soin

nature
nom masculin
diction
[swɛ̃] · 1 syllabe
attesté
1580
usage
100 par million de mots

Sens et définitions

Nom 7

  1. Application d’esprit à faire quelque chose ; attention à veiller au bon état de quelque chose, au bien de quelqu’un.
    • Il choisit avec un soin méticuleux son plus beau caillou, qu’il plaça dans le cuir du lance-pierres. Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921
  2. Charge, fonction, devoir de prendre soin de quelque chose, d’y veiller.
    • M. Tom Smallways était fruitier de son état et jardinier par vocation, et Jessica, sa modeste épouse, vaquait aux soins de la boutique. H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 6 de l’édition de 1921
  3. Les détails du ménage, de la conduite d’une maison, d’une ferme, etc. et l’attention qu’ils demandent.
    • Un ranch pratiquant le naissage aura besoin d'un homme à temps plein pour 400-500 têtes en raison des soins à donner aux veaux à la naissance. Doris Sayago, Jean-François Tourrand, Marcel Bursztyn et José Augusto Drummond, L’Amazonie, un demi-siècle après la colonisation, 2010, page 213
  4. Attentions qu’on a pour quelqu’un, les services qu’on lui rend, les peines qu’on lui épargne.
    • Elle était en smoking. Son amie, plus bourgeoise, se prodiguait pour elle en mille soins touchants, au grand scandale de Trique. Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927
  5. vieilli Ce que l'on fait pour plaire.
    • Il avait tant de douceur et tant de disposition à la galanterie qu’il ne pouvait refuser quelques soins à celles qui tachaient de lui plaire : ainsi il avait plusieurs maîtresses, mais il était difficile de deviner celle qu'il aimait véritablement. Mme de Lafayette, La princesse de Clèves, 1678
  6. vieilli Inquiétude, peine d’esprit, souci.
    • Libre de soin, de soins.
1 emploi spécialisé
  1. Médecine Traitement qu’on fait à un malade, les remèdes qu’on lui donne, des attentions qu’on a pour le soulager.
    • Privé de ce casuel, il ne nous serait plus possible d’indemniser notre médecin. Conséquence : plus de soins gratuits aux indigents. Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958

Citation

Où l'amour de la terre et le soin de la chair Aux fragiles plaisirs ayant ouvert la porte
François de Malherbe, I, 4

Origine du mot

Wallon, sogn, s. f. peur, besogne ; provenç. sonh, soing, suenh ; anc. ital. sogna. Origine douteuse. Plusieurs y voient un dérivé du bas-lat. sunnis, sunnia, sonia, qui signifie empêchement juridique, d'où l'idée de s'arrêter à une affaire difficile, de soin. Sunnis, qui se trouve dans les lois barbares, est un mot germanique. Cependant il faut dire qu'on n'a pas une série d'intermédiaires qui établissent comment le mot est venu du sens d'empêchement juridique à celui de soin ; à moins qu'on ne regarde comme tels es-soine, exemption, et ensoignié, chargé d'embarras, de soucis. Du Cange a mis en avant le lat. somnium, le trouvant dans un glossaire avec le sens de soin ; l'anç. franç. songne et le wallon sogn en viennent sans doute. — Littré, 1873

1873 — le Littré

SOIN s. m. (soin ; l'n ne se lie pas : un soin extrême ; au pl. l's se lie : des soin-z extrêmes)

1 Attention, application de l'esprit à une chose, à faire quelque chose. encore relevé aujourd’hui

  • Où l'amour de la terre et le soin de la chair Aux fragiles plaisirs ayant ouvert la porte — MALH., I, 4
  • Ainsi donc un sujet téméraire A si peu de respect et de soin de me plaire ! — CORN., Cid, II, 6
13 autres citations
  • Et comme à l'échauffer j'appliquerai mes soins — ID., Nicom. I, 5
  • La chose allait à bien par son soin diligent — LA FONT., Fabl. VII, 10
  • Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus [tu es aveugle, et le soleil luit en vain] — ID., Fabl. VIII, 1
  • Eh bien, défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ? — ID., ib. XI, 8
  • Il y a trop d'affaires de se tirer d'un rhumatisme... je ne balance point de mettre tout mon soin au rétablissement parfait de ma santé — SÉV., 8 mars 1676
  • Les soins que vous avez de m'écrire me sont de continuelles marques de votre amitié — ID., 30 juin 1677
  • Jamais plante ne fut cultivée avec plus de soin — BOSSUET, Ann. de Gonz.
  • La bonté du naturel prévint en M. le Tellier les soins de l'éducation — FLÉCH., le Tellier.
  • Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage — RAC., Athal. II, 5
  • D'où vient que d'un soin si cruel L'injuste Agamemnon m'écarte de l'autel ? — ID., Iphig. III, 2
  • Les soins que j'ai pris pour vous rendre sage — FÉN., Télém. XI
  • L'unique soin des enfants est de trouver l'endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis — LA BRUY., XI
  • J'apprends avec plaisir le soin que tu te donnes de l'éducation de la tienne [fille] — MONTESQ., Lett. pers. 71

