ladre

nature
nom
diction
[ladʁ] · 1 syllabe
attesté
Au plus tard au XIIIᵉ siècle
usage
moins de 1 par million de mots

Sens et définitions

Adjectif 7

  1. Qui est insensible physiquement, comme est insensible la peau des lépreux.
  2. figuré Qui est insensible moralement.
  3. Qui est excessivement avare.
    • Harpagon — Et qui sont-ils, ces avaricieux ? La Flèche — Des vilains et des ladres. Molière, L’Avare (1669), acte I, scène 2) → lire en ligne
  4. Se dit d’un lièvre qui gîte dans les marécages.
    • […] parmi les mâles il s'en trouve plusieurs, qu'on appelle lièvres ladres, qui cherchent les eaux, et se font chasser dans les étangs, les marais et autres lieux fangeux. Ces lièvres ladres ont la chair de fort mauvais goût […]. Georges-Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle des animaux, « Le Cerf », in Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, 2007, page 742.
3 emplois spécialisés
  1. Médecine vieilli Qui est atteint de la lèpre.
  2. Médecine vétérinaire Qualifie un porc qui est atteint de la larve cysticerque du ténia armé (Taenia solium).
    • En 1601, 1620, 1627, 1677 le parlement de Paris la renouvelait par des arrêts successifs et fixait le prix du langueyage et la responsabilité des langueyeurs ; mais il autorisait, dans le premier de ces arrêts, la vente de la viande ladre après une salure de quarante jours. A. Delpech, Ladrerie, dans Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, sous la direction de A. Dechambre, Paris : chez P. Asselin & chez Victor Masson & fils, 1868, 2e série, vol. 1 (Lab-Lar), page 112
  3. Médecine vétérinaire Défaut de pigmentation de la peau chez les chevaux, localisé principalement autour des yeux, des lèvres ou des naseaux.

Nom 5

  1. Celui, celle qui est excessivement avare.
    • Ladre vert : Homme d’une avarice sordide.
  2. vieilli Lépreux
    • Il la conduisit dans un minuscule parloir, chichement meublé et sentant le remugle des vieilles maisons ladres. Jean Ray, Harry Dickson, L'Effroyable Fiancé, 1932
3 emplois spécialisés
  1. Médecine vétérinaire Lèpre qui donne au cheval, le tour des yeux, le bout des naseaux ou le tour des lèvres dépigmentés et dépourvus de poil.
  2. Maladies des animaux Se dit du bœuf ou du porc atteint de ladrerie.
  3. Élevage des chevaux Surface rose fade où il y a absence de pigment et où la peau d'un cheval n'est recouverte que d'un léger duvet.

Citation

M. de Richelieu dit à M. de Luxembourg qu'il était fort surpris de son procédé à son égard, mais qu'il n'était point ladre
Saint-Simon, 19, 223

Origine du mot

Du moyen français ladre, de l’ancien français lazre (« lépreux ») (fin du XIIᵉ siècle), du latin Lazarus (« Lazare »), en référence à la parabole rapportée par Luc, XVI, 19-27, comme étant le nom du pauvre rongé d’ulcères (affection assimilée plus tard à la lèpre) gisant à la porte du mauvais riche ; soit, en référence à Jean, XI, 1-44, comme étant le nom du frère de Marie et de Marthe de Béthanie, ressuscité par le Christ, les lépreux, dépourvus de tout droit, étant considérés au Moyen Âge comme des cadavres vivants.

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

LADRE adj. (la-dr')

1 Attaqué de ladrerie, de lèpre ou éléphantiasis. encore relevé aujourd’hui

  • Plus désolé Que si j'étais maran [espèce de lépreux] ou ladre.... — RÉGNIER, Sat. X

Terme de chasse. Lièvre ladre, lièvre qui habite aux lieux marécageux.

2 Affecté de la maladie dite ladrerie particulière aux porcs. Pourceau ladre. Truie ladre. encore relevé aujourd’hui

3 Insensible physiquement ; insensibilité attribuée à la lèpre. Il est ladre, il ne sent rien. encore relevé aujourd’hui

Insensible moralement.

