jour sidéral, due au frotlemeut des marées. La Lune s'éloignant de la Terre subit réellement, non pas une accéléra- tion, mais un retard, et son accélération apparente ne serait due qu'à la différence entre le retard réel de la rotation terrestre et le relard réel de la révolution lunaire, le premier de ces deux retards étant plus grand que l'autre. C'est en égalant à /j ' la diflérence de ces deux retards, telle que la lui donnent ses formules, que SirG. H. Daihvix a calculé le coeflicient de viscosité de l'intéiieur de la Terre. Si l'on adop- tait le coeflicient ainsi obtenu, on trouverait pour la durée de l'évolu- tion plusieurs milliards d'années; mais il inqjorte d'observer que la Terre a pu être autrefois beaucoup plus liquide qu'aujourd'hui. 124. Jus^pi'ici, nous avons toujours adopté des unités particulières destinées à simplilier les fornndes. Cela était légitime, parce que nous étudiions l'action des marées produites par un même astre, la Lune, (*! l^ciit-èlrc qu'en ajoutant moins de loi à certains |)asgages d'Auteurs anciens, «[tii en sont parfois peu dignes, ou dont les textes sont plus ou moins ol)SCurs, quand ils rapportent des observations d'édipses, on arriverait à rétablir l'accord er>lrc i'obscivalioii et la tliéoric de la gravitation. TiihoiuE DI-: !-iK (;. II. Dvuwi.N 1-5 sur un munie astre, la Terre. Mais si nous voulons niaintcnanl com- parer l'action des marées produites par divers astres sur im même astre, ou par un même astre sur divers astres (par exemple si nous envisageons le système formé par une planète et plusieurs satellites, ou bien le système formé par le Soleil et l'ensemble des planètes), il faudra rétablir les coeffîcients de proportionnalité. C'est ce rpie nous allons faire. 125. De même que la marée lunaire a une inlluence sur la lon- gueur du jour et du mois, la marée solaire a une influence sur la longueur du jour et de l'année. Désignons par S, L, T les masses du Soleil, de la Lune, de la Terre. Nous appelons toujours C le moment d'inertie de la Terre, Il sa vitesse angulaire de rotation, Ll la vitesse de révolution de la Lune, a le demi-grand axe de son orbite. L'équation des aires, a[)pliquée au système Terre- Lune, supposé seul, s'écrit (33) Lrt-i2 + Cn = const. Cn représente le moment de rotation dû à la rotation terrestre, L'^/-il le moment de rotation dû au mouvement orbital de la Lune. Le mo- ment de rotation dû au mouvement orbital de la Terre autour du centre de gravité du système Terre-Lune étant très petit, nous le né- gligeons à coté de La-0. Quant à celui qui est dû à la rotation de la Lune sur elle-même, nous en faisons abstraction, envisageant ici la Lune comme un simple point matériel sans dimensions. Ecrivons maintenant l'équation des aires pour le système Terre- Soleil, supposé seul. Appelant Q.' la vitesse de révolution de la Terre autour du Soleil, a' le demi-grand axe de l'orbite terrestre, nous aurons (3Z,) Ta'n>'-K C/i = const. Cn représente toujours le moment de rotation dû à la rotation terres- tre ; Ta'-Ù représente le moment de rotation dû au mouvement llVPOTIlIlSrS COSMOGOMQU'ES orbilal de la Terre aulour du Soleil, à cùté duquel celui qui est dû au mouvement orbilal du Soleil, aulour du centre de gravité du système Terre-Soleil, est négligeable. ?Sous faisons aussi abstraction du mo- ment de rotation du à la rotation du Soleil sur lui-même, en\isageant ici le Soleil comme un simple point malériel, ou, si l'on préfère, comme mie sphère absolument rigide dont le moment de rotation est constant. Transformons les équations (3>3) et (3/i), en introduisant les quan- tités et en nous servant de la troisième loi de Kli'Leu qui donne œ'ii^ = T. Les équations des aires (33) et (3/|) s'écrivent alors •2 LT-'; -h C;) = const., 2 TS-'?' -t- C/i = const.. Considérons d'abord l'action de la marée lunaire. Cette marée donne, pendant un ceitain temps ~, à la rotation n de la l'erre une variation r^n, et il en résulte pour r une variation c?r donnée par (35) LT^» o^ + Co/i^o. De môme, la marée solaire fait, dans le même temps t, subir à // une variation 6"n, et il en résulte pour |' une variation c? |' donnée par (36) TS^ 5'i'-4-Co'/ir=o. Comparons r)'n à (?/? : il s'agit de l'action de deux marées dill'é- rentes sur un môme astre, la Terre. Le rapport de o"n à c?// sera donc A'- a[)proxiuialivement égal au rapport -ty des carrés des coefficients des deux marées. La marée solaire est environ trois fois moindre que la marée lunaire. On a donc o;»_.V2_ /iY_ I TIlliOUIE DE SIU (;. H L'augmentation de la diitée du jour provenant de la marée solaire est donc environ 9 lois moindre que celle qui provient de la marée lunaire. Les équations (o~)) et (30) donnent ensuite 0';' _ 1 LT^ . or, le second membre est exlrcmcment petit; o"c' est donc incompa- rablement plus petit que rj'z ; ce qui signifie que la marée solaire n'a qu'une inlluence insignifiante sur la distance moyenne de la Terre au Soleil, c'est-à-dire sur la longueur de l'année. 126. Les marées que la Lune soulrve sur la Terre ralentissent la rotation terrestre. De même les marées que la Terre pourrait soulever sur la Lime exerceraient une inlluence sur la rotation de la Lune. Actuellement, la Terre ne soulève [)as de marées sur la Lune, puisque la Lune nous présente toujours le même hémisphère. Mais aux épo- ques reculées, la Terre a dû soulever des marées sur son satellite, et c'est précisément, ainsi que l'avait déjà affirmé Laplace, à l'action de ces marées qu'est due l'égalité actuelle de la durée de rotation et de la durée de révolution de la Lune. Soit M la masse de l'astre perturbateur qui produit la marée sur un astre sphérique T de rayon a {Jl^. 35). Appelons c la distance 7/;/. 35. TM du centre de la sphère T à l'astre perturbateur et /• la dislance MA de l'astre perturbateur à un point V de la surface de l'astre T. Le potentiel dû à l'astre perturbateur est M M / a a' — == — I — -i ~ cos 7 H — 5 /• c s. r c- M , Ma Ma2 Scos^^cr = 1 ^ cos 7 H ■ c c- C' 2 = Uo + U, 4- U,. 1-6 HYPOTHÎOSES COSMOGONIQLES Le potentiel yénérateui- de la maiée est ,, Ma- 3cos-j — 1 il est proportionnel à La dénivellation statique est u elle est proportionnelle à Le bourrelet liquide, du à cette dénivellation, produit sur Taslre M un potentiel perturbateur où IV désigne la densité du bourrelet liquide soulevé sur l'astre T. Or. nous avons, le signe ^^ indiquant la proportionnalité, ^ Ma- et — peut, sous le signe I I être remplacé par U. (') qui est propor- tionnel à • i^ous pouvons donc écrire W^—, M-ahu c''g Le couple l' qui lait varier la rotation de l'astre T est propor- tionnel à (*) Car on a puisque !^ est une fonction spliérique du second ordre. TIlliORlE DE Slll i;. II. UAUWl.N I77 puisque ly de la sphère T. Comme .— est lui-même proportionnel à VV Cj le couple F est proportionnel à Si, maintenant, nous tenons compte de la viscosité de l'astre T, nous trouvons couple perturbateur I c>o — t: — sin 2 t. La dérivée 7, de la vitesse de rotation de l'astre T s'obtiendra en divisant le couple perturbateur F par le moment d'inertie de la sphère T qui est proportionnel à iva". Bref, nous aurons dn M'a . -j-i ="^ — ,— sin 2 £. dt &g L'angle c est défini par l'équation tgt ^= k-x, k étant une constante proportionnelle à la viscosité et a étant propor- tionnel à la vitesse de la marée. Pour la marée principale semi-diurne, on trouve, en faisant le calcul, a — il tg 2 = I q V , " '^ gaw V étant le coefficient de viscosité de l'astre T. Comme l'angle i est très petit (en prenant pour v le coefficient de viscosité de la poix, on trouve que col angle ne dépasse pas 10' pour le système Ïerre-Lune), nous pouvons écrire , n— il sin 1 1 c:^: te t --^^ • ° gaiu I, Bien entendu, nous ne conservons dans W que le terme le plus important, celui qui, pour les marées terrestres, est appelé terme principal semi-diurne. POINCARK. 13 1-8 UYPOriiijSES COSMOGO.NHitES Or, nous avons pour la gravité fj, à la surface de l'aslre T et par suite iva' q 3VS — :;- CVS iva, ^ a- n — £1 n — il SUl 2 î 3V3 , — cvn -, — T- ■ g- a-iv- Finalement, il vient du M-fl n — a M'\n — Q) cil c g g- c lo'a' Si la sphère T est la Terre et l'astre M la Lune, ces proportionna- lités représentent la diminution de la rotation terrestre due à la marée lunaire. Si, maintenant, nous voulions avoir la diminution -tt de la rotation de la Lune, due aux marées que la Terre produit sur la Lune, nous aurions dl "^^ àw'-^a!' où M' désigne cette fois la masse de la Terre, iv' et a' la densité et le ravon de la Lune, oj sa vitesse angulaire de rotation. Actuellement, les durées de rotation et de révolution de la Lune ., 1 A 1 '^"' T étant les mêmes, 'A — il est nul et il en est de même de , : 1 action retardatrice de la Terre sur la Lune est épuisée. Mais il n'en a pas toujours été ainsi : à l'origine w — 0 était comparable à n — 12, cl alors on avait ce qui, puisque s'écrit dn' dt ^{f,)'m (a dn '' \7^ ^t M c^ w'a'\ M' CVS w a\ dll^ dl /v'Y'/ay ïïiT ^ \w') [â'J • dl TiiiiOniE DE SI II r.. 179 Gomme les densités w et w' de la Terre et de la Lune sont du même ordre, ce rapport est comparable à a y - = 82 000 environ. a I Donc l'action retardatrice de la Terre sur la Lune a dû ctre au dé- but environ 82000 fois plus forte que l'action retardatrice de la Lune sur la Terre. On conc.'oit donc que cette action ait pu être assez puis- sante pour avoir arrêté le mouvement de rotation de la Lune relative- ment à la Terre, et pour avoir forcé notre satellite à nous tourner toujours la même face. 127. Si, maintenant, on étudie le système formé par le Soleil et les différentes planètes, on constate d'abord que l'action produite sur la rotation du Soleil par les marées que les planètes soulèvent sur le Soleil est tout à fait insignifiante. Quant à l'action retardatrice de la marée solaire sur la rotation des ditTérentes planètes, son coefficient de proportionnalité est M-g n — li ce qui peut s'écrire Won en négligeant la vitesse angulaire il de révolution de la planète, à côté de sa vitesse angulaire n de rotation. Or, M, masse du Soleil, est le même pour toutes les planètes, et l'on a tu 3 '--'■ ;.2 • m étant la masse de la [)lanète envisagée. Le coelHcient de propor- tionnalité auquel est proportionnel ^^j est donc pour chaque planète i8o HYPOTUKSES COSMOGOMQUES Sir G. II. Dakwln donne le Tableau suivant (où C leprésenle le moment d'inertie de la planète) : Planètes dl dn ~dï Mercure. , Vénus La Terre Mars Jupiter Saturne I o.oaC) 2,3 o,ii I OOO 1 1 I o,oooo5 0,00002 Le calcul, en ce qui concerne Mercure et \cnus, a été lait en sup- posant à ces deux planètes une durée de rotation de l'x heures. On voit que, pour ces planètes intérieures, l'action retardatrice delà marée solaire est forte. S'il est vrai, comme le prétendent plusieurs obser- vateurs, que ces deux planètes tournent toujours une même lace vers le Soleil ('), ce lait pourrait s'expliquer par l'action retardatrice de la marée solaire. La tliéorie ex])liquerait aussi pourquoi les planètes extérieures Uranus et Neptune, n'ayant subi qu'une marée solaire très faible, ont conservé leur rotation rétrograde. IV. Influence accélératrice du refroidissement. 128. Le refroidissement séculaire de la Terre la contracte et di- minue son moment d'inertie ; par suite, en vertu de la loi des aires, sa vitesse de rotation doit s'accroître de ce chef. Il y a donc lieu, à coté de l'influence retardatrice des marées, étudiée dans les pages précédentes, de tenir compte de l'inlluence accélératrice du refroidis- sement. Nous avons vu plus haut (n" 126j que le couple retardateur T dû à la marée est proportionnel à M'a' &'g sm 2 i. (1) Celte opinion, en ce qui concerne Vénus, ne paraît plus guère soulcnal)le depuis les récentes observations spectroscopiqucs de M. Belopolsky. TUtOKlE UE SIK G. 11. DAll« l.N t8l c'esl-à-diie à ou encore a M-ahi M'a' Or, M (masse de la Lune) et m niasse de la Terre) sont des cons- tantes, et nous rejiarderons aussi c (dislance de la Lune à la Terre) comme constant. Par suite, le couple V est i)ro[)oilionnel à Le moment de rotation Cn de la Terre aura sa dérivée j[~ P'O- porlionnelle au couple V : nous aurons donc l'équation (/(Cn) dl = _ Aa" (/i — il). A étant une certaine constante positive. Comme C, moment d'inertie de la Terre, est proportionnel au carré a'- de son rayon, nous pouvons écrire l'équalion précédente ainsi ^'=-Ba'(„-U), B étant une nouvelle constante poï^itive. De là nous tirons ., dn 2 n da ^ . Par suite du retroidissement. le rayon terrestre a dmimue, et tt est négatif; donc, au second membre de l'équation (07), nous avons un terme positif dû au refroidissement séculaire, et un terme négatif dû au frottement de la marée. Posons da dl = - '«• ). étant une quantité positive. L'équation (87) s'écrit dn dl (38) ^? = "(2 >> — Ba") -h Ba'o. dl 2 da = ■?'". I = IJL 2 ('-', 182 HYPOTHÈSES COSMOCONIQLES Nous allons loul d'abord supposer, à seule fin de l'acililer les cal- culs, que le refroidissement suit la loi particulière indiquée par la formule 2 X = ixa\ [i étant une constante : nous aurons alors da [JL „ Jl ^^ d'où et le rayon terrestre, avec cette loi, varierait comme l'inverse de la ra- cine septième du temps. L'équation (38) s'écrit alors I dn T-,\ r> Si l'on a I^>B. n ira constamment en croissant, et tendra vers ±: oc , suivant son signe. Si l'on a i. : elle est égale à la vitesse de révolution. 130. Pour une loi de refroidissement autre que celle que nous avons envisagée pour simplifier, 'j., au lieu d'être une constante, serait variable et n tendrait toujours à se rapprocher de — Bn ;z — B si 'j. - B. Lord Kelvin estime que la variation séculaire de la durée du jour, due au refroidissement, serait de 0- de seconde. Cette accélération est très petite à côté du relard qui serait du à l'influence de la marée. On doit donc penser que, pour la Terre, l'etl'et du frottement de la marée interne l'emporte sur celui du refroidissement, et que la vitesse an- l84 HYPOTHESES COSMOCOMQUES sfulaire /? de rotation de la Terre est actuellement en voie de décrois- sance 131. Une troisième cause peut modifier la rotation de la Terre. Cette cause, c'est l'augmentation de la masse de la Terre par suite de la pluie météorique, de la chute d'étoiles fdantes dont elle est bombardée. Ces projectiles qui tombent sur la Tcrie viennent aug- menter son moment d'inertie et, par conséquent, retarder sa rr)tation. On a dit qu'il suffirait, pour expliquer les /j" d'accélération séculaire de la Lune dont la gravitation ne rend pas compte, d'admettre que le rayon de la Terre s'accroît de i mètre en loooo ans, par suite de la chute des météores. Mais un tel accroissement du rayon terrestre représente une pluie météorique vraiment énorme et inadmissible. V. — Hypothèse sur la formation de la Lune. 132. Nous avons dit que, d'après Sir G. II. Daravix, la Lune à sa naissance était très voisine de la Terre. Mais comment la Lune a-t-elle pu naître de la Terre? On peut d'abord supposer, restant dans l'ordre d'idées de Lai'lace, qu'elle s'est formée aux dépens d'un anneau abandonné par la nébu- leuse terrestre. On peut aussi — ^ c'est là une hypothèse proposée par Sir G. H. Dar- win — penser que la Terre encore liquide subissait la marée solaire : il est arrivé un moment oîi la période propre d'oscillation de cette masse fluide est devenue égale à la période de la marée solaire. Alors l'am- plitude de la marée s'est exagérée par suite du phénomène de réson- nance : l'intumescence est devenue énorme, et une portion de la masse se serait détachée de la Terre, lui formant un satellite. Mais une autre hypothèse, que nous allons examiner maintenant, est encore admissible. 133. Rappelons ce que nous avons dit relativement aux figures d'équilibre d'une masse fluide homogène soumise à l'attraction mu- tuelle de ses parties et tournant avec une vitesse angulaire constante w autour d'un axe ox (n" 47). Nous avons comme figures d'équilibre possibles : I" Des ellipsoïdes de révolution aplatis, dits ellipsoïdes de Mag- Lauuix ; TIIKORIE IT >TU <;. II. DARWIN 2' Des ellipsoïdes à trois nxes inégaux, dits ellipsoulos de JACom. Reprenant les notations du n" 45, nous appelons a, h, c les trois demi-axes de l'ellipsoïde qui est une liguic d'équilibre, et nous posons n- //2 • / = Nous avons vu que .v et / sont com|)ris entre o et i, c'est-à-dire que l'axe de rotation est toujours le plus petit axe de l'ellipsoïde, et que dans le plan des s, I, la courbe lieu du point (.v, /) représentatif de l'ellipsoïde se compose, à l'intérieur du carre o < s < 1 o< < < 1. de la droite OA, et d'une ligne DB (Ji;/. o6). La droite OA correspond Jiç,. 30. aux ellipsoïdes de Mac-L\i ui\, la courbe DB correspond aux ellip- soïdes de Jacdiu. Si l'on examine comment varie la vitesse angulaire o) lorscpi'on chemine sur ces deux portions de courbe, on constate qu'au point A où l'ellipsoïde de Mac-Lauri> est une sphère, la vitesse u est nulle; lorsqu'on décrit la droite AO dans le sens AO, 03 croît jusqu'à un certain point E où il est maximum, puis décroît jusqu'en 0 oii il s'annule do nouveau. Si, maintenant, on décrit l'arc DB qui corres- pond aux ellipsoïdes à axes inégaux, o) [)art de zéro en D, croît jus- qu'en Ci où il passe par un niaximimi, puis décroît jusqu'en B où il s'annule. Deux points tels que M et M', symétriquespar rapport à OA, représentent- le même ellipsoïde de Jacohi, ayant simplement tourné de 90". l86 ini'iiTIlÈSF.S COSMOr.OMQlF.S Mais ces figures ellipsoïdales d'éf|iiilibic, de Mac-Lauiun ou de Jacoiîi, ne sont pas les seules possibles [)our noire masse fluide homo- gène animée d'un mouvement de rotation : il en existe une infinité d'autres (') dont nous allons maintenant parler. 134. Rappelons la définition des foo7'(/o/î/uV.<« cllipli(jiics de l'espace. Considérons la famille de quadriques lionioCocales X- y- r^ À- — a'^ À- — />- /,"- — c- Par chaque point de l'espace passent trois de ces surfaces : en elTet, X, y, z étant donnés, on a pour déterminer /- une équation du troi- sième degré, dont les racines sont séparées par les nombres rr, b-, c-. Appelant o-, 'X', V" ces trois racines, nous aurons ?"- > a- > IX- > Ifi > v2 > c\ La plus grande racine o- corres|)ond à un ellipsoïde, la racine moyenne ir à un hyperboloïde à une nappe, la plus petite v^ à un hyperboloidc à deux nappes. Réciproquement, si o, 'J., v sont donnés, on a trois surfaces se cou- pant en huit points placés symétriquement, par rapport aux divers plans de coordonnées. Si on ne considère que les points situés dans le Irièdre positif des axes de coordonnées, les trois nombres o, [X, v définissent un point et un seul : ce sont les coordonnées elliptiques de l'espace. Soit R une fonction de o qui sera, soit un polynôme en o-, soit un tel polynôme multiplié par un, deux ou trois des radicaux V'p- — et- . \ z- — Ir , \' f — C- . Soient M la même fonction de y, et N la mcine fonction de v. M et N ne dilTèrent de R que par le changement de ^- en v.- et en v- respec- tivement. Le produit RMN est une fonclion de .r. y, r. Si cette fonction est iiarmonique, c'est-à-dire si l'on a / d' d-

f:AitÉ : Sur réipiUlbrc d'une mai^sc fluide animée d'un mouvement de rota- lion {Acla Malhemaliai, t. Vif, i8S5, [). 'iSo-GSo). Voir aussi H. l^oi\c.\uii : Figures d'équilibre d^une masse fluide (Ln.ons professées à la Sorbonnc en 1900). THLORIE DE ïlll ,, No, ..., sont tous situés entre C et O. miiOUIE DE SIK U. 11. DAKWl.X 189 elle [)reiidia alors la seule l'oniie possible, celle de la siu lace ^ voisine e cho- quer assez souvent. iqG hypothèses cosmogoniques On sait que la vitesse qui correspond à la trajectoire circulaire est à la vitesse parabolique clans le rapport de i à y 2. La force vive d'un météore qui tombe sur le Soleil par spirales de plus en plus serrées est donc deux fois moindre qu'elle ne serait, si le même météore tombait en ligne droite de l'infini. Il faudra donc, dans l'hypothèse actuelle, deux fois plus de matière pour produire le même eiTet. Au lieu d'admettre que la pluie météorique augmente le rayon du Soleil de 10 mètres par an, il faudra admettre qu'elle l'augmente de 20 mètres, soit une augmentation de i kilomètre en 5o ans. A ce taux le diamètre apparent du Soleil croîtrait de i " d'arc en /i 000 ans, ce qui, bien entendu, est tout à fait inappréciable. On peut penser que la lumière zodiacale est constituée par un tel essaim de météores ; ces météores tombant peu à peu sur le Soleil, entretiendraient sa chaleur. En attribuant à la lumière zodiacale une masse égale à cent fois celle de la Terre, on trouve que la chute de sa matière sur le Soleil pourrait entretenir le rayonnement de cet astre pendant 4 700 ans, chiffre bien faible. Lord Kelvin se demande aussi quel effet la chute de ces météores produit sur la rotation du Soleil. Si l'on admet, dit-il, que les mé- téores se meuvent tous dans le sens direct et dans le plan de 1 "équa- teur solaire, on trouve que la durée de leur révolution est devenue moindre que 25 jours, lorsque leur orbite n'a plus pour rayon que le rayon du Soleil ; par conséquent, en tombant tangentiellement sur le Soleil, ces météores doivent augmenter sa rotation. Lord Kelvin voit là une origine possible de la rotation du Soleil (^), car cet astre aurait pu acquérir ainsi en 26000 ans sa vitesse de rotation actuelle. Mais rien ne prouve que les météores circulent tous dans le même sens, ni qu'ils soient orientés dans un même plan. 144. Une grave objection à la théorie météorique telle que nous venons de l'exposer vient de l'étude spectroscopique. Un météore arrivant à toucher le Soleil se volatilise, mais il conserve néanmoins son énorme vitesse orbitale. D'après le principe de Doppler-Fizeau, ce phénomène devrait se traduire par un déplacement des raies (') Rappelons que, dans la théorie de Laplace, c'était plutôt la rotation solaire qui était primitive par rapport à la révolution des planètes. Ici ce serait, au con- traire, la révolution des corpuscules qui aurait engendré la rotation de l'astre central. SLR l'origine de L\ CHVLELR SOLAIRE ET DE LV CIIALELR TERRESTRE 1^7 spectrales ; or, le spectroscopc ne révèle aucune déviation de ces raies. En outre, nous avons dit (n° 140) que l'accroissement de la niasse du Soleil aurait pour conséquence une variation de la durée de l'année, si l'on ne supposait pas que l'essaim de météores est intérieur à l'or- bite terrestre. Comme la durée de révolution de Mercure n'a pas varié non plus, il faut supposer que l'essaim est même intérieur à l'orbite de .Mercure. La densité de ce nuage cosmique devrait donc être assez forte, et les comètes devraient être arrêtées ou tout au moins forte- ment retardées à leur passage au périhélie; or, même pour les comètes passant à une distance de la surface du Soleil inférieure au rayon d cet astre, il n'y a ni arrêt, ni retard très appréciable. Il y a donc lieu de rejeter l'hypothèse météorique, ou tout au moins de la modifier profondément, comme l'a fait Helmholtz. Ce sont les idées de Helmholtz que Lord Kelvin, abandonnant lui-même sa première hypothèse, a, dans la suite, adoptées et développées. 