âpre

nature
adj
diction
[apʁ] · 1 syllabe
attesté
1101
usage
9 par million de mots

Sens et définitions

Adjectif 5

  1. Qui, par sa rudesse ou son âcreté, produit une sensation désagréable aux organes du toucher, de l’ouïe ou du goût.
    • Un vent froid et rude, ce vent qui avait glacé sa jeunesse, traversait la fosse grillée et cadenassée des vautours; une bise plus âpre et plus douloureuse encore soufflait dans la cage des colombes. Victor Hugo, Les Misérables, II, 8, 9, 1862
  2. Qui a des aspérités, des inégalités rudes et incommodes.
    • Grâce aux mille et mille charretées de terre employées à la butte de cent cinquante pieds de haut et d’un demi-mille de circuit, le plateau de Mont-Saint-Jean est aujourd’hui accessible en pente douce ; le jour de la bataille, surtout du côté de la Haie-Sainte, il était d’un abord âpre et abrupt. Victor Hugo, Les Misérables, II, 1, 6, 1862
  3. figuré Qui est sévère, dur, violent.
    • La laïcité est engagée dans une lutte âpre et décisive contre le cléricalisme. L’État se bat contre l'Église. Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958
  4. Qui se porte avec trop d’ardeur ou d’avidité, à quelque chose.
    • Nous blâmons l’Église quand elle est saturée d’intrigue, nous méprisons le spirituel âpre au temporel ; mais nous honorons partout l’homme pensif. Victor Hugo, Les Misérables, II, 7, 8, 1862
1 emploi spécialisé
  1. Industrie vinicole Qualifie un vin dont l'astringence est excessive et relativement désagréable, rendant le vin rugueux et dur.

Citation

Et je garde, au milieu de tant d'âpres rigueurs, Mes larmes aux vaincus et ma haine aux vainqueurs
Pierre Corneille, Hor. I, 1

Origine du mot

Du latin asper (« rocailleux »), par l’intermédiaire de l’italien aspro.

Dans le dictionnaire latin : asper

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Le mot raconté

Âpre a d’abord la rudesse des épines, des rochers et d’un jugement sévère. Le mot est attesté au XIIe siècle et remonte au latin asper, transmis par l’italien aspro. Dès les premiers emplois, la sensation matérielle et la dureté morale vont de pair : ce qui pique ou résiste devient aussi ce qui blesse, contraint ou éprouve.

Cette double vie s’est amplifiée. On peut parler d’une vie austère, d’une guerre âpre, d’un soleil trop violent, d’un courroux difficile à apaiser, puis d’une ardeur excessive à acquérir. Le terme passe donc du relief et du goût à l’affrontement et à l’avidité, sans rompre avec son noyau sensible. Même lorsqu’il qualifie une personne, âpre conserve l’idée d’une prise rugueuse, peu conciliante.

Sources : Wiktionnaire — âpre (CC BY-SA 4.0)

1873 — le Littré

ÂPRE adj. (â-pr')

1 Qui cause une impression désagréable, soit sur le goût, soit sur l'ouïe, soit sur le toucher, par la rudesse de son action ou par les inégalités de surface. Un fruit âpre. Un corps âpre au toucher. Un chemin âpre et difficile. Une voix rude et âpre. encore relevé aujourd’hui

Poétiquement.

