taie
- nature
- nom féminin
- diction
- [tɛ] · 1 syllabe
- usage
- 2 par million de mots
Sens et définitions
Nom 5
-
Linge en forme de sac, qui sert d’enveloppe à un oreiller.
- Enfin elle se retrouva en position assise, un peu avachie, adossée à la tête de lit, les bras écartés en l’air, les reins calés contre l’oreiller trempé de sueur dans sa taie de coton froissée. Stephen King, Jessie, Albin Michel, 1993, traduction d’Isabelle Perrin
-
figuré Tache blanche.
- Un énorme soleil rouge descendait avec lenteur derrière une taie de buées blanchâtres. Il était sur le point de rejoindre, à l’horizon, la ligne incertaine de la forêt. Pierre Benoit, Monsieur de la Ferté, Albin Michel, 1934, réédition Cercle du Bibliophile, page 354
-
Écran de papier placé sur une ouverture privée de vitres, afin de servir notamment de protection contre le froid.
- Les bâtiments croulaient à demi, des vestibules béants s’ouvraient comme des trous de cave, des taies de papier bariolaient les vitres crasseuses, des loques pendaient infâmes, telles que des drapeaux de mort. Émile Zola, Paris, 1897
2 emplois spécialisés
-
Médecine
Tache blanche et opaque qui se forme quelquefois sur la cornée de l’œil à la suite d’une blessure ou d’une inflammation.
- Vous ne voulez pas me croire, vous avez une taie sur les yeux. George Sand, Jeanne, 1844
- Médecine Opacité plus ou moins étendue et dense de la cornée, le plus souvent cicatricielle et succédant à une lésion inflammatoire (kératite) ou traumatique (plaie profonde, brûlure).
Citation
Il mit à part la graisse, la queue, et toutes les graisses qui couvrent les intestins, la taie du foie, et les deux reins avec la graisse qui y est attachée
Origine du mot
Du latin theca (« étui, fourreau »), issu du grec ancien θήκη, thếkê (« boîte, coffre, caisse où l’on dépose quelque chose »).
Dans le dictionnaire latin : theca
Le mot raconté
La taie d’oreiller appartient à une famille de boîtes et de fourreaux. Le mot remonte au latin theca, lui-même issu d’un terme grec pour le coffre ou l’étui. Dans un texte du XIIe siècle, une teie enveloppe déjà la plume d’un coussin. Cette idée d’enveloppe s’est appliquée ailleurs : membrane autour du foie, enveloppes du fœtus, pellicule d’une écorce ou écran de papier posé sur une ouverture sans vitre.
L’œil a donné au mot son emploi le plus frappant. Une tache blanche et opaque sur la cornée a été appelée taie, comme si une membrane couvrait le regard. Dès lors, l’image pouvait devenir morale ou intellectuelle : ôter une taie des yeux revenait à dissiper ce qui empêchait de voir ou de juger. Entre le linge domestique, l’anatomie et la perception, le mot n’a pas changé d’idée directrice : il nomme toujours quelque chose qui enveloppe, recouvre ou fait écran.
Sources : Wiktionnaire — taie (CC BY-SA 4.0)
1873 — le Littré
TAIE s. f. (tê ; plusieurs disent une tête d'oreiller, c'est une grosse faute, née de cette nuisible tendance qui porte à confondre un mot moins connu avec un mot plus connu)
1 Linge en forme de sac qui sert d'enveloppe à un oreiller. Une taie d'oreiller. encore relevé aujourd’hui
2 Il s'est dit d'enveloppes en forme de taie d'oreiller.
- Il mit à part la graisse, la queue, et toutes les graisses qui couvrent les intestins, la taie du foie, et les deux reins avec la graisse qui y est attachée — SACI, Bible, Lévit. VIII, 25
3 Nom qu'on donne vulgairement aux diverses taches blanches et opaques qui se forment quelquefois sur la cornée. encore relevé aujourd’hui
- Votre médecin ne vous donnera jamais la vue du lynx ; mais souffrez qu'il vous ôte une taie de vos yeux — VOLT., Dial. 26
Fig.
- Laisser tomber les grosses taies que l'enthousiasme étend sur les prunelles d'un auteur, dans la première ivresse d'une composition rapide — VOLT., Lett. d'Argental, 21 nov. 1762
Historique
XIIe s.
- Là sist li empereres sur un cuisin [coussin] vaillant ; La plume est d'oriol, la teie escarimant — Voy. de Charlemagne à Jérusal. p. 12
XIIIe s.
- Trois coussins à deux toies ouvrées — TAILLIAR, Recueil, p. 281
XIVe s.
- Ce sont grosses toyes rouges qui leur queuvrent les yeux — Modus, f° XLIV
- Boulir l'escorce de houx en eaue, tant que la taie de dessus se separe — Ménagier, II, 5
XVe s.
- J'y voy trouble ; car es yeulx ay la taye, Et n'y congnois le blanc d'avec le bis — CH. D'ORL., Rondel de Jehan Caillau.
XVIe s.
- En une hostie qui fut immolée, il se trouva deux bourses du fiel enveloppées d'une seule taye — AMYOT, Arat. 53
- L'operation qui se fait lorsqu'on abbat la taye ou cataracte — PARÉ, IV, 6
1 autre citation
- Les tayes [membranes du fœtus] — ID., XVIII, 12
Étymologie
Wallon, tîk, taie d'oreiller ; bas-lat. teca, pour theca, caisse, enveloppe, du grec θήϰη.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- TERMIUM Plus (OGL-C)
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (profondeur)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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