145. Hypothèse de Helmholtz. — Dans l'hypothèse de Helmholtz, ce ne sont pas des météores distincts qui tombent continuellement sur le Soleil et le réchaulïent. L'origine de l'énergie rayonnée par le Soleil est toute différente. Le Soleil est considéré comme une masse fluide qui se contracte. La contraction rapproche les particules les unes des autres ; dans ce rapprochement, le travail de la gravitation est positif. L'énergie potentielle d'une sphère gravitante est l/v.„„ dm représentant un élément de masse et Y le potentiel auquel est soumis cet élément. On a /v. dm' représentant une masse attirante élémentaire et /■ la distance de la masse attirante dm' à la masse attirée dm. Si l'on a une sphère homogène de densité o, de rayon R et de masse M, une couche sphérique de rayon a et d'épaisseur da a pour masse dm = p!iT.a-da. Ig8 HYPOTHÈSES COSMOGO.MQLES Quel esl le polentiel V auquel est soumise cette masse dm':} A l'inté- rieur de la sphère homogène l'attraction est proportionnelle à la dis- lance au centre ; elle a pour valeur Ma à la distance a du centre : on a donc dV__Ma. (la ~ R3 ' d'oii l'on tire ^ P Ma- M Comme, pour a = R, on doit avoir V = r> , il est facile de calculer la valeur de la constante C. Remplaçant alors G par sa valeur on a ^ _ 3M _ Ma2 2R 2R^^' L'énergie de gravitation de la sphère est donc elle est proportionnelle à et, comme on a pMR2; 4rpR' =M, on peut dire que l'énergie est proportionnelle à R Donc, si R diminue, le travail est positif : une sphère gravitante homogène qui se contracte en restant homogène fournit de l'énergie. Helmholtz a calculé que, si la densité était uniforme dans tout le Soled, une contraction de --— en diamètre fournirait un travail égal 1000 SLll L'oniGI>E UE L\ ClI.VLlCLll SOLAIRE ET UE LA CIULEUU TEUnESTHE IQIJ à 9,0000 fois l'équivalent nircaniquc de la quantité de chaleur qui représente le rayonnement annuel. Bien ([ue le Soleil ne soit pas homogène, on conçoit qu'un jiioccssus analogue puisse mettre enjeu la chaleur nécessaire à son rayonnement. 146. On peut aussi, dans le même ordre d'idées, essayer de cal- culer la provision de chaleur ou d'énergie emmagasinée par le Soleil lors de sa formation et d'évaluer le temps pendant lequel il a pu rayonner au taux actuel de sa déperdition de chaleur. INous suppose- rons que le Soleil et sa chaleur ont été engendrés par de petits corps, primitivement séparés les uns des autres par de très grandes distances et tombant les uns sur les autres, la quantité de chaleur totale produite étant équivalente au travail positif ainsi produit. Considérons la sphère solaire comme formée de couches sphériques concentriques homogènes. A[)pelons 0 la densité à la distance /' du centre, M la masse de la matière solaire intérieure à la sphère de rayon r et W l'énergie emmagasinée par cette même matière, autrement dit le travail que produirait cette matière, d'abord disséminée à l'in- fini, en se condensant jusqu'à son état actuel. AI, W et 0 sont donc des fonctions de r. Si nous donnons à r l'accroissement dr, M s'accroît de Pour calculer dW, accroissement correspondant de W, nous devons supposer que la masse c/M tombe de l'infini à la surface de la sphère de rayon r, passant amsi du potentiel o au potentiel — : nous avons donc r Supposons d'abord, pour simplifier, la densité 0 constante. Dans ce cas, l'intégration se fait immédiatement : on a 200 HYPOTHÈSES COSMOGONIQUES d'où w = ^^^' . ^'' 3 M^ 5 r • Si nous appelons R le rayon du Soleil, l'énergie que cet astre a emmagasinée en se formant est donc 3 W 5 R ■ Pendant combien de temps cette énergie peut-elle suffire à entre- tenir la chaleur solaire au taux actuel de la radiation ? Nous avons dit (n" 142) que la chaleur perdue annuellement par le Soleil est équiva- lente à l'énergie que lui fournirait une pluie de matière tombant de l'infini sur sa surface et au^-mentant sa masse de o de sa ° 02 OOOOOO valeur : M dm = ^ Saoooooo ' cette pluie augmenterait W de _M-' _i ~ K 32. io«" Telle est la quantité d'énergie que le Soleil perd par an. Comme, d'autre part, celle qu'il a emmagasinée à l'origne est 3 W 5 K ' le Soleil ne peut pas rayonner, au taux actuel, depuis plus de 3 M^ 5 R .„. 3ï7ï^^ TT d'années environ. Ce calcul est relatif au passé, puisque, dans l'ave- nir, le Soleil peut continuer à se contracter en dégageant de nouvelles quantités de chaleur. SLR L ORIGINE DE LA CHALEUR SOLAIRE ET DE LA CUALELR TERRESTRE 301 147. Mais nous avons, dans le calcul, supposé constante la densité p. Cette simplification n'est pas légitime, car il est bien certain que dans le Soleil la densité croît à mesure qu'on se rapproche du centre. Admettons donc que la densité o soit représentée, en fonction de la distance r au centre, par la loi suivante : a et a étant deux constantes positives {^). Les formules trouvées pré- cédemment [n" 146) nous donnent alors d'où dM ^ [\~ar- ^dr 3 — a M = IxT.n l d\\' = - dM r "S — a'^ par suite W = {h^ay r'-'-''' 3 — a 5 — 2 a celte dernière égalité peut s'écrire M'^ 3 — a W = r 0 Dans cette hypothèse, l'énergie emmagasinée par le Soleil lors de sa formation est donc M^ 3 — oc R 5 — 2a' par suite le Soleil ne peut pas rayonner depuis plus de (i) - — . 32. lO*^ ^ O — 2 a années. (') Celte loi donnerait c = 3C au centre du Soleil; elle n'est donc qu'une approximation, de laquelle la réalité peut se rapprocher plus ou moins. HYPOTHESES COSMOGOMQUES Si nous supposons, à titre d'approximation, que la matière solaire est un gaz qui suit la loi de Mariotte, la pression p devra être pro- portionnelle à p. L'équation de l'Hydrostatique (équation d'EuLER) donne Or, donc dp _ M dr ~ ^ r'- p est proportionnel à r" j\I est proportionnel à r^ -J est proportionnel à r' ^*, p est proportionnel à r^~"^. Nous voulons que p soit proportionnel ii p, c'est-à-dire à ; — '". jNous devons donc poser c'est-à-dire a = 2, Alors l'expression (i) donne, pour l'Age du rayonnement solaire, 32 millions d'années. Cette durée calculée du rayonnement serait un maximum. Elle est d'autant plus longue que l'on suppose plus grande la condensation centrale du Soleil, mais, quoi qu'on fasse, elle est toujours du même ordre de grandeur. En mettant les choses au mieux, le Soleil n'aurait donc pas, d'après la théorie de Helmhgltz, illuminé la Terre pendant 5o millions d'années. 148. Elude de la chaleur spécifique. — Nous avons dit (n" 139) qu'en supposant au Soleil une chaleur spécifique égale à celle de l'eau, son rayonnement abaisserait (si la chaleur ne se renouvelait pas) sa température à i^/j par an. Ce chiffre est évidemment beaucoup trop fort, et tout fait penser, au contraire, que la température du Soleil n'a que bien peu varié depuis des temps très reculés. Tout se passe donc comme si le Soleil possédait une chaleur spécifique très considérable, celle-ci pouvant être due à l'énormité des pressions qui existent à l'intérieur. SLU L OIUGINE DE LA CHALEUR SOLAIHE ET DE LA ClIALELU TERnESTRE 20.) Eludions la question au point de vue de la Thermodynamique. Nous assimilerons tout d'abord le Soleil à un fluide parlait, c'est-à- dire que nous supposerons en tout point la pression p uniforme et normale à l'élément plan qu'elle sollicite. Considérons un élément de volume dz = dx dy dz ; appelons o sa densité, X, Y, Z les composantes de la force (rapportée à l'unité de masse) qui lui est appliquée. Dans un déplacement virtuel (j^x, ây, âz) subi par cet élément, les forces accomplissent un travail (X ox -+- Y oy -f- Z o;) p d- ; et, pour tout l'ensemble de la masse iluidc, le travail accompli dans un déplacement virtuel a pour valeur S W = jjj (X 0.T + Y 5j + Z or) p dz. Les équations de l'Hydrostatique donnent dx px. dp _ dy- pY, dp_ dz ~~ pZ: nous pouvons transformer c?W par des intégrations par parties : nous avons par exemple ' If ''"'''' -fff" or, l'intégrale double est nulle parce que la pression p est nulle à la surface libre du fluide. Il reste donc .-i-i,- I I I (d.ox d.cY d . oz\ , A\ =- n ï p[-^~ -^ -^^^ -^ -^)d-.; 2o4 HYPOTHÈSES COSMOGOMQUES d'ailleurs, comme l'équation de continuité donne d . Sa? d .cy d.CfZ ■ Q dx dy dz p ' nous pouvons écrire ou, en remplaçant dans cette dernière égalité dr par — , dm étant un élément de masse, Appelant v le volume spécifique, nous avons d'oii I par suite 8W = — M i pZvdm. Chaque élément de masse dm figure donc, dans la sommation, pour la quantité de travail pc,v dm, soit par unité de masse. Appelons U l'énergie interne par unité de masse et âQ la quantité de chaleur fournie, également par unité de masse, dans la modifi- cation virtuelle envisagée. L'équation fondamentale de la Thermo- dynamique (') donne oQ = oU +poi;. (') Cette équation traduit le principe cr équivalence : la chaleur reçue par un corps (ou un système de corps) équivaut à l'accroissement de son énergie interne, augmenté du travail e«terne qu'il a fourni. Dans cette équation nous ne faisons pas figurer l'équivalent mécanique de la clialeur, parce que nous sup[)Osons oQ évalué en unités de travail, comme les quantités du second membre. SUR l'origine de la chaleur solaire et de la chaleur terrestre 2o5 La chaleur spécifique, dans une modification quelconque, est repré- sentée par le quotient 8Q 0 i de la chaleur fournie par l'accroissement de la température absolue T : oQ _ oU OV Supposons la pression p très grande. Si la modification a lieu à volume constant, âv est nul, et la chaleur spécifique se réduit alors à SU oT qui généralement est une quantité finie. Mais à pression constante (ou plus généralement à volume non constant), le terme 01' i' oT peut-être très grand, si kj n'est pas très petit : il est possible en effet que pour un solide, ou pour un liquide peu compressible, ^r.-, ne soit pas très petit, même sous pression élevée ; toutefois ce n'est pas ce qui arrive dans le cas d'un gaz parfait ('). Nous comprenons ainsi comment, sous de fortes pressions, la chaleur spécifique peut atteindre une valeur considérable. 149. Considérons un globe chaud qui rayonnerait, comme le Soleil. Perdant de la chaleur ce globe se contracte et cette con- traction tend à le réchauffer . L'ensemble du globe va-t-il s'échauffer, va-t-il se refroidir ; sa température va-t-elle croître ou décroître ? C'est une question qui sera discutée plus loin (Section III). Faisons cependant la remarque suivante : pour que le globe s'échauffe en oQ . perdant de la chaleur, il faut que la chaleur spécifique w soit né- (') Pour les gaz parfaits, lo coefficient de dilatation à pression constante - ™ est constant ( et égal à — ^ 1 : quand la pression devient très grande, le vo- lume spécifique v devient très petit, par suite -j. le devient aussi. Pour un gaz parfait, la chaleur spécifique resterait donc finie sous les fortes pressions. Mais il n'en c«t pas ainsi pour les solides ou les liquides, ni même pour les gaz naturels. 206 intPOTHÙSES COSMOGOMQUES qative ; nous verrons plus loin que cela n'a rien d'impossible. Il peut donc arriver ou que le globe s'écliaulïe, ou qu'il ne se refroidisse que très lentement si l'efTet de la contraction, en accroissant la pression, est d'augmenter la chaleur spécifique. 150. Précédemment (n" 148), nous avons assimilé le Soleil à un fluide parfait. Si nous l'assimilions maintenant à un solide élastique parfait, la même analyse et les mêmes résultats subsisteraient à peu de modifications près. ^Jous aurions, au lieu d'une seule pression p en chaque point, à considérer les composantes de la pression, bien connues dans la théorie de l'Elasticité, P.r.v, p. m. P,z. Pyr, Pl/iJ, P;iz, /^-. P-^u. P^^ ; ces composantes se réduisent à six puisqu'on a Ps!j = P,j,, P,jz = Pz„, P.x = Pxz. Les équations de l'Elasticité s'écriraient dpx.v _^ dp:ru _^ dp,. _ dx dy dz -pX, dpyr , dp,j,, dp„, _ dx ~^ dy "^ dz ~ -PY. dpzx , dp,,, dp,, dx ~^ dv '^ dz ~ — pZ. Le travail oW = (Xo.r + Yoj' -+- Zoz)pdx, accompli dans une modification virtuelle, prendrait la forme suivante (comme on le voit par des intégrations par parties) : --iïr[/'.. 4^ -.. H-., cii^^.f )-....]-, les quatre termes non écrits dans le crochet du second membre se dé- duisant, par permulation circulaire, des deux termes écrits. Or, la dé- SLK L ORI(;!>E DE L\ CIIALELU SOLAIHK ET DE LA CHALEUR TEURESTItE 2O7 l'ormaliou virtuelle est cnliùremenl déliiiie par les six déformations élémentaires (trois dilatations et trois glissements) : rp d.^X ^•'""~ dx ' rp f/.ÛV ■r-':,r- „ d.oY d.oz ^^=— dz' ~^ dy ' rp d.oz d.ox '"— dx "^ dz ' rp d.ox d.oy ^''■'— dy "^ dx L'équation fondamentale de la Thermodynamique s'écrirait oQ = SU -p.. î^^ - ... _ p„, I- _ ... ; ? ? l'ensemble des six derniers termes du second membre, représentant ici le travail externe ('), joue le rôle que jouait le seul terme po'v dans le cas du lluide parfait. Ces six termes peuvent acquérir des valeurs très considérables à l'intérieur de la masse oii les pressions sont énor- mes. Nous retrouvons donc bien le même résultat : la chaleur spéci- fique devient très grande sous les fortes pressions. 151. Si, maintenant, nous supposons le Soleil visqueux, ainsi qu'il l'est certainement dans la réalité, sa contraction aura pour effet, non seulement d'augmenter sa chaleur spécifique, mais encore de déter- miner une véritable création de chaleur, car la contraction fait naître des frottements qui produisent de la chaleur. C'est le travail de la gra- vitation, ainsi transformé en chaleur par les frottements, qui, d'après IIelmholtz, entretient la radiation solaire (ii° 145). 152. Dans l'intérieur du Soleil, en raison de la très haute tempéra- ture, la plupart des corps doivent être chimiquement dissociés. Des courants de conveclion amènent à la surface les matières de ces corps ; là, trouvant une température moins élevée, elles se recombinent avec dégagement de chaleur; s'étant ensuite refroidies, ces matières retom- bent à l'intérieur du Soleil où elles se dissocient de nouveau. On peut concevoir que le même cycle recommence et se poursuive, ce méca- nisme permettant à l'énergie emmagasinée à l'intérieur du Soleil de venir se dissiper à sa surface (sans qu'il y ait là, bien entendu. (') Rappelons que, dans la notation habituelle de la tliéorie de l'Elaslicilé, les pressions sont regardées comme positives si elles correspondent à des tensions et comme négatives si elles correspondent à des compressions ; c'est la raison des signes — qui figurent dans ?Q. 200 HYPOTHESES COSMOGONIQUES créalion de chaleur, puisque ce sont toujours les mêmes corps qui alternativement se dissocient et se recombinent). La dissociation des matières centrales du Soleil joue le même rôle qu'une augmentation ds la chaleur spécifique. En effet, si c est la chaleur spécifique, pour élever de T degrés la température superficielle du Soleil, il faut fournir par unité de masse une quantité de chaleur cT; s'il faut, en outre, dissocier cette masse, on devra lui fournir une quantité de chaleur supplémentaire que nous pouvons représenter par aT. a étant positif. La quantité de chaleur fournie en tout sera donc (c + ût) T ; tout se passe donc comme si la chaleur spécifique avait été c + a au lieu de c. 153. Plus la chaleur spécifique des parties centrales est grande, plus est considérable la provision de chaleur que représente la tem- pérature du Soleil. Quelle température peut-on assigner au centre du Soleil? Celle de la photosphère est d'environ 6000°; mais cette tem- pérature n'est pas celle de toute la masse. Puisque, dans certaines parties de l'atmosphère terrestre, il s'établit une sorte d'équilibre adia- batique, on peut penser que, dans le Soleil, s'établit un régime ana- logue, les parties les plus comprimées étant les plus chaudes et les parties les moins comprimées, les plus froides. Dans ces conditions, le gradient de la température serait, d'après M. Arruenius, de 9° par kilomètre pour une atmosphère d'hydrogène (en admettant que l'hy- drogène soit devenu monoatomique aux hautes températures qui régnent dans le Soleil). Si l'on admet que ce même gradient se pour- suit jusqu'au centre, on trouve 6 millions de degrés comme tempé- rature centrale du Soleil. Il est inutile d'insister sur tout ce que des évaluations de ce genre présentent d'arbitraire et d'incertain ; mais, bien que la température superficielle soit faible, il n'en est pas moins vrai que la quantité de chaleur contenue dans le Soleil est énorme. Ces diverses considérations nous montrent que tout a pu se passer comme si la chaleur spécifique du Soleil était très grande; il en résulte que le Soleil aurait pu emmagasiner une provision de chaleur consi- SUR L ORIGINE DE I.\ CIlALELn SOLAIRE ET DE LA CHALEUR TERRESTRE 209 dérable, sans que sa température moyenne, et surtout sa température superficielle, seule accessible à l'observation, se soient élevées à des chiffres non admissibles. Mais ce n'est pas là une solution du pro- blème ; si nous admettons que cette provision est due à l'énergie de gravitation, elle se trouve toujours limitée par le calcul de IIelmuoltz et la difficulté reste entière. 154. Nous avons dit que, d'après lÏEi.MUor.Tz et d'après Lord Knf,- viN, le Soleil n'aurait pas, dans le passé, une durée d'existence attei- gnant 5o millions d'années ('). Cette conclusion est-elle acceptable!* La plupart des naturalistes l'ont rejetée absolument, au nom du trans- formisme, prétendant que l'évolution des espèces a dû exiger des centaines de millions d'années; il est vrai que cet argument a perdu de sa valeur depuis la découverte, par M. De Vries, des phénomènes de mutation. Mais d'autres arguments, moins sujets à de semblables objections, sont tirés des faits géologiques. L'épaisseur des couches déposées depuis que la vie existe à la surface de la Terre (et il est bien difficile d'admettre que la vie ait pu exister sans Soleil) exige, parait-il, beaucoup plus de 5o millions d'années. L'examen des chaînes de montagnes des temps géologiques enlièrement détruites par l'éro- sion conduit à la même conclusion : on a calculé que, pour raser complètement les Alpes, l'érosion aurait besoin de 27 millions d'an- nées. Or, depuis les temps dévoniens où la vie était déjà ancienne, nous voyons surgir une chaîne pareille aux Alpes, la chaîne calédo- nienne, puis les phénomènes d'érosion la détruisent ; ensuite la chaîne hercynienne s'élève à son tour et est rasée par l'érosion, puis vient le calme des temps secondaires, et enfin la période tertiaire où se sont formées les Alpes, Les géologues sont donc très à l'étroit avec 5o millions d'années, et ils réclament un temps beaucoup plus long. La difficulté est d'autant plus fâcheuse que Lord Kelvin a calculé aussi combien de temps il a fallu à la Terre elle-même pour se refroidir, et qu'il est arrivé à un chiffre du même ordre que pour l'âge du Soleil. II. — Chaleur terrestre. 155. Exposons les calculs de Lord Kelvin sur le refroidissement de la Terre. Reprenant une hypothèse faite antérieurement par (») Nous verrons un peu plus loin (n° 163) que la découverte des phénomènes radioactifs fait entrevoir la possibilité d'augmenter de beaucoup cette durée. PoKCAnÉ i4 3IO HYPOTHKSES COSMOGOMQLES Poisson, Lord Kelvin suppose que la Teiie aurait autiefuis parcouru des espaces chauds où elle aurait pris, dans toute sa niasse, une cer- taine température uniforme, et que, étant arrivée ensuite dans des espaces plus froids, elle aurait commencé à se refroidir. C'est ce refroidissement que nous voulons étudier. Prenons donc une sphère homogène dont la température initiale, à l'époque / = o, est uniforme et partout égale à V, et plaçons-la dans un milieu indéfini à température zéro ('). La sphère va se refroidir par sa surface, celle-ci prenant par hypothèse la même température zéro que le milieu avec lequel elle est en contact. Comme le rayon de la sphère terrestre est très grand, nous le sup- poserons infini. Le problème se ramènera ainsi à celui qu'on désigne souvent, d'après Fourier, sous le nom de problème du mur indéfini se refroidissant par contact : deux milieux I et II sont séparés par un plan ; le milieu I sera la Terre, le milieu II l'espace céleste et le plan sera le plan du sol. Prenons pour axe des x une perpendiculaire à ce plan séparateur, dirigée vers l'intérieur du milieu I, ce plan sépa- rateur ayant alors lui-même pour équation Il s'agit de déterminer la température i' du milieu I (fonction de x et de / définie pour a; > o et / > o), sachant que pour / = o cette température est uniforme et égale à Y, et que pour / > o la tempéra- ture superficielle (pour x = o) est v = o. La fonction v n'est définie que pour £C >■ o, mais nous pourrons compléter sa définition pour x E DE I. V CHALEUR SOLAIRE ET UE LA CMALELU TERRESTUi; 311 OÙ k est une constante positive (dépendant de la conductibilité du mur et de sa chaleur spécifique). Considérons la fonction dv ilx Cette fonction satisfera évidemment à la même équation aux dérivées partielles . . du , d'U ^'^ 'dt=^',Lc^- Comme, pour / = o, on a t* = V pour a; >> o, u = — \ pour X • o, u = o pour a; <<; o, u ^ ce pour a- = o. Il faut donc trouver une fonction u, de x et de /, qui satisfasse à l'équation (2) et qui, pour l tendant vers o, tende elle-même vers o quel que soit x, sauf pour a; = o, valeur pour laquelle elle tend vers l'infini. Il est facile de voir que la fonction (3) « = 4 e~^^ satisfait à toutes ces conditions, A étant une constante. On aura alors X- ndx = A - e ''^\\x il Pour déterminer la constante A, nous écrivons que, pour x = -\- '-^ , le refroidissement ne s'est pas encore fait sentir et que la température est égale à V : ^-^r^'%> 212 HYI'OTIIliSES COSMOGO:«IQL'ES l'intégrale définie du second membre, qui est bien connue, a pour valeur ,f d^ := M- ; par conséquent la constante A a pour valeur A=X. La température v a donc pour expression e ''Ux. 156. La quantité dv dx représente l'inverse du degré fjéo thermique : le degré géothermique est la quantité dont il faut s'enlbncer à l'intérieur du sol pour voir croître la température de i°, La valeur de cette quantité pour x = o est 'dv\ _ A Jxl ^ /L _ V Or, pour X = o, c'est-à-dire à la surface du sol, nous connaissons le degré géothermique : il est, en moyenne, égal à 35 mètres environ. Nous connaissons aussi la valeur de k, qui dépend de la chaleur spé- cifique et de la conductibilité thermique du sol. Mais nous ignorons la valeur de V et celle de /. La valeur que Lord Kelvin adopte pour k correspond à k = ko, si l'on prend pour unité de temps l'année et pour unité de longueur le mètre. Il vient donc 'dv\ _ V y.dxl^ V/ZioTrf — _L y. SLH l'oHIOINE de LA CIIAI.ELII SOLAIRE ET DE LA CHALEUR TERRESTRE 21 S Faisant /,/,.