L'alphabet géorgien
L’alphabet géorgien sert à écrire le géorgien, langue kartvélienne, sans parenté connue avec les langues indo-européennes, sémitiques ou turques qui l’entourent. Sa forme courante, le mkhedruli, se reconnaît à ses lettres arrondies, qui montent et descendent autour de la ligne.
Trois écritures pour une langue
Trois écritures se sont succédé pour une même langue. L’asomtavruli, « lettres capitales », est la plus ancienne : elle apparaît dans des inscriptions du Vᵉ siècle, à l’église de Bolnissi (493-494) et à Bir el-Qutt, en Palestine. Le nuskhuri, une minuscule d’Église, est attesté dès le IXᵉ siècle. Le mkhedruli, « écriture des cavaliers », se répand à partir des Xᵉ-XIᵉ siècles ; c’est aujourd’hui la seule écriture courante. L’asomtavruli et le nuskhuri forment ensemble le khutsuri, l’écriture « des prêtres », que l’Église emploie encore.
- ႱႠႵႠႰႧႥႤႪႭ Asomtavruli · Vᵉ siècle
- ⴑⴀⴕⴀⴐⴇⴅⴄⴊⴍ Nuskhuri · IXᵉ siècle
- საქართველო Mkhedruli · Xᵉ siècle, aujourd’hui
- ᲡᲐᲥᲐᲠᲗᲕᲔᲚᲝ Mtavruli · capitales, titres
Le même mot, sakartvelo, « la Géorgie », dans les quatre formes.
Les lettres, dans l'ordre ancien
Le mkhedruli moderne compte 33 lettres. Cinq lettres anciennes sont sorties de l’usage au XIXᵉ siècle, avec la réforme menée par Ilia Tchavtchavadzé dans les années 1860-1870. L’usage courant ne distingue pas majuscules et minuscules. Le mtavruli, forme capitale tirée du mkhedruli, sert aux titres et aux sigles ; il est entré dans Unicode en 2018.
Pour chaque lettre : le mkhedruli en grand, puis l'asomtavruli, le nuskhuri et le mtavruli ; son nom, sa translittération, sa prononciation, sa valeur numérique. En pointillé, les cinq lettres sorties de l'usage.
-
ა
ႠⴀᲐ
ani U+10D0
a [ɑ]
-
ბ
ႡⴁᲑ
bani U+10D1
b [b]
-
გ
ႢⴂᲒ
gani U+10D2
g [ɡ]
-
დ
ႣⴃᲓ
doni U+10D3
d [d]
-
ე
ႤⴄᲔ
eni U+10D4
e [ɛ]
-
ვ
ႥⴅᲕ
vini U+10D5
v [v]
-
ზ
ႦⴆᲖ
zeni U+10D6
z [z]
-
ჱ
ჁⴡᲱ
he U+10F1
ē [ej]
-
თ
ႧⴇᲗ
tani U+10D7
t [tʰ]
-
ი
ႨⴈᲘ
ini U+10D8
i [i]
-
კ
ႩⴉᲙ
k’ani U+10D9
k’ [kʼ]
-
ლ
ႪⴊᲚ
lasi U+10DA
l [l]
-
მ
ႫⴋᲛ
mani U+10DB
m [m]
-
ნ
ႬⴌᲜ
nari U+10DC
n [n]
-
ჲ
ჂⴢᲲ
hie U+10F2
y [j]
-
ო
ႭⴍᲝ
oni U+10DD
o [ɔ]
-
პ
ႮⴎᲞ
p’ari U+10DE
p’ [pʼ]
-
ჟ
ႯⴏᲟ
zhani U+10DF
zh [ʒ]
-
რ
ႰⴐᲠ
rae U+10E0
r [r]
-
ს
ႱⴑᲡ
sani U+10E1
s [s]
-
ტ
ႲⴒᲢ
t’ari U+10E2
t’ [tʼ]
-
ჳ
ჃⴣᲳ
vie U+10F3
w [wi]
-
უ
ႳⴓᲣ
uni U+10E3
u [u]
-
ფ
ႴⴔᲤ
pari U+10E4
p [pʰ]
-
ქ
ႵⴕᲥ
kani U+10E5
k [kʰ]
-
ღ
ႶⴖᲦ
ghani U+10E6
gh [ɣ]
-
ყ
ႷⴗᲧ
q’ari U+10E7
q’ [qʼ]
-
შ
ႸⴘᲨ
shini U+10E8
sh [ʃ]
-
ჩ
ႹⴙᲩ
chini U+10E9
ch [tʃʰ]
-
ც
ႺⴚᲪ
tsani U+10EA
ts [tsʰ]
-
ძ
ႻⴛᲫ
dzili U+10EB
dz [dz]
-
წ
ႼⴜᲬ
ts’ili U+10EC
ts’ [tsʼ]
-
ჭ
ႽⴝᲭ
ch’ari U+10ED
ch’ [tʃʼ]
-
ხ
ႾⴞᲮ
khani U+10EE
kh [x]
-
ჴ
ჄⴤᲴ
qari U+10F4
q [q]
-
ჯ
ႿⴟᲯ
jani U+10EF
j [dʒ]
-
ჰ
ჀⴠᲰ
hae U+10F0
h [h]
-
ჵ
ჅⴥᲵ
hoe U+10F5
ō [oː]
Éjectives et groupes de consonnes
Le géorgien a des consonnes éjectives, notées kʼ, pʼ, tʼ, qʼ, tsʼ et chʼ, prononcées avec un coup de glotte. La langue admet aussi de longs groupes de consonnes : გვფრცქვნი, gvprtskvni, « tu nous épluches », aligne huit lettres consonnes avant sa voyelle finale.
გვფრცქვნი gvprtskvni, « tu nous épluches »
D'où il vient
L’origine de l’alphabet est discutée. La tradition géorgienne l’attribue au roi Pharnavaz, au IIIᵉ siècle avant notre ère, sans preuve ; la tradition arménienne l’attribue à Mesrop Machtots, au Vᵉ siècle, ce que contestent les Géorgiens. Ce qui est établi : l’ordre des lettres suit celui de l’alphabet grec, et les plus anciens textes connus datent du Vᵉ siècle.
Les lettres de l’ordre ancien ont chacune une valeur numérique, dans l’ordre grec, de 1 à 10 000. Seule უ, née d’une ligature de ო et ჳ, n’en a pas.
En 2016, la « culture vivante des trois écritures de l’alphabet géorgien » a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.