raser

nature
ver
diction
[ʁaze] · 2 syllabes
usage
18 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 9

  1. Tondre, couper le poil ou les cheveux tout près de la peau avec un rasoir.
    • Le front de Victor Hugo fera raser autant de crânes, que la gloire de Napoléon a fait tuer de maréchaux en herbe. Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844
  2. Couper le poil de la barbe au plus près de la peau.
    • Toilette du bataillon. Le barbier passe pour particulièrement francophile. Tout le monde va se raser chez lui. Jean Giraudoux, Retour d’Alsace - Août 1914, 1916
  3. Abattre à ras de terre, en parlant d’un édifice ou d’un bâtiment.
    • Il allait falloir raser la maison pour construire un nouveau bâtiment à sa place. Salman Rushdie, La Maison Golden, roman traduit de l'anglais par Gérard Meudal, Actes Sud Littérature, 2018, chapitre 35
  4. Passer tout près ; effleurer.
    • Je me rappelai le vol dans le fameux « pot au noir », le long de la côte de l’Amérique du Sud, où je fus obligé de raser les flots jusqu’à tremper les roues du Nungesser-Coli dans la crête d’une haute vague. Dieudonné Costes et Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930
  5. familier Ennuyer par des propos longs et oiseux.
    • Le docteur me rase avec les sciences exactes ou soi-disant exactes. Jehan Rictus, Journal quotidien, cahier 24, page 18, 21 juin 1902
  6. familier Enlever, soustraire.
    • Rivaux comme tous bons chasseurs, c’était à qui raserait à l’autre le lièvre indiqué, et le roulé subissait naturellement les quolibets du vainqueur. Louis Pergaud, Un renseignement précis, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921
  7. Se dit d’une perdrix ou d’un lièvre qui se tapit le plus qu’il peut contre terre pour se cacher. Se dit aussi du chasseur.
2 emplois spécialisés
  1. Marine Ôter à un navire la partie supérieure de ses œuvres mortes.
    • […]; vous êtes de la même année que cette pauvre Junon, le meilleur voilier qui soit jamais entré dans le port de Saint-Malo; et je me souviens même que, peu de jours après notre mariage, on la fit raser pour en faire un ponton. Germaine de Staël, « Le Capitaine Kernadec ou Sept années en un jour », acte 1, scène 2, fin de 1810, dans les Œuvres complètes de Madame la baronne de Staël-Holstein, tome 2, Paris : chez Firmin Didot frères & chez Treuttel & Würst, 1836, page 662
  2. Hippologie Ne presque plus marquer; la cavité des incisives ne paraissant plus, ou presque plus.
    • Il y a lieu de remarquer que la béguité des coins est très prononcée, et extrêmement commune; le plus souvent ces dents n’ont pas encore rasé à 10, 11 ans et même plus tard. Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie, volume 67, A. Rey, 1921, page 745

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je rase
  2. tu rases
  3. il rase
  4. nous rasons
  5. vous rasez
  6. ils rasent

Imparfait

  1. je rasais
  2. tu rasais
  3. il rasait
  4. nous rasions
  5. vous rasiez
  6. ils rasaient

Passé simple

  1. je rasai
  2. tu rasas
  3. il rasa
  4. nous rasâmes
  5. vous rasâtes
  6. ils rasèrent

Futur simple

  1. je raserai
  2. tu raseras
  3. il rasera
  4. nous raserons
  5. vous raserez
  6. ils raseront

Passé composé

  1. j'ai rasé
  2. tu as rasé
  3. il a rasé
  4. nous avons rasé
  5. vous avez rasé
  6. ils ont rasé

Plus-que-parfait

  1. j'avais rasé
  2. tu avais rasé
  3. il avait rasé
  4. nous avions rasé
  5. vous aviez rasé
  6. ils avaient rasé

Passé antérieur

  1. j'eus rasé
  2. tu eus rasé
  3. il eut rasé
  4. nous eûmes rasé
  5. vous eûtes rasé
  6. ils eurent rasé