\ _ I \dxL ~35 nous aurons Y = ' ! s't soit -^ v'/. 00 ' lO * La température uniforme A à laquelle on doit supposer que la Terre a été initialement chauHée, est donc [)rùporlionnellc à la racine carrée du temps / depuis lequel elle se relroidil. Si nous faisons t =z loooo années, nous aurons ^" = 3o" chiffre évidemment trop faible. Si nous faisons l z= locoooooo d'années, nous aurons V = 3ooo", température supérieure à la température de fusion de presque tous les corps. On peut penser que les parties profondes de la Terre n'ont pas une température supérieure à celle-là. Dans cette hypothèse, la Terre aurait donc commencé à se refroidir il y a cent millions d'années. 157. Examinons les objections qui pourraient être faites à la théorie précédente. \ous avons (n" 155) remplacé la sphère terrestre par le mur plan indéfini. Cette simplification est-elle légitime? La formule (3) montre qu'à chaque époque l, le gradient ,- de la température est proportionnel au facteur _ ■'■ _ j^'L (en adoptant pour /» la valeur correspondant à celle que lui attribue Lord Kelvin). Faisons t= lO» soit I milliard d'années; à quelle profondeur x faudra-t-il s'enfoncer pour que ce facteur devienne égal à e~" (c'est-à-dire pour que le gra- 2l4 HYPOTHÈSES COSMOGONIQI ES dienl devienne pratiquement nul) ? Pour calculer cette profondeur il faudra écrire ce qui donne x- de l'ordre de lo'^ et a; de l'ordre de lo". Il fau- dra donc descendre à i million de mètres, soit à looo kilomètres ou à |T à peine du rayon terrestre. L'influence de la courbure n'est donc pas très grande et l'assimilation de la sphère au mur plan est assez légitime. 158. Mais d'autres objections auraient plus de portée. iNous avons supposé que la sphère terrestre est partie d'une température uniforme et que le refroidissement a commencé brusquement, la superficie pre- nant immédiatement et conservant la température zéro du milieu froid dans lequel la sphère arrivait. Actuellement, le refroidissement n'aurait pas encore gagné les parties centrales de la Terre, qui auraient con- servé leur température initiale. On pourrait, au contraire, pour se rapprocher d'un autre problème classique de la théorie analytique de la chaleur, supposer que la sphère est partie d'une distribution initiale quelconque des tempéra- tures, et qu'elle s'est trouvée plongée dans un milieu à température zéro. On sait qu'alors la température v, à une époque quelconque /, peut se représenter par une série de la forme les a étant des constantes positives de plus en plus grandes; les U étant des fonctions dépendant des coordonnées x, y, z du point envi- sagé, mais ne dépendant pas du temps / ; les c étant des coellicients constants dépendant de l'état initial. Les e\ponentielles décroissent très rapidement quand / augmente, et, au bout d'un certain temps, la seule exponentielle non tout à fait évanouie est la première, celle qui correspond au plus petit des nombres 7.. Le premier terme représente donc l'étal pénnUième de la sphère, état auquel elle arrive assez vite et que nous pouvons par suite supposer atteint actuellement. SUR l'0RIGI>E de la CUALEin SOLilWE ET DE LA CllALELU TERRESTRE 21 Dans le cas actuel, qui est celui de la sphère, ce i)remier terme e-'''U, se calcule facilement : la lonction U, ne dépend que de la distance r au centre de la sphère. L'équation aux dérivées partielles de Foluier ^^ / A ^7 = ^^' s'écrit alors, u ne dépendant que de /•, dv . l'd-v 2 dv\ dt ~~ \d?'~^rdr)' .Nous avons, pour cette équation, la solution suivante ,,, ,- — 7.1 sin /r ^ ^ /r les constantes a et À étant liées par la relation a = A),-. Pour déterminer 1 nous écrirons, en admettant toujours que le refroi- dissement se fait par contact, que la superficie de la sphère est à la température zéro. Par suite, en appelant R le rayon de la sphère, on doit avoir sin XR = o. Prenant donc ÀR = - nous obtiendrons la plus petite valeur de a a = ^' S2 • L'état pénultième de la sphère est alors donné par la formule (4). Nous en déduisons, pour le gradient de la température à la surface (pour 7' = R), ■ /dv\ T- — a( X COS ),R T- — aM -[dr). = -^' ^R— = ^^ R' 2l6 IlYPOTHÈSliS COSMOGOî-«©,.- Remplaçant — (-.'^| par ^^^ (inverse du degré géothermique) et R j^ar 6.10'' (rayon terrestre), il vient ,. ^ 6.10'' K> -35- > ^7•IO^ Quelle est la température au centre de la sphère terrestre ? Nous obtiendrons cette température en faisant r = o dans la formule (4) : Si, dans cette formule, nous faisions / = o, nous trouverions pour la température initiale au centre f = K > 17. 10^ ; mais observons que la formule précédente n'est valable que pour l'état pénultième et nullement pour les états voisins de l'état initial. La rapidité de décroissement de la température avec le temps est mesurée par le coefficient a = h- nT, = AO R2 — ^" (6. io«)2 environ ; l'exponentielle décroissante est donc i Ainsi, au bout de loo milliards d'années la température aura décru dans le rapport de e à ( . Nous nous trouvons donc dans des conditions très différentes de celles 011 nous étions précédemment (n" 156). C'est que des hypo- thèses différentes ont été faites : ici nous supposons que le refroidisse- ment s'effectue depuis longtemps et que l'état pénultième, quasi- Sun L OniGINE DE LA CIIAI.ELR SOLAIIIE KT HE LV ClIALELR TEKHESTHE Ul' stationnai le, est atteint; là, au contniiie, nous supposions avec Lord Kelvin, que la Terre était partie d'un état initial où la lompéralure était uniforme, cl que le refroidissement n'a\alt pas encore eu le temps de gagner le centre. L'une des deux hypothèses n'est pas plus invraiseniblahle que l'autre. 159. — Jusqu'ici nous avons toujours admis que le refroidisse- ment se faisait par contact, c'est-à-dire que la Terre arrivant dans un milieu à température zéro, sa superlicle prenait immédiatement et conservait la température zéro de ce milieu. Ce n'est pas ainsi que les choses se passent et en réalité le refroidissement se fait plutôt [)ar rayonnement : la surface de la Terre ne prend pas la température zéro du milieu environnant, mais elle perd par unité de temps une quantité de chaleur proportionnelle à l'excès v de la température de sa superficie sur celle du milieu ambiant. Ce flux de chaleur perdue étant lui-même proportionnel à la dérivée normale ,~ de la tempéra- ture, la condition qui doit maintenant èlrc remplie à la surface est dv , an h étant une constante. Dans celle nouvelle hypothèse, la superficie n'étant pas à la température zéro, mais à une température supérieure, le refroidissement se fera plus lentement que dans l'ancienne hypo- thèse. 160. Dans tous les cas, c'est par sa surface que la Terre se refroidit. La croûte superficielle, l'écorce terrestre, se contracte et doit hlenlùl, semble- t-il, devenir trop petite pour le noyau qu'elle enveloppe. Des fentes devraient donc s'y produire, semblables à celles qui, d'après MM. LoE\vY et PriSELx, existent à la surface de la Lune. Or. ce sont au contraire des couches plissées que les géologues observent dans les régions tourmentées. On est donc porté à croire que la croûte est devenue trop large pour le noyau qu'elle recouvre, et que c'est le noyau qui se contracte plutôt que l'écorce. U ne faudrait pas dire : la croûte superficielle recevant de la cha- leur du Soleil et le noyau n'en recevant pas, c'est le noyau qui doit se refroidir e.l non la croûte superficielle. Ce raisonnement serait dé- fectueux, car c'est toujours par la superficie que la chaleur s'échappe. 310 HYPOTIIliSES COSMOGOMQUES et les couches internes n'auraient aucune raison de se refroidir si les couches externes ne l'avaient pas fait avant elles. 161. M. RuDZKi a calculé (^) quelle est la quantité de chaleur per- due par la Terre dans son refroidissement. Soient G le degré géo- thermique (égal à 35 mètres ou 3 5oo centimètres) et k la conducti- bilité des roches qui forment la surface de la Terre (on a /t = o, 00682 en unités G. G. S., d'après Lord Kelvin). Le flux de chaleur perdu k par seconde et par centimètre carré étant p , on a k 0,00582 , . 7s = —or calones-"rammes, G 6 000 ° soit une perte de 62 calories-grammes par centimètre carré et par an. M. RuDZKi cherche aussi (-) à se rendre compte de combien le rayon terrestre se raccourcit par suite de la contraction due au refroi- dissement. Soient a le coefficient de dilatation linéaire de la Terre, S^a son coefficient de dilatation cubique et T la température d'un élément de volume d-. Dans le temps et, cet élément cl- voit son volume varier de o dT ., , ou -,, et ilz. dt Par conséquent la variation de volume âW de la Terre est l'intégrale étant étendue à tout le volume de la Terre. La tempéra- ture T satisfait à l'équation de Fouuier dT „, Si l'on admet que u. et a sont des constantes, il vient cV = 3o/aa ffi AT(/t = Solixa I I '-^^- '■■'' [J- « -p — . R désignant le rayon terrcslrc. Mais d'autre part, on a évidemment On trouve donc, en égalant ces deux valeurs de â\, SU 3 (la 'et ~ G'- En reniplac.anl u. et a par les valeurs numériques qui conviennent en mo\enne aux roches terrestres, on trouve ÔR -1^ ^ — 0,004 environ ; tt le rayon terrestre se raccourcirait donc de /i millièmes de cenlimètrc par an. Ce calcul suppose que ^a et a sont des constantes. Il n'en est certai- nement pas ainsi dans la réalité, surtout pour a qui dépend de la chaleur spécifique. Nous avons exposé plus haut comment le cocfll- cient de dilatation et la chaleur spécifique doivent dépendre de la pression qui est énorme dans les parties centrales. Certains plis montagneux donnent une idée du rétrécissement de la croûte terrestre et par suite de la diminution du rayon. Comparant les résultats de ses calculs et les résultats donnés par l'observation de ces plis, M. Rld/.ki croit pouvoir conclure que la Terre se refroi- dirait depuis 3 milliards d'années. 162. D'autres méthodes ont été proposées pour évaluer l'âge de la Terre. a, La salure de la mer doit augmenter peu à peu, puisque l'eau qui s'évapore à sa surface est pure, tandis que l'eau que lui apportent les fleuves contient en solution des sels qui ont été dissous dans leur trajet. Évaluant la quantité de sel dont la mer s'enrichit ainsi par an, M. JoLY a calculé qu'elle a dû mettre 100 millions d'années à atteindre son état de salure actuel. IIIPOTHKSES COSMO(;OMQLES b) Depuis répoque cambrienne il a pu se déposer 3oooo mètres de sédiments; or, comme, d'après les géologues, la formation d'un mètre de sédiment exige de 3 ooo à 20000 années, il se serait donc écoulé de 90 millions à 600 millions d'années depuis l'époque cambrienne. c) L'uranium dégage de l'hélium avec une rapidité connue. Mesu- rant donc la quantité d'hélium contenue dans les roches uranifères, on en a déduit que ces roches pouvaient avoir ^|00 millions d'années d'existence. d) Le radium émet constamment de la chaleur en se transformant en émanation : d'après Curie, i gramme de radium émet 100 petites calories par heure. IN 'est-il pas permis de voir là l'origine de ce (lux de chaleur que révèle le degré géothermique? Les roches granitiques renferment une fraction de radium qu'on a évaluée à 4- io~'^ de leur masse totale. Si l'on admettait que toute la Terre possède autant de radium, on aurait 7^ fois trop de chaleur pour réparer la perte de chaleur due au refroidissement. C'est i)Ourquoi on a proposé, pour rétablir l'équilibre, d'admettre que le radium n'existe que jusqu'à une profondeur de 72 kilomètres. Il est vrai que le radium ne dure pas très longtemps : en l'espace de 1 200 à I 900 ans il est presque com[)lètement détruit. On a admis alors que le radium n'est qu'un produit de transformation de l'ura- nium qui, lui, ne se transforme que très lentement. 163. Les considérations précédentes ont été étendues au Soleil et l'on a proposé d'admettre que l'énergie qu'il rayonne est d'origine radioactive. On pourrait augmenter ainsi dans des proportions consi- dérables la quantité d'énergie que le Soleil contient en réserve, et prolonger de beaucoup sa durée, aussi bien dans le passé que dans l'avenir. Malgré ce que cette théorie a d'hypothétique et de prématuré, elle suffît à nous convaincre que les chiffres de Lord Kelvin et de Helmholtz, qui refusent au Soleil un âge supérieur à 5o millions d'années, ne doivent pas être acceptés sans les plus expresses ré- serves. Un fLiit entièrement inconnu de IIelmuoltz suffît pour que son raisonnement perde sa force probante ; il y a sans doute beaucoup d'autres sources ou réservoirs d'énergie que nous ne pouvons pas plus soupçonner que Helmholtz ne soupçonnait le radium. SUR L ORIGINE DE L\ CHAIELII SOLAIRE ET DE LA CHALELIl TERRESTRE III. — Équilibre adiabatique d'un gaz parfait ' . 164. >'ous avons posé 'n" 149 la question suivante : une masse chaude qui rayonne tend à se contracter, la contraction tend à l'é- cliauiïer ; la masse va-t-ellc linalemenl s'échauffer ou se refroidir en perdant de la chaleur? Nous allons approfondir cette question en supposant que la masse est Ibrmée par un -e : On ihe titeoretical température of the San (American Journal of Science, juillet 1870, t. 5o, p. 57-7'j). HYPOTHESES f:0SMO(;O>iIQUES p el c en fonction der, moyennant les conditions suivantes servant de conditions initiales : et p = o. pour ; • = U on devra avoir M = U, pour ; ■ = o on devra avoir U= o; r par ixr, M pa r M. /' par IX- 'p. p par ix-'^p. R désigne le rayon de la sphère et M^ la masse totale. L'intégration s'elïectuerait sans difficultés, mais nous n'en avons pas besoin. Demandons-nous ce qui se passera si la sphère se contracte, c'est- à-dire si l'on fait varier R. Nous allons appliquer le principe de similitude mécanique. Remarquons que si l'on remplace (8) les équations (5), (6) et (7) ne changent pas. C'est dire que, si le rayon de la sphère varie, la pression varie comme l'inverse de la quatrième puissance du rayon, et la densité comme l'inverse du cube du rayon (cette variation de la densité était facile à prévoir d'après le principe de conservation de la masse). Mais comment variera la température T ') L'équation caracté- ristique des gaz parfaits est (') pv = RT. Puisque, par la substitution (8). p, se trouve multiplié par fj.-^ et V par p?, T se trouve multiplié par [J-^^. La température varie donc en raison inverse du rayon : quand la sphère se contracte la tempé- rature s'élève ; autrement dit, le coefficient de dilatation est négatif. Si l'on avait effectué l'intégration, avec les données relatives au Soleil, on aurait obtenu, en admettant que le Soleil est formé de gaz hydrogène, supposé monoalomique aux hautes températures, les résultais donnés par le Tableau suivant : (') R désigne, dans cette équation, la constante des gaz parfaits R = G — c; la niûme lettre R désignait plus haut le rayon de notre sphère : aucune confusion n'est à craindre. SUR l'origine de l\ ciialecr sol.mre et de la chalelr terrestre 223 Distance au centre en fraction du rayon Dsnsité Pression en atmosphères Températures en degrés O 0,5 0,9 3,5', 0.2 8.109 a.io'-* 0 017.10'-' 2^.10''' 2.10'' 165. Etudions maintenant la chaleur spccijiquc de la masse gazeuse. L'équation fondamentale de la Thermodynamique donne, en appelant (/Q la quantité de chaleur que reçoit l'unité de masse, (/O = rfU -^ pdv r/U désignant l'augmentation d'énergie interne et pdvh travail externe dû à l'accroissement do du volume spécifique. Pour vm gaz parfait, on a di: = cdT et d'ailleurs pv = RT = {C — c) T. Dans le cas d'équilibre adiabatique, T varie en raison inverse du I rayon, c'est-à-dire qu'il est proportionnel à i' ^ : on a donc do _ ., dT . .) -rrC > V i par suite Il vient donc pdv r= py — = — 3 : C — c) dT. dQ=:ci' ; mais lorsqu'il s'agit, comme ici, d'une masse gazeuse libre dont le» molécules sont soumises à l'altraclion ne^vloniennc, le viriel est é'^al à l'énergie potentielle (n" 76) ; on a donc Y '\^ mm' r désignant la distance qui sépare les deux molécules quelconques m et m' . Supposons que la masse gazeuse reçoive une quantité de ciialeur 2, la chaleur spécifique est donc positive. Comparons cette chaleur spécifique de l'ensemble de la masse gazeuse à la chaleur spécifique du gaz à vola/ne constant, celle qu'on désigne par c. S'il s'était agi de réchauffement d'un gaz à volume constant, on aurait eu simplement dQ = iidT, c'est-à-dire que le coefficient 7, est proportionnel à la chaleur spéci- fique à volume constant c. Par suite, la chaleur spécifique de la masse gazeuse libre, com- parée à c, a pour valeur ;jL— 2 c. Pour les gaz monoalomiques, u. = i, la chaleur spécifique est — c. 5 r • ^ c Pour les gaz diatomiques, u. = r,, la chaleur spécifique est — , . Nous retrouvons donc, par la théorie cinétique des gaz, exactement les mêmes résultats que par la théorie des gaz parfaits. Etudions de même le coefficient de dilatation de la masse gazeuse. Si nous changeons /• en )./", le viriel ^. ^^ mm' SI;r LOIUUINE DE L\ ClIALECn SOLVIUE ET DE LA CHALEUR TERRESTRE 227 se trouve multiplié par ^- ; et l'équation (9) montre que T est aussi multiplié par . La température varie donc en raison inverse des dimensions linéaires de la masse, ce qui prouve que le coefficient de dilatation est négatif. 168. Ainsi, une masse ga/euse (monoatomique ou diatomique) enlièiement libre, s'échauffera en se contraclanl, h mesure qu'elle perdra de la chaleur par rayonnement : ses molécules, en perdant de l'énergie, verront leur force vive de translation augmenter, (Jn pgut comparer ce phénomène à celui qui se produit lorsqu'une planète ou une comète se meut dans un milieu résistant : la [)erle d'énergie due à la résistance se traduit (voir n" 88) par une diminution du grand axe de lorbitc (c'est-à-dire de l'énergie [)0tentielle), en même temps qu'augmente la vitesse linéaire (c'est-à-dire l'énergie cinétique de translation), 169. Le même phénomène continuera jusqu'au moment où, par suite de la contraction et du refroidissement de la masse gazeuse, les molécules seront devenues polyatomiques. D'ailleurs, il n'est nullement certain que le raisonnement soit applicable aux gaz mono- atomiques, lorsqu'on suppose que ceux-ci subissent les pressions énormes qui régnent à l'intérieur du Soleil : car alors il faudrait, au viriel V, ajouter des termes compliqués provenant des actions inler- alomiques ; le gaz s'éloignerait de l'état parfait, il se rapprocherait plutôt d'un liquide, et la chaleur spécifique deviendrait sans doute positive. CHAPITRE IX. THÉORIE DE Sir NORMAN LOCKYER. 170. Jusqu'ici, noire horizon n'a guère dépassé le système solaire. Mais la spcclroscopie, en faisant naître la Chimie slellau-e, a révélé des étoiles de types spectraux très différents, et l'on a été amené à étudier l'évolution de ces astres. Les théories mécaniques ou thermodynamiques (ont place ici à des théories chimiques. La théorie de Sir Nouman Lockyer sur la genèse des grandes étoiles repose sur l'étude simultanée de la composition chimique de ces astres et des différences de température qu'ils présentent entre eux{')- On sait que le spectre d'un corps incandescent est d'autant plus étendu vers le violet que ce corps est plus chaud : c'est ainsi qu'une barre de fer passe successivement du rouge sombre au blanc ébouis- sant, à mesure qu'on la chaulTe à une température de plus en plus élevée. On sait aussi que le maximum d'éclat du spectre se déplace vers le violet, à mesure que la température de la source lumineuse augmente (loi de AViex) ; on conçoit donc que l'étude du spectre des étoiles puisse fournir des indications sur la température de ces astres. Au point de vue des raies, Sir N. Lockveh distingue parmi les spectres des étoiles trois types différents : Le spectre de la flamme, qui est un spectre de bandes ; Le spectre de l'arc, formé par des raies fines ; Le spectre de l'étincelle, formé par de nouvelles raies et par cer- taines raies de l'arc renforcées. L'origine de cette distinction est la suivante : Si l'on place un corps successivement dans une flamme et dans l'arc électrique qui est plus , . , Voir LocKYEu iSir NouM.vN) : U Évolnùon inorganique (Bibliothèque scienti- fique internationale, Paris, Alcan igo.',). Further Researches on the ternpe rature clas- sijicalion o/.S/«/s(Proceeclings of the Roval Society of London, iyo4, vol. L.WIII, p. 227-238). aSo HYPOTHÈSES cosiiogomques chaud, on voit le spectre du corps s'enrichir en raies ; si Ton f;iit écUiler l'étincelle entre deux fragments du corps, la température de l'clincellc étant encore supérieure à celle de l'arc, on voit de nouvelles raies apparaître, pendant que certaines des raies de l'arc se renforcent et que d'autres disjjaraissent. Du fait qu'un même corps (un métal, par exemple) peut, suivant la température à laquelle il est porté, émettre soit les raies de l'arc, soit les raies renforcées ou celles de l'étincelle. Sir N. Locryer croit pouvoir conclure que le corps s'est transformé ou dissocié, aux hautes températures, en corps plus simples qui n'existent pas à l'état lihre aux températures usuelles (^). Il nomme protométal la forme atomique du corps qui correspond aux raies de haute température (raies renforcées et raies de l'étincelle). Les protométaux seraient en quelque sorte des métaux en voie de formation, ceux-ci ne prenant naissance que lorsque la température est sufQsammcnt ahaissée. 