L’écriture cunéiforme
L’écriture cunéiforme est la plus ancienne écriture connue. Son invention est attribuée aux Sumériens, entre 3400 et 3300 avant notre ère, en Mésopotamie du Sud, dans le sud de l’Irak actuel. Elle a servi plus de trois millénaires ; le dernier document datable avec certitude est un almanach astronomique de l’an 75 de notre ère.
Une naissance en Mésopotamie du Sud
À l’époque d’Uruk IV, vers 3400-3200 avant notre ère, près de 640 signes sont repérés, dont 51 marques numérales. À Uruk III, vers 3200-3000, le répertoire connu compte environ 580 signes hors numéraux. Ces deux répertoires sont incomplets.
Des coins, un calame, des mots et des syllabes
Le mot cunéiforme vient du latin cuneus, « coin, clou ». Les signes assemblent des traits horizontaux, verticaux, obliques ou triangulaires, imprimés dans l’argile fraîche avec un calame de roseau. Une extrémité est cylindrique, l’autre taillée en biseau. Selon Jean-Jacques Glassner, la difficulté de tracer des courbes dans l’argile explique ce passage à des segments. Un signe peut noter un mot ou une syllabe ; il peut aussi être un déterminatif, utile à la lecture sans être prononcé. L’écriture a noté une dizaine de langues, de la Méditerranée au plateau iranien : hittite, vieux perse, akkadien, éblaïte, amorrite, sumérien, élamite et hourrite.
À lire aussi : cunéiforme, calame, scribe et tablette.
Six signes pour comprendre
Six signes parmi plusieurs centaines. Leurs formes sont celles d’une police moderne, Noto Sans Cuneiform, non celles des tablettes d’Uruk.
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𒀭
CUNEIFORM SIGN AN U+1202D
Le même signe que DINGIR, dieu ; devant un nom divin, déterminatif non prononcé.
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𒁾
CUNEIFORM SIGN DUB U+1207E
Note le mot sumérien dub, « tablette ».
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𒆳
CUNEIFORM SIGN KUR U+121B3
Montagne.
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𒂍
CUNEIFORM SIGN E2 U+1208D
Au moins trois mots : é, maison ; líl, esprit ou souffle ; kid, natte.
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𒃲
CUNEIFORM SIGN GAL U+120F2
Grand.
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𒈗
CUNEIFORM SIGN LUGAL U+12217
Roi ; signe complexe formé de GAL et de LÚ.
Le cunéiforme alphabétique d’Ougarit
À Ougarit, sur la côte syrienne près de Lattaquié, les fouilles commencées en 1929 ont livré des tablettes cunéiformes. Environ la moitié emploie une écriture de trente signes ; l’autre est en akkadien, avec le système mésopotamien de cinq à six cents signes. En 1931, Hans Bauer, Édouard Dhorme et Charles Virolleaud y reconnaissent un alphabet pour l’ougaritique, langue sémitique de l’Ouest, sans disposer de tablette bilingue. Les scribes y ont créé des signes cunéiformes simples. La ville disparaît au début du XIIᵉ siècle avant notre ère, lors de l’invasion des Peuples de la mer, et l’alphabet avec elle.
Le phénicien est une autre écriture alphabétique : voir l’alphabet phénicien.
| Lettre | Nom Unicode | Point de code |
|---|---|---|
| 𐎀 | UGARITIC LETTER ALPA | U+10380 |
| 𐎁 | UGARITIC LETTER BETA | U+10381 |
| 𐎂 | UGARITIC LETTER GAMLA | U+10382 |
| 𐎃 | UGARITIC LETTER KHA | U+10383 |
| 𐎄 | UGARITIC LETTER DELTA | U+10384 |
| 𐎅 | UGARITIC LETTER HO | U+10385 |
| 𐎆 | UGARITIC LETTER WO | U+10386 |
| 𐎇 | UGARITIC LETTER ZETA | U+10387 |
| 𐎈 | UGARITIC LETTER HOTA | U+10388 |
| 𐎉 | UGARITIC LETTER TET | U+10389 |
| 𐎊 | UGARITIC LETTER YOD | U+1038A |
| 𐎋 | UGARITIC LETTER KAF | U+1038B |
| 𐎌 | UGARITIC LETTER SHIN | U+1038C |
| 𐎍 | UGARITIC LETTER LAMDA | U+1038D |
| 𐎎 | UGARITIC LETTER MEM | U+1038E |
| 𐎏 | UGARITIC LETTER DHAL | U+1038F |
| 𐎐 | UGARITIC LETTER NUN | U+10390 |
| 𐎑 | UGARITIC LETTER ZU | U+10391 |
| 𐎒 | UGARITIC LETTER SAMKA | U+10392 |
| 𐎓 | UGARITIC LETTER AIN | U+10393 |
| 𐎔 | UGARITIC LETTER PU | U+10394 |
| 𐎕 | UGARITIC LETTER SADE | U+10395 |
| 𐎖 | UGARITIC LETTER QOPA | U+10396 |
| 𐎗 | UGARITIC LETTER RASHA | U+10397 |
| 𐎘 | UGARITIC LETTER THANNA | U+10398 |
| 𐎙 | UGARITIC LETTER GHAIN | U+10399 |
| 𐎚 | UGARITIC LETTER TO | U+1039A |
| 𐎛 | UGARITIC LETTER I | U+1039B |
| 𐎜 | UGARITIC LETTER U | U+1039C |
| 𐎝 | UGARITIC LETTER SSU | U+1039D |
Déchiffrement
Des inscriptions dites persépolitaines présentent trois colonnes dans trois écritures différentes. En 1802, à Göttingen, Georg Friedrich Grotefend aborde la première, qui compte une quarantaine de signes. Il y cherche des noms propres et suppose que ces courtes inscriptions donnent le nom, le titre et la filiation d’un roi achéménide. Il circonscrit trois ou quatre noms et maîtrise une dizaine de signes : la langue est le vieux perse.
Rask, Münter, Silvestre de Sacy, Rich, Hincks, Norris, Talbot, Oppert et Rawlinson poursuivent ce travail. À Béhistoun, en Iran, une inscription ordonnée par Darius est gravée à cent mètres de hauteur ; sa seule première écriture dépasse quatre cents lignes et fournit de nombreux noms propres.
En 1857, la Royal Asiatic Society de Londres met le déchiffrement à l’épreuve. Elle remet en copie une grande tablette intacte, d’environ huit cents lignes, trouvée à une centaine de kilomètres au sud de Ninive, à Rawlinson, Hincks, Talbot et Oppert. Chacun travaille sans communiquer avec les autres. Après quelques mois, les quatre traductions sont pratiquement identiques. Ce test ne porte pas sur l’inscription de Béhistoun.