chantre

nature
nom masculin
diction
[ʃɑ̃tʁ] · 1 syllabe
usage
2 par million de mots

Sens et définitions

Nom 3

  1. Celui ou celle qui chante aux offices religieux.
    • Solomine était l’unique fils d’un chantre d’église. Ivan Tourgueniev, Terres Vierges, Traduction de Émile Durand-Gréville, page 127
  2. figuré Poète, principalement poète épique ou lyrique.
    • Le chantre d’Ascra, Hésiode.
  3. Celui ou celle qui glorifie, loue quelqu’un ou quelque chose.
    • Des contempteurs de la religion, des chantres du désordre et des forces de l’ordre. Antoine Garapon, Forum & débats, Journal La Croix, 5 février 2015, page 25

Citation

Vous auriez une douleur amère d'avoir fait périr un chantre qui fait les délices des hommes
Fénelon, XXI, 475

Origine du mot

Du latin cantor, doublet de chanteur ; en ancien français cantre est le nominatif et cantor, le cas régime, c’est ainsi qu’on au aussi pâtre et pasteur.

Dans le dictionnaire latin : cantor

Les mots français venus du latin

Le mot raconté

Le chantre vient du latin cantor, celui qui chante, mais sa forme française garde une petite histoire de déclinaisons : cantre était une forme ancienne, tandis que cantor en était une autre. Le mot apparaît dans les textes au moins au XVe siècle pour les chanteurs de l’office, et il désigne aussi le dignitaire qui donne le ton au chœur d’une cathédrale ou d’un chapitre.

Très tôt, la voix devient image. Le chantre est le poète élevé, Homère ou Virgile, puis l’oiseau chanteur. Par extension, il devient celui qui célèbre ou loue une personne, une doctrine, un pays. Le sens religieux n’a pas disparu, avec le chantre au lutrin ou celui qui soutient les psaumes chez les protestants. Entre fonction liturgique et louange publique, le mot a conservé sa voix d’autorité.

1873 — le Littré

CHANTRE s. m. (chan-tr')

1 Celui qui chante ou est supposé chanter. Ce mot, dans ce sens, est aujourd'hui réservé au style poétique et à la haute éloquence. Le chantre de la Thrace, Orphée. Le chantre thébain, Pindare. Le chantre d'Ionie, le chantre d'Ilion, Homère. Le chantre d'Énée, Virgile. Le chantre de Roland, l'Arioste. Le chantre des jardins, Delille.

  • Homère et le chantre latin — RÉGNIER, Sat. VII
  • Du plus habile chantre un bouc était le prix — BOILEAU, Art p. III
3 autres citations
  • Vous auriez une douleur amère d'avoir fait périr un chantre qui fait les délices des hommes — FÉN., XXI, 475
  • Que le chantre flatteur du tyran des Romains, L'auteur harmonieux des douces Géorgiques.... — VOLT., Épît. LXXVI
  • Oui, par un héros plus sublime [Napoléon 1er] Cet Achille si magnanime En nos jours vient d'être effacé ; Tu n'en es pas moins admirable ; Le chantre reste inimitable ; Le héros seul est surpassé — CROUZET, le Français au tombeau d'Homère

Par extension, nom donné aux oiseaux chanteurs. Le chantre du printemps, le rossignol.

Espèce du genre roitelet.

2 Celui qui chante au lutrin dans l'église. Voix de chantre. Tous les grands chapitres ont des chantres et des chapelains pour soulager les chanoines et faire l'office en leur absence. encore relevé aujourd’hui

  • Les cloches, dans les airs, de leurs voix argentines, Appelaient à grand bruit les chantres à matines — BOILEAU, Lutrin, IV
  • Ces cercles, partant du dernier chantre de village, s'élèvent jusqu'au trône pontifical — CHATEAUB., Génie, IV, III, 2

Chez les protestants, celui qui entonne et soutient le chant des psaumes.

S. f. Religieuse qui sait le chant et les rubriques de l'office, afin de redresser les manquements qui peuvent se faire au chœur.

  • La chantre dira tout haut ce qui regarde l'office du lendemain — Constitutions de Port-Royal, dans RICHELET

3 Nom d'un dignitaire qui est le maître du chœur présidant au chant dans une église cathédrale ou collégiale et dans les chapitres. Il porte la chape et le bâton dans les fêtes solennelles et donne le ton aux autres en commençant les psaumes et les antiennes. Le chantre porte dans ses armoiries un bâton de chœur derrière l'écu pour marque de sa dignité. Le grand chantre. Le chantre de Notre-Dame.

  • Celui qui vous rendra cette lettre est le chantre de mon église, nommé M. de Vitray — BOSSUET, Lett. 138
  • C'est en vain que le chantre abusant d'un faux titre.... — BOILEAU, Lutr. I
Historique

XVe s.

  • Et là fut fait le divin office, aussi solennellement comme on feroit en la chapelle du pape ou du roi de France ; car à ce temps il avoit grand'foison de bons chantres — FROISS., II, III, 15
Étymologie

Provenç. cantre, cantor ; du latin cantor, qui vient de canere, chanter. Dans le provençal et le vieux français, cantre est le nominatif, cantor est le régime, répondant, selon l'accent, à cántor et cantórem. C'est suivant la même analogie que se sont formés pâtre et pasteur.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « chantre » du Wiktionnaire.

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