renard

nature
nom masculin
diction
[ʁənaʁ] · 2 syllabes
usage
13 par million de mots

Sens et définitions

Nom 12

  1. Mammifère carnivore, au museau pointu et aux oreilles droites, d’un parmi plusieurs genres de la famille des canidés (Vulpes, Atelocynus, Cerdocyon, Dusicyon, Otocyon, Lycalopex, Urocyon).
    • S’étant emparé d’un vada qu’une vieille femme vendait dans la rue, un corbeau s’apprête à le dévorer, perché sur une branche, lorsqu’un renard survient. Laetitia Colombani, Le cerf-volant, chapitre 17
  2. Fourrure de renard.
    • Seulement des bronzes ou des fibules de renards, et d’un prix modéré. André Malraux, La Condition humaine, 1946, réédition Folio Plus Classiques, 2019, page 168
  3. figuré Personnage cauteleux, fin et rusé.
    • — Voyez-vous, elle croit tromper un vieux renard de mon espèce ! Émile Zola, La Fortune des Rougon, 1871
  4. Ouvrier qui refuse de faire la grève ; jaune.
    • — Il paraît que le père de Collias est un briseur de grève, un renard quoi. Jean Coin, Le sang n'est jamais heureux, Éditions Plon, 1969, p. 71
  5. figuré Fentes ou trous par lesquels les eaux d’un bassin ou d’un réservoir se perdent et qu’il est difficile de découvrir.
  6. Bâtiment feint.
    • Les ouvriers donnent le nom de renard à ces sortes de décorations, parce qu’elles trompent. Augustin-Charles d’Aviler, Dictionnaire d’architecture civile et hydraulique, 1755, article « Bâtiment feint », page 58
  7. argot Par ellipse de queue de renard, vomissement, vomi, vomissure. Surtout après une cuite avinée, la gerbe vomie a une couleur orangée rappelant celle de l’animal.
    • Ça chlinguait drôlement (…). Ça (…) donnait envie d’aller au renard. Auguste Le Breton, Rififi, 1953, page 146
  8. Argot Flatulence.
4 emplois spécialisés
  1. Marine Ancien outil de navigation, plateau circulaire de bois ou de cuivre, permettant au timonier de noter les conditions de vent aux demi-heures à l’aide de chevilles.
    • Aujourd’hui, le renard est un plateau analogue, en cuivre, décoré du nom et de l’insigne du bâtiment, et portant les noms des officiers du bord. Il est utilisé par le factionnaire à la coupée pour pointer avec une cheville coulissante leur présence à bord ou leur sortie à terre.
  2. Métallurgie Loupe détachée de la gueuse par le feu de la chaufferie. La métaphore est identique au sens précédent, le métal en fusion ayant une couleur orangée.
  3. Géologie Affouillement localisé du sol provoqué soit par une pression d'écoulement ascendante (renard par soulèvement), soit par érosion souterraine régressive.
  4. Aides à la navigation fluviale et maritime Plateau qui portait une rose des vents et des trous où l'on fichait des chevilles (ou «poules») pour indiquer les routes à suivre pendant le quart.

Adjectif 1

  1. Relatif aux Renards, une tribu amérindienne.
    • Après des années de résistance et de combats, leur chef Kiala et son épouse furent déportés en Martinique. Respecté des siens, craint des Français, le chef renard y avait été précédé d’une redoutable réputation. Raymonde Litalien, Jean-François Palomino, Denis Vaugeois, La mesure d’un continent : Atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814, Presses Paris Sorbonne, 2007, page 154

Citation

Il [Samson] alla prendre trois cents renards qu'il lia l'un à l'autre par la queue, et y attacha des flambeaux
Lemaistre de Sacy, Bible, Juges, XV, 4

