L'alphabet latin

L'alphabet latin est le dernier maillon d'une longue chaîne : hiéroglyphes, alphabet phénicien, alphabet grec, puis latin. Chaque lettre a son histoire, et les écritures successives ont fixé les formes que nous lisons aujourd'hui. Il fait suite à l'alphabet phénicien et à l'alphabet grec.

  1. A a

    𐤀 Α A

  2. B bé

    𐤁 Β B

  3. C cé

    𐤂 Γ C

  4. D dé

    𐤃 Δ D

  5. E e

    𐤄 Ε E

  6. F effe

    𐤅 Ϝ F

  7. G gé

    𐤂 Γ C G

  8. H ache

    𐤇 Η H

  9. I i

    𐤉 Ι I

  10. J ji

    𐤉 Ι I J

  11. K ka

    𐤊 Κ K

  12. L elle

    𐤋 Λ L

  13. M emme

    𐤌 Μ M

  14. N enne

    𐤍 Ν N

  15. O o

    𐤏 Ο O

  16. P pé

    𐤐 Π P

  17. Q qu

    𐤒 Ϙ Q

  18. R erre

    𐤓 Ρ R

  19. S esse

    𐤔 Σ S

  20. T té

    𐤕 Τ T

  21. U u

    𐤅 Υ V U

  22. V vé

    𐤅 Υ V

  23. W double vé

    𐤅 Υ V W

  24. X ixe

    Χ X

  25. Y i grec

    𐤅 Υ Y

  26. Z zède

    𐤆 Ζ Z

Des capitales romaines à nos écrans

  1. Capitale romaine Iᵉʳ–IIᵉ s.

    La capitale romaine monumentale est gravée dans la pierre aux Iᵉʳ et IIᵉ siècles, comme sur la colonne Trajane, en 113. Les empattements naissent du ciseau ; il n'existe que des majuscules, modèle de nos capitales d'imprimerie.

  2. Onciale IVᵉ–VIIIᵉ s.

    L'onciale est l'écriture des livres chrétiens copiés à la plume du IVᵉ au VIIIᵉ siècle. Ses formes sont arrondies, certaines lettres (d, h) dépassent vers le haut ou le bas, et elle ne connaît qu'une seule casse.

  3. Minuscule caroline fin VIIIᵉ s.

    La minuscule caroline naît à la fin du VIIIᵉ siècle, avec la réforme de l'écriture menée sous Charlemagne dans les scriptoria de l'empire, à Corbie et à Tours. Lisible et régulière, elle sépare les mots : c'est l'ancêtre direct de nos minuscules.

  4. Gothique XIIᵉ–XVᵉ s.

    Du XIIᵉ au XVᵉ siècle domine l'écriture gothique, brisée et serrée (la textura), qui économise le parchemin. Gutenberg imprime à Mayence, entre 1452 et 1454, sa Bible à 42 lignes en textura, la « lettre de forme » alors réservée aux livres religieux. La famille compte aussi la rotunda, plus arrondie et répandue dans le Sud, la bâtarde, la cursive et, en Allemagne, la Schwabacher puis la Fraktur.

    Télécharger la Bible de Gutenberg (fac-similé, PDF, 921 Mo)

  5. Humanistique, puis romain XVᵉ s.

    Au XVᵉ siècle, les humanistes italiens reprennent la caroline, qu'ils croient antique. Deux Allemands, Konrad Sweynheim et Arnold Pannartz, ouvrent à Subiaco, près de Rome, la première imprimerie d'Italie (De civitate Dei, 1465) ; les caractères droits qu'ils réalisent ensuite à Rome ont donné le mot « romain ». À Venise, après les frères Jean et Wendelin de Spire, Nicolas Jenson s'installe en 1470 et crée le prototype du romain par excellence. En 1501, Alde Manuce y publie un Virgile de petit format, composé dans l'italique gravée par Francesco Griffo : la première de l'histoire de la typographie.

Page manuscrite en minuscule caroline : la Vie de saint Martin de Sulpice Sévère
La minuscule caroline sur le parchemin : Vie de saint Martin de Sulpice Sévère, manuscrit enluminé de la Bibliothèque nationale de France (domaine public, via Wikimedia Commons).

