L'alphabet araméen et le syriaque

L’écriture araméenne dérive de l’alphabet phénicien. Attestée vers le IXᵉ siècle avant notre ère, elle garde ses 22 consonnes, son ordre, et s’écrit de droite à gauche. Elle est à l’origine de la plupart des écritures d’Asie occidentale et centrale.

Le pont entre le phénicien et l'arabe

L’araméen fait le pont entre l’alphabet phénicien et des écritures plus tardives : l’hébreu, le syriaque, le nabatéen et, par lui, l’arabe. Sous l’empire assyrien, puis surtout sous l’empire perse achéménide, il devient la langue de l’administration, de l’Égypte à l’Indus. Cette forme commune, l’« araméen impérial », se diffuse entre le VIᵉ et le IVᵉ siècle avant notre ère. Après la chute de l’empire perse, elle se fragmente en écritures régionales : les lettres restent parentes, leurs formes et leurs usages divergent.

Phénicien Araméen

  1. Hébreu carré IIIᵉ s. av. n. è. · Judée

    L’écriture hébraïque « carrée » vient de l’araméen ; elle remplace peu à peu l’ancienne écriture paléo-hébraïque.

  2. Syriaque Iᵉʳ s. · Édesse

    Le syriaque, écriture araméenne d’Édesse, devient l’écriture du christianisme oriental.

  3. Nabatéen IIᵉ s. av. n. è. · Pétra

    L’écriture nabatéenne, celle de Pétra, lie de plus en plus ses lettres entre elles.

    1. Arabe VIᵉ s. · Arabie, Syrie

      Née du nabatéen, l’écriture arabe garde l’ordre ancien des lettres dans sa numération, l’abjad.

  4. Palmyrénien Iᵉʳ s. av. n. è. · Palmyre

    L’écriture palmyrénienne est une forme régionale de l’araméen, employée à Palmyre.

  5. Pehlevi IIIᵉ s. · Iran

    Le pehlevi, écriture du moyen-perse, vient de l’araméen : il écrit même des mots araméens tels quels, qu’on lit en perse.

  6. Sogdien IVᵉ s. · Asie centrale

    Le sogdien, langue des marchands de la route de la soie, s’écrit avec une écriture issue de l’araméen.

    1. Ouïgour, mongol, mandchou VIIIᵉ–XVIᵉ s. · Asie centrale et orientale

      Du sogdien naît l’écriture vieil-ouïgoure, d’où viennent l’écriture mongole au XIIIᵉ siècle et le mandchou en 1599.

  7. Kharoshthi IIIᵉ s. av. n. è. · Gandhara

    La kharoshthi, employée au Gandhara dès le IIIᵉ siècle avant notre ère, est en général tenue pour dérivée de l’araméen.

  8. Brahmi IIIᵉ s. av. n. è. · Inde

    hypothèse discutée

    Que la brahmi, mère des écritures de l’Inde, vienne de l’araméen ou d’une autre écriture sémitique reste une hypothèse discutée.

Les 22 lettres, dans six écritures

Le tableau suit les 22 lettres dans six écritures : phénicien, araméen impérial, hébreu, syriaque, nabatéen et arabe. Il montre les parentés de forme, sans effacer ce que chaque écriture a changé.

Lu de gauche à droite : du plus ancien au plus récent. Chaque écriture, elle, se lit de droite à gauche.
Lettre Phénicien Araméen Hébreu Syriaque Nabatéen Arabe Nombre
aleph ʾ 𐤀 א alef ܐ ʾolaf ا alif 1
beth b 𐤁 ב bet ܒ beth ب bāʾ 2
guimel g 𐤂 ג guimel ܓ gomal ج ǧīm 3
daleth d 𐤃 ד dalet ܕ dolath د dāl 4
hé h 𐤄 ה hé ܗ hé ه hāʾ 5
waw w 𐤅 ו vav ܘ waw و wāw 6
zayin z 𐤆 ז zayin ܙ zayn ز zāy 7
heth ḥ 𐤇 ח het ܚ ḥeth ح ḥāʾ 8
teth ṭ 𐤈 ט tet ܛ ṭeth ط ṭāʾ 9
yod y 𐤉 י yod ܝ yudh ي yāʾ 10
kaph k 𐤊 כ kaf ܟ kof ك kāf 20
lamed l 𐤋 ל lamed ܠ lomadh ل lām 30
mem m 𐤌 מ mem ܡ mim م mīm 40
noun n 𐤍 נ noun ܢ nun ن nūn 50
samekh s 𐤎 ס samekh ܣ semkath س sīn 60
ayin ʿ 𐤏 ע ayin ܥ ʿé ع ʿayn 70
pé p 𐤐 פ pé ܦ pé ف fāʾ 80
tsadé ṣ 𐤑 צ tsadi ܨ ṣodhé ص ṣād 90
qoph q 𐤒 ק qof ܩ qof ق qāf 100
resh r 𐤓 ר resh ܪ rish ر rāʾ 200
shin š 𐤔 ש shin ܫ shin ش šīn 300
taw t 𐤕 ת tav ܬ taw ت tāʾ 400

Le syriaque

Le syriaque est l’araméen d’Édesse, dont la plus ancienne inscription datée remonte à l’an 6 de notre ère. Il devient la grande langue de culture du christianisme oriental. Il s’écrit en trois styles : l’estranguélo, le plus ancien ; le serto, occidental, celui de la tradition syriaque orthodoxe ; et l’écriture orientale, ou madnḥāyā, dite « nestorienne », celle de l’Église de l’Orient. Leur séparation suit les divisions religieuses des Vᵉ et VIᵉ siècles.

  1. ܟܬܒܐ Estranguélo
  2. ܟܬܒܐ Serto
  3. ܟܬܒܐ Oriental

Le même mot, ktobo, « le livre », dans les trois styles : la racine k-t-b est celle de l'arabe kitāb.

Les lettres syriaques se lient entre elles, comme en arabe. Les voyelles sont notées, selon les traditions, par des points ou par de petites lettres grecques. Des œuvres grecques, d’Aristote et de Galien notamment, ont été traduites en syriaque, puis du syriaque en arabe à Bagdad ; Hunayn ibn Ishaq est, au IXᵉ siècle, la figure de ce mouvement. Le garshouni, enfin, c’est de l’arabe écrit en lettres syriaques.