Origine du mot

Wallon, rinâ. Le nom vrai du renard dans l'ancien français est goulpil, gorpil, golpille, venant de vulpeculus ou vulpecula, diminutif du lat. vulpes, renard. Mais il y eut dans le haut moyen âge une épopée très célèbre, où les animaux tiennent la place des hommes ; chacun y a son nom : le lion se nomme Noble, le chat Tibert, l'ours Brun, le moineau Drouinaus, le coq Chante-clair, et le goulpil Renart. Cette composition, qui ne provient pas d'un seul auteur et qui a diverses branches (d'où, figurément, sans branche de renard, sans fraude, sans trahison), devint tellement populaire dès le XIIe siècle, que renart commença à se substituer dans le langage commun à goulpil et a fini par le supplanter entièrement. Renart ou renard, provenç. raynart, anc. catal. ranart, est un nom propre, le même que Renaut et Reginald, dont les formes les plus anciennes sont Raginohard, Reginhart, mot germanique composé de ragin, conseil, et de hart, dur ; le sens est : bon au conseil. Ce sens est exprimé dans ces deux vers du poëme (V. 15876) : Si ai maint bon conseil doné ; Par mon droit non ai non Renart. — Littré, 1873

1873 — le Littré

RENARD1 s. m. (re-nar ; le d ne se prononce pas et ne se lie pas ; au pluriel, l's ne se lie pas : des re-nar écorchés ; cependant quelques-uns la lient : des re-nar-z écorchés)

1 Quadrupède carnassier à longue queue, du genre chien.

  • Il [Samson] alla prendre trois cents renards qu'il lia l'un à l'autre par la queue, et y attacha des flambeaux — SACI, Bible, Juges, XV, 4
  • Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris — LA FONT., Fabl. I, 18
7 autres citations
  • Certain renard gascon, d'autres disent normand, Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille Des raisins mûrs apparemment Et couverts d'une peau vermeille — ID., ib. III, 11
  • Mais d'où vient qu'au renard Ésope accorde un point, C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie ? — ID., ib. XI, 6
  • Le renard est fameux par ses ruses, et mérite en partie sa réputation — BUFF., Quadrup. t. II, p. 205
  • Le loup nuit plus au paysan, le renard nuit plus au gentilhomme — ID., ib. t. II, p. 208
  • Le renard, moins habile mineur que le blaireau, profite souvent du terrier de celui-ci, ou des souterrains pratiqués par d'autres animaux — BONNET, Contempl. nat. XII, 30
  • Les renards sont des animaux carnivores qui, au défaut de poules et de lapins, mangent avec avidité les rats, les souris, les mulots — GENLIS, Maison rust. t. I, p. 328, dans POUGENS
  • L'expérience a prouvé que, dans les cantons où il n'y a plus de renards, les mulots s'étaient multipliés au point qu'ils abîmaient les prairies et les récoltes — ID., ib.

Ils sont enfumés comme des renards, se dit de ceux qui demeurent dans une maison qui fume.

Faire la guerre en renard, agir en renard, faire la guerre avec ruse, agir finement.

Il se donne la discipline avec une queue de renard, se dit d'un faux dévot sensuel.

Le renard a pissé sur ces raisins, se dit de raisins blancs devenus roux par l'action du soleil et par la maturité.

Une toux de renard qui conduit au terrier, vieille toux qui dure jusqu'à la mort.

Fig. Vendre la poule au renard, trahir les intérêts qui nous sont confiés.

  • Nos métayers sont des fripons qui vendent la poule au renard — P. L. COUR., 1re lett. particulière.

Prendre martre pour renard, prendre une chose pour une autre, étant trompé par la ressemblance.

Rendre martre pour renard, duper qui nous a dupés.

  • Je voudrais.... Qu'elle pût un moment vous piper en votre art, Rendre conte pour conte et martre pour renard — CORN., Menteur, III, 4

Se confesser au renard, découvrir son secret à celui qui en tire avantage, ou qui a intérêt d'empêcher l'affaire (locution tirée du roman de Renart, où le goupil se fait confesseur pour attraper ses ouailles).

Au renard, cri qu'on adresse à un homme qui a été trompé, croyant avoir trouvé quelque chose de bon.