Les signes du français

En 1529, Geofroy Tory, de Bourges, publie le Champ fleury, un traité de la forme des lettres. Son troisième livre propose trois signes pour le français, qu'il nomme « point Triangulaire », « point Crochu » et « point Quarré » : ce sont notre accent aigu, notre apostrophe et notre cédille. Tory veut une langue française mise en ordre par des règles, comme le sont le grec, le latin et l'hébreu.

Paradoxe : le Champ fleury est imprimé sans aucun de ces signes, car les caractères n'existaient pas encore dans la casse. Tory n'était que libraire en avril 1529 ; il aurait pu en faire graver, mais ne l'a manifestement pas fait. La cédille n'est pas de son invention : les imprimeurs de Toulouse l'employaient dès 1488, pour l'espagnol.

Selon l'historien de la typographie Yves Perrousseaux, la quatrième édition de L'Adolescence clémentine de Clément Marot, imprimée par Tory en juin 1533, montre pour la première fois en typographie française le c cédille et l'apostrophe. Le c cédille est bricolé : une virgule placée après le c, faute de caractère. L'apostrophe est mal placée : « q'uil » pour « qu'il ».

L'usage s'installe ensuite. Dans la réédition du Champ fleury de 1549, à Paris, l'apostrophe, le ç, le à préposition et le é final sont d'emploi courant. Le Pantagruel de Rabelais (Lyon, 1533) porte déjà des apostrophes, des trémas, des accents circonflexes et aigus, et quelques accents graves ; le Gargantua, dont l'édition princeps date de 1535, de même.

Ces signes ne sont pas de même nature. L'accent aigu et la cédille sont des signes diacritiques : ajoutés à une lettre, ils précisent sa prononciation ou distinguent deux mots de même son, comme du et dû, mur et mûr. L'apostrophe n'en est pas un : elle marque l'élision, c'est-à-dire la suppression d'une lettre, généralement un e.

Les lettres arrivées en route

Six lettres ont une histoire à part : G, J, U, W, Y et Z. Elles ont été créées, détachées d'une autre lettre ou reprises, de l'Antiquité à l'époque moderne.

  1. G

    IIIᵉ siècle av. J.-C.

    Le G est une création romaine du IIIᵉ siècle av. J.-C. : un trait ajouté au C pour distinguer [g] de [k]. Plutarque l'attribue à Spurius Carvilius Ruga. La nouvelle lettre prend le 7ᵉ rang, la place laissée libre par le Z. Par le C, elle remonte au guimel phénicien.

  2. J

    XVIᵉ siècle

    Le J n'est d'abord qu'une variante graphique du I : un i allongé. L'humaniste Pierre de La Ramée l'en distingue au XVIᵉ siècle, d'où le nom de « lettres ramistes ». Le Dictionnaire de l'Académie française sépare les deux lettres dans son édition de 1762.

  3. U

    XVIᵉ siècle

    En latin, U et V ne forment qu'une seule lettre : V en capitale, u en minuscule. Pierre de La Ramée les distingue au XVIᵉ siècle, et l'Académie française les sépare en 1762. Le U a donc la même origine que le V : l'upsilon grec.

  4. W

    Moyen Âge

    Le W naît au Moyen Âge, en doublant le V (ou le u) pour noter le son [w] des langues germaniques. Longtemps tenu pour étranger au français, il reste réservé aux mots empruntés, comme wagon ou week-end.

  5. Y

    Iᵉʳ siècle av. J.-C.

    Le Y est emprunté à l'upsilon grec au Iᵉʳ siècle av. J.-C. pour écrire les mots grecs : une addition tardive, d'où son nom français, « i grec ». Le V vient de la même lettre, mais il était entré bien plus tôt, par l'étrusque.

  6. Z

    Iᵉʳ siècle av. J.-C.

    Le Z vient du zêta grec. Présent dans l'alphabet latin archaïque, il est abandonné vers le IIIᵉ siècle av. J.-C., puis repris au Iᵉʳ siècle av. J.-C. pour les mots grecs. Il prend alors place à la fin de l'alphabet, où il se trouve encore.

Télécharger le Dictionnaire de l'Académie françoise de 1762, qui sépare J de I et U de V : tome 1, A–K (PDF, 123 Mo) · tome 2, L–Z (PDF, 92 Mo)

L'alphabet radio : A comme Alfa

À la radio ou au téléphone, des lettres comme B et D se ressemblent. Pour épeler un mot sans se tromper, on donne à chaque lettre un mot de code : A comme Alfa, B comme Bravo.