171, Sir >. LocKVEu cherche à suivre les transformations gra- duelles de la matière cosmique, à partir des météorites. Il pense qu'il faut voir dans l'état plus ou moins avancé de l'évolution des astres l'origine des différences que présentent leurs spectres. Les néhulcuses nous offrent, selon Sir N. Logkver, le premier stade de l'évolution cosmique. Il les considère comme formées par des essaims de météorites dont les chocs mutuels ont pour effet une condensation et une création de chaleur, produisant le dégagement des gaz inclus dans les météorites qui se heurtent : les gaz qui se dégagent et se répandent le plus facilement étant les plus légers; on observera sur- tout les raies brillantes de l'hydrogène et de l'hélium. La concentration se poursuivant, la nébuleuse se transforme en une étoile qui s'échauffe de plus en plus : les météorites centrales non va- porisées donnent de la lumière continue ; celle-ci traverse l'atmos- phère qui contient une ftuhle proportion de vapeurs métalliques : les raies métalliques commencent donc à apparaître sous forme de raies sombres. Bientôt la température atteint son maximum : les raies de haute {') 11 pcul s'agir, suivant les cas, soit d'une simple transformation inok'culaire comme celle de l'Indrogèno, habituellemenl diatomiqiie, qui dcviciil monoatomique aux hautes températures; soit d'une véritable dissociation de l'élément, comme riiélium qui se séparerait réellement en deux constituants, l'hélium cl l'actinium. TIltOniE DE SIR NORMAN LOCKÏER 33 I température (prolomclalliqiics) apparaissent alors dans le spectre et remportent sur les autres. Une fois toutes les météorites vaporisées, le bombardement cesse et un calme relatif lui succède, l'astre va commencer à se refroidir en même temps que vont disparaître, dans l'ordre inverse de leur appa- rition, les raies de haute température. Deux étoiles qui paraissent à la même température peuvent donc être à des stades ti es dilTérents de leur évolution, "suivant que leur température croît ou décroît. 172. Sir N. Lockveu a, d'après les idées que nous venons d'expo- ser, classé les étoiles en un certain nombre de groupes. A chacun de ces groupes, il donne le nom de l'étoile qui lui sert de t\pe, ou celui Argonien Cnucien Alnitamien Achernien Taurien N \ Algolien Rigelien / \ Markabien Cycnien / \ — / \ Sinien Polarien / \ Procyonien Aldebarien / \ A rcturien Antarien / \ Piscien Jh- 38. de la constellation qui renferme cette étoile. Il place ces groupes sur une courbe au sommet de laquelle se trouvent les astres les plus chauds (fifj. 38). Les groupes de gauche correspondent à des étoiles dont la tempé- rature va en s'élevant ; ceux de droite à des étoiles dont dont la tem- pérature va en s 'abaissant. Au sommet de la courbe, se trouve le type argonien dont le spectre aSa HYrOTHÈSES COSMOGOMQUES est caractérisé par les raies du protoliydrogcne{^). Un peu au-dessous sont les types crucien, taurien, algolien, ..., où apparaissent d'abord l'hydrogène et l'hélium (étoiles gazeuses) puis l'oxygène et l'azote. Plus bas (types rigelien, rnarkabien), le spectre présente les raies des protoniétaux (protocalcium, protomagnésium, ). Plus bas encore, les raies métalliques apparaissent de plus en plus (types cycnien, ..., arcturien) au détriment des raies gazeuses : c'est dans le type arctu- rien que Sir N. Lockyeu place notre Soleil dont le spectre ne présente plus les raies de l'oxygène ni de l'azote. Enfin, tout au bas de réchellc des températures (types antarien et piscien), on trouve les étoiles à spectre de bandes. Si l'on descendait encore, on trouverait, à gauche les nébuleuses, à droite les étoiles éteintes. Comment dislingue-t-on, par le spectre d'une étoile, si celle-ci doit être rangée sur la branche ascendante ou sur la branche descendante de la courbe des températures ? Il y a sans doute là une certaine part d'arbitraire, puisque, sur la figure 38, deux groupes situés à droite et à gauche sur une même ligne horizontale présentent des spectres assez semblables. Sir N. Lockyer pense néanmoins que certaines raies accessoires peuvent fournir des renseignements à ce sujet : celles des métaux à poids atomiques olus faibles se montreraient de préférence dans les étoiles dont la température s'élève ; celles des métaux à poids atomiques plus forts, dans les étoiles dont la tenqiérature s'abaisse. 173. La question de la température des étoiles a été reprise récem- ment à l'Observatoire de Paris par M. Noudm vx> (-). Il observa le maximum de radiation dans le spectre en admettant, à titre d'approxi- mation, que la loi de radiation est celle des corps noirs. Les chiffres qu'il obtient nous renseignent tout au moins sur l'ordre de grandeur des températures stellaires, et surtout sur le sens dans lequel varie la température d'une étoile à l'autre. ^ oici les résultats auxquels il est parvenu : (i| Les raies de l'hydrogène forment une série satisfaisant à vine formule simple (formule de B.vlmeh) où figure un entier arbitraire n ; si dans cette formule on remplace n par '" on obtient une seconde série de raies, caractéristiques du protohydrogène. (-) Cn. NoRDMANN : Sur les alinosplières absorbantes el les celais inlrinsèques de quelques étoiles (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, \fy mars 1910). Tlli:OHIE DE Slll N0U\1\N l.iil kVEU 233 Tvpe antaricn 38-0° Soleil 5 300° Type aldobarien 4 260° Type polarien ^ j5o à 8 200" Type procyonieii - sôo" Type sirien i2r>ooà i4r>oo' l'ypo algolien i3 3ooà i8 5oo° Type rriicien i5 300° Type taiirieii > '10000° On voit que la classilicalion des températures de Sir N. Lokveii n'est pas en complet accord avec les chilTres de M. ?S()ru.ma>n, quoi qu'en gros il v ait une certaine concordance. 174. Sir N. LocKïEn a aussi étudié la distribution des étoiles des dilTérenls types dans le ciel. 11 remarque que les étoiles gazeuses sont plus condensées vers le plan de la Voie lactée que vers les pôles de ce [)lan ; ces étoiles gazeuses ont, en moyenne, un mouvement [)roprc plus petit que les étoiles métalliques : faut-il en conclure que les étoiles mélalliqucs sonl moins éloignées de nous que les étoiles gazeuses ') Remarquons plutôt que ce résultat n"a rien de surprenant, car les étoiles gazeuses étant plus brillantes que les autres sont vues de plus loin : à égalité de grandeur elles doivent donc, en moyenne, être plus éloignées et par suite olTrir un moindre mou\ement propre. On peut tenter d'expliquer d'une façon analogue l'accumulation des étoiles gazeuses dans le plan de la ^ oie lactée. Si la ^ oie lactée a la forme d'im disque très aplati, les étoiles tendront à se concentrer dans le plan de ce disque et cela d'aulanl pins «jumelles seront plus cloi- fjnées ; les étoiles gazeuses, plus éloignées en moyenne, doivent donc présenter une plus grande tendance à la concentration. On peut dire aussi que, si l'on rencontre plus d'étoiles chaudes dans le plan galac- tique que dans les autres parties du Ciel, c'est que c'est dans ce plan que les chances de collisions sont les plus nombreuses. C'est pour cette même raison que les Novae apparaissent de préférence dans la Voie lactée. CHAPITRE X. THÉORIE DE M. SCHUSTER. 175. M. Sciu STEH (') apporte plusieurs modifications à la théorie de Sir Normal Lockyeu sur l'évolution des étoiles. Il se demande pourquoi les étoiles dites ga/.euses sont plus chaudes que les autres : ont-elles une atmosphère d'hydrof^ènc parce qu'elles sont plus chaudes; sont-elles au contraire plus chaudes parce qu'elles ont une atmosphère d'hydrogène ? Il semhle qu'on puisse supposer que l'at- mosphère d'hydrogène ahsorbe et arrête les radiations infrarouges, c'est-à-dire les radiations calorifiques. Une étoile à atmosphère d'hy- drogène, dans ces conditions, perdrait moins de chaleur et par suite resterait plus chaude. L'atmosphère de l'étoile jouerait ainsi, en quel- que sorte, le rôle d'une serre chaude, laissant passer les rayons lumi- neux, mais arrêtant la chaleur obscure. Pour \l. ScHLSTEu, les étoiles gazeuses sont, non seulement plus chaudes, mais aussi plus jeunes que les autres. Or, nous avons vu (Ch. ^ III, Section III que, pour une masse gazeuse en équilibre adia- batique rayonnant de la chaleur, la température doit aller en croissant avec le temps, l'ait qui tendrait plutôt à prouver que les étoiles chaudes sont les plus anciennes. D'après M. Schuster, ce n'est là qu'une con- tradiction apparente :1a température observée est celle delà photo- sphère de l'étoile et non celle de son noyau ; les étoiles gazeuses au- raient une photosphère plus chaude, mais leurs parties centrales seraient à une température moins élevée. 176. D'où provient maintenant la dilTérence entre les spectres des étoiles gazeuses (étoiles à hydrogène et les spectres des étoiles moins chaudes étoiles à raies métalliques . La solution la plus simple est (') A. SciicsTER : Tlic Evolution of Solar Stars (Aslroiiliysical Journal, ii|o3,YoI. XVII, p. 1 65-200). 236 HYPOTHESES COSMOGONIQUES évidemment d'admeltre que les premières sont principalement cons- tituées par deriiydrogènc et les secondes par des vapeurs métalliques. Nous avons vu que tel n'est pas l'avis de Sir N. Lockyeii : celui-ci, invoquant sa théorie de la dissociation des éléments, admet qu'il n'y a pas de diITérence essentielle de composition chimique entre les astres, et que toutes les étoiles, dans leur évolution, sont destinées à parcourir les mômes stades. M. ScHusTER, au contraire, ne pense pas que les éléments chimiques soient dissociés. Il suppose, il est vrai, que les dilTérentes étoiles ont môme composition chimique moyenne. S'il n'y a pas de courants de convection, l'hydrogène, plus léger, apparaîtra à la surface (étoiles gazeuses); si, au contraire, des courants de convection produisent un brassage continuel, les vapeurs métalliques seront amenées dans les régions superficielles (étoiles métalliques). 177. Voici donc comment M. ScnusiER se représente l'histoire des grandes étoiles. La matière serait à l'origine répandue dans tout l'es- pace. Les chocs de ses diverses parties engendreraient de la chaleur en même temps qu'ils donneraient naissance à certains centres de con- densation. L'attraction de ces centres serait au début insuHisanle pour maintenir les éléments légers tels que l'hydrogène : en clîet, dans la théorie cinétique, les molécules gazeuses ont des vitesses moyennes d'autant plus grandes que le gaz est plus léger; les molécules d'hydro- gène et d'hélium s'échappent donc, ou plutôt ne sont pas retenues par les centres d'attraction, tandis que les molécules de vapeurs métalliques, plus lourdes, sont captées : nous avons là l'étoile métallique de la branche ascendante des températures. Le centre d'attraction augmente peu à peu, et l'étoile se nourrit par bombardement ; sa masse de- vient bientôt assez considéral)le pour retenir d'abord l'hélium puis l'hydrogène : nous sommes au sommet de la courbe. La condensation augmentant encore, les gaz légers finissent par être absorbés par la masse centrale (comme l'hydrogène est absorbé par une masse de palladium) : nous arrivons à l'étoile métallique de la branche des- cendante. Les spectres d'Arcturus et du Soleil (que Sir N. LoCKVEn plaçait dans le même groupe) difTèrent en ce qu'Arclurus ne présente pas les raies de l'hydrogène. M. Schuster suppose que cette étoile ayant une masse plus considérable que le Soleil, son noyau central aura plus vite absorbé l'hydrogène, qui aura ainsi abandonné son atmosphère. Tlll^OUIE DE M. SCIILSTEU 287 Dans les étoiles doubles, la composante la plus brillante ((jui est sans doute aussi la plus grosse) est souvent du type Soleil, alors que la plus faible est blanche et du type gazeux. La dilVércnce d'éclat pourrait, d'après M. Sciilstek, provenir de ce que la grande compo- sante a absorbé l'hydrogène plus vile que l'autre. CHAPITRE XL THÉORIE DE M. ARRHENIUS 178. Dans la théorie Je M. Aiuuiemls. la pression de radiation jouant un rùlc très important, il est nécessaire de commencer par définir cette pression. Dans une de ses théories de l'électricité, Maxwlm. (-), pour expliquer les attractions électrostatiques, fait intervenir l'élasticité du milieu fluide répandu entre les conducteurs. Il admet que, dans un champ électrique, il existe des pressions et des tensions : en cha- que point du milieu, un élément plan normal à la Vv^ne de force subit une tension, un élément plan contenant la ligne de force subit une compression ; ces tensions et ces pressions sont, d'après Maxavell, proportionnelles au carre de la force électrostatique. De même, pour expliquer les actions magnétostatiques, Maxwell admet qu'un champ magnétique donne lieu à des pressions et des tensions du milieu, en tout comparables à celles qui sont produites par un champ électrique. Si le milieu est à la fois le siège d'un champ électrique et d'un champ magnétique, les deux sortes de pressions et Je tensions existent simultanément et se superposent. La lumière, d'après Maxwell, est un phénomène électromagné- tique périodique. Considérons de la lumière rectilignement polarisée se propageant par ondes planes : dans le plan d'une onde, nous aurons une force électrique alternative parallèle à la « direcliun de Fres- NEL n (3) et une force magnétique alternative perpendiculaire à cette (') SvA>'TE Arrhemls : U Ëvolulioii des Mondes, traduction française par T. Setrig (Paris, Béranger, ujio . (') Voir H. PoiNC-VRÉ : Eleclricilc et Optique, 2' édit. I*aris, Gaulhier-Villars, igoi) i" partie, Ch. IV et Cti. XI. (3) La direction de Fresnel est perpendiculaire au plan de polarisation de la lumière : c'est parallèlement à cette direction que s'effectuent les vibrations dans la théorie de l'éther lumineux élastique de Fresnel. 2^0 HYPOTHÈSES COS.MOGOMQUES direclion. Considérons alors un élément plan parallèle à l'onde : cet élément est à la lois parallèle à la force magnétique et à la force élec- trique, il subit donc une pression provenant de chacun de ces deux champs; ces deux pressions s'ajoutent. Considérons, au contraire, un élément plan normal à l'onde et contenant par exemple la direction de Fresnel : cet élément, étant parallèle à la force électrique, subit une pression, mais, étant perpendiculaire à la force magnétique, il subit une tension. Or, il se trouve que cette tension d'origine magnétique, détruit exactement la pression d'origine électrique ; donc cet élément ne subit aucun effort. On reconnaît qu'il en est de même de tout élément plan normal à Tonde. Mais pour tout élément plan non normal à l'onde, il n'y a pas compensation : chaque élément plan non normal à l'onde subit une pression d'île pression de radiation ('). 179. Le principe de l'égalité de l'action et de la réaction nous apprend que le centre de gravité d'un système de corps soustrait à toute action extérieure décrit une ligne droite d'un mouvement uniforme. A cause de la pression de radiation, ce principe n'est plus vrai lorsque les corps envisagés reçoivent ou émettent de la lumière. Il faut alors, pour obtenir la quantité totale de mouvement, celle qui demeure constante, ajouter, à la quantité de mouvement réelle des corps matériels, la quantité de mouvement d'un fluide fictif, la lumière. Considérons un train d'ondes planes TT' qui se propagent (/«^. 89) : dans l'espace occupé à chaque instant par ce train d'ondes, est loca- lisée une certaine énergie par unité de volume. Assimilons le train d'ondes à un fluide fictif se déplaçant avec la vitesse de la lumière, et ayant une densité proportionnelle à l'énergie par unité de volume. Supposons que notre train d'ondes vienne frapper normalement une plaque plane P qui lui est parallèle. Admettons d'abord que cette plaque P soit parfaitement absorbante. Avant le choc, le fluide fictif auquel nous assimilons le train d'ondes TT' possède une certaine quantité de mouvement M. Après le choc tout se passe comme si le fluide fictif avait disparu : la plaque P aura acquis une quantité de mouvement égale à M. En un mot, au point de vue des quantités de (') Au point de vue de l'ordre de grandeur de celte pression, disons que, pour un mètre carré exposé normalement à la lumière solaire, elle est d'environ o^^jô si la surface est absorbante et de i^t'^a si elle est parfaitement réfléchissante. TIILOIUE DE M. VlUIllEMtS a^i mouvement, tout se passe comme si la théorie de l'émission de la lumière était vraie. Si lu plaque P avait été supposée parfaitement réfléchissante, le train d'ondes ÏT' (ou plutôt son lluide lictif représentatif) aurait eu. J'"J- 3y. après le choc, la quantité de mouvement — M : conséquemment, la plaque P aurait pris une quantité de mouvement 2M. Les corps qui reçoivent de la lumière sont donc comme pousses par elle. Pareillement, les corps qui émettent delà lumière reculent comme un canon. 180. L'existence de la pression de radiation a été rattachée par Bautoli à la loi de Stefan, au moyen de considérations thermody- namiques et indépendamment de toute hypothèse sur la nature élec- tromagnétique de la lumière. Considérons un corps de pompe fermé par un piston mobile sans frottement. L'appareil est vide et maintenu à une température T par une source extérieure. L'appaieil étant entièrement clos, le rayonne- ment en équilibre à son intérieur est, comme on sait, celui du corps noir idéal (d'ailleurs, rien n'empêcherait de supposer que toutes les parois sont parfaitement noires). Nous allons prouver qu'il ne peut y avoir équilibre que si le piston supporte une certaine pression p. D'aprèsla loi de Stefan, l'énergie rayonnée dans tous les sens par les parois du corps de pompe et du piston est proportionnelle à T' ; l'éner- gie absorbée par les parois, égale à l'énergie émise, est aussi propor- tionnelle à T^. Il en résulte que l'énergie interne totale U à l'intérieur est aussi proportionnelle à T* ; elle est, d'ailleurs, proportionnelle au PoiNC/kRF. 2^2 HYPOTHÈSES (JOSMOGOMnUES volume V du corps de pompe ; on a donc U = Â Py. A étant un coeflicient constant. Supposons que le piston se soulève, accroissant ainsi le volume de dv : en même temps, la source extérieure cède au système une quan- tité de chaleur dQ, et l'équation fondamentale de la Thermodyna- mique (principe d'équivalence) donne (/Q = dU 4- pdv = 4 AT3 vdT -+- AT'^ dv + pdv. Puisque, par hypothèse, le système était primitivement en équilibre, la modification peut être supposée réversible, et par suite ï est une différentielle exacte (principe de Carnot) : ce que nous écrivons 4 AT^rflT -i- ( AT^^ ^ F^\ dv = f/S. La condition d'intégrabilité du premier membre donne d'oij -;;,(,!:) = ATS équation qui prouve déjà quey> ne peut pas être nul. Intégrant, il vient Il est presque évident que p ne dépend pas de v ; nous poserons donc Ci (y) = o. Par suite AT* p = -3-, TItlîOlUE DE 51. VUIUIEMUS 2^3 d'où Spv = AT* y == U, U P = or- La pression de ladialion à rintérleiir du cylindre est ])ropoilion- nclle à _ , c'est-à-dire à l'énergie i)ar unité de volume, qu'on peut appeler densité de l'énergie de radiation. Le cas que nous venons de traiter n'est pas absolument comparable à celui que nous étudiions au numéro précédent, oîi nous considé- rions un train d'ondes planes se [)ropag'eant dans une direction fixe et venant choquer normalement un mur ; ici, à l'intérieurde noire corps de pompe, nous avons des ondes de toutes directions. Or, la pression de radiation est assimilable au choc produit par un fluide ficlil, et tout se passe, avons-nous dit, comme si la théorie de l'émission était vraie. Alors dans le corps de pompe les projectiles lumineux (ou calorifiques) se croisent dans toutes les directions, ils sont comparables aux molé- cules gazeuses dans le théorie cinétique des gaz, et on peut leur appli- (|uer le théorème du viriel qui conduit à l'équation (n° 75) (i) Spv = 2Ï. Dans le cas d'un train d'ondes planes, au contraire, tous les pro- jectiles fictifs ont la même direction : s'ils viennent choquer normale- ment un mur plan parlaitement réfléchissant, le même calcul qui nous avait fourni l'équation (i) nous donnerait maintenant pv = 2 T. On peut donc dire que la pression de radiation (à énergie égale) est trois fois plus forte dans le cas du train d'ondes planes que dans le cas du corps de pompe. Elle a donc pour valeur U où — représente l'énergie par unité de volume due à l'ensemble de l'onde incidente et de l'onde réfléchie. Si le mur plan, au lieu d'être réfléchissant, avait été supposé absor- bant, la pression eût été moitié moiudi'e ; la densité de l'énergie eiit 2l^^ HyPOTHtsES COSMOr.ONIQUES été réduite de moitié aussi, puisqn'alors 11 n'y aurait pas d'onde ré- fléchie. 181. Revenons à l'exposé de la théorie de M. xVruhemus. Con- sidérons une particule matérielle au voisinage du Soleil. Elle subira ;\ la lois une attraction due à la gravitation et une répulsion due à la pression de radiation provenant de la lumière du Soleil ; rattraction est proportionnelle à la masse de la particule, la répulsion propor- tionnelle à sa surface. Par conséquent, plus la densité sera faible et plus les dimensions de la particule seront petites, plus la pression de radiation prendra d'importance relativement à la gravité. Elle pourra même arriver à l'emporter. Une gouttelette spliériqua de même densité que l'eau, parfaitement réfléchissante et de diamètra o'"'",oor5. se trouverait en équilibre au voisinage du Soleil sous l'action de la gravité et de la pression de ra- diation. Si le diamètre de la gouttelette diminuait, la force répulsive deviendrait prépondérante, et la gouttelette serait chassée loin du Soleil. Toutefois, il ne faut pas que le diamètre de la gouttelette devienne par trop petit: s'il devenait de beaucoup inférieur à une longueur d'onde de la radiation incidente, les phénomènes de dilïrac- tion changeraient complètement les choses, et, au-dessous d'un cer- tain diamètre, la jiesanteur reprendrait son influence prépondérante. Mais, entre ces deux limites, il y a répulsion etïective : pour des gouttelettes de o""",oooi6 de diamètre, par exemple, la répulsion due à la lumière solaire serait environ dix fois plus grande que la pesan- teur ('). La proportion pourrait être encore plus forte pour des liqui- des plus légers que l'eau, comme le pétrole. 