  • M. de Richelieu dit à M. de Luxembourg qu'il était fort surpris de son procédé à son égard, mais qu'il n'était point ladre — SAINT-SIMON, 19, 223

Par extension de l'insensibilité morale , excessivement avare. C'est un homme très ladre.

4 S. m. et f. Ladre, ladresse, celui, celle qui est attaqué de la lèpre. Dans le moyen âge, les ladres étaient astreints à porter un petit engin faisant du bruit, dit claquet, afin que les personnes saines se détournassent de leur rencontre, par crainte de la contagion.

  • Actuellement nous ne voyons ici aucuns ladres ; autrefois il y avait un hôpital dédié pour les recevoir au faubourg de Saint-Denis — GUI PATIN, Lett. t. II, p. 177

Ladres blancs, les hommes qui n'ont la lèpre qu'intérieurement et qui ne laissent pas d'avoir la peau belle.

Ladres verts, ceux dans qui elle se déclare par des pustules extérieures.

5 Ladre, ladresse, celui, celle qui est extrêmement avare. encore relevé aujourd’hui

  • ....Fi ! c'était un vilain, Un ladre. - Il ne faut pas appeler vilenie Ce que les gens sensés nomment économie — HAUTEROCHE, Deuil, sc. 9
  • Le ladre a été ferme à toutes mes attaques — MOL., Avare, II, 6
3 autres citations
  • Jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-mathieu — ID., ib. III, 5
  • Voilà mon ladre, voilà mon vilain dans de furieuses angoisses, et la tendresse qu'il a pour son fils fait un combat étrange avec son avarice — ID., Scapin, III, 3
  • Quel plaisir, vient de dire tout à l'heure un de ses héritiers, quel plaisir pour des neveux d'avoir de vieux ladres d'oncles qui renoncent aux douceurs de la vie pour les leur procurer ! — LE SAGE, Diable boit. XII, dans POUGENS

Ladre vert, homme d'une avarice sordide.

6Terme de vétérinaire. Tache de ladre, partie de la peau dépourvue de pigment, et nue, ou recouverte de poils fins et courts. Ce cheval a du ladre. encore relevé aujourd’hui

Historique

XIIIe s.

  • [Le riche] Qui vestoit la porpre nobile, Ainsi com nous dist l'Evangile, Au ladre ne veut faire bien — Mahommet, V. 306
  • [Homme qui] Mix [mieux] ne vousist estre mesel Et ladres vivre en un bordel [cabane], Que mort avoir ne le trespas — Fl. et Bl. 1021

XVe s.

  • Celluy jour fut la damoiselle guerie qui devant estoit ladresse et meselle — Lancelot du lac, t. III, f° 110, dans LACURNE
  • C'est de Jesus la parabole Touchant du riche enseveli En feu, non pas en couche molle, Et du ladre au dessus de ly — VILLON, Grand testament, LXXII

XVIe s.

  • Aucuns ont la face belle et le cuir poli et lisse, ne donnant aucun indice de lepre par dehors, comme sont les ladres blancs, appellés cachots, cagots et capots, que l'on trouve en basse Bretagne et en Guyenne vers Bordeaux où ils les appellent gobets — PARÉ, XXII, 11
  • Nostre maistre [Henri IV] est un ladre vert et le plus ingrat mortel qu'il y ait sur la face de la terre — D'AUB., Vie, XCV
1 autre citation
  • ... que ton importun caquet Soit fait compaignon du claquet, Du baril et de la besace D'un ladre vert.... — R. BELLEAU, Œuv. t. II, p. 69, dans LACURNE
Étymologie

Ladre, nom vulgaire du Lazare de l'Évangile, de celui qui, couvert d'ulcères, était à la porte du riche, et que le moyen âge disait lépreux ; provenç. ladre. Le mot est bien fait, l'accent étant sur la, lázărus. M. Scheler se demande si ladre dans le sens d'avare n'est pas l'italien ladro, voleur ; mais il n'est pas nécessaire d'intercaler un mot d'une tout autre origine, et la série des sens peut s'en passer.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « ladre » du Wiktionnaire.

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