L'alphabet cyrillique
L’alphabet cyrillique est né de la rencontre du grec et des langues slaves. Il s’est ensuite transformé selon les pays, les réformes et les usages : une écriture qui voyage ne reste pas identique.
En 863, deux frères de Thessalonique, Constantin, devenu Cyrille, et Méthode, sont envoyés par Byzance en Grande-Moravie. Ils créent le glagolitique pour écrire le vieux-slave, langue de la liturgie. À la fin du IXᵉ siècle, le cyrillique apparaît dans le Premier Empire bulgare, probablement à l’école de Preslav, sous le tsar Siméon ; on cite aussi Clément d’Ohrid. Il reprend l’onciale grecque et porte le nom de Cyrille, qui ne l’a vraisemblablement pas créé.
Pour chaque lettre : sa prononciation, son origine (liseré jaune : prise au glagolitique ; pointillé : ajoutée ou recomposée), son nom ancien, sa valeur dans la numération ancienne, et les langues qui l'emploient — ru russe, uk ukrainien, be biélorusse, bg bulgare, sr serbe, mk macédonien.
-
А а
[a]
азъ az, « je »
ru uk be bg sr mk
-
Б б
[b]
боукꙑ bouky, « lettres »
ru uk be bg sr mk
Forme nouvelle, tirée du bêta pour noter [b] : le bêta grec se prononçait déjà [v], d’où В. Б n’a pas de valeur numérique.
-
В в
[v]
вѣдѣ vědě, « savoir »
ru uk be bg sr mk
-
Г г
[g]
глаголи glagoli, « parle »
ru uk be bg sr mk
En ukrainien et en biélorusse, Г se prononce [ɦ], un h sonore.
-
Ґ ґ
[g]
Г modifié
ru uk be bg sr mk
Г surmonté d’un crochet, pour le [g] que Г ne note plus en ukrainien.
-
Д д
[d]
добро dobro, « bien »
ru uk be bg sr mk
-
Ђ ђ
[dʑ]
Ћ modifié
ru uk be bg sr mk
-
Ѓ ѓ
[ɟ]
Г modifié
ru uk be bg sr mk
-
Е е
[je]
єстъ jestŭ, « est »
ru uk be bg sr mk
-
Є є
[je]
Е modifié
ru uk be bg sr mk
Reprend l’ancien « e large » du vieux-slave.
-
Ё ё
[jo]
Е modifié
ru uk be bg sr mk
En russe, les deux points sont le plus souvent omis.
-
Ж ж
[ʐ]
Ⰶ glagolitique
живѣтє živěte, « vivez »
ru uk be bg sr mk
-
З з
[z]
землꙗ zemlja, « terre »
ru uk be bg sr mk
-
Ѕ ѕ
[dz]
Ⰷ glagolitique
ѕѣло dzělo, « très »
ru uk be bg sr mk
Lettre vieux-slave, abandonnée puis reprise par le macédonien en 1944. Elle tient la place du nombre 6, celle du stigma grec.
-
И и
[i]
иже iže, « qui »
ru uk be bg sr mk
Vient de l’êta, prononcé [i] en grec byzantin. En ukrainien, И note [ɪ].
-
І і
[i]
и i
ru uk be bg sr mk
Supprimé du russe en 1918.
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Ї ї
[ji]
І modifié
ru uk be bg sr mk
-
Й й
[j]
И modifié
ru uk be bg sr mk
« И bref » : И surmonté d’une brève.
-
Ј ј
[j]
emprunt : J latin
ru uk be bg sr mk
-
К к
[k]
како kako, « comme »
ru uk be bg sr mk
-
Ќ ќ
[c]
К modifié
ru uk be bg sr mk
-
Л л
[l]
людиѥ ljudije, « gens »
ru uk be bg sr mk
-
Љ љ
[ʎ]
ligature Л + Ь
ru uk be bg sr mk
-
М м
[m]
мꙑслитє myslite, « pensez »
ru uk be bg sr mk
-
Н н
[n]
нашь našĭ, « notre »
ru uk be bg sr mk
-
Њ њ
[ɲ]
ligature Н + Ь
ru uk be bg sr mk
-
О о
[o]
онъ onŭ, « lui »
ru uk be bg sr mk
-
П п
[p]
покои pokoi, « repos »
ru uk be bg sr mk
-
Р р
[r]
рьци rĭci, « dis »
ru uk be bg sr mk
-
С с
[s]
слово slovo, « parole »
ru uk be bg sr mk
Reprend le sigma « lunaire » de l’onciale grecque, en forme de C.
-
Т т
[t]
тврьдо tvrĭdo, « fermement »
ru uk be bg sr mk
-
Ћ ћ
[tɕ]
Ꙉ (djerv) modifié
ru uk be bg sr mk
Reprend une ancienne lettre serbe, le djerv.
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У у
[u]
оукъ oukŭ, « enseignement »
ru uk be bg sr mk
Simplification de la ligature ОУ (omicron + upsilon), qui notait [u] en grec.
-
Ў ў
[w]
У modifié
ru uk be bg sr mk
« У bref », un [u] qui ne forme pas syllabe.
-
Ф ф
[f]
фрьтъ frĭtŭ
ru uk be bg sr mk
-
Х х
[x]
хѣръ xěrŭ
ru uk be bg sr mk
-
Ц ц
[ts]
Ⱌ glagolitique
ци ci
ru uk be bg sr mk
-
Ч ч
[tɕ]
Ⱍ glagolitique
чрьвь črĭvĭ, « ver »
ru uk be bg sr mk
-
Џ џ
[dʒ]
emprunt : cyrillique roumain
ru uk be bg sr mk
-
Ш ш
[ʂ]
Ⱎ glagolitique
ша ša
ru uk be bg sr mk
-
Щ щ
[ɕː]
ligature Ш + Т
шта šta
ru uk be bg sr mk
Se prononce [ʃt] en bulgare, [ʃtʃ] en ukrainien.