182. Ainsi, lorsque de telles particules arrivent au voisinage du Soleil, elles en sont comme chassées. On peut expliquer de cette ma- nière les aspects que présentent les queues des comètes, toujours di- rigées à l'opposé du Soleil, et qu'on considérait depuis longtemps comme étant dues à une force répulsive émanée de cette astre. On admet actuellement que cette force répulsive n'est autre que la pres- sion de radiation qui s'e\erce sur les particules les plus fines de la matière corné ta ire. (1) Pour qu'il y ait pression de radiation, il faut que le corps sur lequel tombe la lumière ne soit pas transparent ; s'il laisse passer la lumière, celle-ci ne produit pas fie pression. TlIlOUlt: UE M. ARP.IIE.MLS J '\0 183. M. Auiuii.MLs pense que la comonnc solaire esl due à des phénomènes du même genre. La matière coronalc serait constituée par de fines particules cpie la pression de radiation repousserait loin du Soleil. La couronne serait donc parfailemenl cimiparahle oux queues des comètes. Quelle (jue soit l'exlrème ténuité de la matière coronalc, ce proces- sus représente néanmoins pour le Soleil une perte constante de substan- ce. Ne pourrait on pas alors revenir à la théorie météoritique primitive de Lord Ki:r,viN (n"" 141 à 144 , qui supposait la chaleur solaire entre- tenue par une pluie de météores tombant sur le Soleil. On se rappelle <]ue Lord Kelvin avait abandonné cette hypothèse, parce qu'il en serait résulté pour le Soleil un accroissement de masse, ayant j)Our conséquence une variation inadmissible de la durée de l'année. Mais no ^)ourrail-on pas penser que cet accroissement de masse est com- pensé par la déperdition constante de la matière coronalc ? Dans cette hypothèse, la matière décrirait une soi te de cycle : les météores tom- bant sur le Soleil s'y trouveraient désagrégés, réduits en fines pous- sières, et celles-ci seraient à leur tour chassées par la pression de ra- diation ; elles se rassembleraient au loin pour former de nouveaux météores qui retomberaient sur le Soleil, entretenant ainsi sa chaleur. Celle manière de \oir esl insoutenable. En clTcl. dans ce cvcle, les forces elTectucnt constanmicnt un lra\ ail postlif: (juand le météore tombe, rattraction l'emporte et c'est la gra\ité qui travaille ; quand les poussières coronales sont chassées, la répulsion l'emporte et le travail est elTectué par la pression de radiation. Aux dépens de quelle énergie ce travail constant est-il produit ? C'est évidemment aux dépens de l'énergie solaire. Il est donc impossible de voir dans ce mé- canisme un entretien possible de celte énergie. ^L AunMEMLS a d'ailleurs essayé de se faire une idée de la quantité de matière météori(|ue qui tombe réellement sur le Soleil : la quantité de matière tombant annuellement sur la Terre est d'environ 20000 tonnes. En partant de celle base, ^L Ahiuienus évalue à 3oo.io'^ tonnes la pluie météorique qui se précipite annuellement à la surface du Soleil. La masse totale du Soleil étant de 2.10^' tonnes environ, le bombardement météorique accroît donc annuellement cette masse de Soo.io' 1.5 2. lo''' 10'* 2^6 HYPOTHÈSES COSMOGOMQLES de sa valeur. Or nous avons vu que, pour compenser la perte de cha- Icuf du Soleil, Lord Kelvin avait besoin d'admettre que la masse de cet astre s'accrût par an de 32000000 32.10'' de sa valeur, chitTre incomparablement plus fort que le précédent. La cbule effective des météores sur le Soleil est donc beaucoup trop faible pour être capable d'entretenir sa radiation : l'bypothèse météorique est à rejeter. 184. On sait que les rayons ultraviolets ont la propriété d'ioniser les gaz. Gomme la lumière solaire est riclie en rayons ultraviolets, on peut penser que l'atmosphère du Soleil contient des gaz ionisés. Les ions ont la propriété de condenser les vapeurs, et cette propriété ap- partient en général à un bien plus haut degré aux ions négatifs qu'aux ions positifs (expérience de M. Wilson sur la condensation de la vapeur d'eau). Les ions négatifs de l'atmosphère solaire doivent donc condenser la matière autour d'eux et former de fines particules qui seront repoussées par la pression de radiation. Les particules de ma- tière coronale sont donc chargées négativement, et il doit rester à la surface du Soleil une charge d'électricité positive. Toutefois, cette charge positive du Soleil ne peut pas dépasser une certaine limite, au delà de laquelle elle deviendrait assez puissante pour retenir les particules chargées négativement, malgré la répulsion que leur fait subir la pression de radiation. Tous les phénomènes électriques résul- tant de ta pression de radiation cesseraient du coup. M. Auuhemus estime que celte charge limite du Soleil est de 25o milliards de cou- lombs. Le Soleil, étant donc chargé positivement, attire à lui tous les électrons négatifs libies qui parcourent l'espace. Ces électrons, une fois captés, condenseront autour d'eux la matière de l'atmosphère solaire et reformeront des particules qui seront de nouveau chassées par la pression de radiation : ces particules s'aggloméreront au loin en météorites qui, sous l'influence de la lumière ultraviolette, per- dront leur charge négative sous forme d'électrons libres ; ceux-ci seront de nouveau captés par le Soleil et le même cycle recommen- cera. Bien entendu, il ne faut pas voir dans ce cycle l'origine de l'en- tretien de la chaleur solaire, puisque dans ce cycle il y a constam- THÉORIE DF M. ARRIIEMIS a47 ment un travail positif, pioiliiit aux dcprns de l'énergie solaii'c. comme nous l'expliquions au numéro précédent pour réfuter une hypothèse analogue ; toutefois le travail de l'attraction électrostatique vient s'ajouter à celui de la gravité ; et un même accroissement de la masse solaire correspondu un apport d'énergie mille fois plus consi- dérable. 185. Les particules chargées négativement que chasse la lumière du Soleil pourront atteindre notre atmosphère, où elles se manifes- teront par les aurores boréales. Elles se déchargeront en arrivant dans les hautes régions de l'atmosphère en émettant des rayons catho- diques, origine de l'aurore. Les maxima et les minima périodiques des aurores polaires et ceux des perturbations magnétiques concordent d'une façon très marquée avec ceux de l'activité éruptive du Soleil. C'est ainsi que très souvent le passage d'une tache solaire au méridien dont le plan contient la Terre est suivi par une tempête magnétique et par une aurore. Une gouttelette de o""",oooi6 de diamètre, ayant la densité de l'eau, mettrait 50 heures pour venir du Soleil à la Terre. Or, plusieurs observateurs ont constaté, paraît-il, un retard du même ordre entre le passage d'une tache solaire au méridien et le maximum de la perturbation magnétique ou de l'aurore polaire correspondante. 186. Mais les particules chargées qui sont chassées parle Soleil, et aussi celles que chassent les diverses étoiles, peuvent, selon M. ARRHE>firs, faire des trajets beaucoup plus longs à travers les espaces célestes : elles peuvent atteindre les nébuleuses. M. Vrutieniis pense que les nébuleuses sont à des températures excessivement froides (ôo" absolus environ . Malgré cela leurs p.nrfies périphériques arrivent à devenir lumineuses, par suite du liombardement que leur font subir les particules chargées qui sillonnent l'espace de toutes parts : l'origine de cette luminescence des parties superlicielles de la nébuleuse serait donc comparable à celle des aurores polaires de notre atmosphère. Gomme la majeure partie des particules de poussière est arrêtée avant d'a\oir pénétré un peu profondément à l'intérieur de la nébuleuse, c'est la périphérie seule qui est lumineuse. Quant à ce qui se trouve dans les parties profondes, nous l'ignorons absolument. Le spectre des nébuleuses présente en général les raies de l'hy- drogène, de l'hélium, et d'un autre élément, le « nébulium » dont la 2\S JlYPOTlliiSES COSMOGONIIJLES lumière n'a été observée nulle part ailleurs. L'hélium et l'hydrogène (et sans doute aussi le néhnlium) étant des ga/ très peu condensahles, sont susceptibles d'exister à l'élat gazeux avix très basses températures que M. Aruhenius attribue aux nébuleuses : à ces températures tous les autres éléments sont liquéfiés ou solidifiés ; par suite, les parties profondes de la nébuleuse peuvent contenir ces éléments condensés ; mais les parties extérieures ne doivent contenir que les éléments gazeux, c'est-à-dire l'hydrogène et l'hélium (et le nébulium). La périphérie de la nébuleuse étant seule lumineuse, d'après M. Arkhexils, il n'est pas étonnant que le spectre de la nébuleuse ne présente que les raies de ces derniers éléments. 187. Revenons au Soleil et suivons son évolution. Le Soleil perd constamment de la chaleur; mais il contient à son intérieur des matièies radioactives ou des combinaisons endothermiques ; tout se passe donc comme s'il avait une chaleur spécifique énorme, et il possède un provision de calorique extrêmement considérable qui lui permet de continuer sa radiation pendant très longtemps — des billions d'années, dit M. Ahriiemus (il entend par là lo'- . — Mais quelle que soit la lenteur extrême du refroidissement, il arrivera un moment où la température de la surface du Soleil sera assez abaissée pour que celle-ci commence à s'encroûter. La croûte mince périphé- rique ainsi formée protégera l'intérieur du Soleil resté fluide contre le refroidissement qui deviendra de plus en plus lent, de même que la croûte terrestre garantit les parties profondes de la Terre ('). Le Soleil ressemblera alors à une bombe remplie d'explosifs : sa surface sera très froide, mais ses parties centrales auront conservé une température presque aussi élevée que celle qu'elles ont aujourd'hui, et il s'y trouvera encore les mêmes combinaisons endothermiques que maintenant. Que deux pareilles bombes viennent à se rencontrer, leur choc produira une chaleur et une lumière énormes : c'est l'origine d'une étoile nouvelle. Quelle est la probabilité pour qu'une étoile déterminée en rencontre une autre :' l'étant données les distances qui séparent en moyenne les (') On sait que I^ord Kelvin pense, contrairement à cette o|iinion, qne la Terre est entièrement solidifiée : si en efTet son intérieur était lliiide, le pliénomèiie de la précession des écpiinoxes serait très dilTérent de celui que nous observons. TIILOHIK UE M. AIIIIIIE.MLS U)l) étoiles et les dimensions de celles-ci, il y a dos chances pour fjii'un choc se produise au bout d'un lenips de l'ordre de lo'" années. Mais supposons que, dans l'espace, il existe non seulement les étoiles biil- lantes que nous voyons, niais aussi un très grand nombre d'étoiles obscures : les chocs deviendront beaucoup plus fréquents. Si l'on veut expliquer par de telles rencontres le nombre relativement grand d'étoiles nouvelles que nous observons (soit à peu près une par an), on est amené à supposer qu'il y a environ loooo luis plus d'étoiles obscin'cs que d'étoiles brillantes ; supposition assez, peu vraisemblable, car si, dans un cube ayant pour arête la distance du Soleil à a du Centaure, il existait loooo étoiles de masse comparable à celle du Soleil, elles produiraient sur les mouvements des planètes des pertubations qui ne passeraient sans doute pas inaperçues. Quoi qu'il en soit, supposons que deux soleils éteints encroûtés se heurtent : il se produit une A'ora. Le choc en général no sera [)as central et il en résultera un uKuivoment de rotation rapide de l'étoile nouvelle. La collision aura fait jaillir des deux corps deu-v puissants jets de matière {fifj. \o) formant comme de formidables éruptions des maté- fifj. Ao. riaux explosifs provenant des régions centrales. Ces deux jets, grâce à la rotation générale de l'ensemble, présenteront l'aspect d'un tourni- quet. Et comme l'expansion des gaz projetés produit leur rapide refroidissement, les jets latéraux seront relativement froids, alors que le contre sera très chaud. La lumière blanche du corps central sera plus ou moins absorbée par la couche ga/euse des deux jets spiraloïdes, suivant la position de ceux-ci par rapport à l'observateur, La rotation produira don.c une alternance d'absorption et de non-absorption, c'est- à-dire une variation périodique du spectre de l'étoile nouvelle, ainsi 20O IlYl'OTUESES COS.MOGO.NJoleil refroidi, soleil éteint. Le choc de deux soleils éteints donne de nouveau une Xova. 188. M. AuKiucNu >- pense que le Monde est infini. S'il n'en élail [)as ainsi, tlil-il, les poussières seraient chassées indélinimcnt [)ar la pres- sion de radiation, elles ne seraient pas captées en chemin, et le monde finirait par s'évanouir. Cette raison n'est [)as convaincante, car on peut penser qu'une l'ois arrivées à de très grandes distances, les poussières ne suhissent plus la pression de radiation, la lumière étant toujours plus ou moins ahsorhée dans son parcours. Si l'Univers est infmi, une droite de direction quelconque, issue de notre œil, doit finir par rencontrer une étoile : il semhie en résulter que le Ciel tout entier devrait avoir l'éclat du Soleil. Mais cette conclusion n'est pas légitune. [)arce que, comme nous venons de le dire, la lumière subit toujours une absorption [)lus ou moins forte dans les espaces interstellaires. Dans l'ordre d'idées de M. VaRUEMUs, cette absorption serait due aux soleils éteints, et surtout aux matières cosmiques nébu- leuses obscures beaucoup plus grandes, qu'il suppose abondamment répandues dans l'espace. Ce dernier point de vue semble trouver sa confirmation dans un phénomène qu'a présenté la Aora Pcrsct : on a observé autour de cette étoile nouvelle plusieurs nébulosités sphé- rif(ues s'éloignant du centre, comme des ondes, avec des vitesses comparables à celle de la lumière ; il semble qu'on puisse supposer que la lumière de l'explosion est venue successivement rendre visible les diverses couches d'une immense nébuleuse, ou bien encore que c'étaient là des vitesses de propagation d'une luminescence due par exemple à un bombardement cathodique à travers une nébulosité obscure par elle-même, plutôt que des vitesses réelles de corps matériels. 189. Abordons maintenant un point très délicat de cette théorie. M. AuRUEMUs, supposant que l'Univers, dans son évolution des nébu- leuses aux soleils et des soleils aux nébuleuses, décrit une sorte de cycle fermé, est amené à penser que l'Univers ne doit pas « vieillir ». 11 cherche donc à échapper à la « mort calorifique » [Warnielod) que Cla.usius avait cru pouvoir assigner à l'Lnivers, d'après le second principe de la Thermodynamique Principe de Carnot-Clausilsi. Ce second principe, on l'énonce parfois d'une façon peu correcte en disant qu' « un système matériel tend vers l'homogénéité tant au 202 Jlïl'OTIlÈSES COSMO(;oN:nLES poinl de vue de la distribution de la matière qu'au point de vue de la distribution des températures ». D'après cet énoncé (et en admettant que le principe puisse s'appliquer à un système infini comme l'Uni- vers', la matière, dans son état final, serait également répandue partout d'une façon uniforme sans aucune dilTérentiation locale quelconque : ce serait la mort du système. Or, M. Aiuiuemls ne veut pas voir mourir l'Univers, et c'est pour cela qu'il s'ellbrce de mettre en échec le principe de Carnot, en tant qu'il s'agit de l'Univers. Selon lui, u l'entropie augmente dans les soleils, mais diminue dans les nébu- leuses » ; autrement dit, « l'énergie est dissipée ou <( détériorée » dans les corps qui se trouvent à l'état de soleils et au contraire (1 améliorée )> dans ceux qui sont à l'état de nébuleuses » (L'Evolu- lion (les Mondes, Préface, p. IV). Les nébuleuses reçoivent de la chaleur [)ar le rayonnement des étoiles : il semble donc qu'elles ne vont pas rester froides, mais tendre h se mettre finalement en équilibre de température avec les étoiles, d'après le principe de Cau>ot qui paraît exiger la tendance au nivcllcnu'itl des températures (de même qu'il sendjic exiger la tendance à la dilVusion homogène de la matière). Nous allons voir les raisons que donne M. Arrhe>'ils pour être d'un avis contraire. 190. Dans la théorie cinétique des ga/, la tendance à l'homogène s'explique d'une façon très simple : si nous avons un récipient plein de gaz et si le gaz qui remplit une moitié du réci[)ient (par exemple la moitié de droite) est plus chaud que celui qui remplit l'autre moitié (la moitié de gauche), la vitesse moyenne des molécules est plus grande à droite qu'à gauche. Mais, par suite tlu brassage [)roduit par les mouvements des molécules, les molécules de droite passent à gauche et inversement, et il finit bientôt [)ar s'établir un équilibre de tem[)ératuie dans lequel la vitesse moyenne des molécules est la même partout. De même, si la moitié de droite du récipient avait été occupée ini- tialement par de l'azote, et la moitié de gauche par de l'hydrogène, l'étal final eût été le mélange complet, |)ar suile du mouvement des imlécules gazeuses. Nous n'avons aucun moyen d'ell'ecluer inversement (sans travail extérieur I le triage entre les molécules d'azote et celles d'hydrogène, ou bien entre les molécules à très grandes vitesses et celles à petites vitesses, de façon à ramener les unes à droite du récipient, les autres TIlliOHlE DE M. VUUIIFMUS ^Sd à gauche. Mais si nous ne savons pas faire cette opération, elle serait résolue sans peine par les « dénions » ({ua imaginés Mawmm.l. Sépa- rons en deux notre récipient par une cloison percée de tout petits trous, pouvant ne laisser passer qu'une seule molécule à la fois. Chaque petit trou est muni d'une soupape qu'on peut à volonté ouvrir ou fermer sans Iniviil. Derrière chacune de ces soupapes, plaçons un observateur infiniment petit (démon de Maxwkll). servant en quelque sorte de douanier. Chaque fois qu'un démon verra une molécule à grande vitesse se diriger de gauche à droite, il ouvrira sa soupape pour la laisser passer ; mais il la fermera à toute molécule à petite vitesse allant dans la même direction ; de même il ouvrira la porte aux molécules à petite vitesse allant de droite à gauche, mais il la fermera aux molécules à grande vitesse allant dans la même direction. Nos- petits démons, sans produire aucun travail par eux-mêmes, arriveront ainsi à accumuler à droite toutes les molécules à grandes vitesses, à gauche toutes celles à petites vitesses : ils auront séparé la masse gazeuse primitivement isotherme en deux parties à températures dif- férentes. Ils auront tourné le principe de Gartot. 191. Pour éviter la mort calorifique de l'Univers, M. Arruenus pense avoir trouvé un mécanisme analogue se produisant naturelle- ment. Considérons une planète, la Terre par exemple, possédant une atmosphère limitée en équilibre convectif (ou adiabatique). Une molé- cule de la région externe de cette atmosphère, si elle possède une vitesse suffisante 'ccUc vitesse serait de ii kilomètres par seconde pour la Terre, s'échappe pour toujours de la sphère d'attraction de la planète et continue son chemin vers l'infini. L'atmosphère delà pla- nèle perd donc sans cesse les molécules gazeuses qui sont animées d'une vitesse suffisante. Or la distribution des vitesses obéissant dans toute région à la loi de MAX^vEM. (n" 80, p. 107), il y a toujours des molécules qui ont de grandes vitesses ; par suite l'atmospbère de la planète s'appauvrit sans cesse. Les vitesses des molécules gazeuses sont d'autant plus grandes que le gaz atmosphérique est plus chaud et plus léger. L'appauvrissement sera aussi plus fort pour une petite planète que pour une grosse, car, par la gravitation, une grosse pla- nète retiendra plus qu'une petite ses molécules atmosphériques. C'est ainsi que la Lune, dont la masse est faible, a perdu toute son atmos- phère. La Terre a perdu l'hydrogène qui est très léger, elle a conservé l'oxygène et l'azote plus lourds. 254 IIYrOTIIKSIÎS COSMO(;ONIQUES Celle pciie tics molécules almosphériqnes joue, d'après M. Aiuuie- Mus. un rôle extrêmement important dans l'économie des nébuleuses, où la gravité est très faible, ainsi que la densité des gaz constituants. Les parlies périphériques perdront donc très facilement leurs molé- cules à grandes vitesses, refroidissant ainsi les couches les plus éloi- gnées du centre. Il en résulte que la chaleur envoyée par les soleils aux nébuleuses n élève pas la icmpêralurc de celles-ci : en etîet, cette énergie communique de la vitesse à certaines molécules, mais ces molécules s'éloignent de la nébuleuse pour toujours. Ces molécules chaudes finiront par être absorbées par des soleils, contribuant ainsi à entretenir leur rayonnement. 192. Ce mécanisme nous mcl-il pour toujours à l'abri de la loi de dégradation qu'implique le principe de Carnot ? Observons que le raisonnement s'appliquerait à un univers fini : si, par exemple, noire Monde n'était pas euclidien mais riemannien, il serait fini qiioiqu'illimilé : nous aurions donc un système fini ne se dégradant pas : c'est la négation absolue du principe de Cauxot, tel qu'on l'envisage habituellement. Que vont devenir ces particules échappées des nébuleuses? on peut supposer qu'après avoir erré dans l'Espace, elles finissent par être absorbées par les soleils en formation en leur fournissant à la fois de la matière et de l'énergie ; nous avons vu qu'elles ne sauraient suffire pour entretenir l'énergie des Soleils formés, dont la masse ne s'accroît plus. Mais ce processus pourra-t-il se poursuivie indéfiniment ? ou bien ne viendra-t-il pas un moment où ces particules errantes rempliront les vides interstellaires, où il n'y aura plus de vide et où, jiar consé- quent, les molécules n'auront plus de raison de quitter les nébuleuses. Une comparaison fera mieux comprendre notre pensée. Reprenons le cas d'une planète munie d'une atmosphère limitée en équilibre conveclif : cet équilibre convectif suppose implicitement des mouve- ments internes et par suite des frottements : un tel équilibre ne sub- sistera donc pas indéfiniment, il tendra à se transformer en équilibre isothcrmique. Dans le cas de l'équilibre isothermique, l'atmosphère n'a plus de limite supérieure, elle s'étend indéfiniment. Comment cet équilibre isothermique s'élablira-t-il P Ce sera par l'échange des molécules entre les parties hautes et les parlies basses de l'atmo- sphère : or, une molécule à grande vitesse partant des régions basses arrivera dans les régions hautes avec une vitesse très diminuée (à TiiiioniE OE >i. vnniiEMis cause (le la posanteur ; do niêmn, nno molécule se dirigeanl des régions hautes vers le bas arrivera avec une vitesse très augmentée. Il ne semble donc pas à première vue que la haute atmosphère va s'échaufTer et la basse atmosphère se refroidir. 