Futur antérieur

  1. j'aurai rasé
  2. tu auras rasé
  3. il aura rasé
  4. nous aurons rasé
  5. vous aurez rasé
  6. ils auront rasé

Subjonctif

Présent

  1. je rase
  2. tu rases
  3. il rase
  4. nous rasions
  5. vous rasiez
  6. ils rasent

Imparfait

  1. je rasasse
  2. tu rasasses
  3. il rasât
  4. nous rasassions
  5. vous rasassiez
  6. ils rasassent

Passé

  1. j'aie rasé
  2. tu aies rasé
  3. il ait rasé
  4. nous ayons rasé
  5. vous ayez rasé
  6. ils aient rasé

Plus-que-parfait

  1. j'eusse rasé
  2. tu eusses rasé
  3. il eût rasé
  4. nous eussions rasé
  5. vous eussiez rasé
  6. ils eussent rasé

Conditionnel

Présent

  1. je raserais
  2. tu raserais
  3. il raserait
  4. nous raserions
  5. vous raseriez
  6. ils raseraient

Passé

  1. j'aurais rasé
  2. tu aurais rasé
  3. il aurait rasé
  4. nous aurions rasé
  5. vous auriez rasé
  6. ils auraient rasé

Impératif

Présent

  1. rase
  2. rasons
  3. rasez

Passé

  1. aie rasé
  2. ayons rasé
  3. ayez rasé

Formes impersonnelles

Infinitif présent
raser
Participe présent
rasant
Participe passé
rasé

Citation

Une des plus difficiles entreprises du fondateur [le czar Pierre Ier] fut d'accourcir les robes, et de faire raser les barbes de son peuple ; ce fut là l'objet des plus grands murmures
Voltaire, Russie, Anecdotes.

Origine du mot

Du latin vulgaire *rasare (fréquentatif fait sur le supin rasum) de radere (« raser », « gratter, polir, ratisser »).

Dans le dictionnaire latin : rasare

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

RASER v. a. (ra-zé)

1 Couper le poil tout près de la peau. Raser la tête. Ils ne se rasent jamais le menton. encore relevé aujourd’hui

  • Une des plus difficiles entreprises du fondateur [le czar Pierre Ier] fut d'accourcir les robes, et de faire raser les barbes de son peuple ; ce fut là l'objet des plus grands murmures — VOLT., Russie, Anecdotes.

Absolument, raser se dit pour raser la tête, en parlant des personnages politiques qu'au moyen âge on enfermait dans les couvents.

  • Après cette réponse favorable [du pape], Pépin fut sacré roi à Soissons par les évêques, avec le suffrage unanime des grands et du peuple, et Childéric rasé et mis dans un monastère — DUMARS., Œuv. t. VII, p. 121
  • Les vainqueurs se contentèrent de faire raser l'impératrice, de la mettre en prison en Lombardie.... — VOLT., Mœurs, 23

Familièrement. Ruiner, anéantir.

  • Toutes ces belles espérances ont été rasées par une dyssenterie — GUI PATIN, Nouv. lett. t. I, p. 169, dans POUGENS

2 Il se dit particulièrement de la barbe, et alors il se dit sans le mot barbe.

  • Que le prédicateur vienne à paraître ; si.... et que son barbier l'ait mal rasé — PASC., Pens. III, 3, éd. HAVET.
  • Il sollicitait l'autre jour à Rennes avec une grande barbe ; quelqu'un lui demanda pourquoi il ne se faisait point raser.... — SÉV., 58

Absolument. Un perruquier qui rase bien. Ce rasoir rase mal.

