tourbe

nature
nom féminin
diction
[tuʁb] · 1 syllabe
usage
2 par million de mots

Sens et définitions

Nom 6

  1. Matière spongieuse et légère qui résulte de la décomposition à l’abri de l’air (dans l’eau) de certains végétaux (sphaigne, hypnum ou joncs) et qui est utilisée comme combustible et comme amendement.
    • La noirceur de la tourbe et des basaltes est coupée par des taches d’un gazon vert et abondant […]. Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928
  2. figuré Populace, bas peuple.
    • Ah ! les colonies étrangères, quelques beaux noms sans tache, quelques grandes fortunes réelles, et par-dessous quelle tourbe ! Émile Zola, Les Trois Villes : Paris, 1897
  3. Gazon, pelouse.
  4. vieilli Foule, multitude, populace.
    • Princes et rois, et la tourbe menue. La Fontaine
  5. littéraire Ramassis de gens méprisables et vils.
    • Mort grotesque d’ailleurs, car la tourbe ébahie Et pâle des bourgeois, leurs vainqueurs étonnés, Ne comprit rien du tout à leur cause haïe. Paul Verlaine, Des morts, in Premiers vers, 1864
1 emploi spécialisé
  1. Origine et constitution des charbons Sol hydromorphe à nappe phréatique permanente, à accumulation de matière organique incomplètement décomposée, provenant de débris végétaux et racines des plantes hygrophiles (surtout les sphaignes).

Formes fléchies 5

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de tourber.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de tourber.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de tourber.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de tourber.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de tourber.

Citation

Qu'importent vos joies, vos peines, votre existence, non-seulement à votre voisin qui ne vous a jamais vu, mais encore à cette tourbe qu'on appelle vos amis ?
Chateaubriand, Pensées, réflex. et max.

Origine du mot

Wallon, trouf ; picard, troube, trouble ; espagn. turba ; ital. torba, de l'anc. haut-all. zurf, anglo-sax. turf ; all. Torf. — Littré, 1873

1873 — le Littré

TOURBE1 s. f. (tour-b')

Charbon très hétérogène qui se forme dans la vase des marais par la décomposition des débris végétaux qui y existent.

  • La tourbe est bien véritablement un résidu de plantes ou herbes à demi décomposées, à demi brûlées, réduites en un état presque charbonneux, analogue, dans son genre, au bois fossile également charbonné — FOURCROY, Conn. chim. t. VIII, p. 233
  • On a trouvé dans la tourbe beaucoup de monuments de l'industrie humaine, des armes, des outils de bûcheron et d'agriculture, des bois de construction, des chaussées — A. BRONGNIART, Traité de min. t. II, p. 40
1 autre citation
  • Ces observations semblent prouver que la tourbe est d'une formation beaucoup plus moderne que celle des autres combustibles fossiles, et qu'elle s'est formée depuis l'existence des sociétés — ID., ib. p. 41

Tourbe carbonisée, dite charbon double, pour fourneaux.

Tourbe mottière, nom, dans la Loire-Inférieure, de la tourbe employée à faire des mottes.

Se dit, par extension, des tourteaux que l'on fait avec le tan.

Historique

XIIe s.

  • Pour lagne [bois] et pour tourbes acater à departir as poures de le [la] ville — Testament de 1200, dans TAILLAR, Recueil, p. 8

XVe s.

  • Il y a [en Flandre] pou de bois pour ardoir, et font leur feu de tourbes de terre qu'ilz prennent es marois — Liv. des propr. des choses, XV, 59, f° 200, r
  • Une povre maisonnelle.... aussi noire que airement [encre] pour la fumée des tourbes qui s'y ardoient — FROISS., II, II, 157

XVIe s.

  • Le prince Maurice fait un dessein sur Breda par le moien d'un bateau qui portoit ordinairement des tourbes à la garnison, sous lesquelles on pouvoit eacher des soldats — D'AUB., Hist. III, 316
Étymologie

Wallon, trouf ; picard, troube, trouble ; espagn. turba ; ital. torba, de l'anc. haut-all. zurf, anglo-sax. turf ; all. Torf.

TOURBE2 s. f. (tour-b')

Troupe, avec un sens de dénigrement.

  • Princes et rois, et la tourbe menue — LA FONT., Belph.
  • Ce bel adage, si rebattu par la tourbe philosophique — J. J. ROUSS., Orig. notes.
1 autre citation
  • Qu'importent vos joies, vos peines, votre existence, non-seulement à votre voisin qui ne vous a jamais vu, mais encore à cette tourbe qu'on appelle vos amis ? — CHATEAUBR., Pensées, réflex. et max.
Historique

XIIe s.

  • Li Caldeu fistrent trois tuerbes, si envaïrent les chamoz — Job, p. 501

XIIIe s.

  • Et tantost s'assanbla une grande tourbe de gens entor eus — BEAUMANOIR, XXXIX, 12
  • Maintenant que il s'en furent alez, se feri en nostre paveillon une grant tourbe de gent de joenes Sarrazins — JOINV., 242

XIVe s.

  • Cil qui, à leur grant peril, cheïrent en celle tourbe de gens — BERCHEURE, f° 35, verso.

XVIe s.

  • Suivant les avis de maistres Jean le Coq, Pierre le Sec et autres anciens sages sur ce ouis par tourbes [comme témoins dans une enquête sur les coutumes].... — LOYSEL, 335
  • Coutume se doit verifier par deux tourbes, et chacune d'icelles par dix temoins — ID., 782
3 autres citations
  • M. de Guyse, ayant appellé 25 ou 30 des principaux, et tout debout sans tenir rang, mais comme en tourbe, propose.... — CARL., v, 25
  • Comparez luy [à l'homme d'une grande âme] la tourbe de nos hommes, stupide, basse, servile, instable.... — MONT., I, 326
  • Le peuple, nous entendons icy le vulgaire, la tourbe et lie populaire — CHARRON, Sagesse, I, 54
Étymologie

Provenç. espagn. et ital. turba ; du lat. turba .

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « tourbe » du Wiktionnaire.

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