Histoire des mathématiques Ouvrage
De la mesure du cercle
Ouvrage domaine publictraité d'Archimède sur l'aire et la circonférence d'un cercle
- domaine
- Grèce classique
Son histoire
De la mesure du cercle ne compte que trois propositions. Ce court texte d'Archimède de Syracuse, mathématicien et ingénieur, est le fragment d'une œuvre plus longue. Sa date précise reste inconnue.
Le savant place une figure aux bords droits à l'intérieur du cercle et une autre à l'extérieur. En doublant le nombre de leurs côtés jusqu'à 96, il obtient deux valeurs entre lesquelles se trouve pi. Ces opérations se font sans notre écriture des nombres ni nos formules avec des lettres. La plus grande de ces valeurs, 22/7, reste célèbre. Un passage intrigue : deux fractions approchent la racine carrée de 3, sans qu'il explique comment il les a trouvées. On en discute au moins depuis Thomas Fantet de Lagny, en 1723.
Vers 530, Eutocius d'Ascalon reprend le traité dans un commentaire rédigé à Alexandrie. Il détaille les calculs, jusqu'à poser en chiffres grecs la multiplication de 2911 par 2911.
En 1647, Oughtred adopte la lettre appelée pi, initiale du mot grec qu'Archimède employait pour « périmètre ». William Jones l'utilise en 1706 pour le rapport entre le tour du cercle et son diamètre. Au XVIIIe siècle, Euler répand l'usage de cette notation.
En 1899, un universitaire grec signale à Constantinople un manuscrit dont le texte mathématique a été gratté et recouvert de prières. Le Danois Heiberg l'examine en 1906 et y reconnaît sept œuvres d'Archimède. De la mesure du cercle s'y trouve dans une copie très incomplète.
Sources : J. Baudet, Histoire des mathématiques (2014) ; J.-P. Escofier, Petite histoire des mathématiques (2016) ; J.-P. Delahaye, Le fascinant nombre π ; P. Eymard et J.-P. Lafon, Autour du nombre π ; Wikipédia, articles « De la mesure du cercle », « Palimpseste d'Archimède » et « Measurement of a Circle ».
Énoncé
Pour comprendre
Démonstration originale d’Archimède (De la mesure du cercle, Propositions 1 et 3)
Archimède ne mesure pas le cercle directement. Il le compare à un triangle rectangle bien choisi, puis il écarte par l’absurde toute autre possibilité que l’égalité.
Soit un cercle ABCD, et K un triangle rectangle dont un côté de l’angle droit vaut le rayon du cercle, et l’autre sa circonférence.
- Si le cercle était plus grand que K, on inscrirait un carré, puis on couperait ses arcs en deux, encore et encore, jusqu’à ce que l’écart entre le cercle et le polygone inscrit devienne plus petit que l’excès du cercle sur K : le polygone aurait alors une aire plus grande que K.
- Or l’apothème ON de ce polygone est plus court que le rayon, et son périmètre est plus court que la circonférence.
- L’aire d’un polygone régulier vaut la moitié du produit de son périmètre par son apothème ; elle est donc plus petite que K.
- Cela contredit ce qu’on venait d’obtenir : le cercle n’est pas plus grand que K.
- Si le cercle était plus petit que K, on circonscrirait de même un polygone, en retranchant chaque fois plus de la moitié de l’espace resté entre le cercle et lui, jusqu’à ce que son aire devienne plus petite que K.
- Mais la perpendiculaire tirée du centre sur un côté de ce polygone vaut exactement le rayon, et son périmètre est plus grand que la circonférence.
- L’aire du polygone est donc plus grande que K, ce qui contredit à nouveau l’hypothèse : le cercle n’est pas plus petit que K.
