très

nature
adv
diction
[tʁɛ] · 1 syllabe
attesté
1080
usage
2711 par million de mots

Sens et définitions

Adverbe 1

  1. Beaucoup, au plus haut point (devant un adjectif ou un adverbe).
    • Lorsque dans une armée le besoin de récompenses se fait très vivement sentir, on peut affirmer que sa valeur est en baisse. Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap. VII, La Morale des producteurs, 1908, page 359

Citation

Il est très informé des questions du temps, et il sait parfaitement le secret des jésuites
Blaise Pascal, Prov. II

Origine du mot

Du moyen français trés, de l’ancien français trés, du latin trans (« au delà de », « de part en part », « complètement ») ; d’où son emploi moderne comme adverbe superlatif.

Dans le dictionnaire latin : trans

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

TRÈS adj. (trê ; l's se lie : trê-z heureux)

1 Particule qui marque le superlatif absolu, et qui se joint à un adjectif, à un participe et à un adverbe ; on unit ces deux mots par un trait d'union ; du moins c'est l'usage du Dictionnaire de l'Académie. Une campagne très agréable. Il est très estimé et très aimé. Cela lui arrive très rarement. encore relevé aujourd’hui

  • Il est très informé des questions du temps, et il sait parfaitement le secret des jésuites — PASC., Prov. II

2 Très se met devant une locution adverbiale ; alors le trait d'union ne s'emploie pas.

  • Quand je parle de labourer la terre, je parle très à la lettre : je me sers du nouveau semoir.... — VOLT., d'Argental, 19 déc. 1758
  • Mon ouvrage, qui avait été écrit à Gênes, très à la hâte — GALIANI, Lett. à Mme d'Épinay, 28 avril 1770
2 autres citations
  • Ce qui restera doit être donné à mon ambassadeur, qui m'a avancé cet argent ; mais, comme il est très en état d'attendre... — ID., ib. 18 sept. 1769
  • .... sur l'état de l'industrie et de l'agriculture en France, qu'il dit être très en souffrance — GUDIN, Rapport au sénat, Monit. univ. 21 mars 1868, p. 423, 1re col.

3 On a contesté s'il pouvait se mettre devant un substantif. Cela est peu usité ; mais l'usage de bons auteurs y autorise.

  • Il ne laisse pas de se fier à celui-ci, comme à un très homme de bien — BALZAC, le Barbon.
  • Oui, vous êtes sergent, monsieur, et très sergent — RAC., Plaid. II, 4

4 Mme de Sévigné l'a mis devant un verbe à un temps composé.

  • Ils m'ont très assuré que la vendange de cette année [un bain de vendange, pour des douleurs] m'aurait empirée, — SÉV., 30 sept. 1676
Historique

XIe s.

  • Tres qu'en la mer [il] conquist la tere altaigne — Ch. de Rol. I
  • Si li truvez ki tres bien li ajut [aide] — ib. LX
1 autre citation
  • Le cors [il] li trenchet tres l'un costet qu'al altre — ib. CXIII

XIIe s.

  • Mais ma dame est de si tres grant vaillance [prix], Que son ami ne doit faire faillance — Couci, XXIV
  • L'apostoiles de Rome, tres en mi le palais, Les princes en apele — Sax. X

XIIIe s.

  • Aliste, se je puis, tres bien [je] marierai — Berte, VII
  • Et si tres en mal aise et si fort tourmentée — ib. LXVIII
3 autres citations
  • Sachiez, si tres m'en deut li cuers [le cœur] sous la mamele — ib. LXXXVI
  • Amis, dit Renart, di moi voir, Sez-tu ci entor nul manoir Où je trovasse que mengier ? Je ne manjoi tres [dès] avant er [hier] — Ren. 23348
  • Je n'os mie bien recorder Sa beauté que ele a si tres — Ms. de poés. franç. av. 1300, t. I, p. 248

XIVe s.

  • En batailles les tres plus forts ne sont pas les mieux combatans — ORESME, Éth. 85
  • L'en a de tiex [tels] tres pitey et misericorde — ID., ib. 75
2 autres citations
  • Pour ce que felicité est operacion selon vertu, il est raisonnable que ce soit selon la tres meilleur vertu — ID., ib. 313
  • Vous estes le cinquieme message vraiement Qu'envoié a li rois, dont je sui moult dolent, Qu'à lui n'ai obei tres le commencement — Guesclin. 17222

XVe s.

  • Et tres adont [aussitôt] furent instituées reigles et ordonnance d'ost mettre en forme d'eschieles — CHRIST. DE PISAN, Charles V, II, 2

XVIe s.

  • L'autre [trait] dangereux plus que très , Porte un fer de plomb mal couché, Par la pointe tout rebouché — MAROT, I, 169
Étymologie

Bourguig. tré ; du lat. trans, au delà. Si l'on prend en considération le sens de très dans l'anç. français, qui est beaucoup, dès, jusqu'à ; si on le voit en composition dans trespasser et autres mots ; si on tient compte de l'ital. tracodardo, très couart, trafreddo, très froid, etc. on reconnaîtra que très est la forme française de trans.

Supplément au dictionnaire

TRÈS. Ajoutez :

5 Absolument.

  • Vous êtes belle, plus que très — CORN., Lexique, éd. Marty-Laveaux.

Le même Lexique dit que les paysans des environs de Paris emploient très de cette même manière : Ce terrain est-il bon ? - Il ne l'est pas très.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « très » du Wiktionnaire.

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