L'écriture devanagari

La devanagari, devanāgarī, sert notamment au hindi, au marathi, au népalais et au sanskrit. Elle s’écrit de gauche à droite. Son nom associe deva, « dieu », et nāgarī, « de la ville » ; son sens exact est discuté.

देवनागरी

  1. देद + ेde
  2. ववva
  3. नान + ाnā
  4. गगga
  5. रीर + ीrī

Une consonne, une voyelle

La devanagari est un abugida, ou alphasyllabaire : chaque consonne porte une voyelle a inhérente, ainsi क se lit ka. Les autres voyelles s’ajoutent par des signes, les mātrā, placés autour de la consonne — avant, après, au-dessus ou au-dessous : कि ki, कु ku, के ke. Le virāma ् supprime la voyelle inhérente. En début de syllabe, les voyelles ont une forme indépendante : इ i.

Voyelle seuleअआइईउऊऋएऐओऔ
Après कककाकिकीकुकूकृकेकैकोकौ
Lectureka[ə]kā[aː]ki[ɪ]kī[iː]ku[ʊ]kū[uː]kṛ[rɪ]ke[eː]kai[ɛː]ko[oː]kau[ɔː]

De la gorge aux lèvres

L’ordre de l’alphabet est phonétique : il vient de la tradition des grammairiens sanskrits de l’Antiquité. Les voyelles viennent d’abord, puis les consonnes, de la gorge aux lèvres : vélaires, palatales, rétroflexes, dentales, labiales ; dans chaque série, sourde, sourde aspirée, sonore, sonore aspirée et nasale. Viennent ensuite les semi-voyelles, les sifflantes et h. L’ordre sémitique, celui du phénicien et de notre A, B, C, est hérité tel quel : il ne suit aucune logique de ce genre.

Point d'articulationsourdesourde aspiréesonoresonore aspiréenasale
vélaires (gorge) कka[k] खkha[kʰ] गga[g] घgha[gʱ] ङṅa[ŋ]
palatales (palais) चca[tʃ] छcha[tʃʰ] जja[dʒ] झjha[dʒʱ] ञña[ɲ]
rétroflexes (langue retournée) टṭa[ʈ] ठṭha[ʈʰ] डḍa[ɖ] ढḍha[ɖʱ] णṇa[ɳ]
dentales (dents) तta[t̪] थtha[t̪ʰ] दda[d̪] धdha[d̪ʱ] नna[n]
labiales (lèvres) पpa[p] फpha[pʰ] बba[b] भbha[bʱ] मma[m]
  • semi-voyelles यya[j]रra[r]लla[l]वva[ʋ]
  • sifflantes शśa[ʃ]षṣa[ʂ]सsa[s]
  • aspirée हha[ɦ]

La ligne d'en haut

La ligne supérieure, śirorekhā, relie les lettres d’un mot. Les lettres semblent pendre à ce trait, qui donne à l’écriture son aspect continu ; un blanc la coupe entre deux mots.

Les ligatures

Deux consonnes qui se suivent sans voyelle se fondent souvent en une ligature, ou conjoint, saṃyuktākṣara : क्ष kṣa, त्र tra, ज्ञ jña. Il en existe des centaines ; les polices modernes les composent automatiquement à partir des lettres et du virāma.

  1. क्ष क + ् + ष kṣa क्षमा kṣamā, « pardon »
  2. त्र त + ् + र tra मित्र mitra, « ami »
  3. ज्ञ ज + ् + ञ jña ज्ञान jñāna, « connaissance »
  4. द्ध द + ् + ध ddha बुद्ध buddha, « éveillé »
  5. स्त स + ् + त sta नमस्ते namaste, « salut à toi »
  6. र्म र + ् + म rma कर्म karma, « acte »

Les autres signes

  • ◌् virāma supprime la voyelle a de la consonne : क् k
  • ◌ं anusvāra une nasale devant la consonne qui suit : हिंदी hindī
  • ◌ँ candrabindu nasalise la voyelle : हाँ hā̃
  • ◌ः visarga un souffle h en fin de syllabe (sanskrit) : दुःख duḥkha
  • ◌़ nuqta un point sous la lettre, pour les sons empruntés au persan et à l’anglais : ज़ za

D'où elle vient

La devanagari descend de la brahmi, attestée par les édits de l’empereur Ashoka au IIIᵉ siècle avant notre ère, par l’écriture gupta, la siddhamātṛkā et la nāgarī. Elle se fixe vers le XIᵉ siècle ; ces dates sont approximatives et les étapes se chevauchent. Le bengali, la gurmukhi, le tamoul, le thaï, le khmer et le tibétain, entre autres écritures de l’Inde, du Tibet et de l’Asie du Sud-Est, descendent aussi de la brahmi. L’origine de la brahmi reste discutée : adaptation de l’araméen ou d’une autre écriture sémitique, ou création indienne.

Deux sœurs, lettre à lettre : l'écriture bengalie et l'écriture tamoule. L'hypothèse araméenne, et les autres écritures nées de l'araméen : l'alphabet araméen.

Nos chiffres viennent de l'Inde

Les chiffres dits « arabes » employés en Europe viennent des chiffres indiens, avec le zéro et la numération de position. Ils ont circulé par le monde arabe, notamment à l’époque d’al-Khwârizmî, au IXᵉ siècle, puis en Europe, où Fibonacci les fait connaître en 1202. La devanagari a gardé ses propres chiffres, de la même famille.

  1. ०0
  2. १1
  3. २2
  4. ३3
  5. ४4
  6. ५5
  7. ६6
  8. ७7
  9. ८8
  10. ९9

Des mots français venus du sanskrit et du hindi

Plusieurs mots français viennent du sanskrit ou du hindi. Certains, comme jungle, shampooing et bungalow, sont arrivés par l’anglais de l’Inde britannique.

  • ashram sanskrit आश्रम āśrama, « ermitage »
  • avatar sanskrit अवतार avatāra, « descente (d’un dieu sur terre) »
  • bungalow hindi बंगला baṅglā, « bengali, du Bengale »
  • gourou sanskrit गुरु guru, « maître »
  • jungle hindi जंगल jaṅgal, « forêt »
  • karma sanskrit कर्म karma, « acte »
  • mantra sanskrit मन्त्र mantra, « formule »
  • nirvana sanskrit निर्वाण nirvāṇa, « extinction »
  • sanskrit sanskrit संस्कृत saṃskṛta, « achevé, raffiné »
  • shampooing hindi चाँपो cā̃po, « presse, masse ! »
  • yoga sanskrit योग yoga, « union, joug »

Tous les mots du dictionnaire venus de sanskrit et du hindi, sur la carte des origines.