Prendre soin de avec un infinitif, veiller à, faire en sorte que.

  • Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ne m'a jamais appris à faire une bassesse — CORN., Nicom. II, 3
  • Quelle importune main, en formant tous ces nœuds, A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ? — RAC., Phèdre, I, 3
1 autre citation
  • Les amants de ma mère Pénélope furent surpris de mon départ ; j'avais pris soin de le leur cacher, connaissant leur perfidie — FÉN., Télém. I

Prendre soin, avoir soin de quelque chose, veiller à ce que quelque chose se conserve, réussisse.

  • C'est lui [l'amour] qui, sous tes lois me tenant asservie, M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie — CORN., Cinna, III, 4
  • Vous voyez bien que je regarde ma santé comme une chose qui est à vous, puisque j'en prends un soin si particulier — SÉV., 2 sept. 1676
2 autres citations
  • En vérité, j'ai trop d'obligation à Euripide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire, et pour laisser échapper l'occasion de le réconcilier avec ces messieurs — RAC., Iphig. Préf.
  • Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire — ID., Phèdre, I, 3

Prendre soin, avoir soin de quelqu'un, signifie aussi pourvoir à son salut, à ses besoins, à ses nécessités, à sa fortune.

  • De vous-même, seigneur, daignez mieux prendre soin — CORN., Héracl. I, 3
  • Il a parlé au roi qui lui a dit que, s'il servait avec application, on aurait soin de lui — SÉV., 500
2 autres citations
  • Rois, prenez soin de l'absent Contre sa langue homicide [de la calomnie] — RAC., Esth. III, 3
  • Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ? — ID., Athal. II, 7

Populairement. Avoir soin de ses fièvres, se bien nourrir.

2 La charge, le devoir de prendre soin de quelque chose, d'y veiller. je vous confie le soin de veiller sur mes affaires. C'est lui qui a le soin de la cave. encore relevé aujourd’hui

  • Le soin de la république — PERROT, Tacite, 11
  • [Vatel] dont la bonne tête était capable de soutenir tout le soin d'un État — SÉV., 24 avr. 1671
4 autres citations
  • Et depuis encore ne s'est-elle pas appliquée en toutes rencontres à conserver cette même intelligence [entre les royaumes de France et d'Angleterre] ? ces soins regardent maintenant Vos Altesses Royales — BOSSUET, Reine d'Anglet.
  • Dès l'âge de quinze ans, elle [Henriette] fut capable de ces soins [protéger les catholiques anglais] — ID., ib.
  • Le soin de tes sujets te rappelle à Versailles — BOILEAU, Épît. VIII
  • Et vous me chargez, moi, du soin de son supplice ! — VOLT., Adél. du Guesclin. IV, 5

Le soin d'une injure, la charge de venger une injure.

  • Et je charge un amant du soin de mon injure — RAC., Andr. V, 2

Fig. Il laisse au temps le soin de venger sa mémoire.

Les soins du ménage, les détails du ménage et l'attention qu'ils demandent.

On dit de même : les soins d'une maison, d'une ferme.

3 Souci, inquiétude, préoccupation.

  • Si mes amis ont quelque soin De ma pitoyable aventure — MALH., V, 7
  • Je dors ici dix heures toutes les nuits, et sans que jamais aucun soin me réveille — DESC., Lett. à Balzac, 29 mars 1631
8 autres citations
  • [Le chat vit] Son rat qui se tenait alerte et sur ses gardes ; Ah ! mon frère, dit-il, viens m'embrasser ; ton soin Me fait injure... — LA FONT., Fabl. VIII, 22
  • À quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous ? — ID., ib. XI, 8
  • N'ayez aucun soin de cette affaire ; c'est la mienne et plus que la mienne — SÉV., 19 août 1675
  • Votre santé est l'unique soin de ma vie — ID., à Mme de Grignan, 9 juin 1677
  • En même temps, chrétiens, un autre soin me travaille ; ce n'est pas un ouvrage humain que je médite ; je ne suis pas ici un historien qui... — BOSSUET, Reine d'Anglet.
  • C'est prendre trop de soin [être trop curieux] — RAC., Brit. IV, 4
  • D'un soin cruel ma joie est ici combattue — ID., Iphig. II, 2
  • Petit séjour commode et sain Où je vis, m'endors et m'éveille, Sans aucun soin du lendemain — DUCIS, à son logis.