3 Abattre, démolir une construction rez terre. encore relevé aujourd’hui

  • Si vous ne me remettez Judas lié entre les mains, je raserai jusqu'en terre ce temple de Dieu — SACI, Bible, Machab. II, 14, 33
  • Rien ne fut plus capable de flatter ce peuple [romain] que la promptitude avec laquelle le consul Publicola fit raser dans une nuit sa maison, sur quelques murmures qu'on faisait contre sa situation élevée — ROLLIN, Traité des Ét. V, III, 2

On dit de même : raser une place.

  • On lui impose [au landgrave de Hesse] pour condition de venir embrasser les genoux de l'empereur, de raser toutes ses forteresses, à la réserve de Cassel ou de Ziegenheim.... — VOLT., Ann. Emp. CharlesQuint, 1547

4 Il se dit du canon qui démolit les parties supérieures d'une fortification.

  • Ceux qui raisonnent croient communément qu'on sera sur la contrescarpe la nuit du samedi au dimanche, après avoir rasé avec le canon une partie des ouvrages — PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 9

Terme de marine. Raser un navire, lui enlever une certaine partie de ses œuvres mortes pour l'alléger.

Lui abattre ses mâts dans un combat.

5 Passer tout auprès. encore relevé aujourd’hui

  • Harlay rasait toujours les murailles pour se faire place avec plus de bruit — SAINT-SIMON, 17, 198
  • Il [Cassini] avait pris ses mesures si justes, que la méridienne alla raser les deux dangereuses colonnes qui avaient pensé faire tout manquer — FONT., Cassini.
4 autres citations
  • Je les y menai en rasant la muraille — MARIV., Pays. parv. 5e part.
  • ....Une lame de couteau ou de verre dont la pointe est rasée par les rayons du soleil dans une chambre obscure ; on sait que les rayons s'infléchissent, se portent vers cette lame.... — VOLT., Nat. du feu. I, 4
  • Les rayons du soleil levant rasaient déjà les plaines — J. J. ROUSS., Ém. IV
  • D'abord un bruit léger rasant le sol de la terre comme l'hirondelle avant l'orage — BEAUMARCH., Barb. de Sév. II, 8

Raser la côte, naviguer le long de la côte.

  • Montons sur ma barque légère, Que ma main guide sans efforts, Et de ce golfe solitaire Rasons timidement les bords — LAMART., Médit. I, 21

Fig. Raser la terre, se tenir dans une condition humble et retirée.

  • Je ne fais que raser la terre, et je m'en console — CARACCIOLI, Lett. recréat. et mor. t. I, p. 27, dans POUGENS

6 Passer tout auprès avec rapidité. Ce cocher a rasé la borne. La balle du joueur a rasé la corde. Une balle lui rasa le visage, et, familièrement, lui rasa la moustache. encore relevé aujourd’hui

  • [Mercure] Vient, rasant le bord lybien, Fondre où le prince phrygien, Avec Didon d'amour ravie, Menait une fort laide vie — SCARR., Virg. IV
  • Boirude fuit le coup : le volume effroyable Lui rase le visage — BOILEAU, Lutr. V
4 autres citations
  • Sur l'herbe tendre elles formaient leurs pas, Rasant la terre et ne la touchant pas — VOLT., Ce qui plaît, etc.
  • Les hirondelles qui rasent la terre annoncent la pluie — ID., Dict. phil. Augure.
  • Je demande s'il n'est pas probable qu'il tombe de temps à autre des comètes dans le soleil, puisque celle de 1680 en a, pour ainsi dire, rasé la surface — BUFF., 1re ép. nat. Œuv. t. XII, p. 79
  • [Un oiseau qui] Rase tantôt la rive et tantôt les prairies — DELILLE, Én. XI

Terme de fauconnerie. Raser l'air, se dit de l'oiseau qui plane.

  • L'herbe l'aurait portée ; une fleur n'aurait pas Reçu l'empreinte de ses pas ; Elle semblait raser les airs, à la manière Que les dieux marchent dans Homère — LA FONT., Poés. mêl. LXV

7Terme de manége. On dit qu'un cheval rase le tapis, lorsque, dans ses allures, il ne relève pas assez les pieds et semble glisser à la surface du sol.

