L'alphabet arménien
Créé vers 405 par un moine, l’alphabet arménien est resté l’écriture de la langue arménienne jusqu’à aujourd’hui. Ses 36 lettres d’origine n’ont presque pas changé en seize siècles.
Vers 405, le moine Mesrop Machtots crée l’alphabet arménien avec l’appui du roi Vramchapouh et du catholicos Sahak. Il s’agit de traduire la Bible et les textes liturgiques en arménien : jusque-là, la langue s’écrivait avec les alphabets grec, syriaque ou perse. Son disciple Korioun a raconté cette création dans la Vie de Machtots. Le Matenadaran d’Erevan conserve aujourd’hui des milliers de manuscrits arméniens ; à Artachavan, un monument rassemble depuis 2005 les lettres de l’alphabet, pour ses 1 600 ans.
Pour chaque lettre : son nom, sa translittération, sa prononciation en arménien oriental (et en occidental quand elle diffère), sa valeur numérique.
-
Ա ա
ayb U+0531
a [ɑ]
-
Բ բ
ben U+0532
b [b] · occ. [pʰ]
-
Գ գ
gim U+0533
g [ɡ] · occ. [kʰ]
-
Դ դ
da U+0534
d [d] · occ. [tʰ]
-
Ե ե
ečʿ U+0535
e [ɛ]
-
Զ զ
za U+0536
z [z]
-
Է է
ē U+0537
ē [ɛ]
-
Ը ը
ətʿ U+0538
ə [ə]
-
Թ թ
tʿo U+0539
tʿ [tʰ]
-
Ժ ժ
žē U+053A
ž [ʒ]
-
Ի ի
ini U+053B
i [i]
-
Լ լ
liwn U+053C
l [l]
-
Խ խ
xē U+053D
x [χ]
-
Ծ ծ
ca U+053E
c [ts] · occ. [dz]
-
Կ կ
ken U+053F
k [k] · occ. [ɡ]
-
Հ հ
ho U+0540
h [h]
-
Ձ ձ
ja U+0541
j [dz] · occ. [tsʰ]
-
Ղ ղ
łat U+0542
ł [ʁ]
-
Ճ ճ
čē U+0543
č [tʃ] · occ. [dʒ]
-
Մ մ
men U+0544
m [m]
-
Յ յ
yi U+0545
y [j]
-
Ն ն
nu U+0546
n [n]
-
Շ շ
ša U+0547
š [ʃ]
-
Ո ո
vo U+0548
o [ɔ]
-
Չ չ
čʿa U+0549
čʿ [tʃʰ]
-
Պ պ
pē U+054A
p [p] · occ. [b]
-
Ջ ջ
ǰē U+054B
ǰ [dʒ] · occ. [tʃʰ]
-
Ռ ռ
ṙa U+054C
ṙ [r]
-
Ս ս
sē U+054D
s [s]
-
Վ վ
vew U+054E
v [v]
-
Տ տ
tiwn U+054F
t [t] · occ. [d]
-
Ր ր
rē U+0550
r [ɾ]
-
Ց ց
cʿo U+0551
cʿ [tsʰ]
-
Ւ ւ
yiwn U+0552
w [v]
-
Փ փ
pʿiwr U+0553
pʿ [pʰ]
-
Ք ք
kʿē U+0554
kʿ [kʰ]
-
Օ օ
ō U+0555
ō [o]
-
Ֆ ֆ
fē U+0556
f [f]
L'ordre grec, et des lettres en plus
L’ordre des lettres reprend celui de l’alphabet grec lorsqu’un équivalent grec existe ; les lettres des sons propres à l’arménien y sont insérées. Le modèle des formes reste discuté : le grec est généralement retenu, avec des hypothèses araméenne ou pehlevi, ou celle d’une création largement originale. Chaque lettre a une valeur numérique : les 36 lettres d’origine couvrent les unités, les dizaines, les centaines et les milliers, de 1 à 9 000.
Հայաստան Hayastan, « l’Arménie » : Հ h · ա a · յ y · ա a · ս s · տ t · ա a · ն n
Deux lettres de plus, et une ligature
Au Moyen Âge, vers les XIIᵉ–XIIIᵉ siècles, deux lettres s’ajoutent : Օ ō et Ֆ f, ce qui porte l’alphabet à 38 lettres. Une ligature, և ew, s’emploie aussi, notamment pour le mot « et ».
- Օօō · ō
- Ֆֆfē · f
- ևե + ւ
Deux façons de lire
L’arménien oriental est parlé en Arménie et en Iran ; l’arménien occidental est celui de la diaspora issue de l’Empire ottoman. En occidental, plusieurs paires de consonnes sont inversées : բ se lit p, et պ se lit b. La réforme orthographique soviétique, menée de 1922 à 1940, ne concerne que l’arménien oriental ; l’occidental conserve l’orthographe classique.
- բ or. [b] · occ. [pʰ]
- գ or. [ɡ] · occ. [kʰ]
- դ or. [d] · occ. [tʰ]
- ծ or. [ts] · occ. [dz]
- կ or. [k] · occ. [ɡ]
- ձ or. [dz] · occ. [tsʰ]
- ճ or. [tʃ] · occ. [dʒ]
- պ or. [p] · occ. [b]
- ջ or. [dʒ] · occ. [tʃʰ]
- տ or. [t] · occ. [d]
Lettres de fer, minuscule, cursive
L’erkatʿagir, « lettres de fer », est l’écriture ancienne, en capitales, celle des inscriptions et des premiers manuscrits. Viennent ensuite le bolorgir, une minuscule, puis le notrgir, une écriture cursive. L’imprimerie arménienne, dès le XVIᵉ siècle, combine capitales et minuscules comme le latin.
Une ponctuation à part
Le point arménien ։ ressemble à un deux-points. Le point d’interrogation ՞ ne se met pas en fin de phrase : il se place sur la voyelle accentuée du mot interrogé.