  • Ils se sont mis, sans me rien dire, à s'entre regarder et rire ; Puis sur moi criant au renard.... J'ai vu l'heure qu'après l'injure, Votre fils qu'on nomme Mercure Allait être au moins souffleté — SCARRON, le Typhon, II
  • Il y avait un éveillé de cordonnier.... qui, quand il voyait passer un arracheur de dents, faisait semblant d'avoir une dent gâtée, puis le mordait bien serré, et criait après au renard ; un arracheur de dents, qui savait cela, cacha un petit pélican dans sa main, et lui arracha la première dent qu'il put attraper, puis il se mit à crier au renard — Les Historiettes de TALLEMANT DES RÉAUX, t. X, p. 135

Au renard ! cri en usage parmi les ouvriers qui enfoncent les pilotis avec un mouton : c'est un signal pour s'arrêter.

2Fig. Un homme rusé. C'est un renard, un fin renard, un vrai renard.

  • Je crois voir Annibal, qui, pressé des Romains, Met leurs chefs en défaut ou leur donne le change, Et sait en vieux renard s'échapper de leurs mains — LA FONT., Fabl. XII, 23
  • Ce vieux renard m'écouta fort attentivement — LESAGE, Guzm. d'Alf. VI, 3
3 autres citations
  • Tant que vous me donnerez des hommes qui ne sont pas hommes ; des renards en finesse, des tigres en cruauté — FÉN., Dial. des morts anc. 17
  • Un gouvernement n'est point faible quand il mène les affaires au but par souplesse, sans cruauté ; il vaut mieux être renard que lion ou tigre — ID., Dial. des morts mod. Dial. 19
  • Je meurs dévoré par les dogues de Jansénius, après avoir été mordu par les renards de Loyola — VOLT., Lett. d'Argental, 3 nov. 1776

3 Une peau de renard.

  • Une peau de loutre vaut à Saint-Pierre et Saint-Paul trente roubles ; une de zibeline, trois ou quatre ; le prix des renards ne peut être fixé — LA PÉROUSE, Voy. t. III, p. 148, dans POUGENS

4 Jeu du renard, jeu où une pièce principale dite renard en attaque douze autres dites poules. non relevé aujourd’hui

5 Renard marin, gros mammifère de l'ordre des cétacés.

Renard volant, galéopithèque roux.

Espèce de cône, coquille.

6 Le Renard, étoile de la constellation de l'Oie. non relevé aujourd’hui

7 Fente, trou, en parlant de canaux, de bassins, par où l'eau se perd et qu'il est difficile de découvrir. Boucher un renard. encore relevé aujourd’hui

Queue-de-renard, nom donné à une touffe de racine qui se développe dans un tuyau de fontaine ou de drainage, et qui l'obstrue ; le chevelu en ressemble à une queue de renard.

Queue-de-renard, nom vulgaire de deux plantes, le mélampyre des champs et l'amarante à queue, ou cornette, amarantus caudatus, L.

8 Queue-de-renard, outil à deux biseaux par le bout, dont on se sert pour percer. non relevé aujourd’hui

9Terme de métallurgie.

  • Renard, nom donné à la loupe détachée de la gueuse par le feu de la chaufferie — BUFF., Hist. min. introd. Œuv. t. VIII, p. 38
  • Il se forme, dans le bain de fonte, des grumeaux de fer métallique que l'ouvrier cherche à rapprocher en une seule masse ; cette masse poreuse porte le nom de loupe, renard ou masse — A. BRONGNIART, Traité de min. t. II, p. 384, dans POUGENS

10Terme de marine. Longue tenaille de fer employée à l'atelier de mâture.

Crochet pour traîner des pièces de bois dans les arsenaux.

11 Châssis assemblé en retour d'équerre, dans le sommier du bas de la scie du scieur de long. non relevé aujourd’hui

Les maçons appellent renard une pierre attachée au bout d'une ficelle, qui leur sert à élever les murs droits.

