grimoire
- nature
- nom masculin
- diction
- [ɡʁimwaʁ] · 2 syllabes
- usage
- moins de 1 par million de mots
Sens et définitions
Nom 2
-
Livre de magie à l’aide duquel les magiciens prétendaient évoquer les démons, opérer des prodiges, etc.
- Cependant le soudard étala diaboliquement sur la table, à la lueur du suif, un grimoire où vint s’ébattre une mouche grillée. Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842
-
familier Écrit obscur et écriture difficile à lire.
- Il s’en était toujours tenu à cette idée que les Allemands étaient des individus stupides et gras, qui fumaient dans des pipes en porcelaine, passaient leur vie sur des grimoires, et se nourrissaient de viande de cheval, de choucroute et en général de toute sorte d’aliments indigestes. H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 131 de l’édition de 1921
Citation
Ne soupçonnes-tu point qu'agité du démon Ainsi que ce cousin des quatre fils Aimon Dont tu lis quelquefois la merveilleuse histoire, Je rumine en marchant quelque endroit du grimoire ?
Origine du mot
Diez pense que ce mot vient de l'anc. h. allem. grîma, spectre. Mais la forme ancienne du mot, qui est gramaire, gramare, ne le rapproche pas de grîma. Génin y voit une variété du mot grammaire, la grammaire ayant été prise pour un livre de science occulte dans lequel on lisait pour évoquer le diable. Scheler y trouve un radical grimer, signifiant griffonner ; mais, comme pour grîma, le thème est gramare et non grimoire ; grimoire n'apparaît qu'au XVIe siècle, ayant passé par gramoire. En conséquence, il vaut mieux suivre la forme et tirer gramare du bas-latin gramma, lettre ; de lettre, on peut passer au sens de grimoire. Gramma est le grec γράμμα, de γράφειν, écrire ; et gramare représenterait grammarium. L'anc. anglais a dit glamour, tiré du français. — Littré, 1873
Le mot raconté
Le grimoire est né près de la grammaire. Au XIIIe siècle, sa forme ancienne, gramaire, peut encore désigner ce que l’on lit pour conjurer ; au XIVe, elle est déjà liée au diable. Ce n’est qu’au XVIe siècle que la forme grimoire est relevée. Les explications proposées ont hésité, mais la filiation par les lettres et la grammaire rend compte du passage d’un savoir écrit à un livre de secrets.
Le mot s’est fixé pour un livre de magie dont les praticiens prétendent appeler les démons ou accomplir des prodiges. Puis il a quitté les puissances occultes pour désigner, dans la conversation, une écriture illisible ou un discours obscur. L’insaisissable n’est alors plus surnaturel : il tient aux signes eux-mêmes. Un texte que l’on ne parvient pas à déchiffrer devient un grimoire parce qu’il semble garder son sens derrière une science réservée.
Sources : Wiktionnaire — grimoire (CC BY-SA 4.0)
1873 — le Littré
GRIMOIRE s. m. (gri-moi-r')
1 Livre des sorciers pour évoquer les démons, etc. encore relevé aujourd’hui
- Ne soupçonnes-tu point qu'agité du démon Ainsi que ce cousin des quatre fils Aimon Dont tu lis quelquefois la merveilleuse histoire, Je rumine en marchant quelque endroit du grimoire ? — BOILEAU, Ép. X
- Il y eut des livres où les mystères des sorciers étaient écrits ; j'en ai vu un à la tête duquel on avait dessiné assez mal un bouc et une femme à genoux derrière lui ; on appelait ces livres grimoires en France, et ailleurs l'alphabet du diable — VOLT., Dict. phil. Bouc.
1 autre citation
- Au peuple en butte à nos larcins, Tout grimoire En peut faire accroire — BÉRANG., Bohémiens.
Fig. Savoir le grimoire, entendre le grimoire, être habile dans les choses dont on se mêle.
2Fig. et familièrement. Discours obscur, écriture difficile à lire. encore relevé aujourd’hui
- Et que c'est, mon ami, un grimoire et des mots, Dont tous les courtisans endorment les plus sots — RÉGNIER, Sat. IV
- Sans tant de contredits et d'interlocutoires Et de fatras et de grimoires, Travaillons, les frelons et nous — LA FONT., Fabl. I, 21
2 autres citations
- Je lui répondis [au duc d'Orléans] que je n'avais aucune aptitude pour les finances, que c'était un détail devenu science et grimoire qui me passait — SAINT-SIMON, 395, 116
- Soit que d'un vieux papier timbré Il débrouille le long grimoire — VOLT., Lett. en vers et en prose, 42
Remarque
Il a été féminin :
- Mais je trouve en ma grimoire Que la foire Jamais ne le quittera, — Gausserie par le sieur de Sygognes, 1634, dans FR. MICHEL, Argot
Historique
XIIIe s.
- J'irai en l'abeïe à nostre abé parler ; Si ferai le gramaire et lire et conjurer — Hist. litt. de la France, t. XXII, p. 695
XIVe s.
- Et li bastart s'escrie : vez me chi, biaus amis ; Lut avés de gramare ; je sui li anemis [le diable] — Baud. de Seb. XX, p. 242
XVe s.
- Je l'os bien lire le grammaire ; Alons à ly ; il nous appelle — Mystères inédits du XVe s. JUBINAL, t. I, p. 69
- Se fist traiter en homme de sçavoir, Leur promettant à leur faire asçavoir Chouses cachées, chouses hors de memoire Qui excedent et logicque et grammoyre — P. FAIFEU, XIX.
XVIe s.
- Je pense que ce sont des mots de la grimoire — DES ACCORDS, Bigarr. equivoques francais.
Étymologie
Diez pense que ce mot vient de l'anc. h. allem. grîma, spectre. Mais la forme ancienne du mot, qui est gramaire, gramare, ne le rapproche pas de grîma. Génin y voit une variété du mot grammaire, la grammaire ayant été prise pour un livre de science occulte dans lequel on lisait pour évoquer le diable. Scheler y trouve un radical grimer, signifiant griffonner ; mais, comme pour grîma, le thème est gramare et non grimoire ; grimoire n'apparaît qu'au XVIe siècle, ayant passé par gramoire. En conséquence, il vaut mieux suivre la forme et tirer gramare du bas-latin gramma, lettre ; de lettre, on peut passer au sens de grimoire. Gramma est le grec γράμμα, de γράφειν, écrire ; et gramare représenterait grammarium. L'anc. anglais a dit glamour, tiré du français.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Tome 2 de l’édition papier
Liens de sens
Associés
Prononciation
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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