L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a envoyé cette table à ses États membres en 1955. Elle est appliquée dans l'aviation civile internationale depuis le 1er mars 1956, et les conférences de Genève de 1959 ont abouti à un accord sur l'emploi d'une table d'épellation officielle. On l'appelle aussi « alphabet phonétique de l'OTAN » ou « alphabet radio ».

Alfa et Juliett s'écrivent ainsi volontairement, pour que chacun puisse les prononcer. La prononciation du tableau est celle de la notice de 1955, figurée en anglais : la syllabe appuyée est en gras.

La dernière colonne donne le code Morse de chaque lettre. Pour l'entendre sur de vrais messages de la Grande Guerre : Messages en morse.

Alphabet radiotéléphonique international, lettres A à M : lettre, mot de code, prononciation de la notice et code Morse
LettreMot de codePrononciation de la noticeMorse
AAlfa al fah ·−
BBravo brah voh −···
CCharlie char lee (ou shar lee) −·−·
DDelta dell tah −··
EEcho eck oh ·
FFoxtrot foks trot ··−·
GGolf golf −−·
HHotel hoh tell ····
IIndia in dee ah ··
JJuliett jew lee ett ·−−−
KKilo key loh −·−
LLima lee mah ·−··
MMike mike −−
Alphabet radiotéléphonique international, lettres N à Z : lettre, mot de code, prononciation de la notice et code Morse
LettreMot de codePrononciation de la noticeMorse
NNovember no vem ber −·
OOscar oss cah −−−
PPapa pah pah ·−−·
QQuebec keh beck −−·−
RRomeo row me oh ·−·
SSierra see air rah ···
TTango tang go −
UUniform you nee form (ou oo nee form) ··−
VVictor vik tah ···−
WWhiskey wiss key ·−−
XX-ray ecks ray −··−
YYankee yang key −·−−
ZZulu zoo loo −−··
Notice de l'OACI de 1955 : trois colonnes donnant, pour chaque lettre de A à Z, le mot de code et sa prononciation, la syllabe accentuée soulignée
La notice « The Radiotelephony Spelling Alphabet » envoyée par l'OACI à ses États membres en 1955 (OACI, via Wikimedia Commons ; domaine public selon Commons).

Les chiffres romains

À l'origine, les signes numériques romains ne sont pas des lettres : ils viennent des encoches de comptage gravées sur les bâtons de berger et les tailles, un système que les Romains partageaient avec les Étrusques. Avec le temps, ces signes ont été rapprochés de lettres de l'alphabet, qui ont fini par prendre leur place.

  1. I 1

    Une encoche simple, la plus ancienne marque de comptage.

  2. V 5

    La moitié supérieure du X, selon l'explication la plus courante ; une autre hypothèse y voit une main ouverte.

  3. X 10

    Une encoche barrée : on marquait ainsi chaque dixième entaille.

  4. L 50

    Un ancien signe en forme de flèche ou de psi (Ψ, puis ⊥), aplati au fil du temps jusqu'à devenir un L.

  5. C 100

    Un ancien signe distinct, rapproché après coup du C de « centum » (cent).

  6. D 500

    La moitié droite du signe de mille, IↃ, devenue D.

  7. M 1 000

    À l'origine ↀ (ou CIↃ, ou Φ), rapproché ensuite du M de « mille ». Le M ne s'impose qu'à la fin de l'Antiquité et au Moyen Âge.

MMXXVI = 1 000 + 1 000 + 10 + 10 + 5 + 1 = 2026

La notation est d'abord additive : on additionne les signes du plus grand au plus petit, ainsi XVII vaut 17. La notation soustractive (IV, IX, XL) existe dans l'Antiquité mais reste rare, IIII et VIIII étant courants ; IV ne se généralise qu'au Moyen Âge, et les cadrans d'horloge gardent souvent IIII. Un trait horizontal au-dessus d'un chiffre le multiplie par mille : V̄ vaut 5 000. Le système ne connaît ni zéro ni valeur de position ; les calculs se faisaient à l'abaque, et les chiffres servaient à noter le résultat.

En français, les chiffres romains numérotent encore les siècles (XXIᵉ siècle), les souverains (Louis XIV), les tomes, les chapitres et les actes de théâtre. On les lit aussi sur les cadrans.