12Populairement. Vomissement qui a lieu après une débauche, une orgie.

Écorcher le renard, se dit d'un ivrogne qui vomit.

Proverbes

Le renard cache sa queue, les gens adroits cachent leurs finesses.

Un renard n'est pas pris deux fois à un piége.

Le renard prêche aux poules, se dit de quelque adroit compère qui cherche à attraper un lourdaud.

Le renard est pris, lâchez vos poules, il n'y a plus de danger à sortir.

Un bon renard ne mange pas les poules de son voisin, un homme rusé qui fait une action blâmable, la fait dans un quartier éloigné de chez lui.

Il fait comme le renard des mûres, des raisins, il déprécie ce qu'il ne peut avoir.

Autant en dit le renard des mûres, elles sont trop vertes, même sens.

Il faut coudre la peau du renard à celle du lion, voy. LION, n° 1.

Historique

XIIe s.

  • Tousjours [il] ama le roi sans branche de renart (voy. à l'étymologie) — Sax XI

XIIIe s.

  • Feme set moult de renart, Deux cordes a en son arc — Mss. de poés. franç. avant 1300. t. II, p. 723
  • Esploité en avon com felon et renart — Berte, XXII
2 autres citations
  • Qu'el cuide qu'il soit uns lobieres [trompeur], Un regnarz, un enfantosmieres — la Rose, 7796
  • Je devant diz Robers reconnois que li prevos de Rumigni puist prendre en ce bois lievre ou connin, lou, renart et taison — DU CANGE, tesura.

XIVe s.

  • Comme il advient au regnart que son poil chiet une fois l'an, aussi est appelé le choir des cheveux allopice — LANFRANC, f° 38, verso.

XVIe s.

  • Ce sont renards, qui sous simples habits Vont devorant les plus tendres brebis — MAROT, I, 314
  • Lors, pour se oster la haine de cette affaire, le renard envoya Pompée Collonne avec mine de mener secours — D'AUB., Hist. I, 242
4 autres citations
  • Le marché estant fait, à la charge que Pui-Gaillard (qui seul sentoit cet affaire au renart) s'obligeroit à garentir les sommes promises — ID., ib. II, 139
  • Renard qui dort la matinée N'ha pas la langue emplumée — H. EST., Précell. 193
  • Quant je pense à votre medecine, il n'y a si bon cœur qui ne tire au renard [qui n'ait envie de vomir] — Contes de Cholières, f° 52, dans LACURNE
  • [Gargantua] escorchoit le regnard — RAB., I, 11
Étymologie

Wallon, rinâ. Le nom vrai du renard dans l'ancien français est goulpil, gorpil, golpille, venant de vulpeculus ou vulpecula, diminutif du lat. vulpes, renard. Mais il y eut dans le haut moyen âge une épopée très célèbre, où les animaux tiennent la place des hommes ; chacun y a son nom : le lion se nomme Noble, le chat Tibert, l'ours Brun, le moineau Drouinaus, le coq Chante-clair, et le goulpil Renart. Cette composition, qui ne provient pas d'un seul auteur et qui a diverses branches (d'où, figurément, sans branche de renard, sans fraude, sans trahison), devint tellement populaire dès le XIIe siècle, que renart commença à se substituer dans le langage commun à goulpil et a fini par le supplanter entièrement. Renart ou renard, provenç. raynart, anc. catal. ranart, est un nom propre, le même que Renaut et Reginald, dont les formes les plus anciennes sont Raginohard, Reginhart, mot germanique composé de ragin, conseil, et de hart, dur ; le sens est : bon au conseil. Ce sens est exprimé dans ces deux vers du poëme (V. 15876) : Si ai maint bon conseil doné ; Par mon droit non ai non Renart.

RENARD2 s. m. (re-nar)

Terme de marine. Petite pelote de bois sur laquelle on a figuré les trente-deux aires de vent.

Étymologie

Corruption du hollandais rekenaar, calculateur.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « renard » du Wiktionnaire.

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