Être en soin, être inquiet, être en peine.

  • Je suis en soin de ce qu'elle put dire à ses parents.... — LA FONT., Diable en enfer
  • Changer de lieu, dit-il. - Comment le ferons-nous ? - N'en soyez point en soin : je vous porterai tous — ID., Fabl. X, 4
1 autre citation
  • Ils ne sont jamais en soin de leur boire et de leur manger non plus que de leurs habits, coucher et lever, ce sont les maîtres qui en sont chargés — VAUBAN, Dîme, p. 82

4 Sollicitude. non relevé aujourd’hui

  • Tous les jours je l'invoque [Dieu], et d'un soin paternel Il me nourrit des dons offerts sur son autel — RAC., Athal. II, 7

5 Au plur. Services qu'on rend à quelqu'un, attentions qu'on a pour lui. encore relevé aujourd’hui

  • Ô vous pour qui les dieux ont des soins si pressants, Bourbon, Conti.... — LA FONT., Fabl. XII, 25
  • Elle a des soins infinis de me divertir — SÉV., 595
4 autres citations
  • Mme de Coulanges a des soins de moi admirables — ID., 4 sept. 1677
  • Mmes de Lavardin, de la Troche et de Villars m'accablent de leurs billets et de leurs soins — ID., 29 mai 1675
  • Je lui rendais [à Mme de la Fayette] beaucoup de soins, par le mouvement de mon cœur, sans que la bienséance ou l'amitié qui nous engage y eût aucune part — ID., 3 juin 1693
  • Les soins qu'il avait eus de mon enfance — FÉN., Télém. VI

Donner des soins à un malade, avoir des soins d'un malade, l'assister en qualité de médecin.

  • Pecquet [le médecin] eut de moi des soins extrêmes — SÉV., 58

Politesse, galanterie.

  • Il rendait assez de soins à Camille — CORN., Hor. Examen.
  • Il n'est soins empressés, devoirs, respects, services Dont il ne nous ait fait d'amoureux sacrifices — MOL., Femm. sav. IV, 2
1 autre citation
  • Azélie épuisait tous ces soins délicats Qui voudraient être vus, mais ne se montrent pas — DELILLE, Imag. II

On l'a dit quelquefois au singulier.

  • Il rendait quelque soin à Mégiste, à Cyane — TH. CORN., Ariane, I, 1

Rendre des soins à quelqu'un, le voir avec assiduité, lui faire la cour.

  • M. de Vence me rend des soins très obligeants — SÉV., 22 avr. 1672
  • Vous connaissez les soins qu'il me rend tous les jours — RAC., Alex. I, 1

Petits soins, toutes sortes de petites galanteries.

  • De tous les petits soins il devient incapable : Un amant sûr d'être aimé Cesse toujours d'être aimable — DESHOUL., Poés. t. I, p. 68
  • Ces petits soins, la grande affaire Et le grand savoir des amants — LAMOTTE, Odes, t. I, p. 455, dans POUGENS
1 autre citation
  • Les petits soins, les attentions fines — GRESSET, Vert-vert, ch. I

Dans le langage des romans de Clélie, de Cyrus, etc. Le village de Petits-Soins, un village de la carte du royaume de Tendre.

  • Il y a trois sortes de Tendre : Tendre sur estime, Tendre sur inclination et Tendre sur reconnaissance ; lorsque l'on veut arriver à Tendre sur estime, il faut aller d'abord au village de Petits-Soins — BOILEAU, Hér. de romans.

Être aux petits soins auprès de quelqu'un, avoir des attentions recherchées, délicates, de manière à lui épargner les moindres peines.

Historique

XIe s.

  • Por ço n'unt soign de helme ne d'osberc — Ch. de Rol. CCXXXV

XIIe s.

  • Mais li reis d'Engleterre n'out suing de l'acorder — Th. le mart. 104

XIIIe s.