  • Ses yeux creux pleins d'un feu âpre et farouche — FÉN., Tél. III

2Fig. Sévère, dur, violent. encore relevé aujourd’hui

  • âpre vertu — CORN., Hor. II, 3
  • âpre jalousie — ID., Sertor. I, 1
8 autres citations
  • Et je garde, au milieu de tant d'âpres rigueurs, Mes larmes aux vaincus et ma haine aux vainqueurs — ID., Hor. I, 1
  • L'âpre déplaisir — ID., Pomp. IV, 1
  • Aux plus âpres tourments un chrétien est en butte — ID., Poly. I, 1
  • Qu'un si charmant abus serait à préférer à l'âpre vérité qui vient de m'éclairer — ID., Héracl. III, 1
  • Et cet âpre courroux, quoi qu'elle en puisse dire, Ne s'obstinera point au refus d'un empire — RAC., Alex. III, 3
  • [L'hymen] y joint [à l'amour], dit Climène, une âpre jalousie — LA FONT., Filles de Min.
  • La haine devenait plus âpre — BOSSUET, Hist. I, 10
  • Leur âpre austérité que rien ne peut gagner, N'est dans ces cœurs hautains que la soif de régner — VOLT., Brut. I, 4

3 Difficile.

  • Quelques grandes difficultés qu'il y ait à se placer à la cour, il est encore plus difficile et plus âpre de se rendre digne d'y être placé — LA BRUY., 8

4 Cupide, avide. Homme âpre. âpre au gain.

  • Les curés les plus durs, les plus âpres à exiger leurs droits, sont ceux qui vivent d'une manière plus sordide et plus indécente — MASS., Disc. Syn. Avarice.

On dit d'un chien : Il est âpre à la curée, c'est-à-dire, il est avide, vorace. Fig. Il se dit aussi d'un homme avide d'argent et de places.

On dit qu'un faucon est âpre à la proie, quand il se sert vigoureusement du bec et des ongles.

Historique

XIIe s.

  • Ne feras mès pechié qui te soit aspre — Li coronements Looys, V. 395
  • Or ne leroie, por nul home que saiche, Ne por paien, tant soit ne fier ne aspre.... — ib. V. 402
4 autres citations
  • [Espines] poignans et aspres qui ne peuvent florir — Ronc. p. 155
  • Un plus aspre juïse [jugement] par temps vous eslirons — ib. p. 199
  • Jà de plus aspre mort nel pouvez justicier — ib. p. 200
  • Car veez cum li peres chastie sun enfant Par mult dulce parole e par aspre e mordant, E mainte feiz le bat de la verge trenchant — Th. le mart. 78

XIIIe s.

  • Se il dient que en cesti cloistre l'en peut mener aspre vie pour l'ame sauver — JOINV., 288

XIVe s.

  • Car il sont d'assalir si aspre et si engrant, Qu'il ne doubtent la mort un denier valissant — Baud. de Seb. IV, 231

XVe s.

  • Et que en leur partie ils fissent bonne guerre et aspre aux Anglois — FROISS., II, II, 13
  • [Les] autres jours se faisoit la guerre tant aspre qu'il estoit possible — COMM., I, 11
1 autre citation
  • Celluy qui leur est voisin, s'il est fort et aspre, ilz le laissent vivre ; mais s'il est foible, il ne sçait où se mettre — ID., V, 18

XVIe s.

  • L'aspre condemnation du peuple romain contre les soldats.... — MONT., I, 55
  • Quelle affection peult estre plus aspre et plus juste, que celle des amis de Pompeius [assistant à sa mort] ? — ID., I, 63
8 autres citations
  • Le soleil estant extremement aspre — ID., II, 193
  • Voilà, ce me semble, qu'on devroit respondre à ces gens qui sont si aspres au sang — LANOUE, 84
  • Qui estoient plus aspres à ceste curée qu'un chiquanaux à gripper — ID., 141
  • Des rochers forts aspres à monter — AMYOT, Cam. 44
  • Et estimoit on qu'il deviendroit si aspre en son courroux qu'il seroit bien malaisé de l'appaiser — ID., Fab. 21
  • À la fin il devint un peu trop aspre et trop ardent à acquerir — ID., Caton, 45
  • La guerre sourdit forte et aspre de tous costez à Demetrius — ID., Démétr. 61
  • Un feu aspre — PARÉ, XXVI, 4
Étymologie

Asper ; provenç. aspre ; espagn. aspero ; ital. aspro.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « âpre » du Wiktionnaire.

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