8Terme de métallurgie. Faire raser la tuyère dans un fourneau, en diminuer l'inclinaison.

9 Dans l'argot des artistes actuels, raser, contraindre quelqu'un à vous écouter en lui tenant des discours ennuyeux ; la métaphore est prise du barbier qui vous tient dans son fauteuil et vous force d'entendre ses bavardages pendant qu'il opère.

10 V. n. En termes de vétérinaire, on dit qu'un cheval rase ou a rasé, lorsque la cavité de ses incisives s'efface ou est déjà effacée ; alors on ne peut plus connaître son âge à ses dents.

11 Se raser, v. réfl. Se faire la barbe. Savoir se raser. encore relevé aujourd’hui

  • Scipion Émilien fut le premier romain qui se rasa tous les jours — PASTORET, Inst. Mém. hist. et litt. anc. t. III, p. 334

Il signifie quelquefois se faire raser. Il se rase rarement. Quand voulez-vous vous raser ? Je ne veux me raser que demain.

12Terme de chasse. Se raser, se dit du gibier qui s'étend à ras le sol pour n'être pas vu. encore relevé aujourd’hui

Il se dit d'une semblable attitude chez tout animal.

  • Il [le tigre] avait pris l'attitude que les chasseurs de tigres et de panthères appellent se raser ; il était resté immobile sous les branches, les yeux fixés sur son ennemi, et le corps aplati contre terre, — ANAÏS SÉGALAS, Feuilleton de l'Écho d'Oran, du 16 mai 1867

13En termes de construction de chemin de fer , se raser, suivre le niveau du sol.

  • Quand on se rase au niveau des vallées, on ne trouve certainement ni tunnel, ni viaduc à faire, — Moniteur universel, 5 juin 1868, p. 776, 4e col.
Historique

XIIe s.

  • Cil rasarent lor barbes — Job, p. 446
  • Il i out mis du feu tout rasé un tonel [un tonneau plein de feu à ras] ; Les douves sont emprises, si rompent li cercel — Sax. IX
1 autre citation
  • Mout [ils] ont lor ennemis rasez et damagiez ; Mout ferirent bien tuit [tous] de bonne volenté — Rou, ms. p. 58, dans LACURNE

XIIIe s.

  • Le fort haubert [il] lui dessartit, L'espée lui rase au costé, Si que du cuir lui a osté — Bl. et Jeh. 4151

XIVe s.

  • [à] ung chevallier [il] donna De l'espée tel cop que le bras ly rasa — Hugues Capet, V. 3799
  • Sire, dit un bourjois, qu'on nommoit Tolomer, Avez-vous si tost fait telle ville raser ? — Guesclin. 21416

XVe s.

  • De venir les queues [tonneaux] raser [racler] — E. DESCH., Poésies mss. f° 474
  • Et fit razer toutes les tours et murailles — COMM., II, 4
1 autre citation
  • Le suppliant, pour doute que icellui Jouel ne lui fist pis, se rasa de lui [se rangea], et sacha son espée du fourreau — DU CANGE, rasare.

XVIe s.

  • Et ne convient que le los on me rase [enlever, faire perdre], D'avoir passé le haut mont de Caucase — MAROT, IV, 129
  • Aultrement le coup, qui ne lui raza que le dessus de la teste... — MONT., I, 50
3 autres citations
  • On leur rasoit les cheveux, on les faisoit aller deschaux — AMYOT, Lyc. 34
  • En parlant des vertus royales, il met ceste-ci au nombre, de raser les meschans de la terre — CALV., Instit. 1199
  • Lansac faisant lever ses ancres fit contenance de descendre en Ré, et en rasant l'isle.... — D'AUB., Hist. II, 294
Étymologie

Ras 1 ; wallon, rezé. Radere avait donné raire.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « raser » du Wiktionnaire.

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