cru

nature
adj masculin
diction
[kʁy] · 1 syllabe
usage
195 par million de mots

Sens et définitions

Adjectif 12

  1. vieilli Très indigeste.
    • Ce fruit est bien cru pour l’estomac.
  2. Qui ne cuit pas les légumes, qui ne dissout pas le savon, en parlant d’une eau.
  3. Qui n’a pas subi de transformation.
    • Une lumière crue tombait des néons, éclaboussait les murs de béton brut […] Pierre Bordage, Wang – I. Les portes d’Occident, « J’ai Lu », 1997, page 163
  4. figuré Désagréable et dit sans aucun ménagement, sans prendre de précaution.
    • Une parole bien crue.
  5. figuré Indécent.
    • Les grosses plaisanteries, les mots crus, le laisser-aller, les mauvaises manières me rebutaient. Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958, réédition Le Livre de Poche, page 343
  6. Qui tranche nettement, en parlant d’une couleur, d’une lumière, d’une ombre…
  7. En parlant du temps, froid et humide.
5 emplois spécialisés
  1. Cuisine Qui n’est pas cuit.
    • Dans Mythologiques , Claude Lévi-Strauss écrit que cuire un aliment, c’est couper court au processus naturel qui fait qu’à terme un aliment cru (un légume, un fruit, un morceau de viande) devient une chose pourrie. Françoise Vergès, « À vos mangues ! », traduction de Dominique Malaquais, dans Politique africaine, 2005/4, nᵒ 100, page 320
  2. Peinture Qui ne se marie pas, qui ne se fond pas avec le ton qui l’avoisine, en parlant d’un ton en peinture.
  3. Hydrologie Qualifie une eau dont la teneur en ions calcium et magnésium dépasse un certain seuil.
  4. Construction Produit du broyage et du mélangeage des éléments constituant, avant cuisson.
  5. Industrie vinicole Ce mot, qui dérive du verbe croître, désigne un terroir particulier et le vin produit par ce terroir implique la notion de qualité.

Nom 9

  1. Ce qui n’est pas cuit.
  2. Accroissement, croissance.
  3. Terroir.
    • Pommiers d’un excellent cru.
  4. Ce vin lui-même.
    • L’autre saisit la balle au bond, puis parla des autres crus qu’il avait également en réserve dans sa cave et […] déclara qu’il allait les faire goûter à son interlocuteur. Louis Pergaud, « Joséphine est enceinte », dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921
  5. péjoratif Coin, région.
    • …un petit vin du cru.
  6. Ce qui a crû, résultat d’une culture, d’une production particulière.
  7. Production considérée du point de vue de sa spécificité géographique ou de sa qualité, millésime, domaine viticole.
  8. figuré Production propre à un individu.
    • Garabédian nous récita un poème de son cru, quatrain d'une grande platitude. Yann Moix, Reims, Grasset, 2021, page 153
1 emploi spécialisé
  1. Viticulture Vignoble qui produit un vin particulier.
    • Goûtez ces cèpes de nos bois et ce vin de nos crus et dites si ce pays n’est pas la seconde terre promise. Anatole France, Balthasar, 1889

Formes fléchies 1

  1. Participe passé masculin singulier de croire.
    • Oui, en deux mille ans d’Histoire, le seul grand homme issu du berceau de Beaucaire-Ugernum que les Beaucairois aient cru bon de statufier en pied, et avec des cornes mahousses, c’est ce taureau qualifié de légendaire, parce qu’aucun razeteur n’a jamais réussi à le décocarder. Jack Thieuloy, L’opéra de Beaucaire, 1980, page 280

Citation

On leur a défendu d'apporter d'autres marchandises que celles du cru de leur pays
Montesquieu, Esp. XX, 8

Origine du mot

(Nom commun 1) Du latin crudus (« cru »).

Dans le dictionnaire latin : crudus

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

CRU1 s. m. (kru)

1 La quantité dont une chose a crû, a pris croissance. Ces arbres ont bien poussé, voilà le cru de cette année.

2 Production.

  • On leur a défendu d'apporter d'autres marchandises que celles du cru de leur pays — MONTESQ., Esp. XX, 8
  • Son vin noir et grossier mais désaltérant et sain est du cru de sa vigne — J. J. ROUSS., Ém. III

3 Terroir considéré comme ce qui fait croître les végétaux et leurs produits. Ce vin-là est d'un bon cru. encore relevé aujourd’hui

  • Après ce qui lui vient de son cru, rien ne lui paraît de meilleur goût que le gibier et les truffes que cet ami lui envoie — LA BRUY., III
  • Droit qui fut fixé à cinq pour cent sur toutes les marchandises des Indes et de la Chine, et à trois pour cent sur toutes celles du cru des îles de France et de Bourbon — RAYNAL, Hist. phil. IV, 26
2 autres citations
  • Les seules denrées du cru couvrent notre table — J. J. ROUSS., Hél. V, 2
  • Des vins d'un cru céleste épanchent leurs trésors — DELILLE, Parad. perdu, V

Vin du cru, vin fait sur le lieu même où il est bu.