-
Ъ ъ
[—]
Ⱏ glagolitique
ѥръ jerŭ
ru uk be bg sr mk
Jadis une voyelle très brève. En russe, « signe dur », sans son propre ; en bulgare, la voyelle [ɤ].
-
Ы ы
[ɨ]
ligature Ъ + І
ѥры jery
ru uk be bg sr mk
-
Ь ь
[ʲ]
Ⱐ glagolitique
ѥрь jerĭ
ru uk be bg sr mk
« Signe mou » : il mouille la consonne qui précède.
-
Э э
[e]
Є retourné modifié
ru uk be bg sr mk
-
Ю ю
[ju]
ligature І + ОУ
ю ju
ru uk be bg sr mk
-
Я я
[ja]
Ѧ (petit yus) modifié
ru uk be bg sr mk
Forme fixée par l’écriture civile de Pierre le Grand, d’après le petit yus et la ligature ІА.
Ce que le grec n'avait pas : les lettres glagolitiques
Le cyrillique garde les lettres grecques utiles et emprunte au glagolitique des signes pour les sons que le grec n’a pas : ж, ц, ч, ш, ъ, ь, ѣ. Le glagolitique est une création originale ; l’origine de certaines de ses formes reste discutée.
- ⰆЖ
- ⰇЅ
- ⰜЦ
- ⰝЧ
- ⰞШ
- ⰟЪ
- ⰠЬ
- ⰡѢ
- ⰨѪ
- ⰤѦ
Az, bouky : l'azbouka
Les lettres portaient des noms : азъ (az, « je »), puis боукꙑ (bouky, « lettres »), etc. Des deux premiers vient azbouka, le mot russe pour « alphabet », comme « alphabet » vient d’alpha et bêta.
Trois réformes russes
Entre 1708 et 1710, Pierre le Grand impose en Russie l’écriture civile, aux formes proches des caractères latins d’imprimerie ; ksi, psi et oméga disparaissent de l’usage civil. En 1783, la princesse Dachkova propose la lettre ё, popularisée ensuite par Karamzine ; son emploi reste facultatif en russe. La réforme orthographique de 1918 supprime ѣ, і, ѳ, ѵ et le ъ en fin de mot.
Six alphabets slaves
Chaque langue adapte l’alphabet à ses sons. En 1818, Vouk Karadžić réforme le serbe selon le principe « écris comme tu parles » : une lettre par son. Il crée ou adopte љ, њ, џ, ђ (inventé par Loukijan Moušicki) et ћ, et emprunte ј au latin. En bulgare, le grand yus ѫ disparaît en 1945 ; le macédonien, codifié en 1944-1945, emploie ѓ, ќ et ѕ. L’ukrainien a ґ, є, і et ї ; le biélorusse, ў.
| Russe 33 lettres | АБВГДЕЁЖЗИЙКЛМНОПРСТУФХЦЧШЩЪЫЬЭЮЯ |
|---|---|
| Ukrainien 33 lettres | АБВГҐДЕЄЖЗИІЇЙКЛМНОПРСТУФХЦЧШЩЬЮЯ |
| Biélorusse 32 lettres | АБВГДЕЁЖЗІЙКЛМНОПРСТУЎФХЦЧШЫЬЭЮЯ |
| Bulgare 30 lettres | АБВГДЕЖЗИЙКЛМНОПРСТУФХЦЧШЩЪЬЮЯ |
| Serbe 30 lettres | АБВГДЂЕЖЗИЈКЛЉМНЊОПРСТЋУФХЦЧЏШ |
| Macédonien 31 lettres | АБВГДЃЕЖЗЅИЈКЌЛЉМНЊОПРСТУФХЦЧЏШ |
Au-delà des langues slaves
Au XXᵉ siècle, l’URSS impose le cyrillique à de nombreuses langues non slaves, dont le kazakh, l’ouzbek et le tatar ; la Mongolie l’adopte dans les années 1940. Depuis 1991, l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan sont passés à l’alphabet latin, qu’ils avaient déjà employé dans les années 1920-1930 ; le Kazakhstan est en transition. La Serbie emploie à la fois le cyrillique et le latin. En 2007, avec l’entrée de la Bulgarie, le cyrillique devient la troisième écriture officielle de l’Union européenne.
Les lettres disparues
Neuf lettres anciennes sont sorties de l’usage. Six venaient du grec et servaient surtout aux mots savants et aux nombres ; trois venaient du glagolitique et notaient des sons que les langues ont perdus.
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Ѳ ѳ
fita
Fin : russe, 1918
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Ѯ ѯ
ksi
Fin : écriture civile, 1708
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Ѱ ѱ
psi
Fin : écriture civile, 1708
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Ѡ ѡ
oméga
Fin : écriture civile, 1708
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Ѵ ѵ
ijitsa
Fin : russe, 1918
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Ҁ ҁ
koppa
Fin : nombre seulement, remplacé tôt par Ч
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Ѣ ѣ
yat
Ⱑ glagolitique
Fin : russe, 1918 ; bulgare, 1945
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Ѫ ѫ
grand yus
Ⱘ glagolitique
Fin : bulgare, 1945
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Ѧ ѧ
petit yus
Ⱔ glagolitique
Fin : devenu Я