gibet

nature
nom masculin
diction
[ʒibɛ] · 2 syllabes
usage
2 par million de mots

Sens et définitions

Nom 2

  1. Potence où l’on exécute ceux qui sont condamnés à être pendus.
    • […] à droite, un gibet suspendu qui demande aux passants l’aumône comme un manchot. Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842
1 emploi spécialisé
  1. Histoire Fourches patibulaires où l’on exposait les corps de ceux qui avaient été pendus.
    • […] je commençai à distinguer l’extrémité supérieure du gibet, composé de ses trois piliers et de cette double traverse de chêne dont j’ai déjà parlé. C’est à ces traverses de chêne que pendent les croix de fer auxquelles on attache les suppliciés. Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes

Citation

Lors bien peu s'en fallut, sans plus longtemps attendre, Que de rage au gibet je ne m'allasse pendre
Mathurin Régnier, Sat. VIII

Origine du mot

Du moyen français gibet, de l’ancien français gibet (« bâton, casse-tête »), diminutif de gibe (« massue »), de l’ancien bas vieux-francique *gibb (« bâton fourchu »). Voir l’anglais gib (« bâton recourbé ») et le bavarois Gippel (« branche fourchue »).

1873 — le Littré

GIBET s. m. (ji-bè ; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire ; au pluriel, l's se lie : des ji-bè-z odieux ; gibets rime avec traits, succès, paix, etc.)

1 Instrument de supplice pour la pendaison.

  • Lors bien peu s'en fallut, sans plus longtemps attendre, Que de rage au gibet je ne m'allasse pendre — RÉGNIER, Sat. VIII
  • Le valet est un scélérat qui sera par Géronte envoyé au gibet avant qu'il soit demain — MOL., Scap. III, 3

2 Fourches patibulaires où l'on exposait les corps des suppliciés. encore relevé aujourd’hui

  • La populace traîna le corps de l'amiral [Coligni] par les rues, et le pendit par les pieds avec une chaîne de fer au gibet de Montfaucon — VOLT., Henr. II, note.
  • Le cadavre embaumé [de Cromwell], que Charles II fit exhumer depuis et porter au gibet, fut enterré dans le tombeau des rois — ID., Mœurs, 181
1 autre citation
  • On ne voyait que des gibets aux environs de son château [de Louis XI] ; c'était à ces affreuses marques qu'on reconnaissait les lieux habités par un roi — DUCLOS, Hist. Louis XI, Œuv. t. III, p. 358, dans POUGENS

3 Gibet, se dit aussi de la croix. Le gibet auquel Jésus fut attaché. non relevé aujourd’hui

Proverbes

Le gibet ne perd pas ses droits, se dit d'un scélérat qui a échappé une fois de la potence, mais qui finira par y trouver sa juste punition.

Le gibet n'est fait que pour les malheureux, se dit pour exprimer que les gens riches et puissants échappent à la punition méritée.

Synonyme

GIBET, POTENCE. Au sens d'instrument de supplice, gibet et potence sont tout à fait synonymes.

Historique

XIIIe s.

  • Et fu pendus à un gibet tout nuef, et à un caignon tout nuef, que la corde ne rompist — Ch. de Rains, 173
  • Car s'il est mal acquis, tout le leur convient rendre, S'il ne vuelent leur ames au gibet d'enfer pendre — J. DE MEUNG, Test. 330

XIVe s.

  • Jeune president, jeune mire [médecin] Font plein gibet, plein cimetire — P. PARIS, Mss. français, t. VI, p. 258
  • Haro ! ce dit Girart, fort gibet convenroit ; Je suis si grans et gros ; comment m'en soustenroit ? — Girart de Ross. V. 659
2 autres citations
  • Estre pendu au gibet de fust ou de pierre — Ménagier, I, 3
  • Les charpentiers et charrons de Baugency sont tenus de faire à lor cous et despens, par baillant de quoy, les portes et le juybet de la ville — DU CANGE, justitia.

XVIe s.

  • Que le siege d'un juge ne soit pas un gibet desja dressé — CALVIN, Instit. 1200
  • Les gens du Vivarès appellent ces paquets-là [raisins empaquetés en feuilles de figuier], supplications et gibets ; et à Paris, où quelques fois les marchands y en apportent, virecots — O. DE SERRES, 242
4 autres citations
  • Le repentir vient trop tard au gibbet — COTGRAVE
  • Les beaux hommes au gibbet — ID.
  • Il est plus malheureux que le bois dont on fait le gibbet — ID.
  • Un qu'en menoit au gibet disoit que ce ne feust pas par telle rue, car il y avoit dangier qu'un marchand luy feist mettre la main sur le collet à cause d'un vieux debte — MONT., I, 296
Étymologie

Ital. giubbetto, giubbette (le plus ancien exemple est de Dante). D'après Diez, la forme italienne montre que le mot vient de giubba, jupe, de sorte que le giubbetto signifie la petite jaquette, devenue le gibet par une plaisanterie métaphorique ; dans le français l'u se serait changé en i, comme dans ginisse ou génisse, du latin junīcem. Cela est possible, plus pourtant pour la forme que pour le sens. En tout cas, cette étymologie reste fort douteuse, les intermédiaires manquant. On remarquera, au XIVe siècle, la forme juybet, qui se rapproche de la forme italienne. Pourtant il n'est pas probable qu'un mot qui se trouve dès la Philippéide sous la forme de gibetum, vienne de l'italien giubbetto. En cet état de la question, il est permis de conjecturer. Or, on trouve, dans de très anciens textes, gibet avec le sens d'une espèce d'arme ; dans d'autres, il signifie un petit engin à lancer des pierres. Ce gibet est le diminutif de gibe ou gibbe, bâton ferré en usage dans la campagne, serpe. Il semble aussi que le vieux verbe giber, remuer les pieds, les mains, appartient au même radical. Peut-on penser que le sens attaché à gibe, gibet a passé au gibet patibulaire, qui est essentiellement un bâton, une fourche ?

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « gibet » du Wiktionnaire.

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