dépit
- nature
- nom masculin
- diction
- [depi] · 2 syllabes
- usage
- 50 par million de mots
- parenté
- dépiter
Sens et définitions
Nom 1
-
Irritation causée par un froissement d’amour-propre, aigreur suite à la déception, à l'amertume, au sentiment de rancœur plus ou moins tenace, difficile à avouer.
- La féodalité uzbek (les chefs tribaux, les H’ôzà, traditionnels pourvoyeurs de l'administration, le haut clergé sunnite) voyait avec dépit le pouvoir lui échapper. Hélène Carrère d'Encausse, Réforme et révolution chez les Musulmans de l'Empire russe: Bukhara, 1867-1924, Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques nᵒ 141, Librairie Armand Colin, 1966, p. 146
Citation
M'ayant fait oublier tous les dépits qu'elle m'a faits, je ne me souviens plus que des excellentes qualités qui la rendent aimable et admirable
Origine du mot
En ancien français despit (« mépris ») (du XIIᵉ siècle jusqu’au XVIIᵉ siècle), du latin despectus, de despicere (« regarder de haut en bas, mépriser ») → voir despect, répit et respect.
Dans le dictionnaire latin : despectus
1873 — le Littré
DÉPIT1 s. m. (dé-pi ; le t se lie d'ordinaire : le dépi-t amoureux ; au pluriel, l's se lie : des dé-piz amoureux)
1 Chagrin mêlé d'un peu de colère.
- M'ayant fait oublier tous les dépits qu'elle m'a faits, je ne me souviens plus que des excellentes qualités qui la rendent aimable et admirable — VOIT., Lett. 23
- Je crève de dépit — MOL., Préc. 17
13 autres citations
- J'en ai dans le cœur davantage ; Et, pour exprimer tout, ce cœur a du dépit De ne point trouver de langage — ID., Amph. II, 6
- De grand dépit Richard elle interrompt — LA FONT., Rich.
- Les victoires de Maurice firent mourir de dépit Chosroès — BOSSUET, Hist. I, 11
- Tous ces présents, Albine, irritent mon dépit — RAC., Brit. I, 1
- Quoi qu'il en soit, Néron, d'aussi loin qu'il me vit, Laissa sur son visage éclater son dépit — ID., ib.
- Crois que dans son dépit mon cœur est endurci — ID., Androm. II, 1
- Que vous importe, ô dieux, sa joie ou son dépit ? — ID., ib. II, 5
- Entre amants tel dépit n'est qu'une bagatelle ; Je veux dès aujourd'hui vous remettre avec elle — REGNARD, Ménechmes, IV, 4
- Ces paroles le remplissaient de dépit contre Mentor — FÉN., Tél. VII
- Il laissa tomber sa lyre de dépit — ID., ib. VIII
- Les divisions, les dégoûts, les dépits ne peuvent y avoir aucune entrée — ID., ib. XI
- Pour faire dépit au maître des choses — VOLT., Taur. 3
- Croyez-moi, ces dépits que l'orgueil vous déguise, Sont partout dangereux et surtout à Venise — DUCIS, Othello, I, 6
Se couper le nez pour faire dépit à son voisin, se nuire pour une vengeance qu'on n'obtient même pas.
On dit qu'une chose croît par dépit, quand elle croît sans qu'on en prenne aucun soin.
2 En dépit de, loc. prép. Malgré. non relevé aujourd’hui
- Adieu ; fais lire au prince, en dépit de l'envie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie — CORN., Cid, I, 3
- Mais lorsqu'en dépit d'eux on en a voulu d'autres.... — ID., Hor. III, 5
2 autres citations
- Des cheveux assez, pour ne point porter perruque ; j'en ai beaucoup de blancs, en dépit du proverbe — SCARRON, Portrait de Scarron fait par lui-même
- Je vous l'avais prédit qu'en dépit de la Grèce De votre sort encor vous seriez la maîtresse — RAC., Androm. III, 8
Fig. et familièrement. Faire une chose en dépit du sens commun, du bon sens, etc. la faire très mal.
- Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants Semblent être formés en dépit du bon sens — BOILEAU, Sat. II
- Ils ont l'air d'être faits en dépit de l'art — DIDEROT, Salon de 1767, Œuvres, t. XV, p. 5, dans POUGENS
En dépit qu'on en ait, c'est-à-dire quoi qu'on fasse.
- Quelquefois en dépit que j'en aie — DESC., Médit. 2
- J'ai caché si longtemps l'ennui qui me dévore Qu'en dépit que j'en aie enfin il s'évapore — CORN., Pulch. II, 1
4 autres citations
- J'ai beau voir ses défauts et j'ai beau l'en blâmer, En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer — MOL., Mis. I, 1
- Il faut que je lui sois fidèle en dépit que j'en aie — MOL., D. Juan, I, 1
- Je me sens pour vous de la tendresse en dépit que j'en aie — ID., l'Av. III, 5
- Ah ! vous y resterez, en dépit qu'on en ait — COLLIN D'HARLEV., Vieux célib. IV, 10
Remarque
1. Voltaire remarque au sujet de ces vers de Corneille : Et je m'ose assurer qu'en dépit de mon crime, Mon sang leur servira d'assez pure victime, Cinna, IV, 7 : " On ne peut pas dire en dépit de mon crime, comme on dit malgré mon crime, parce qu'un crime n'a point de dépit. On dit bien en dépit de ma haine, de mon amour, parce que les passions se personnifient. " Cette remarque n'est pas fondée ; car elle atteindrait aussi malgré, attendu qu'un crime n'a ni gré ni mauvais gré.