11 semble donc qu'ici encore nous n'aurons pas tendance au nivellemement des tem- pératures, et que ce mécanisme, com[)arable à celui de AI. Auiuiemus, mettra en échec le principe de G.vhnot. Mais observons que les seules molécules qui pourront passer des régions basses vers les régions hautes sont celles (jui sont animées d'une très grande vitesse; et, bien que perdant en route une partie de cette vitesse, elles posséde- ront encore assez de vitesse pour échaulVer les régions hautes. L'équi- libre final sera donc isotherme, conformément au principe de Carnot. Or, dans le mécanisme de M. Aukuemis, il se passe quelfjue cliose de tout pareil : les molécules [jarties des couches internes de la né- buleuse vont aller dans les régions supérieures, c'est-à-tlirc dans le vide où règne le zéro absolu: la densité et la température de ces ré- gions supérieures, primitivement nulles, vont donc s'accroître peu à peu, c'est-à-dire que nous tendons vers l'uniformité des températures et des densités, ce qui est encore en parfait accord avec le j)rincipe de Carxot ; les nébuleuses ne s'échautl'ent pas quand les soleils leur envoient de la chaleur, mais c'est parce qu'elles cèdent à leur tour de la chaleur à une source encore plus froide, le vide dont la tenq)éra- ture absolue est nulle. Cependant il n'est pas tout à fait légitime de comparer les gaz des nébuleuses, et surtout les molécules égarées dans un vide presque absolu, à une atmosphère gazeuse ordinaire. En elTet, dans les gaz exlrcmcmcnt raréfiés, la vitesse des molécules n'est plus de la chaleur, c'est de la véritable foixe vive, c'est-à-dire de l'énergie non dét/radée. Si, par exemple, il n'y a qu'une seule molécule par centimètre cube, on n'a pas, dans chaque petite région élémentaire, un mélange confus de projectiles avec vitesses dirigées dans tous les sens (comme il arrive pour un gaz à la pression ordinaire, oîi ce mouvement parfai- tement désordonné constitue la chaleur), mais on a, au contraire, une vitesse unique dirigée dans un sens bien déterminé. Pour agir indivi- duellement sur chaque molécule, nous n'avons plus besoin de recou- rir aux démons de Max^\ell; nos instruments ordinaires pourraient suffire. Il n'.y a donc peut-être pas lieu, pour les nébuleuses, de par- ler de dégradation de l'énergie, toute énergie y étant purement méca- 256 IIYIIOTIIÈSES COSMOGOMQL'ES nique; et par suite le principe de G.vRNor, sans être en défaut, ne trouverait pas son application. 193. M. AuuHEMus indique une seconde cause qui fait que les nébuleuses, en recevant de la chaleur des soleils, voient leur tempé- rature, non pas augmenter, mais au contraire diminuer. Il assimile les nébuleuses à des masses gazeuses en équilibre adiabatique, comme celles que nous avons étudiées au Chapitre Vlll (Section III), d'après M. IIoMEa Lane. Une telle masse gazeuse a une chaleur spécifique négative ; par suite, un gain de chaleur la refroidit. Bien entendu il ne peut pas être question, cette fois, de voir dans ce processus un échec au principe de Cvuxor : c'est, au contraire, en pleine conformité avec ce principe que s'accomplit le phénomène. Considé- rons, par exemple deux masses, de gaz parlait, toutes deux en équilibre convcctif, mais inégalement chaudes (') : la plus chaude rayonnera vers la plus froide ; cette dernière, recevant de la chaleur, se refroidira encore, tandis que la première, 'perdant de la chaleur, s'échauffera. Les températures des deux corps, loin de se niveler, s'écarteront au con- traire de plus en plus l'une de l'autre. Le principe de Cauxot est-il violé? Au contraire, il est pleinement satisfait, puisque la chaleur a passé du corps chaud sur le corps froid. C'est le phénomène inverse, le nivellement des températures, qui l'aurait violé, s'il avait eu lieu. De cette discussion je ne veux pas tirer de conclusion définitive : il semble que, par ce processus, la mort calorifique de l'Univers sera énormément retardée, mais on [)eut croire qu'elle ne sera que retardée (^). (') On peut, si l'on veut, placer ces deux masses aux deux fovers d'un miroir parfait ayant la forme d'un ellipsoïde de révolution : de la soi te toute l'énergie ravonnée [)ar l'une des masses est reçue par l'autre ; on a ainsi l'exemple d'un système fini, où le principe do Carnot ne tend pas à niveler les températures, au moins au début. (-) Sur les tentatives d'extension du principe de Carnoï-Clausius à l'Univers, on peut voir Bi^uxaud Brukhes : La dcgradalloa de l'Energie, Cli. XXIV (Paris, Flammarion, 1909). ciiÀPiTiu: XII. LA VOIE L.\GTÉE ET LA THÉORIE DES GAZ :M. 194. Nous allons, dans co Chapitre, exposer des considérations dont la première idée remonte à Lord Kelvix. Dans la théorie cinétique des gaz, une masse gazeuze est regardée comme un système formé d'un très grand nomhre de points matériels (les molécules) s'entrecroisant dans tous les sens; ces points matériels agissent à distance les uns sur les autres, mais cette action n'est sen- sible qu'à dos dislances extrêmement laihles et s'évanouit très vite lorsque la distance augmente. Si nous envisageons l'ensemble de la Voie lactée, nous trouvons que cette nébuleuse est constituée de même par un grand nunihrc de points matériels (les étoiles) qui s'attirent l'un l'autre suivant la loi de Neavton, et qui sont animés de vitesses de translation paraissant dirigées dans tous les sens. L'attraction newtonienne est très faible aux distances qui séparent ordinairement les étoiles ; aussi, peut-on considérer les trajectoires de celles-ci comme étant généralement rec- tilignes; elles ne s'incurvent et ne se dévient que lorsque deux étoiles viennent à passer suiïisamment près l'une de l'autre. Nous pouvons donc, à un certain point de vue, dire que la Voie lactée tout entière est comparable à ime masse gazeuse — aux dimen- sions près. Et, poussant plus loin l'assimilation, nous pouvons essayer de lui appliquer les théorèmes de la théorie cinétique des gaz. 195. Cherchons à nous faire une idée des dimensions de la Voie lactée par l'observation des mouvements propres des étoiles. De même que, dans une masse gazeuse libre en équilibre adiabatique, la pression (/) H. PoixcvRÉ_: Voir Bullelin de la Sociale astronomique de France, avril i()o(), p. i53-i65; et Science et Méthode, Livre IV, Cli. I (Bibliothèque de Philosophie Scientifujue, Paris, Flammarion, ijjoS). Poi.XCARÉ, 258 IIYPOTIU:SES COSIMOGONIQUES et la température croissent de la superficie an centre, de même pour la Voie lactée, les vitesses propres moyennes doivent être plus consi- dérables pour les étoiles des régions centrales que pour celles de la périphérie. Nous sommes justement situés vers le centre de la Voie lactée. En observant les vitesses propres des étoiles qui nous entourent, nous connaîtrons ce qui correspond à la température centrale de notre sphère gazeuse en équilibre adiabatique, et nous pourrons déterminer son rayon. Comme nous ne pouvons pas avoir ici d'autre ambition que celle de déterminer un ordre de (jrandeiir, nous ferons une hypothèse sim- plificatrice. La Voie lactée sera supposée sphérique et les masses des étoiles y seront réparties dune façon homogène. Sans doute, cette hypothèse est loin de la réalité, mais les chiffres qu*elle nous fournira seront du même ordre que ceux qui correspondraient à des hypothèses plus voisines de la réalité. Or, à l'intérieur d'une sphère homogène, un point matériel quel- conque subit une attraction proportionnelle à la distance au centre et, par suite, décrit une ellipse ayant même centre que la sphère. Les équations de mouvement à l'intérieur d'une telle sphère sont donc d'^x W- d^z di' ICC ou l on a pose a _ 3 o. 0 étant la densité de la sphère homogène. Ces équations nous fournissent immédiatement l'intégrale des forces vives «■(^'-/-H.^)+(*)V(:i;-H(§)=con,t., que nous écrirons îi-r^ -t- V- = const,, en appelant /■ la dislanc(> du [)oinl mobile au centre et \ sa vitesse. L\ VOIE LACTEE ET LA TIIEOIIIE DES GAZ ■2i)g Appelons r^ lYlongatlon maxinia du mobile et supposons qu'au point coirespomlant la vitcs.se V soit nulle, ce qui correspond au cas d'une trajectoire rectiligne ; l'équation des forces vives s'écrira o.-r- H- V^ = aVQ , d'où V- = %-iri — /•-). Lorsque le mobile passera nu centre (r — o), sa vitesse sera donc (I) V=-a,v Revenons à la Noie lactée assimilée à une spbcre homogène où toutes les étoiles décrivent des ellipses de même centre. Pour la plu- part des étoiles, l'élongation maxima r^ sera du même ordre que le rayon de la sphère, et la vitesse maxima V sera donnée par l'égalité (i ). Donc, inversement, si dans cette égalité (i) nous donnons à V la valeur de la vitesse propre moyenne des étoiles voisines de nous (et qui. par conséquent, sont voisines du centre de la Voie lactée), nous trouverons pour /"„ le rayon de la Voie lactée, ou pour mieux dire son ordre do grandeur. Mais, pour faire ce calcul, il faut d'abord connaître a, qui est pro- portionnel à la racine carrée de la densité fictive o. Si la masse du Soleil était uniformément répartie dans une sphère avant pour ravon /;^ le rayon de l'orbite terrestre (ro= i unité astronomique), la vitesse maxima correspondant à cette élongation r^ = i serait la vitesse o de la Terre sur son orbite. L'équation (i) donnerait alors Mais, pour que la densité de la Voie lactée devînt homogène, il fau- drait répartir la masse du Soleil dans une sphère de ravon lo" fois plus grand, ce rayon étant à peu près la distance des étoiles les plus rapprochées. La densité o deviendrait donc lo'*' fois plus faible; par conséquent a, proportionnel à \'ô, deviendrait lo^ fois plus petit. La valeur de a à adopter est donc et la formule- (i ) devient V = W.IO^'Tft. 200 HYPOTHESES COSMO<;ONH^)L ES L'observation inonlie que la vitesse piopie moveniie A des étoiles voisines de nous est du même ordre que la vitesse w de la Terre sai- son orbite. L'équation précédente donne donc, pour l'ordre de gran- deur du rayon de la Voie lactée ('), r^ = lo'' unités aslronoinlques, soit environ looo l'ois la distance qui nous sépare des étoiles les plus rapprochées. Le nombre total des étoiles de la Voie lactée serait alors environ de lOoo', soit i milliard. Il est intéressant de constater que ce chitl're concorde à peu près avec les évaluations que l'on a pu déduire des observations au téles- cope et qui ont conduit à admettre l'existence de 200 millions d'étoiles : au point de vue qui nous occupe, 200 millions et 1 milliard ne doivent pas être regardés comme deux cbilïres dilïérents, [)uisqu'ils sont du même ordre de grandeur. Certains auteurs ont prétendu que nos télescopes ne percent pas entièrement la Voie lactée et que, s'ils avaient une portée beaucoup plus grande, ils nous découvriraient beaucoup d'étoiles que nous ne voyons pas. Les considérations (pie nous venons de développer sont plutôt contraires à cette sup[)osition, puisque le nombre des étoiles brillantes que l'on a « comptées d concoide avec le nombre qui a été « calculé ». De même, ne pourrait-on pas supposer que le nombre des étoiles obscures est beaucoup plus grand que celui des étoiles brillantes? La même raison nous invite à croire que non. Si n désigne le rapport du nombre total des étoiles (tant obscures que brillantes) au nombre des étoiles brillantes, la densité 0 qui nous a servi à calculer a devra être multiplié par n ; a devra donc être multiplié par v /i, et /•„ [)ar -,-- . iNous \ '^ aurions donc 10'* r„ = .- • V/i Le nombre total i\ des étoiles est de l'ordre de (—%) , puisque 10" est la distance de deux étoiles voisines. Nous écrivons donc approxl- (') Nous parlons du rajon de la ^ oie laclée comme si oelte rirbuluiise élaii splié- riqiie; or, elle a |iliilùt la forme d'un disque aplali ; r^ représentera sans doute une longueur inlcrnu'diairc entre r('paisseur du di>(juc et son ra\on. L\ VOIE l.\CTl';r ET 1\ Tllliouii; DES GAZ 26 1 inati\enienl ' lo^/ ou Si N est voisin de i milliard, n doit être voisin de l'unité. Les étoiles brillantes représenteraient la presque totalité des étoiles. 196. Dans ce qui précède, nous avons assimilé la ^ oie lactée à une sphère homogène. Si nous avions voulu nous rapprocher un peu plus de la réalité, nous aurions dû l'assimiler plutôt à une masse gazeuse en équilibre adiabatique : mais on sait que la loi adiabatique n'est pas la même pour tous les gaz, puisqu'elle dépend du rapport ^ ae leurs deux chaleurs spécifiques, et que ce rapport n'est pas le même pour les gaz monoatomiques que pour les gaz diatomiques ou poly- atomiques. Auquel de ces gaz devrait-on comparer la \ oie lactée? A un gaz monoatomique évidemment. En effet, les molécules seraient ici les ditîércnts svstèm(>s stellaires, et nous devons considérer qu'il y a choc chaque lois que deux de ces molécules passent assez près l'une de l'autre pour être déviées de leur route; or, même si nous prenons une étoile multiple, l'action d'un astre étranger qui viendrait à en approcher deviendrait assez sensible pour dévier le mouvement de translation général du système, bien avant d'être capable de troubler les orbites relatives des composantes. En un mot, l'étoile multiple se comporterait comme un atome indivisible. 197. Posons-nous encore une autre question. La ^ oie lactée est- elle vraiment comparable à un gaz ordinaire, ou n'est -elle pas plutôt assimilable à la matière rndinnfe de Crookks ? On sait que le gaz renfermé dans un d tube de Chookes » est tellement raréfié, que les chocs entre ses molécules sont relativement rares, et qu'une molé- cule a des chances de parcourir tout le tube sans être déviée de sa route : Crookes disait alors que le parcours moyen des molécules est plus grand que les dimensions du tube et que la matière à l'inté- rieur du tube esta l'état radiant. Qu'arrive-t-il pour la A oie lactée? Une étoile a-l-elle des chances de la traverser sans subir de choc, c'est-à-dire sans passer assez près afia HYPCTTIÙSES COSMOOOMnlES d'une aiiti'c étoile pour être déviée de sa route? Que devons-nous entendre d'abord par assez près? Ces mots comportent forcément un peu d'arbitraire : nous conviendrons, par exemple, de dire qu'il n'y a pas choc si la distance entre deux étoiles reste supérieure au rayon de l'orbite de Neptune (ce qui pourrait représenter une déviation d'une dizaine de degrés). Imaginons alors chaque étoile entourée d'une (( sphère de garde » ayant le rayon de l'orbite de Neptune : une droite pourra-t-elle passer entre ces sphères? A la distance moyenne des étoiles de la Voie lactée, le rayon d'une telle sphère serait vu sous un angle de ~^ tle seconde environ; or, nous avons un milliard d'étoiles. Plaçons donc sur la sphère céleste un milliard de petits cercles de -- de seconde de rayon : recouvrirons-nous ainsi toute la sphère, et ces petits cercles empiéteront-ils les uns sur les autres i^ Loin de là, nous n aurons recouvert que la partie du Liel. *■ I ooo '- Le parcours moyen d'une étoile est donc plus grand que les di- mensions de la ^ oie lactée, et celle-ci ressemblerait plutôt à de la matière radiante qu'à un gaz. 198. Nous avons jusqu'ici assimilé la Voie lactée à une sphère. Or, elle offre plutôt l'apparence d'un disque aplati. Gomment expliquer cet aplatissement? On peut faire à ce sujet des hypothèses bien diffé- rentes. On peut d'abord supposer les étoiles animées de vitesses qui sont en majorité parallèles au plan galactique, mais d'ailleurs distribuées uniformément dans tous les sens parallèlement à ce plan. Un pareil étal de choses ne pourrait être que pro\isoire el ne saurait se main- tenir indéfiniment ; car les u chocs » des molécules, ou pour mieux dire des étoiles, tendraient à distribuer les vitesses dans tous les sens conformément à la loi de Maxwell, et, finalement, l'amas devait prendre la forme sphérique, qui est l'état normal dune masse gazeuse libre. Une seconde hypothèse est de supposer que la ^ oie lactée a une rotation d'ensemble entraînant un aplatissement définitif. On sait que, [)0ur une masse fluide, de densité o, tournant avec une vitesse angulaire 03, il existe une certaine valeur du rapport L\ VOIE LACTÉE ET LV TlltOltlli UES GAZ jG3 au delà Je laquelle la force centrUugc à l'équaleur l'emporte sur l'attrat lion : la figure (ré(|uilil)re currespondante est très aplatie, et, au delà, il n'y a plus de li<,Mire déquilihre stable. Comme, pour la Noie lactée, la densités est extrêmement l'aiMe. la vitesse, angulaire limite r.) sera très l'aihle aussi : elle correspondiait (environ à un tour complet en joo millions d'années, soit - de seconde d'arc par siècle. Ln tel mouvement échapperait, bien entendu, complètement à Tobscr- valion : nous ne [)ourrions, en elTct, nous en apercevoir qu'en visant des nébuleuses exicricurcs à la Voie lactée et ne participant pas à sa rotation (de mèaie que nous nous apercevons du mouvement diurne de la Terre en visant les étoiles fixes extérieures à la Terre). Or, outre que le mouvement à mettre en évidence est extrêmement petit, les pointés sur les nébuleuses sont fort peu précis. Tl y a encore une autre hypothèse qui consiste à regarder la Voie lactée comme une nébuleuse spirale !' . Considérons une masse gazeuse animée d'un mouvement de rotation de plus en plus rapide. Au début, la rotation étant nulle ou très l'aible, la figure de la masse ga/.euse est spbérique ; la rotation s'accélérant, elle s'aplatit et prend une forme analogue (^) à l'ellipsoïde de Mac-Lu iu\ ; la rotation de- venant encore plus rapide, l'aplatissement augmente, et la figure de- vient analogue à l'ellipsoïde de Jacoiu. Si la rotation s'accroît encore, la force centrifuge aux deux extrémités du grand axe viendra a l'emporter sur l'attraction, et la matière s'échappera en deux jets à ces deu\ sommets : ces deux jets prendront évidemment une lorme spirale, en vertu du principe des aires, Vaile marchante prenant un retard sur le pivot. Ainsi, la masse gazeuse olVrira l'image d une nébu- leuse spirale, ses molécules représentant les étoiles dont se compose cette nébuleuse. Il ne paraît donc pas impossible d'expliquer les formes spirales des nébuleuses en ne faisant intervenir que la loi de gravitation et des considérations statistiques rappelant celles de la théorie des gaz. (M Les nébuleuses spirales, quoiqu'irrésolul^les, offrent un speclre coiilinu. Aussi les cnnsiilère-t-on généralement comme formées d'une mulliludo d'éloilcs que leur éloignement empêche rie distinguer. Elles seraient, en quelque sorte, d'autres voies lactées situées à des distances immenses. f-) Nous disons rmalorjue, car l'existence des (ignres ellipsoïdales do Mac-I^aibi.n et de Jacohi Ji'a été démontrée 'n° 47 cpie pour une masse lluide liomogène, et noire ga/ ne l'est pas. jg/. HYPOTHÈSES COSMOGOMQliES 199. Reprenons la comparaison de la Yole laclée avec nne masse gazeuse. Si cette comparaison était tout-à-fait exacte, les vitesses des molécules, c'est-à-dire des étoiles, devraient être distribuées confor- mément à la loi de Maxwell : par suite, dans une région quelconque du Ciel, les mouvements propres des étoiles qui peuplent cette région devraient nous paraître dirigés indifléremment dans tous les sens d'une façon parfaitement irrégulière (abstraction faite d'une même composante dne au mouvement de translation du système solaire vers l'apex). Or, ce n'est pas ce qui arrive : les mouvements propres des étoiles d'une même région ont une tendance marquée à marcher dans deux (Ureclions dilJercntes. M. Kapteyn conclut de cette observation qu'il existe deux essaims d'étoiles, deux courants, ayant chacun une translation d'ensemble déterminée et se pénélrani mutuellement : à chacun de ces deux essaims, pris séparément, la loi de M.^xavell s'appliquerait; mais les deux courants paraissent s'ignorer l'un l'autre. On peut les comparera deux jets gazeux de directions difl'érentes qui viennent à se rencontrer. Ces deux jets ne se mélangent pas tout de suite : au début, les molécules des deux espèces de gaz n'ont pas même vitesse moyenne; mais, au bout de peu de temps, les deux jets gazeux se mélangent et ne forment plus qu'une seule masse. Si les deux courants d'étoiles qui constituent la Voie lactée sont restés distincts, c'est qu'ils n'ont pas encore eu le temps de se confondre en un seul : le temps nécessaire à ce mélange, excessivement coiat pour les deux jets gazeux, est au contraire énorme pour les cornants d'étoiles, parce que, pour ces courants, le « parcours moyen » est très grand et les « chocs » très rares ; or, ce sont les chocs entre molécules gazeuses qui amènent le mélange des deux jets. La \oie lactée n'aurait donc pas encore atteint cet état d'équilibre statistique qui permettrait de l'assimiler à un gaz. Dans la théorie des gaz, la loi de Maxwell assigne aux molécules les plus grosses les plus faibles vitesses, et aux molécules les plus petites les plus grandes vitesses. Les étoiles les [ilus petites devraient donc olTrir les plus forts mouvements propres. En particulier, les mé- téorites, qui sont des astres très petits, devraient posséder des vitesses énormes ; or, les bolides ont bien en général des vitesses hyperboli- ques, mais ces vitesses sont presque toujours peu supérieures à la vitesse parabolique ; il faut donc conclure que les météorites n'ont pas encore eu le temps de prendre ces vitesses énormes que leur LA VOIE L\f:TLn r.l I.A TlIliOlUE DES GAZ a or» assigne la lliéoric, et on est do nouveau amené à penser fjue la ^ oie lactc'e n'a pas encore atteint son état d équilibre. 200. Vu\ doux essaims d'étoiles de .M. Km'tevn, Scuiai'ARF.li.i adjoint un troisième essaim dont le Soleil ferait partie. La Noie lactée, d'après lui, se composerait donc de trois essaims ayant chacun leur translation d'ensemble. Les comètes seraient des membres infimes de ce troisième essaim. Ce serait pourcela cpie nous n'observerions [)as de comètes nettement hyperboliques, pnis(|ue les comètes faisant partie de notre essaim auraient, en gros, le même mouvement de translation que nous. Scni vi'ahei.li s'écarte ainsi de lopinion générale, d'après laquelle les comètes appartiennent au système solaire. Lorsqu'une étoile ne présente pas de mouvement [)ropre sensible, on en déduit habituellement qu'elle est très éloignée. Schiaparelu en tire une autre conclusion. Il la considère comme appartenant au troi- sième essaim ; son absence de mouvement propre proviendrait simplement de ce qu'elle possède à peu près la même translation que le Soleil, translation qui ne dilTère pas sensiblement de celle du troi- sième essaim. CHAPITRE XIII. FORMATION DES NÉBULEUSES SPIRALES D APRÈS M. SEE. 201. Dans l'Ouvrage que nous avons déjà cité('), M. See s'est occupé de la l'ormation des nébuleuses, en particulier de l'origine des nébuleuses spirales. Imaginons deux nuages cosmiques N, N' à peu près égaux et cbe- minant en sens inverse ffig. \\,i). Lorsqu'ils viennent à s'approcher l'un de l'autre, leurs extrémités les plus voisines s'allongent l'une vers 2 JiO- 4i. l'autre par sTiite de l'attraction mutuelle r/7^. /|i.2) et peuvent même finir par se réunir ffuj. /|i,3) en un seul corps, vers le milieu duquel l'attraction, jointe aux frottements, tendra à produire une condensa- tion, une sorte de noyau central. Les deux nuages primitifs N,N' tour- neront dans le sens des flèches autour de ce centre, comme deux ailes de moulin. Telle serait, d'après M. See. l'origine des nébuleuses spirales. Le noyau central aurait tendance à s'enrichir de plus en plus aux dépens de la matière des deux branche spirales X,N'. On voit donc que, pour M. See, le mouvement de la matière, dans les deux bras de la nébu- leuse spirale, serait centripète, et non centrifuge, contrairement à l'opinion habituelle. Que le mouvement soit d'ailleurs convergent ou (') T. .T. .T.' See : Researclies on Ihe Eoohilion. of ihe stellar Systems, vol. II : TIte capture Tlieory of cosinical Evolution. Cl». XIX. 268 HYPOTHESES COSMOHOMOUES divergent, la loi des aires explique aussi bien dans les deux cas le retard de l'aile marcliante sur le pivot, c'est-à-dire la forme spirale des deux ailes. Il peut arriver que les deux extrémités des deux nuages N, N' qui s approchent l'un de l'autre ne se réunissent pas, mais soient seule- ment déviées par l'attraction : alors la phase qui suit la phase 2 de la figure 4i n'est pas la phase 3, mais la phase [\ (fig. [\'2), puis la phase 5. ÎNous assistons à la naissance d'une nébuleuse annulaire telle que la nébuleuse de la Lyre. M. See voit dans les deux parties floues diamétralement opposées que présente l'anneau de la Lyre un argument à l'appui de cette diéorie : les extrémités des deux nuages A, N' ne se seraient pas parfaitement soudées. Une nébuleuse annulaire se forme donc, d'après M. See, par le même mécanisme que les nébuleuses spirales, dont elle se trouve ainsi être en quelque sorte un cas particulier. Mais la forme annu- laire est fort rare, parce que les conditions de formation d'un anneau parlait ne sont pas souvent réalisées. On peut faire à cette théorie une grave objection. Les deux bras d'une nébuleuse spirale sont en général à peu près symétriques. Dans l'hypothèse habituelle où l'on suppose le mouvement sur ces bras divergent, cette symétrie peut s'expliquer puisque les deux bras ont une origine commune. Dans l'hypothèse de M. See, on ne voit aucune raison pour en rendre compte, car les deux nuages cosmiques j\ et N' qui engendrent la nébuleuse et qui se sont rencontrés par hasard, ne seront pas égaux en général : ils devraient donc donner naissance à une nébuleuse dissymétrique. 