N’étant ni plus grand ni plus petit que K, le cercle lui est égal. En langage moderne :
Dans la Proposition 3, Archimède encadre le rapport de la circonférence au diamètre. Il trace la tangente au cercle en A et y place un point C tel que l’angle AOC, au centre, vaille le tiers d’un angle droit ; puis il coupe cet angle en deux quatre fois de suite, passant de l’hexagone aux polygones de 12, 24, 48 puis 96 côtés, circonscrits d’une part, inscrits de l’autre. Heath signale que le détail des calculs intermédiaires revient surtout au commentateur Eutocius, Archimède se contentant le plus souvent de donner les résultats.
- Il emploie deux valeurs approchées de √3 sans les justifier : 265/153 par défaut, 1351/780 par excès.
- Pour le polygone circonscrit de 96 côtés, le diamètre est au périmètre dans un rapport plus grand que 4673 1/2 à 14688 ; la circonférence, plus courte que ce périmètre, vaut donc moins de 3 1/7 diamètres.
- Pour le polygone inscrit de 96 côtés, le périmètre est au diamètre dans un rapport plus grand que 6336 à 2017 1/4 ; la circonférence, plus longue que ce périmètre, vaut donc plus de 3 10/71 diamètres.
Le rapport de la circonférence au diamètre est ainsi encadré entre deux fractions. En langage moderne : \(3{,}1408 < \pi < 3{,}1429\).
Source : Archimède, De la mesure du cercle, propositions 1 et 3, d’après la traduction anglaise de T. L. Heath, The Works of Archimedes (1897).
Objet et contenu
De la mesure du cercle cherche à établir avec rigueur des relations entre le diamètre, la circonférence et l’aire du cercle. Le traité ne suppose pas connue une valeur exacte de \(\pi\) : il encadre cette grandeur au moyen de figures inscrites et circonscrites.
La méthode consiste à remplacer le cercle par des polygones dont les périmètres et les aires peuvent être comparés. Cette approche permet de raisonner par approximation contrôlée, sans abandonner les exigences de la démonstration géométrique.
Apport scientifique
Le traité est un exemple célèbre de calcul géométrique fondé sur des bornes. Il montre comment obtenir un résultat fiable en resserrant progressivement l’écart entre deux estimations.
Son importance dépasse l’étude du cercle. Il annonce une manière de traiter les grandeurs continues par des approximations de plus en plus précises, méthode qui aura une longue postérité dans l’histoire de l’analyse et dans le calcul des aires.
Repères historiques
- rédigé entre -265 et -211
- attribué à Archimède
Conditions d'application
- L'encadrement repose sur des polygones réguliers de 96 côtés, inscrit et circonscrit au cercle ; les racines carrées calculées à chaque étape doivent être arrondies dans le sens qui conserve l'encadrement, sinon les bornes cessent d'être sûres.
- L'intervalle obtenu, entre \(3\tfrac{10}{71}\) et \(3\tfrac17\), a une largeur de \(1/497\), soit environ 0,002 ; davantage de côtés le resserreraient.
Cas d’usage
- Astronomie : dans l'Arénaire, Archimède réutilise son encadrement du rapport entre circonférence et diamètre pour borner la taille du Soleil, à l'aide d'un polygone de mille côtés inscrit dans un cercle de rayon Soleil-Terre.
- Formation des ingénieurs : au XVIIIe siècle, les écoles d'ingénieurs reprennent telles quelles les valeurs approchées établies par Archimède, comme 22/7, pour les calculs pratiques.
- Calculer davantage de décimales : au XVe siècle, al-Kashi reprend la méthode des polygones du traité et la pousse beaucoup plus loin pour obtenir de nouvelles décimales de \(\pi\).
- Témoin des techniques de calcul : les commentaires anciens du traité détaillent ses multiplications en numération grecque, et comptent parmi les rares sources directes sur la manière de calculer dans l'Antiquité tardive.
Dates
- redaction
- du vivant d'Archimède (285–211 av. J.-C.)
Liens
- a été composé par
Sources
- Rédaction Synapx INTERNE
- Wikidata CC0-1.0