  • Moi, gai comme un dieu sans nectar, Au vin du cru je me résigne — BÉRANG., Nourrice.

Fig. Cet ouvrage est une compilation, l'auteur n'y a rien mis de son cru.

  • Ce que nous désirons aujourd'hui avec tant de chaleur et de besoin vient immédiatement du cru de Dieu — BALZ., Disc. à la régente.
  • Le vieux marchand me dit à l'oreille : On voit bien que ce n'est pas de son cru [à M. de Beaufort] — RETZ, III, 167
5 autres citations
  • Il est bien nécessaire d'employer de l'argent à des perruques, lorsque l'on peut porter des cheveux de son cru qui ne coûtent rien — MOL., Avare, I, 5
  • C'est de votre cru que vous dites cela — BOSSUET, Instr. 2
  • Il n'a rien de son cru que le mensonge — ID., I, Pent. 1
  • La pièce est de mon cru — RAC., Épigr.
  • Il sait par cœur une infinité de bons contes qu'il a récités tant de fois comme de son cru, qu'il est parvenu à se figurer qu'ils en sont effectivement — LESAGE, Gil Blas, III, 11

Fig. Le vin de mon cru, le vin de son cru, les actions, les pensées, les paroles de quelqu'un.

  • Lorsque Mondor osa te dire en face Que tu saignas du nez dix fois au moins, Te citant l'heure et le jour et la place. - Conte grossier que personne n'a cru, Qui n'était pas digne de ma colère : On me connaît, et le vin de mon cru Ne passera jamais pour de l'eau claire — PONS, (de Verdun), les Excuses dans les Contes et poésies diverses, p. 191

4Terme de chasse. Milieu d'un buisson, dit plus communément creux, où la perdrix se retire quelquefois pour éviter la poursuite des chiens. non relevé aujourd’hui

Remarque

Cru n'est pas autre chose que le participe passé du verbe croître qui s'écrit crû ; l'Académie devrait donc l'écrire avec un accent circonflexe, comme elle fait pour dû : réclamer son dû.

Historique

XVIe s.

  • Est dit vin du cru de la ditte ville tout vin qui croist dedans les limittes du ruisseau de Saint Jouandeau.... — Nouv. coust. génér. t. IV, p. 911
  • Je sçais très bien sentir, à mesurer ma portée, que mon terroir n'est aulcunement capable d'aulcunes fleurs trop riches que j'y treuve semées et que touts les fruicts de mon creu ne les sçauroient payer — MONT., II, 99
Étymologie

Crû, participe de croître.

CRU, CRUE2 adj. (kru, krue)

1 Qui n'est point cuit. De la viande crue. Des fruits crus. encore relevé aujourd’hui

  • Préparer les viandes qu'auparavant ils dévoraient crues — J. J. ROUSS., Inég. 2e part.

Fig.

  • La sagesse toute sèche et toute crue fait mal au cœur — BALZ., liv. VI, lett. 5
  • Ils n'en suivaient pas la doctrine toute crue — BOSSUET, Var. X

2 Qui est d'une digestion difficile. Le concombre est très cru. encore relevé aujourd’hui

3 De l'eau crue, eau chargée de sels et qui ne peut dissoudre le savon ni cuire les légumes. encore relevé aujourd’hui

  • L'eau que je buvois était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes — J. J. ROUSS., Conf. VI

4 Qui n'a pas encore subi de préparation. Cuir cru. Soie crue. Métaux crus, ceux qui sont tels qu'ils sortent de la mine. encore relevé aujourd’hui

Chanvre cru, chanvre qui n'a pas été trempé dans l'eau.

5 Qui n'a pas encore subi une élaboration suffisante. encore relevé aujourd’hui

  • Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité — BOSSUET, Conn. V, 2

Terme de médecine. Humeurs crues, matières crues, celles qui n'ont pas reçu le degré de coction nécessaire.

6 Qui est à l'état de simple ébauche, en parlant des choses de l'esprit. Ce n'est encore là que sa pensée toute crue.

  • Ronsard avait forcé notre langue par des inversions trop hardies et obscures ; c'était un langage cru et informe — FÉN., t. XXI, p. 191

7Terme de peinture. Un ton cru, ton qui ne se fond pas avec les autres. Couleur crue, couleur trop tranchante. encore relevé aujourd’hui

  • Ce ne sont point les feuilles d'un vert cru qui font les admirables paysages — CHATEAUB., Itin. 111

Lumière, ombre crue, se dit quand les grands clairs ne sont pas séparés des grands bruns par des gradations de nuances.

