manant

nature
nom masculin
diction
[manɑ̃] · 2 syllabes
attesté
Au plus tard au XIIᵉ siècle
usage
moins de 1 par million de mots

Sens et définitions

Nom 5

  1. péjoratif Personnage grossier, mal élevé.
    • Oui, monsieur, tout homme qui ne rend pas un coup de chapeau est un manant... à moins qu’il ne soit nu-tête Eugène Labiche et Marc-Michel, Un monsieur qui prend la mouche, 1852, scène 4
  2. Être inférieur qui croit faire un travail noble.
    • Ce manant fait de beaux dessins.
3 emplois spécialisés
  1. Histoire Roturier citadin ne disposant pas du statut de bourgeois, rattaché au domaine seigneurial.
    • Voilà tout le résultat de votre belle invention d’avoir assemblé les bourgeois, les vilains et autres manants pour leur faire approuver les décisions du roi. À présent le peuple s’arroge le droit de juger. Maurice Druon, Les Rois maudits, tome 1, « Le Roi de fer »
  2. Histoire Paysan, vilain, habitant d’un village sous l’Ancien Régime.
    • Manant, je vais te loger une flèche entre les côtes!..^([sic]) Willy Vandersteen, Le fantôme espagnol, 1956, réédition 2009 de Collection Bleue des éditions Standaard, Anvers, non paginée.
  3. Vocabulaire général Homme de condition inférieure.

Adjectif 1

  1. Relatif aux habitants de Beaucroissant, commune de l’Isère, en France.

Citation

L'orgueil du plus puissant potentat ne peut arracher à la religion d'autre prière que celle qu'elle offre pour le dernier manant de la cité
Chateaubriand, Génie, IV, I, 12

Origine du mot

De l’ancien français manant.

Le mot raconté

Le manant n’était pas nécessairement pauvre : il pouvait même être riche. Issu du latin manentem, celui qui demeure, le mot a d’abord nommé un résident, un homme établi, parfois aisé. Des textes médiévaux l’opposent au pauvre ou montrent un gentilhomme devenant manant et citoyen d’une ville. La stabilité du domicile, non la grossièreté, formait alors le cœur du mot.

Le statut s’est peu à peu abaissé. Manant a désigné l’habitant d’un bourg ou d’un village, puis, dans le droit féodal, le roturier soumis à une juridiction parce qu’il y était levant et couchant. Le terme s’est rapproché de vilain et de paysan, avant de quitter l’ordre social pour devenir un jugement de conduite : traiter quelqu’un de manant, c’est le dire rustre et mal élevé. Le parcours est presque renversé : du résident installé, parfois prospère, il ne reste plus que l’insulte adressée à celui qui manquerait de manières.

1873 — le Littré

MANANT s. m. (ma-nan)

1Terme d'ancienne pratique. Habitant d'un bourg ou d'un village. Les manants et habitants de telle paroisse. encore relevé aujourd’hui

  • L'orgueil du plus puissant potentat ne peut arracher à la religion d'autre prière que celle qu'elle offre pour le dernier manant de la cité — CHATEAUB., Génie, IV, I, 12

Terme d'ancien droit féodal , synonyme de vilains, roturiers, hommes de poesté, sujets de la justice féodale, à raison de ce qu'ils étaient levants et couchants dans le ressort de la juridiction justicière ; manants qui, comme les vilains, ont pris le sens péjoratif de grossier, rustre.

2 Absolument, dans le langage ordinaire, mais archaïque, un paysan. encore relevé aujourd’hui

  • Et, comme l'on fait maintenant, Battaient quelquefois le manant — SCARR., Virg. VII
  • Ésope conte qu'un manant, Charitable autant que peu sage, Un jour d'hiver se promenant à l'entour de son héritage, Aperçut un serpent sur la neige étendu — LA FONT., Fabl. VI, 13
2 autres citations
  • Un amateur de jardinage Demi bourgeois, demi manant — ID., ib. IV, 4
  • Le roi fit venir le soldat : Est-il vrai, dit-il d'un visage sévère, que vous avez volé cet homme ? Sire, dit le soldat, je ne lui ai pas fait tant de mal que Votre Majesté en a fait à son maître : vous lui avez ôté un royaume, et je n'ai pris à ce manant qu'un dindon — VOLT., Charles XII, 3

3 Aujourd'hui, par extension, homme grossier, mal élevé. C'est un manant, qui ne sait pas vivre.

  • Marton a pour amant mon cocher, qui est une espèce de manant qui n'entend pas trop raison — LE GRAND, Galant coureur, SC. 5
Historique

XIIe s.

  • Gentil fu de parage et d'avoir fu manans — Rou, ms. p. 21, dans LACURNE
  • Fuient poure, fuient manant, Fuient bourgeois et païsant — Brut. ms. f° 103, dans LACURNE
1 autre citation
  • E out truved al rei vitaille tant cum il out demured en l'ost, kar mult esteit riches e mananz — Rois, p. 195

XVe s.

  • Et trouva on bien en ladite ville de Saint-Lo manans huit mille ou neuf mille que bourgeois, que gens de metier — FROISS., I, I, 270
  • En mains perils [je] fu mainte fois manans ; Folie amay, je fis tous ses commans — E. DESCHAMPS, Erreurs de la jeunesse.
1 autre citation
  • En peu de temps il y eut une moult belle cité et noble ; car il n'y eut gentilhomme en Bretaigne qui ne se feist manant et citoyen d'icelle — Perceforest, t. I, f° 22
Étymologie

Bourguig. mainan ; provenç. manent, riche ; espagn. manente ; du lat. manentem, demeurant (voy. MANOIR). Manant a signifié celui qui demeure ; de là il avait pris le sens de domicilié, aisé, riche. Ce sens, il l'a perdu ; puis, par un mouvement inverse, manant, qui avait le sens d'habitant de la campagne, de vilain, a pris celui d'homme grossier.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Tome 3 de l’édition papier

Liens de sens

Terme générique

paysan personnage roturier

Associés

alleutier

Domaine

histoire

Prononciation

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « manant » du Wiktionnaire.

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