  • Son vis [visage] n'a soig [besoin] de mireor, Ne son gent cors de bel ator — Partonopex, ms. de St-Germ. f° 151, dans LACURNE

XIVe s.

  • La dame moult senée et sage De malades sot [sur] tout l'usage ; De lui garder fu en grant songne — J. DE CONDET, p. 87

XVe s.

  • Disoit qu'il voudroit bien estre joyeux, mais que personne qui vient à soing ne le peut estre — Aresta amorum, p. 35, dans LACURNE

XVIe s.

  • Estendre le soing de nous au delà de cette vie — MONT., I, 15
  • Les bons legislateurs ont eu plus de soing de l'amitié que de la justice — ID., I, 207
2 autres citations
  • Tous les jours je lis en des aucteurs, sans soing de leur science, y cherchant leur façon non leur subject — ID., IV, 43
  • Le soing caché se cognoit à la face — RONS., 105
Étymologie

Wallon, sogn, s. f. peur, besogne ; provenç. sonh, soing, suenh ; anc. ital. sogna. Origine douteuse. Plusieurs y voient un dérivé du bas-lat. sunnis, sunnia, sonia, qui signifie empêchement juridique, d'où l'idée de s'arrêter à une affaire difficile, de soin. Sunnis, qui se trouve dans les lois barbares, est un mot germanique. Cependant il faut dire qu'on n'a pas une série d'intermédiaires qui établissent comment le mot est venu du sens d'empêchement juridique à celui de soin ; à moins qu'on ne regarde comme tels es-soine, exemption, et ensoignié, chargé d'embarras, de soucis. Du Cange a mis en avant le lat. somnium, le trouvant dans un glossaire avec le sens de soin ; l'anç. franç. songne et le wallon sogn en viennent sans doute.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Tome 4 de l’édition papier

Formes apparentées 9 langues · 28 pays

Racine commune : soign (fro), somniare (la)

Les langues

Les langues où la racine a laissé une forme, et cette forme. Le sens, lui, a pu changer en route.

  • ancien français songier
  • asturien suañar
  • catalan somiar
  • frioulan insumiâsi
  • galicien soñar
  • istriote sugnadur
  • italien sognare
  • occitan somiar, somniar
  • portugais sonhar

Les pays où l'une de ces langues se parle

Un pays figure ici dès qu'une de ces langues s'y parle, même en minorité — la liste est donc large par nature.

  • Allemagne sognare (it)
  • Andorre somiar (ca)
  • Angola sonhar (pt)
  • Antigua-et-Barbuda sonhar (pt)
  • Australie sognare (it)
  • Autriche sognare (it)
  • Brésil sognare (it), sonhar (pt)
  • Canada sognare (it), sonhar (pt)
  • Cap-Vert sonhar (pt)
  • Croatie sognare (it)
  • Espagne suañar (ast), somiar (ca), soñar (gl)
  • France somiar (ca), sognare (it), somiar (oc)
  • Guinée équatoriale sonhar (pt)
  • Guinée-Bissau sonhar (pt)
  • Italie somiar (ca), insumiâsi (fur), sognare (it)
  • Luxembourg sonhar (pt)
  • Malte sognare (it)
  • Mozambique sonhar (pt)
  • Portugal soñar (gl), sonhar (pt)
  • R.A.S. chinoise de Macao sonhar (pt)
  • Royaume-Uni sognare (it), sonhar (pt)
  • Saint-Marin sognare (it)
  • Sao Tomé-et-Principe sonhar (pt)
  • Slovénie sognare (it)
  • Suisse sognare (it), sonhar (pt)
  • Timor oriental sonhar (pt)
  • État de la Cité du Vatican sognare (it)
  • États-Unis sognare (it)

Langues sans territoire aujourd'hui

Langues anciennes ou sans État à qui rattacher un pays — latin, gotique, étrusque. Certaines se parlent encore.

ancien français songier · istriote sugnadur

Liens de sens

Dérivés

acte de soins attestation de formation aux gestes et soins d’urgence avoir soin de cosméto-soin cryo-soin donner des soins être aux petits soins injonction de soins ne pas y avoir de soins parcours de soins prendre soin refus de soin rendre des soins sans-soin sans-soins soin palliatif soins de santé soins de suite et de réadaptation soins informels soins intensifs télésoin

Associés

soigner

Domaine

médecine

Prononciation

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « soin » du Wiktionnaire.

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