202. M. See [)ense qu'à l'origine le système solaire était une nébu- leuse spirale d'une grande extension. La matière, à son intérieur, s'est d'abord agglomérée en particules qui, la résistance de milieu aidant, par le mécanisme exposé au Chapitre VI, se sont condensées FORMATION DKS Nl'jSLLELSLS SFIUALES u"\l>HÈS M. SEK a(jy en astéroïdes, puis en [)lanèles, celles-ci se nouriissaiil par homhar- dement ('). Par analogie, M. See esl amené à croire que les nébuleuses spirales, moins avancées dans leur évolulidu (pie le syslème solaire, sont rem- plies d'un très grand nombre d'aslres 1res pelils comme les planètes ou même la Lune. Si nous ne pouvons pas « résoudre » ces nébu- leuses, ce serait à cause de la petitesse extrême des composantes, et non pas parce que ces objets célestes sont excessivement éloignés : M. Boulin a essayé de mesurer la parallaxe de la nébuleuse d'yVndro- mède (qui est une nébuleuse spirale à spectre continu), et il l'a trouvée égale ào",i7, de sorte que cette nébuleuse serait relativement très près de nous. Mais, étant donné le peu de précision que comportent les pointés sur les nébuleuses, doit-on considérer cette observation comme définitive et certaine ? ('j ^I. See voit, dans les cralcres lunaires, les cmpreititcs d'un bombardement produit à la surface de la Lune par la chute d'un grand nombre de petits satellites. Il compare ces cratères aux empreintes laissées par de grosses gouttes de pluie sur le sol [loc. cit , p. 3'j3, Planche XII). CHAPITRE XIV. HYPOTHÈSE DE M. É. BELOT. 203. Selon M. E. Belot (' , les chocs et les lourbillons jouent, en Cosmogonie, un rôle essentiel et son! les deux facteurs principaux de la formalion des mondes. La production efTectivc de chocs dans l'univers cosmique nous est prou\ée par l'apparilion des \ovac ; quant aux mouvements tourbillonnaires. les nébuleuses spirales nous montrent qu'ils existent réellement dans la nature. Le système solaire, dans la théorie de M. Belot, serait dû au choc d'un lube-lourbillon contre un nuage cosmique. Autrement dit, une nébuleuse animée d'un mouvement tourbillonnaire, venant heurter une nébuleuse amorphe, s'\ serait épanouie et transformée en notre système solaire. Lord Kelvin et ^L J.-.L TnoMS(i\ ont monlié qu'un tourbillon se comporte comme un corps élastique : il est susceptible de vibrer sous un choc. Il possède une stabilité telle qu'elle va parfois jusqu'à la rigidité rigidité gyrostatique). Imaginons, avec M. Belot, qu'une nébuleuse ayant la forme d'un tube-tourbillon vienne heurter en B un nuage cosmique AÂ', à la façon d'un obus frappant une plaque de blindage, comme il est repré- senté sur la figure ^3 que nous empruntons à r(Juvrage de M. Belot. Par suite du choc, le tube, en vertu de son élasticité virtuelle, va se mettre à vibrer longitudinalement ; cette onde longitudinale, se réflé- (' É. Belot : Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1905-1906-1908; — RuKelin de la Société astronomique de France 1907 ; — Journal de l'Ecole Pol\ technique 1908 ; — Comptes rendus des Congrès tenus en rqoS et en 1909 par l'Association française pour l'Avancement des Sciences. M. Emile Bei ot a rassemble et développé ses idées cosmogoniques dans un Ouvrage intitulé : Essai de Cosmogonie lourbillonnairc (Paris, (laulliior-Xillars, 191 1 , I vol. in-8''j. IIYl'OTHESES COSMOGONIQUES chissant i\ l'exlrémité postérieure du projectile, donnera lieu à une onde stationnaire, de telle façon que nous aurons, le long du tube, une série de nœuds et de ventres équidislanis. Chaque ventre viendra à son tour frapper le nuage cosmique AÂ'. fuj. /i3. Le tourbillon primitif serait l'origine du Soleil, les ventres seraient l'origine des dilïérentes planètes. Quant aux molécules du tourbillon, elles ne peuvent quitter celui-ci en majeure partie qu'aux ventres où le rayon est dilaté, et elles décrivent alors des spires s'épanouissant sur nne surface évasée, appelée nappe loiirbillonnaire. Prenons pour axe des c la direction Z'OZ de la translation du IIVI'OTIIKSE DE M. !.. liri.OT 373 touibillon clans le nuage cosmique, direction qui n'est autre que celle de l'apex. Le plan des x y, oblique à l'axe des z, sera pris parallèle à l'écliptique, auquel M, Belot suppose que le plan de rota- tion du tourbillon pritiiitif était parallèle. Une molécule quelconque M d'une nappe lourbillonnaire subit de la part du nuage cosmique une résistance de milieu qu'on peut supposer proportionnelle au carré de la vitesse. Gomme la vitesse avec laquelle le lubc-tourbillon est venu frapper la nébuleuse amorpbc est excessivement grande (M. Belot estime, peut-être un peu arbi- trairement, qu'elle serait de l'ordre de 70000 kilomètres par seconde), la composante V .-= ''^ dt de la vitesse de M paralèllemcnt à OZ est incomparablement supérieure à ses autres composantes ; la résistance opposée au mouvement, qui est supposée proportionnelle au carré de la vitesse, est assez grande pour que l'on puisse négliger devant elle toutes les autres forces ; si bien que l'on peut écrire dt- — k. \dt ) ' jv- désignant le coefficient de la résistance proportionnelle au carré de la vitesse. Cette équation s'écrit ou encore Intégrant, il vient (0' dt — Iv, dl , f/V /_!___ I K' \' — ~ ^\ W, désignant la valeur initiale de la vitesse de translation V à l'instant (/ ^ oj du choc. Nous pouvons aussi, de l'équation (i), tirer la valeur de c : nous avons d\ = — ,.- \^àt = — ,-' \d: ; Poi.XCARK. 18 •274 HYPOTHESES COSMOGONIQUES par suite €t rfz = — kj -y (2) Z = K,l0g^-^', nous avons pris, comme plan z = o, celui du choc, pour lequel V= W,. Mais, dans le tourbillon primitif, chaque molécule décrit une hélice ; par suite, si ù est l'angle mesurant, dans le plan XOY, l'azimut de la molécule, on peut écrire (3) z = BK.û, en appelant BK, un coefficient constant. M. Belot admet que cette équation (3), qui représente la trajec- toire hélicoïdale avant le choc, reste encore satisfaite après le choc dans la nappe tourbillonnaire qui émane du tourbillon : mais les hélices décrites dans la nappe auront un rayon B de plus en plus grand, en raison de la vitesse d'expansion radiale - dont nous allons nous occuper. L'équation (3), différentiée en /, donne dz chî ou (5) V = BKjW, en appelant dÇi la vitesse angulaire delà molécule M. 204. Etudions, avec M. Belot, \q profil de la nappe tourbillonnaire qui s'épanouit et s'évase en forme de tulipe. Cette tendance à l'épa- nouissement est due principalement à deux causes ; d'une part, à l'impulsion radiale presque instantanée qui, dans le choc, porte le rayon du tourbillon (à un ventre) de sa valeur initiale a à une valeur plus grande a + £ ; d'autre part, à une force répulsive due à UYPOTIIKSE DE M. L. IlELOT 37^) la pression do radialion, le choc ayant dégaj/é une grande quantité de chaleur et de lumière. Appelant U la distance (comptée parallèlement au plan \OYj de la molécule M à l'axe ZZ' du tourbillon, M. Belot pose, peut-être un peu arbitrairement, ^^'^^ = B.co(K-a), Bi étant un coefficient constant. La vitesse deNjiansion ,. s'annule en ellet [)our R = ^/, puisqu'on est alors dans la position primitive du tourbillon. De cette équation nous tirons R ce qui s'écrit, d'après l'équation {^), ^^ ^ ^L d~ R — a ~ HK , Telle est l'équation qui relie le rayon H de la section circulaire de la nappe, à l'ordonnée z. C'est, si l'on veut, l'équation dilTérentielle du profd de la nappe. Intégrant, il vient (6) z = -j3-log-^. £ désignant la valeur initiale du renflement R — a du tourbillon au ventre considéré. Dans ce calcul, M. Belot n'a pas tenu compte de l'attraction, qui devient cependant très prépondérante dès que le Soleil a commencé à se former. Dans un calcul plus exact, il y aurait sans doute lieu d'introduire cette attraction. En elTet, dans les calculs précédents, nous avons traité les difl'érentes masses, comme si elles étaient indé- pendantes et on ne voit pas bien pourquoi elles se trouveront finale- ment à peu près dans un même plan (celui de l'écliptique). Si les calculs de M. Belot le conduisent à expliquer en apparence ce fait important, c'est par suite d'hypothèses qui paraissent mal justifiées, et auxquelles l'Auteur n aurait jamais songé, s'il n'avait pas connu ce résultat d'avance. Au contraire, en tenant compte, dès le début, de l'attraction solaire, on arrive tout naturellement au même but. 2^6 HYPOTHESES COSMOGOMQLES 205. Comparons les équations (2) et (6). En posant B —"' nous aurons ce qui peut s'écrire log — ^ — = b log y » V''(R — «) = const. ou encore, puisque d'après l'équation (5) V est proportionnel à oj, co'' (R — a) = const. Cette formule correspond, dans la période de formation du système^ à la troisième loi de Kepler, sur laquelle on retombe en faisant a = o (condensation finale du tourbillon) et 6 206. M. Belot cherche quelle sera la loi des distances planétaires^ C'est la relation (G) entre r et R qui va nous renseigner à ce sujet. Cette relation nous apprend que le profil de chaque nappe est une- courbe logarithmique. Chacun des ventres va être l'origine d'une nappe venant couper l'écliptique suivant un cercle, et chaque nappe donnera naissance à une planète. Comme, par hypothèse, les différents ventres sont équidistants sur le tube-tourbillon, nous devons donner à z dans la formule (6) des valeurs en progression arithmétique. Il en résulte, pour R — a, des valeurs en progression géométrique. C'est la loi exponentielle des distances planétaires, analogue à la loi de Bode. La formule donnée par M. Belot est (en unités astronomiques) : xn — 0.28 = / ,- • 1,883", au lieu de celle de Bode x,i — o,li = 0,3 . a". Une difficulté se présente ici : au moment de la formation des pla- nètes, la nébuleuse n'était sans doute pas encore condensée. Pendant la condensation, la loi d'attraction a varié, et, comme nous l'avons- HYPOTIIi;SE DE M. lO. IIELOT 2nn expliqué à propos de la llicorie de Faye, les distances des planètes ont dû varier également. La question est de savoir si la loi de 13oi>e, si on la suppose vérifiée à l'origine, a pu rester vraie pendant cette variation. 207. Nous allons écrire, avec M. Beloï, la condition pourquc toutes les nappes arrivent simultanément dans le plan de l'écliplique. Appelons Y„ la vitesse de translation de la nap[)c de rang n au moment où elle arrive dans l'écliptique, W„ sa vitesse de translation au contact du tourbillon en Z„. Soient /„ le temps mis par la nappe ■de rang n à venir de Z„ à l'écliplique ; t,, le temps mis par le tour- billon primitif à aller du plan Z„ au plan Z„_ i. Il faudra qu'on ait D'après l'équation (i) on aura "■\ "71 " n— 1 Les tn satisfont à l'équation (2) qui peut s'écrire d'après l'équa- tion (1)' /W z = K, log i^-^t-^i ou on a donc ^.-^,=.K. <9) -^1,-^1=6^^^=6^'^ (10) ^'''=i^,_, + i=e^^ =e 1^1 . Eliminant /„, tn-i, ~n entre les quatre équations (7), (8), (9), (10), on trouve J'ai dit plus haut que les hypothèses qui servent de point de dé- part à ce calcul me paraissent un peu arbitraires, et qu'en tenant 278 HYPOTHÈSES COSMOGONIQUES compte dès le début de l'attraction solaire, on arriverait à une expli- cation toute naturelle. 208. Mais comment chaque nappe tourbillonnairc va-t-elle donner naissance à une planète? Revenons à la figure /|3. Supposons que la nébuleuse amorphe AA' possède elle-même vme vitesse de trans- lation perpendiculaire au plan de la figure et dirigée d'arrière en avant. La rotation du tourbillon étant supposée de sens direct, il y aura maximum de conflit de vitesse précisément dans le plan ZOX de la figure, et du cùté OX, puisque, en cet endroit, la vitesse tangentielle des nappes sera directement opposée à la vitesse transitoire de la nébuleuse. C'est donc vers OX que les nappes se transformeront en tourbillons planétaires. Telle est, d'après M. Belot, l'origine des planètes. Quant aux satellites, ils sont formés par le tourbillon planétaire, de même que les planètes ont été formées par le tourbillon principal. 209. Sur la figure /(3, nous voyons que les profils des nappes suc- cessives coupent, sur OX, l'écliptique sous certains angles ; et ces angles se trouvent coïncider sensiblement avec ceux que les axes de rotation des planètes font avec l'écliptique ('). Cette coïncidence s'explique, puisque, dans la théorie actuelle, on admet que les tour- billons planétaires se sont tous formés du côté OX et que l'axe de chaque tourbillon est resté tangent à la nappe correspondante. La position de l'axe d'Lranus, presque couché dans le plan de l'écliptique, est expliquée de la façon suivante : la projection rapide du tourbillon principal ZjjXja dans le nuage cosmique aurait déter- miné la formation d'un lore-toiirbillon analogue à un anneau de fumée ; c'est cet anneau-tourbillon qui aurait engendré Uranus. 210. Disons encore qu'à la loi des (Jlslances et à la loi des inclinai- sons, M. Belot joint une loi des rotations, c'est-à-dire une formule donnant la durée de rotation (directe) d'un astre du système solaire, en fonction de son diamètre et de sa densité. M. Belot essaie enfin, par un mécanisme analogue (nébuleuse tourbillonnairc venant frapper un nuage cosmique), mais en variant (') La dislance BO est inconnue à priori : or, les angles eii question défendent évidemment de celle dislance ; c'est précisément comme conséquence de la loi des inclinaisons que M. Belot la trouve égale à Si ravons de l'orbite terrestre. HYPOTin:SE DE M. K. BELOT a'Ql de différentes façon les conditions initiales, d'expliquer la formation des différents systèmes sidéraux (étoiles multiples, nébuleuses spi- rales, ...) que nous offre l'observation du ciel. Pour ces points, nous renverrons aux Ecrits de l'Auteur. 211. Quelles que soient les critiques que nous ayons cru devoir formuler sur divers points de celte théorie, cette tentative mérite l'at- tention. Si on peut reprocher à M. Belot d'avoir été un peu plus ambitieux qu'il ne convient de l'être dans l'état actuel de la Science et d'avoir voulu prématurément trop embrasser, et si ses idées ne semblent pas pouvoir être acceptées sous leur forme actuelle, il semble qu'il peut être utile de les faire connaître, parce qu'on pourra un jour v trouver à glaner d'intéressantes vérités. TABLE DES MATIÈRES. Paces Préface CHAPITHE PREMIER. HYPOTHÈSE DE KA>T. I. Chaos iriilial. sa cli(Tt CHAPITRE II. HYPOTHÈSE DE LAPLACE. 7. iSchuleuse de Laplace — S. Formation des anneaux — 9. Rupture des anneaux, formation des planètes et des satellites — 10. Comètes — 11. Lumière zodiacale — 12. Egalité des durées de rotation et de révolution de la Lune — i3. Satellites de Jupiter CHAPITRE III. ANALYSE DE l'iITPOTHÈSE DE I.APLACE. TRAVAUX DE ROCnE. ÉTCDE DE LA STABILITÉ d'lS ANNEAU. FORMATION DES SATELLITES. I. Surfaces de niveau. ï^. Méridiennes des surfaces de niveau de la nébuleuse de Lai'lace — i5. Points de ces méridiennes où la tangente est perjiendiculaire à Taxe de rotation — lO. Abandon d'aimeaux dans le plan équatorial par suite de la condensation i5 II. Nécessité dt; Vliypothèse d'une condensalion centrale. 17. Abandon d'anneaux par une nébuleuse dépourvue de condensation cen- trale — 18 Calculs de M. FoucuÉ — nj. Limite inférieure de la densité d'un anneau 18 HVPOTHliSES COSIIOGOMQLES III. Formation successive des anneaux. 20. Condition de formation d'un anneau — ai. Discontinuité de l'abandon de vapeurs dans le plan équalorial par suite de la non-uniformité du refroidissement — 22. Cause de la non-uniformité du refroidissement — 33. Signification de la loi de Bode — 24. Formation d'anneaux inté- rieurs, d'après Roche 23 IV. Discussion de lliYpothèse d'une rotation iinifornie. 25. Faiblesse de l'influence du frottement pour de grands volumes fluides — 26. Distribution adiabalique des rotations dans une masse fluide tour- nant autour d'un axe — 27. Surfaces de niveau dans une masse fluide tournant autour d'un axe, lorsque la vitesse angulaire varie avec la dis- tance à l'axe — 28. Cas particuliers de la distribution uniforme et de la distribution adiabatique des rotations ; la distribution adiabatique est incompatible avec la formation d anneaux de Laplace 28 V. Elude de la stabilité d'un anneau. Anneaux de Saturne. 29. Ilypotbèses diverses sur la constitution des anneaux de Saturne — 3o. Rejet de l'hj'pothèse d'anneaux solides par Lapi.ace et par IIirn — 3i, Sa, 33, 34. Calculs de Maxwell relatifs à riivpotlièsc d'anneaux constitués par une multitude d'astéroïdes indéjjendants — 35. Extension au cas d'un anneau supposé fluide; limite supérieure de la densité d'un anneau fluide — 3(5, 3", 38. Limite inférieure de la densité d'un anneau fluide ... 35 VI. Rupture des anneaux de Laplace. Formation des planètes. 3g, /40. Instabilité des anneaux de Laplace — lii. Leur rupture — \'j. Cause de la rotation directe des planètes : efTet des marées internes . . ic) VIL Formation des satellites. 43. Les nébuleuses planétaires sont comparables à la nébuleuse solaire, mais sous de moindres proportions — /j'|. Etude d'une nébuleuse planétaire tournant sur elle-même dans un temps égal à celui de sa révolution autour du Soleil — 45. Equilibre d'une masse fluide bomogène animée d'une rotation uniforme, soumise à l'altraction muluelle de ses parties, et à l'attraction d'un astre perturbateur éloigné — /((l. Représentation géo- métrique — fi-j. Cas particulier oi'i l'astre perturbateur a une masse nulle; figures d'équilibre de Mac-Laurin et de .Lvcoiti — 48. Cas particulier oîi l'astre perturbateur a une masse très grande; application aux satellites de Jupiter — • 4(). Equilibre d'une masse fluide présentant une forte conden- sation centrale — 5o. Limites supérieures des dislances ties satellites aux planètes, d'après Roche — 5i. Origine de la Lime d'après Roche — .")2. Ij'anneau de Saturne ne s'est pas transformi'- en satellite, parce que. d'après Iîoche, à une aussi faihle distance de la planète, une masse fluide ellipsoïdale n'aurait pas pu être en équilibre .,,.,,.,. 5* TAni.E DES M.VTIlinES ^III. Objections à la théorie de Laplace. a8S 53. Sens direct de rotation des planètes — 5'|. Longueur du temps néces- saire à la transformation d'un anneau en une masse planétaire unique, objection de M. Kihkwooh — 55. Grande dislance de la Lune à la Terre et faible dislance du premier satellite de Mars et de l'anneau intérieur do Saturne — 50. Satellites à révolution rétrograde 64 CILVPITRE n . HYPOTHÈSE DE H. TAYE. 57. Conception de IL Faye sur la nébuleuse primitive — 58. Différence avec la conception de Laplace — 5i). Loi de la force centrale ^ariable avec le temps, d'après IL Faye — 60. Période directe et période rétro- grade — 61. La Terre, dans l'hypothèse de Faye, serait plus vieille que le Soleil — 6:>. Comètes — 1)3. Planètes directes et planètes rétrogrades, satellites à révolution rétrograde — ti'i. Une planète, soumise à une force centrale dont la loi varie lentement avec le temps, conserve une orbite circulaire, si celte orbite est inilialcmenl circulaire — 05. Cas particulier dune force centrale inversement proportionnelle au carré de la distance, le coefficient de proportionnalité variant a\ec le temps — GO. Distances initiales des planètes au Soleil, d'après Faye 69 CHAPITRE V. HYPOTHÈSE DE M. DU LI(;OM)ÈS. 67. Le chaos initial, d'après M. du Licondès — 0'^. La théorie de ^L du LiGONDÈs n'est pas, comme celle de Kant, en conlradiclion avec le prin- cipe des aires — Ot). Somme arithmétique et somme géométrique des moments des quantités de mouvement — 70. Les chocs qui se produisent dans la nébuleuse chaotique ont |)our double cHct une concentration et un aplatissement de cette nébuleuse — 71. L'aplatissement, une fois commencé, va s'accentuer — 72. Tendance des trajectoires des projectiles à devenir et à rester circulaires — 73. Paradoxe a])parcnt qui résulte de la comparaison de la théorie de ^L du Ligo>dès avec la théorie cinétique des gaz — 74. Théorème du viriel — jj. Application à un gaz renfermé dans un vase, loi de ^L\R10TTE et de Gay-Lussac — 7O. Application à la nébuleuse de ^L du Lkjoxdès, tendance à la concentration — 77. Loi de répartition des vitesses dans la théorie cinétique ; mouvement d'un li- quide, probabilités — 78. Heprésentation du mouvement d'un svstème matériel à ;i degrés de liberté par le mouvement d'une particule en sus- pension dans un liquide incompressible dans l'espace à 2 n diinensions. Postulat de Maxwell — 71). Cas où les équations du mouvement ad- mettent des intégrales premières: densilés llctives — 80. Application à un gaz renfermé dans un vase, loi de NLvxvvell pour la répartition des vitesses des molécules — 81. Extension de la loi de Maxwell au cas d'une masse gazeuse libre — 82. Frottement et conductibilité thermique dans une masse gazeuse — 83. Application à la nébuleuse de ^L nu Li- GONDÈs ; chocs véritables et demi-chocs — 8'j. Hi''le des demi-chocs — 85. Sens de rotation des planètes — 86. Considérations diverses ... 