2. Il faut appeler l'attention sur la locution : en dépit qu'il en ait. La construction ne peut s'en faire ; seulement on comprend comment elle est née ; la locution correcte serait : dépit qu'il en ait, comme malgré qu'il en ait ; c'est-à-dire : quelque mal gré qu'il en ait ; tandis qu'il est impossible de dire : quelque en dépit qu'il en ait. Mais là il y a eu confusion et fusion avec la locution en dépit ; d'où est résultée la locution en dépit qu'il en ait. Toutefois, venant du XVIe siècle, comme on peut voir par l'historique, elle a été consacrée par les meilleurs écrivains du XVIIe siècle.
Historique
XIIe s.
- Et si unt Adonie sun fil à rei eslit ; Abiathar le volt [voulut] sacrer al Deu despit — Th. le mart. 27
XIIIe s.
- Or ne pui je pas dire que m'eüst en despit Li bons preudoms hermites... — Berte, LIII
- Si ne tenez pas en despit Les genz por lor petit d'avoir — Lai du conseil
2 autres citations
- Li fes [le fait] touquoit [touchait] à despit au segneur — BEAUMANOIR, XXX, 20
- Il me demanda se je lavoie les piés aus poures le jeudy absolu ; et je li respondi que nanin, que il ne me sembloit pas bien ; et il me dit que je ne le devoie avoir en despit ; car Dieu l'avoit fait — JOINV., 293
XVe s.
- Et tantost messire Robert Canolle fit ouvrir une poterne hors du chastel, et sur les fossés il fit descoler, au despit des François, tous les prisonniers qu'il tenoit — FROISS., II, III, 8
- Et trouverent cinq povres prisonniers anglois que les Escots avoient liés tous nuds aux arbres, par despit, et deux qui avoient les jambes brisées — ID., I, I, 44
1 autre citation
- Messire Jean de Hainaut, qui lui avoit fait, si comme il estoit informê, plusieurs despits — FROISS., I, I, 98
XVIe s.
- Je la cognois, c'est une noire, Noire faite en despit des cieux — MAROT, III, 94
- En despit qu'ils en ayent, il faudra qu'ils confessent.... — CALV., Instit. 1131
5 autres citations
- Ils se tuerent, en despit de son humanité — MONT., II, 37
- Dedans peu de jours il eust contrainct les Lacedaemoniens de venir à la bataille contre eulx, en despit qu'ils en eussent — AMYOT, Alc. 76
- Et sembloit qu'ils le feist par despit d'eulx tant seulement, et pour leur desplaire expressement — ID., Alcib. et Cor. comp. 5
- Son cheval se tourna et l'emporta en arriere en despit qu'il en eust — ID., Marcell. 8
- Ter. Culeo, pour leur faire despit, persuada au peuple de le commander ainsi — ID., Flamin. 35
Étymologie
Bourguig. dépey ; norm. dépit, mépris ; provenç. despieg, despieyt ; anc. catal. despeit ; espagn. despecho ; ital. dispetto ; du latin despectus, de despicere, regarder de haut en bas, mépriser, de la préposition de, et spicere, regarder (voy. SPECTRE).
Supplément au dictionnaire
1. DÉPIT. - REM. Ajoutez :
3. On a dit : en dépit que, pour : par dépit de ce que.
- Sa mère m'a autrefois dit pis que pendre de lui, en dépit qu'il traitait si mal sa jeune femme — GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 291
DÉPIT, ITE2 adj. (dé-pi, pi-t')
Qui a du dépit, de la mauvaise humeur.
- Nérie honteuse et dépite — LA FONT., Coupe.
Inusité présentement.
Historique
XIIIe s.
- Sachez qu'ele en a fait que mauvaise et despite — Berte, 54
- Car poure chose, où qu'ele soit, Est adès boutée et despite — la Rose, 459
XVIe s.
- S'il advenoit qu'il feust despit, courroussé, fasché ou marry.... — RAB., Garg. I, 7
- On la peut nommer despite, vindicative, opiniatre et muable — MARG., Nouv. 15
3 autres citations
- Ils sont allez feindre cette sotte image [de la philosophie] triste, querelleuse, despite, mineuse.... — MONT., I, 176
- Je suis despit de quoy nostre vie s'embesogne toute à cela — ID., I, 193
- Les Corinthiens furent bien despits de se voir en ceste sorte abusez et mocquez par Icetes — AMYOT, Timol. 13
Étymologie
Dépit 1.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (cibles)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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