borgne

nature
adj
diction
[bɔʁɲ] · 1 syllabe
usage
5 par million de mots

Sens et définitions

Adjectif 10

  1. Qualifie une maison, un appartement sombre et obscur.
    • Une ruelle borgne, peu sûre, pas éclairée et pas pavée. Barbusse, Le Feu, 1916
  2. péjoratif Qualifie un établissement qui est mal famé ou de mauvaise apparence.
    • Peu à peu, il agrandit son établissement, lui adjoignit un hôtel borgne où de savantes « passes » lui assurèrent de larges profits. Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930
  3. Qualifie un compte qui n’est pas juste.
  4. Qualifie un trou qui ne traverse pas son substrat, qui ne présente qu'un seul orifice.
    • Un percement borgne, un tunnel borgne.
  5. Qualifie un objet percé de cette manière.
5 emplois spécialisés
  1. Médecine Qui ne voit que d’un œil, à qui il manque un œil.
    • D'abord, Yasmina pleura, parce que Mohammed était borgne et très laid et parce que c'était si subit et si imprévu, ce mariage. Isabelle Eberhardt, Yasmina, 1902
  2. Jardinage Légume, généralement un chou, dont le bourgeon, figurant un œil, a disparu.
    • Lors d’une attaque de cécidomyie, le bourgeon terminal est détruit, d’ou le nom de chou borgne. Jean-Paul Thorez et Christian Boué, Le Guide Terre vivante du potager bio, Terre vivante, 2013, ISBN 978-2-360-98089-5
  3. Marine Qualifie une ancre qui n’a qu’une patte qui est mouillée sans avoir de bouée.
  4. Architecture Qualifie une fenêtre disposée de façon qu’elle éclaire le dedans d’une pièce sans permettre de voir au-dehors → voir aveugle.
    • Tout à l'heure, en traversant une petite ville, à je ne sais quelle fenêtre borgne, dans une rue triste et terne, j'ai vu un corsage de velours noir se pencher à demi. Hippolyte Taine, Voyage en Italie, vol.2, 1866
  5. Production légumière Se dit d'un plant de chou attaqué par les larves de la cécidomyie : Contarinia nasturtii, ou d'une salade, privée de son bourgeon terminal, ce qui l'empêche de pommer. absent du Littré

Nom 1

1 emploi spécialisé
  1. Médecine Personne qui ne voit que d’un œil, à qui il manque un œil.
    • C’est Quasimodo, le bossu de Notre-Dame ! Quasimodo le borgne ! Quasimodo le bancal ! Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831

Citation

Où toujours le héros passe pour sans pareil, Et, fût-il louche ou borgne, est réputé soleil
Nicolas Boileau, Ép. IX

Origine du mot

Bourguig. bane ; wallon, boigne ; catal. borni ; ital. bornio ; limousin, borli. Diez remarque que le sens propre de ce mot est celui de louche, comme on le voit dans le génevois bornicle, celui qui est louche, dans le Jura bournicler, loucher ; ce qui le rapproche de l'espagnol bornear, courber, tordre. L'origine est inconnue ; il se pourrait qu'elle fût celtique ; du moins il y a en bas-breton born, borgne ; mais ce mot, ne se trouvant pas dans les autres langues celtiques, est suspect d'avoir été emprunté au français, au lieu de lui avoir donné naissance. — Littré, 1873

1873 — le Littré

BORGNE adj. (bor-gn')

1 À qui il manque un œil, détruit ou devenu incapable de voir. Homme, femme, cheval borgne. encore relevé aujourd’hui

  • Où toujours le héros passe pour sans pareil, Et, fût-il louche ou borgne, est réputé soleil — BOILEAU, Ép. IX

Fig. Changer son cheval borgne contre un aveugle, changer une position médiocre pour une pire.

Jaser comme un pie borgne, babiller, parler sans cesse.

2Fig. Chétif, sans apparence.

  • La maréchale d'Humières se retira dans une maison borgne, au dehors des Carmélites du faubourg Saint-Jacques — SAINT-SIMON, 23, 14

Un cabaret borgne, cabaret mal famé ou de mauvaise apparence.

Un compte borgne, compte dont les articles ne sont pas clairs.

Un conte borgne, un conte ridicule, sans vraisemblance.

Chou borgne, chou privé de bourgeon terminal, ce qui l'empêche de pommer.

Téton borgne, téton qui n'a pas de mamelon.

  • Je m'aperçus qu'elle avait un téton borgne — J. J. ROUSS., Confess. 2e part. liv. VII, 1743-1744

Terme militaire. Grenade borgne ou aveugle, celle qui s'allume en tombant.

Fenêtre borgne se disait, dans l'ancienne jurisprudence, d'une fenêtre qui donnait du jour, sans donner aucune vue.

Terme de marine. Ancre borgne, ancre qui n'a qu'une patte ou qui est mouillée sans bouée.

Terme de chirurgie. Fistule borgne, fistule qui n'a qu'une ouverture au dehors sans en avoir dans l'intérieur.

3 Substantivement, personne borgne. Un vilain borgne.

Nom vulgaire de l'orvet, reptile saurien apode qui passe à tort pour venimeux.

Nom vulgaire de la mésange charbonnière.

Historique

XIIe s.

  • Si me disoient par reproche : borgne, borgne.... — Liber psalm. p. 184

XIIIe s.

  • Un hume borgne unt encontré, Qui le dextre oill avoit perdu — MARIE DE FRANCE, Fable 71

XIVe s.

  • Mais ce qui plus va mon mal empirant, C'est ce que bien à mon borgne œil parçoy, Qu'à court de roy chascuns y est pour soy — MACHAULT, p. 90

XVIe s.

  • Entre les capitaines anciens, les plus belliqueux, et qui ont fait de plus grandes choses par astuce et ruze de guerre inventée de bon esprit, ont esté borgnes comme Philippus, Antigonus, Hannibal et Sertorius — AMYOT, Sertor. 1
  • Une borgne aime un garçon qui en rien De bonne grace et de beauté ne cede, Tant il est beau, au troyen Ganimède — BAIF, dans MÉNAGE
1 autre citation
  • Borgne est roy entre aveugles — H. EST., Précell. 180
Étymologie

Bourguig. bane ; wallon, boigne ; catal. borni ; ital. bornio ; limousin, borli. Diez remarque que le sens propre de ce mot est celui de louche, comme on le voit dans le génevois bornicle, celui qui est louche, dans le Jura bournicler, loucher ; ce qui le rapproche de l'espagnol bornear, courber, tordre. L'origine est inconnue ; il se pourrait qu'elle fût celtique ; du moins il y a en bas-breton born, borgne ; mais ce mot, ne se trouvant pas dans les autres langues celtiques, est suspect d'avoir été emprunté au français, au lieu de lui avoir donné naissance.

Supplément au dictionnaire

BORGNE. - HIST. XIIe s. Ajoutez :

  • D'andous les ielz boirnes esteit, Mes point ne li mesaveneit — BENOIT, Roman de Troie, V. 5311

XIIIe s.

  • Il est moult pale et louche et borgne des deus ieuz — Miracles st. Loys, p. 145

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « borgne » du Wiktionnaire.

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