83 Paffes •284 inPOÏIlèsES COSJIOr.OMQLES CHAPITRE M. llYl'OTIlKSi; DK M. SEE. 87. Pour M. See, les planètes ont été captées par le Soleil, et la Lune [lar la Terre — 88. Effet d'une résistai. ce de milieu sur le mouvement d'une planète; variation du grand axe et de l'excentricité de l'orbite — 89. Effet séculaire — 90. La diminution séculaire de l'excentricité peut se prévoir sans calculs — 91. Capture des planètes par le Soleil — 92. Capture des satellites par les planètes — 98. Tentative d'explication du sens direct des mouvements des astres du svstèmo solaire et de la faible inclinaison de leurs orbites , 117 CHAPITRE Yll. THÉORIE DE Sni G. -H. D.VUWIN. I. Gcncralik's. •94. Effet du frottement des marées; ralentissement delà rotation delà Terre et augmentation corrélative de la distance de la Lune — 95. Accé- lération séculaire du movcn mouvement de la Lune i3i II. L'exceiitricilé cl rincVinaison de l'orbite lunaire sont suppost'cs nulles. 96. Alarées internes aux époques reculées où la Terre était encore fluide — - 97. Si l'excentricité de l'orbite lunaire a été initialement nulle, elle le restera toujours — 98. Le moment de rotation du système formé par une planète et son satellite demeure constant, son énergie mécanique décroit sans cesse — 99. lîepréscntalion géométrique ; dIscus>ion — 100. Cas du système Terre-Lune — loi. Diminution du moment d'inertie de la Terre par suite du refroidissement — 102. Cas des diverses planètes et de leurs satellites; cas du Soleil et de l'ensemble des planètes i33 III. Cas (jt'ncral. io3. Rappel de la tbéorie statique des marées ; dénivcll.ilion statique — 10^. Expression de la dénivellation statique — io5. Légitimité de la théorie statique — 106. Mise en compte de la ^iscosité — IC7. La visco- sité doit être considérée comme faible — 108. Développement Irigono- métrique de la dénivellation statique — 109. Expression du potentiel perturbateur dû à l'attraction sur un point extérieur du bourrelet liquide soulevé par la marée • — iio. Variation des éléments lunaires sous l'action perturbatrice de la marée solaire — iii. Variation des éléments lunaires sous l'action perturbatrice de la marée lunaire elle-même — ii3. Effets séculaires — 11 3. Termes à conserver dans le potentiel producteur de la marée — ii'i. Transformation de ces termes — iiô. Tableau rccajtitidatif — 116. Equations donnant les variations du grand axe, de l'excentricité et de l'inclinaison île l'orbile lunaire — IJ7- E<(uations donnant les varia- tions des éléments terrestres — i 18. Récapitulation des étpialions — 1 19. Variations de la rotation terrestre et de la dislance moyenne de la Lune TABLE DES MATIÈUES 28S — I30. ^arialion de l'cxccnlricilô de l'orbilc lunaire — lai. \arialion de rincliiiaisoii de l'orbite lunaire sur l'éciuatcur — 132. Durée probable de l'évolulion — i23. Calcul du cociTicieiit de viscosilé de la Terre — 13^, i;j5. Ilétablissemetit des cocllicienls île proporlionnalilé — 126. Comparaison entre l'action retardatrice de la Lune sur la Terre et l'action retardatrice de la Terre sur la Lune : cette dernière a pu être 33 000 fois plus forte que la premiùre — 127. Système fornu' par le Soleil et les piînèles l!^^ IV. liijlucncc accclcrutricc du refroitlissemcnl. 128. !Mise en compte de l'innucncc accc'lèratrice du refroidissement: loi particulière de refroidissement — 129 Ap[)licution à l'cvolution d'une nébuleuse planétaire — i3o. Pour la rotation terrestre, l'inlluence accé- lératrice du refroidissement est très faible vis-à-vis de l'influence retar- datrice de la marée — i3i. Inlluence retardatrice de la pluie météorique. 180 V. Ihpotlù'SC sur la formalloii de la Lune^. i32. Formation possible de la Lune aux dépens de la Terre i)ar suite d'une exagération de l'amplitude de la marée, due à un phénomène de résoti- nanco — • i33. Figures d'équilibre d'une masse fluide homogène en rota- tion : ellipsoïdes de Mvc-Lauiux et de Jacobi — \'i!\. Fonctions de Lamé — i35. Figures d'équilibre inliniment voisines des figures ellipsoïdales — i3G. Stabilité des figures d'érpiiiibre — 137. Ucfroidisscmcnrconlinu et contraction d'une masse lluide homogène : elle arrive à prendre une figure piriforme — i'38. Formation possible, par ce processus, du système Terre-Lune et de certains systèmes d'étoiles doubles i8.'» CHAPITRE MIL scR l'origine de la chaleur solaire et de La chaleur terrestre. I. Chaleur solaire. i3(). N alenr de la constante solaire; taux annuel du refroidissement du Soleil ; dissipation de sa chaleur — l'io. Hypothèse chimique — i^i. Hypothèse météorique — i42, i/i3, i^A- Difficultés qu'elle soulève - — iA5. Hypothèse de Helmholtz ; contraction d'une sphère gravitante homo- gène — 1:^6. Provision de chaleur emmagasinée par le Soleil; âge du rayonnement solaire — • 1^7. La densité du Soleil n'est j)lus supposée constante — i'|8. Etude de la chaleur spécifique ; la chaleur spécifique peut, sous de fortes pressions, devenir très considérable ; cas où le Soleil est assimilé à un fluide parfait — i'i9. Pour qu'un globo chaud qui rayonne s'échaufle en perdant de la chaleur, il faut que sa chaleur spéci- fique, dans les conditions considérées, soit négati^e — iSo. Cas où. le Soleil est assimilé à un solide élastique parfait — i5i. Si le Soleil est visqueux, sa contraction détermine une véritable création de chaleur — 102. La dissociation chimique des matières centrales du Soleil joue le même rùlc qu'une augmentation de sa chaleur spécifique — iô3. Tem- pérature du Soleil — i54. DiHicultés de la présente hypothèse. , . . lui 286 IIYPOTIIKSES COSMOGOMQLES II. Chaleur terrestre. î55, 156. Calculs de Lortl Kelvin. La Terre est assimilée à un mur plan indéfini se refroidissant par contact — ■ 167. L'inlluence de la courbure étant faible, l'assimilation de la sphère au mur plan est assez légitime — i58. La Terre est supposée partie d'une distribution initiale quelconque des températures, et arrivée à son état pénultième — 109. Cas où le refroidissement se fait par rayonnement et non par contact — 160. Le refroidissement de la Terre s'eiïcclue par sa superficie — 161. Calculs de M. IluDZKi sur le refroidissement terrestre — 163. Diverses méthodes proposées pour évaluer l'âge de la Terre — i63. L'énergie solaire est- elle d'origine radioacti\c.'' m. Equilibre adiabalique cVun (jaz parfait. r âges 209 i6/j. Une masse de gaz parfait en équilibre adiabatique a un coefTicicnt dn dilatation négaLif — i65. La chaleur spécifique d'une telle masse est négative pour les gaz monoatomiques ou diatomiques, positive pour les gaz polyatomiques — 166. Le Soleil étant très éloigné de l'été t de gaz parfait, les considérations précédentes ne lui sont sans doute pas appli- cables — 167. On retrouve les résultats précédents au moyen de la théorie cinétique des gaz — 168. Une masse gazeuse (monoatomique ou diato- mique) entièrement libre s'écliaulTe en se contractant, à mesure qu'elle perd de la chaleur par rayonnement ; ce phénomène est comparable à celui d'une planète qui se meut dans un milieu résistant — iGi). Il n'est pas certain que les raisonnements s'appliquent même aux gaz monoato- miques, lorsque ceux-ci subissent des pressions énormes 321 CHAPITRE IX. THÉOUIE DE Sin MORJIAN LOCKYER. 170. Sir N. LocKYER distingue parmi les spectres des étoiles trois types dif- férents : le spectre de la ilamme, le spectre de l'arc, le spectre de l'étin- celle. Théorie de la « dissociation, des éléments» — ^1^- Evolution cosmique d'après Sir ^l. Lockyer — 172. Classification des étoiles — 173. Températures des étoiles, d'après M. Nordm.vnn — 17'!. Distribution des étoiles des dilTérents types dans le ciel 220 CHAPITRE X. TUÉORIE DE M. SCUUSTER. 175. Si les étoiles gazeuses sont plus chaudes que les autres, c'est que leur atmosphère joue le rôle d'une serre chaude, laissant passer les rayons lumineux, mais arrêtant la chaleur obscure — 176. La dilTércnce entre les spectres des étoiles proviendrait des courants de convection plus ou moins intenses dont elles sont le siège — 177. Histoire des grandes •étoiles, d'après M. Scuuster ; absorption finale des gaz légers de l'atmos- jîhère par la masse centrale a35 TAHI.E DKS M.VTIKUES 387 CHAPITRE \I. TlILOniE Di; M. AnUHEMLS. pHt-ea 178, 179. Pression de radiation dans la tliéoric éleclromagn(;li(|ue de la lu- mière — 180. L'cxislenre de la pression de radiation peut se déduire des principes de la Thermodynamique — i8i. Pour des particules très petites situées au voisinage du Soleil, la force répulsive provenant de la pression de radiation peut l'emporter sur la force attractive due à la gravitation — 182. Queues des comètes — i83. Couroime solaire. Estimation de lu quantité de matière météorique qui tombe sur le Soleil — i8/j. Ionisation des gaz de l'atmosphère solaire. Charge électrique positive du Soleil — i85. Cause des aurores polaires — i8G. Nébuleuses : leur périphérie devient lumineuse par suite du bombardement que leur font subir les particules chargées qui sillonnent l'espace ; leur intérieur nous est com- plètement inconnu — 187. E\olution des soleils d'après M. AnnnEsius. Naissance d'une .\ova j)ar le choc de deux soleils éteints — 188. L'Univers est infini — i8(j. M. Arrheml's cherche à échapper à la « mort calori- Hque )) que le principe de Caiinot semble assigner à l'Univers — 190. Démons de Maxwell — iqi. Mécanisme, imaginé jiar M. AnnuEMLS, par lequel la chaleur que les soleils envoient aux nébuleuses n'élève pas la température de celles-ci — 192. Ce mécanisme peut-il mettre pour toujours l'Univers à labri de la loi de dégradation qu'implique le prin- cipe de Carnot? — 193. Seconde cause d'après laquelle les nébuleuses ne s'échauflent pas quand los soleils leur envoient de la chaleur .... 289 CHAPITRE XII. LA VOIE LACTLE ET LA THÉOIUE DES GAZ. 194. Comparaison de l'ensemble de la Voie lactée avec une masse gazeuse — 190. Dimensions de la Noie lactée, nombre de ses étoiles — ig6. Le gaz auquel il convient de comparer la Voie lactée est monoatomique — 197. La Voie lactée est plutôt comparable à la matière radiante de Crookes qu'à un véritable gaz — 198. Causes possibles de l'aplatissement de la Voie lactée — 199. Les deux essaims d'étoiles de M. Kapteyn — 300. Les trois essaims d'étoiles de Schl\^i'arelli CHAPITRE XII [. FORMATION DES NÉBULEUSES SPIRALES d'aPRÈS M. SEE. 201. Formation d'une nébuleuse spirale par la rencontre de deux nuages cosmiques. Nébuleuse annulaire de la Lvre — 202. Les nébuleuses s[)i- rales seraient formées dun très grand nombre d'astres de très petites dimensions 267 200 HYPOTHESES COSMOGOMQUES CHAPITRE XIV. HYPOTHÈSE DE M. É. DELOT. 2o3. Le système solaire serait dû au clioc d'un lube-tourbillon contre un nuage cosmique amorphe — 3o4. Profil des nappes tourbillonnaires — 2o5. Formule qui, dans la période de formation du système, correspond à la troisième loi de Kepler — 206. Loi exponentielle des distances pla- nétaires — 207. Condition pour que toutes les nappes arrivent simulta- nément dans le {)lan de l'écliptique — 208. ^laissance des planètes aux dépens des nappes tourbillonnaires — 20g. Loi des inclinaisons des axes de rotation des planètes — 210. Loi des rotations. Formation des dilTé- rents systèmes sidéraux — 211, Conclusion P^îes INDEX ALPHABETIQUE. A. Âdiabatique — Dislribulion adiabalique des rotations dans une masse fluide tournant autour d'un axe, 3i, 33 — Equilibre âdiabatique d'un gaz parfait, 32 1 et suiv. Age du ravonnement solaire, d'après Helmuoi.tz et Lord Kelvin-, aoo, 202 — Age relatif de la Terre et du Soleil, d'après Faye, 73. Andromède (Nébuleuse d') Sa parallaxe d'après M. Bohlin, 2O9. Anneaux de Lvplace, 9, 10, 11, 17, 18, 23, a'i — Leur instabilité, ^9 — Temps nécessaire h leur transformation en planètes, ()5. Anneaux de Saturne — Leur formation d'après ]va>'t. 5 — Diverses bypotlièscs sur leur constitution. 35, 36 — Travaux de Maxwell, 36 à 44 — Limite supé- rieure et limite inférieure de la densité d'un anneau fluide, /|i à 48 — Opinion de Roche, 63, 64 — Faible distance de l'anneau intérieur à la planète, 66. Anneaux intérieurs de Roche, 27, 66. Aplatissement de la néi)uleuse de M. du Ligondès, 86 à 89. ARRHENIUS (SVANTE), 208 — Tbéorie de M. Aurhe.mus, 289 à 206. Aurores polaires, 247. B. BALMER, 232. BARTOLI, 24i. BELOPOLSKY, 180. BELOT — Hypothèse de M. E. Belot, 271 à 279. BODE (Loi de). 26, 276, 277. BOHLIN, 269. Boréales (Aurores), 247. BOSLER (J.), 193. BRILLOUIN -\L), 193. BRUNHES (B.), 256. BUFFON, 6, 8. G. Canoniques (Equations), 98, io5, i55 — (Variables), io4, i55. Capture des planètes par le Soleil d'après M. See, 120 — des satellites par les- planètes, d'après ^L See, 126 à 128. Poing ARE. '9 2()0 HYPOTHESES COSMOGONIQUES CARNOT (Principe de), 2, 90, i35, 242, 25i à 256. CASSINI, 6, 35. Chaleur solaire et chaleur terrestre, leur origine, 191 à 227. Chaleur spécifique du Soleil, 202 à 208 — d'un gaz parfait en équilibre adiaba- tique, 223 à 226. Chaos primitif, d'après K.vnt, i — d'après M. du Ligoxdès, 83. Charge électrique positive du Soleil, 246. Cinétique (Théorie) — Voir Gaz. CLAUSIUS, 90, 92, 25i, 206. Comètes, G, 12, 74 — Leurs queues, 244- Concentration de la nébuleuse de M. du Ligondès par suite des chocs, 86, 94. Condensation centrale de la néliuleuse de Lapla.ce, 18 et suiv. Constante solaire, 191. Contraction d'une sphère gravitante homogène, 198. Courants d'étoiles, 264, 265. Couronne solaire, 245. CROOKES, 261. CURIE (P.), 220. DARWIN, 52 — Théorie de Sir G. -H. Darwin, i3i à 189. DELAMBRE. i3. DELAUNAY, i32, i33, 172. Démons de Maxwell, 253, 255. Densité d'un anneau fluide, limite supérieure et limite inférieure, 4i à 48. Déperdition de la chaleur solaire, 191, 192. DESCARTES, 1. Diane, i5G. Discontinuité de la formation des anneaux de Laplace, 23 et suiv. Dissociation des matières à l'intérieur du Soleil, 207. Dissociation des éléments, d'après Sir N. Lock-ïer, 23o. Distances initiales des planètes au Soleil, d'après Faye, 81. Distances maxima des satellites aux planètes, d'après Roche, 62. Distribution adiabatique des rotations dans une masse fluide tournant autour d'un axe, 3i, 33. DOPPLER, 196. E. Elasticité virtuelle des tourbillons, 271. Entropie des soleils et des nébuleuses, 262. Equilibre d'une masse fluide (Figures d'), 53 à 61, i84 à 188. Equilibre adiabatique d'un gaz parfait, 221. Essaims d'étoiles, 264, 265. Etoiles — Leur classification d'après Sir N. Lockyer, 23 i — Leur température. 23 1, 232 — Leur évolutioH d'après M. Schuster, 236 — Courants d'éloile>, 264, 265. EULER, 3i, 202. INDEX ALPII.VIILTIQLE SQI- FARENHEIT, 172. PAYE (HERVÉ), 30, 83, ii5, i/n, 277 — Ilypolliùse de II. Faye, (uj à 82. Figures créquilibre d'une masse fluide, 53 à (Ji, i84 à 188. FIZEAU, 196. Fonctions de F.vmé, 187. Force centrale variable avec le temps, 71, 76 à 80. Formation successive des anneaux de Laplace, 23. FOUCHÉ M. , 20, 21. FOURIER, 210, 21 5. FRESNEL, ïSij, 2^0. Frottement, sa faible influence dans le cas de grands volnnics lliiiilcs, 28 Frottement des marées, ses en"ets d'après Sir (î.-H. Dauwix, i3i à 180. GAY-LUSSAC, 92. Gaz — Théorie cinétique, 8g et suiv. — Théorème du viriel, 90 à (j'i — Loi de répartition des vitesses des molécules, 96 à 1 10 — Equilibre adiabaliqiie d'un gaz parfait, 221. GREEN, 22. HAMILTON, 98, io5, i55. HELMHOLTZ, 28, 29, 73, 197, 198, 202, 207, 209, 220. HIRN, 36, ',5. J. JACOBI — Ellipsoïde de Jacobi, 58, i84 à 188, 263 — Intégrale de .lAcobi dans le problème restreint des trois corps, 127, 128. JOLY, 219. KANT (EMMANUEL), 7, 83, 8:1, 90 — Hvpotlièse de Kant, i à 6. KAPTEYN, 264, 265. KELVIN (Lord), 73, i83, 193, 196, 197, 209, 210, 212, 2i3, 217, 218, 220, 2^5, 240, 2'j8, 207, 271. KEPLER, 4, 6, 10, 49, 5i, 64, 85, 118, i65, 194, 276. KIRKWOOD, 65, 66. 292 HYPOTHÈSES COSMOGONIQLES LAMÉ, 187. LANE (HOMER), 231, 206. LAPLACE, o, 71, 7;J, 82, 83, 182, i8.\, 19!) — Ilypolhùse de Lai>lmje, 7 à i4 — Analyse de Ihypothèse de Laplace, i5 à G7. LEBONfE.i. 189. LÉVY fMAURICÈ), l^2, iGo. LIAPOUNOFF, 189. LIGONDÈS (R. DU), 2 — lljpothèso de M. du Ligondès, 83 à ii5. LISSAJOUS, 87. LOCKYER (Sir NORMAN), 235, 236 -- Théorie de Sir N. Lockyek, 229 à 200. LOEWY(M.), 217. Loi de Maxwell pour la répartition des vitesses dans la tiiéorie cinétique des gaz, 107, 109. LUGOL (P.), 193. Lumière — Pression de radiation de ia lumière, 239 à 2/)3 — Liimiùrc zodiacale, 12. Lune — Egalité des durées de rotation et de révolution, 12, i3, 179 — Augmen- tation du grand axe de son orbite par l'effet du frottement des marées, i3i, '67 — Accélération séculaire de son moyen mouvement, i32, 172 — Variation de Texcentricité de son orbite par l'effet du frottement des marées, 167 — Va- riation de l'inclinaison de son orbite sur l'équateur, 170 -■- Origine possible de la Lune d'après Sir G. -H. Darwin, i84 à 189. Lyre (Nébuleuse annulaire de la), 70. 268. M. MAC-LAURIN (Ellipsoïde de), 58, i84 à 188, 263. Marées internes : elles sont la cause de la rotation directe des planètes, 5i — Leur inilucnce sur la rotation de la Terre et sur les éléments de l'orbite de la Lune, i3r à 172 — Théorie statique des marées, i/|2 et suiv. MARIOTTE. 92, 202. Matière radiante, 261, 2G2. MAXWELL, 36, 87, 39, !\i, 44, 45, 95, loi, 107, 109. 1 10, m, 11 3, 239, 2 03, 205, 262, 2G4. MAYER (ROBERT), 193. Mort calorifique, 25i. Mutations, 209. N. Nappes lourbillonnaires dans l'Inpothèse de M. E. 15elot, leur profil, 27'], 275. NAVIER, 28. Nébuleuse de Laplace, 8, 9 — Ses surfaces de niveau, i5, iG — Sa forte con- densation centrale, 18 — ■Nébuleuse de Paye, 69 — Les nébuleuses d'après M. AuRHEMLs, i47 et suiv. — Formation des nébuleuses spirales et des nébu- leuses annulaires, d'après M. See, 267, 268. NEWTON, I, 2. 78, 257. NORDMANN (Ch.), 233. 333. Novae, 249, 35o, 25i, 271. iM)i;x ali'u\ui:tiqle 393 €LBERS, II. Origine l\ce, 28 à 35. RUDZKI, 218. 2i(|. Satellites de Jupiter, i3, i4, 09 — Satellites de Mars, GG — Satellites à révolu- tion rétrograde, G7, 7Ô. Saturne (Anneaux de^ — ^ oir Anneaux. SCHIAPARELLI, i83. 260. SCHUSTER (A.) (Théorie de). 235 à 237. SEE T.J.-J. Hvpolhèse de), 117 à ia(, — Formation des nébuleuses sp'ralpS d'après M. See, 267 à 269. 2q4 hypotueses gosmogoniques Serre chaude (Théorie de la), 235. Soleil — Origine de sa clialeur, 191 à 209, 220 — Hypothèse chimique, ig3 — Hypothèse météorique, 198 — Hypothèse de Helmiioltz, 197 — Chaleur spéci- fique du Soleil, 202 à 208 — Sa température, 208 — Sa charge électrique positive, 2/16. Spectres des étoiles, 229, 235. Stabilité de l'anneau de Saturne et des anneaux de Laplace, 35 et suiv. — des figures d'équilibre d'une niasse fluide, 188. STEFAN, 241. Surfaces de niveau, de la nébuleuse de Laplace i5, 16 — dans une masse tluide tournant autour d'un axe, 82. T. Température du Soleil, 208 — des étoiles, 281, 282. Terre — Ralentissement de son mouvement de rotation par l'efTet du frottement des marées, i3r, 167 — Influence accélératrice du refroidissement, 180 — Influence retardatrice de la pluie météorique, iS4 — Origine de la chaleur ter- restre, refroidissement de la Terre, 209 à 220. Théorie cinétique, voir Gaz. THOMSON (J.-J.), 271. THOMSON (W.), voir KELVIN (Lord). TISSERAND, 87, 54. Tourbillons — Leur rôle cosmogonique d'après M. E. Belot, 271 et suiv. V. Viriel (Théorème du), 90 à 94. Vitesses des molécules gazeuses dans la théorie cinétique, loi de Maxwell, 90, 107, 110. Voie Lactée (La) et la théorie des gaz, 257 à 2G5. VRIES (DE), 209. W. WAALS (VAN DER), 92. Wàrmetod, 201, WILSON, 24fi. WOLF (C), I, i3i. Zodiacale (Lumière), 12. 9. •SAINT-AMAND (cHER). — IMPRIMKRIE BUSSIÈRE. ERRATA Paçie 96, noie (') : au lieu do : (Cli. vui, n' J71). lire : (CI), viii, n' 168). Pane 26a, linne i/j ; au lieu de : • •^ ^ 1 000 lire : -7 -• 10 000 294 HYPOTHESES COSMOr.oNIQUES Serre chaude (Théorie de la), 235. Soleil — Origine de sa chaleur, 191 à 309, 220 — Hypothèse chimique, igS — Hypothèse météorique, igS — Hypothèse de Helmiioltz, 197 — Chaleur spéci- fique du Soleil, 202 à 208 — Sa température, 208 — Sa charge électrique positive, 246. Spectres des étoiles, 229, 235. Stabilité de l'anneau de Saturne et des anneaux de Laplace, 35 et suiv. — des figures d'équilibre d'une masse fluide, 188. STEFAN, 241. Surfaces de niveau, de la nébuleuse de Laplace i5, lO — dans une masse lluide tournant autour d'un axe, 82. Température du Soleil, 208 — des étoiles, a3i, 282. Terre — Ralentissement de son mouvement de rotation par l'elTet du frottement des marées, 181, 1G7 — Influence accélératrice du refroidissement, 180 — Influence retardatrice de la pluie météorique, i84 — Origine de la chaleur ter- restre, refroidissement de la Terre, 209 à 220. Théorie cinétique, voir Gaz. THOMSON (J.-J.), 271. THOMSON (W.), voir KELVIN (Lord). TISSERAND, 87, 54. Tourbillons — Leur nMe cosmogonique d'après M. E. Belot, 271 et suiv. V. Viriel (Théorème du), 90 à 94. Vitesses des molécules gazeuses dans la théorie cinétique, loi de Maxwell, 90, 107, 110. Voie Lactée (La) et la théorie des gaz, 257 à 2G5. VRIES (DE), 209. «AINT-AMAND (CHER). — IMPRIMERIE BUSSIÈRE. ^,ù Extrait du Catalogue des publications de la Librairie Scientifique A. HERMANN ET FILS ANDOYER (H.). — Nouvelles tables trigonométriques fondamen- tales (Logariihmes). iQii, in-4° 30 fr. » URBAIN (G.). — Introduction à l'Etude de la Spectrochimie, iç)ii 10 fr. » GÀUSS (0. F.). — Recherches arithmétiques, nouvelle édition, jf)ii 16 fr. » COSSERAT(E.etF.).— Théoriedescorpsdéformables, 1909 6 fr. » CHWOLSON (O. D.). — Traité de Physique (voir prospectus spécial). KŒNIGS (G ). — Leçons de Cinématique théorique, avec notes de MiVI. DARBOUX et COSSERAT. 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M.). — Théorie des nombres, nouvelle édition, 2 volumes 40 fr. » TAN.NENBERG. — Leçons sur les applications géométriques du cal- cul infinitésim.al 6 fr. )) THÉON DE SMYRNE. — Exposé des connaissances mathématiques utiles pour la lecture de Platon, traduction DUPUIS . 6 Ir. » VINTÉJOUX (F.). — Nouvelles tables d'intérêts composés et d'an- nuités 10 fr. » FABRY (E.). — Problèmes et Exercices de Mathématiques géné- rales, 19 10 10 fr. » ArîDOYER (H.). ~ Cours d'Astronomie, 2 vol. 1909-10, . 19 fr. » SVANTEARRHENiUS.— L'atmospaôra desplanètes, 191 1 1 fr. » HADAMARD (J.). — Leçons sur le calcul des variations. Tome I^r, 1991 IS l'r. » SOMMER. — Introduction à la Théorie des nombres algébriques, 191 1 15 fr. » BURALI-FORTI et MARCOLONGO. — Calcul vectoriel et applica- tions- 191 1 8 fr. » FRÉCHET et HEYWOOD. — L'équation de Fredholm et ses appli- cations à la physique mathématique {sou>! presse).