8 Choquant, dur, en parlant des expressions, du langage. Cela est bien cru. encore relevé aujourd’hui

  • Je te vois accablé d'un chagrin si profond, Que j'excuse aisément ta réponse un peu crue — CORN., la Veuve, III, 3

À cru, d'une façon crue.

  • Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe, Et ce mot dit à cru lui cause une syncope — REGNARD, le Joueur, II, 4

Peu décent, trop libre. Ils ont tenu devant elle des discours un peu trop crus.

9 À cru, loc. adv. Sur la peau nue.

  • Bottés à cru les gros milours [milords], Armés d'épieux, en habits courts — SCARR., Virg. trav. IV
  • Il prit les bottes qui étaient au pied du lit et les ayant chaussées à cru.... s'alla mettre auprès de l'Olive — ID., Rom. com. 2e part. ch. 2
3 autres citations
  • Leurs transparents seraient plus beaux, si elles voulaient les mettre à cru — SÉV., 324
  • N'avoir de la dévotion que ce retranchement me paraît être bottée à cru — ID., 548
  • Un surtout emprunté Vêtit à cru ma triste nudité — VOLT., P. diable.

Monter à cru, monter un cheval sans selle ni couverture.

  • Il fut étonné de voir Massinissa, âgé pour lors de plus de quatre-vingts ans, monté à cru sur un cheval selon la coutume de son pays, donner partout les ordres comme un jeune officier et soutenir les fatigues les plus dures — ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 519, dans POUGENS
  • Les barbares [Francs] montaient à cru des étalons sauvages — CHATEAUB., Mart. 190

Terme d'architecture. Une construction porte à cru, quand elle repose sur le sol même, et non sur des fondements.

Teindre sur le cru, ou teindre à demi-bain, mettre les soies à la teinture, sans qu'elles soient bien décreusées.

Remarque

Cet adjectif se met toujours après son substantif.

Historique

XIIIe s.

  • Riens qu'on peüst mangier [il] n'i ot ne cru ne cuit — Berte, XXXVI
  • Et quanqu'il i aura de cuirier [cuir] cru es charretes — Liv. des mét. 280

XIVe s.

  • Mais les autres plus impurs sont, Por ce que le vif argent ont Trop crud et leur soulphre terrestre Trop aduste.... — Nat. à l'alch. err. 129

XVe s.

  • Au roy fut faicte la responce non point creue, mais la plus honneste qu'on l'eust peu entendre — COMM., II, 13

XVIe s.

  • Son herbe tant verde et crude que conficte et preparée — RABEL., III, 47
  • Ils trouvoient trop crud de dire qu'il n'estoit pas plus vraisemblable que la neige feust blanche que noire — MONT., II, 317
7 autres citations
  • Ce fut aussi un estat nouveau quand la ligue formée monstra les cornes en desploiant ses tiltres et ses forces armées à cru de toutes les fonctions et authoritez d'un parti — D'AUB., Hist. II, 485
  • Un feuillant boiteux, qui armé tout à crud se faisoit faire place avec une espée à deux mains — Sat. Mén. p. 13
  • Le labeur toutesfois ses membres ne consomme, Tant il est cru [verd] vieillard — RONS., 746
  • Aucuns font leur mere ou saloir, d'une peau de beuf crue, un peu salée — O. DE SERRES, 839
  • Armure à cru — MONET, Dict.
  • Un discours bien crud — OUDIN, Curios. fr.
  • Vous me la baillez crue [vous me la donnez belle] — les Marguer. de la Marguerite, t. I, f° 90, dans LACURNE.
Étymologie

Liégeois, crou ; namurois, cru, froid et humide en parlant du temps ; provenç. cru ; espagn. et ital. crudo ; du latin crudus.

CRU, CRUE3 part. passé (kru, krue)

du verbe croire

1 À quoi on donne croyance. Une nouvelle crue légèrement. Les miroirs trop peu crus par celles qui les consultent.

  • Quel plaisir d'aimer la religion, de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits ! — LA BRUY., XVI
  • Il resta encore à la piété de la troisième race [les Capétiens] assez de fondations à faire et de terres à donner ; les opinions répandues et crues dans ces temps-là auraient privé les laïques de tout leur bien, s'ils avaient été honnêtes gens — MONTESQ., Esp. XXXI, 10

2 À qui on donne croyance. Un sage ami cru trop tard. Les dieux crus par les païens.

3 Regardé comme, tenu pour. Hercule cru fils de Jupiter. non relevé aujourd’hui

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « cru » du Wiktionnaire.

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