entamer
- nature
- ver
- diction
- [ɑ̃tame] · 3 syllabes
- attesté
- Au plus tard au XIIᵉ siècle
- usage
- 9 par million de mots
Sens et définitions
Verbe 8
-
Inciser superficiellement.
- Sur l’établi du charpentier, un pied de chaise en réparation gisait à côté du ciseau qui ne l'avait qu'entamé. Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928
-
Porter atteinte.
- Il y a entre le ritualisme occidental et le mysticisme oriental une différence d'essence, une incompatibilité radicale que vingt siècles d'échanges et de compénétrations n’ont pas entamée. Jacques-Henry Bauchy, Histoire de la Forêt d'Orléans, 1985
-
Diminuer une chose en en retranchant une petite partie.
- Entamer une pièce de drap.
-
Empiéter, entreprendre sur les droits de quelqu’un, sur sa charge ; l’amener à faire quelque chose contre sa résolution.
- Prenez bien garde qu’on ne vous entame.
-
Parvenir à connaître ses vues cachées, ses sentiments secrets, en parlant d’une personne.
- C’est un homme impénétrable, on ne sait par où l’entamer.
-
Prendre quelque avantage dans une discussion, en parlant d’une personne.
- C’est un rude logicien, qu’il n’est pas facile d’entamer.
-
figuré Commencer ; engager.
- Le pauvre roi Charles VI passait, assure-t-on, des journées entières à entamer de parties de Bataille avec sa favorite, la « petite reine » Odette de Champdivers. Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & Cᵒ, 1966, page 49
1 emploi spécialisé
-
Militaire
Commencer à le rompre, en parlant d'un corps de troupes.
- Dès que la cavalerie eut entamé la première ligne, tout le reste prit la fuite.
Conjugaison
Indicatif
Présent
- j'entame
- tu entames
- il entame
- nous entamons
- vous entamez
- ils entament
Imparfait
- j'entamais
- tu entamais
- il entamait
- nous entamions
- vous entamiez
- ils entamaient
Passé simple
- j'entamai
- tu entamas
- il entama
- nous entamâmes
- vous entamâtes
- ils entamèrent
Futur simple
- j'entamerai
- tu entameras
- il entamera
- nous entamerons
- vous entamerez
- ils entameront
Passé composé
- j'ai entamé
- tu as entamé
- il a entamé
- nous avons entamé
- vous avez entamé
- ils ont entamé
Plus-que-parfait
- j'avais entamé
- tu avais entamé
- il avait entamé
- nous avions entamé
- vous aviez entamé
- ils avaient entamé
Passé antérieur
- j'eus entamé
- tu eus entamé
- il eut entamé
- nous eûmes entamé
- vous eûtes entamé
- ils eurent entamé
Futur antérieur
- j'aurai entamé
- tu auras entamé
- il aura entamé
- nous aurons entamé
- vous aurez entamé
- ils auront entamé
Subjonctif
Présent
- j'entame
- tu entames
- il entame
- nous entamions
- vous entamiez
- ils entament
Imparfait
- j'entamasse
- tu entamasses
- il entamât
- nous entamassions
- vous entamassiez
- ils entamassent
Passé
- j'aie entamé
- tu aies entamé
- il ait entamé
- nous ayons entamé
- vous ayez entamé
- ils aient entamé
Plus-que-parfait
- j'eusse entamé
- tu eusses entamé
- il eût entamé
- nous eussions entamé
- vous eussiez entamé
- ils eussent entamé
Conditionnel
Présent
- j'entamerais
- tu entamerais
- il entamerait
- nous entamerions
- vous entameriez
- ils entameraient
Passé
- j'aurais entamé
- tu aurais entamé
- il aurait entamé
- nous aurions entamé
- vous auriez entamé
- ils auraient entamé
Impératif
Présent
- entame
- entamons
- entamez
Passé
- aie entamé
- ayons entamé
- ayez entamé
Formes impersonnelles
- Infinitif présent
- entamer
- Participe présent
- entamant
- Participe passé
- entamé
Citation
Le général ne se presse pas d'y aller, de peur d'entamer trop tôt nos magasins
Origine du mot
Du latin intaminare (« souiller, profaner ») ; voir contaminer. Certains étymologistes penchent pour un étymon gaulois et le rapprochent du breton tamm (« morceau »), tennañ (« retirer, extraire »).
Dans le dictionnaire latin : intaminare
1873 — le Littré
ENTAMER v. a. (an-ta-mé)
1 Couper le premier morceau, commencer à prendre une partie d'une chose. Entamer un pain, une pièce de drap, un sac d'argent. encore relevé aujourd’hui
- Le général ne se presse pas d'y aller, de peur d'entamer trop tôt nos magasins — MAINTENON, Lettre au duc de Noailles, 22 mai 1711
- Il n'entama point le fonds de son patrimoine qu'il conserva pour ses héritiers naturels — Mme DE GENLIS, Mlle de la Fayette, p. 26, dans POUGENS
2Par extension, couper en incisant. Entamer la peau. Le coup lui entama l'os.
- C'est un coup de hache qui n'a fait qu'entamer l'armet — D'ABLANCOURT, Arrien, livre I, dans RICHELET
En parlant d'une gerçure. Il a des engelures qui lui entament les doigts.
Fig. Faire impression sur.
- Alors que de sa voix Il entama les cœurs des rochers et des bois — RÉGNIER, Plainte.
- De l'un [dard] il [l'Amour] entama Le soldat jusqu'au vif, l'autre effleura la dame — LA FONT., Matr. d'Éph.
3 Porter atteinte à. repris par le Wiktionnaire
- Entamer la réputation, le crédit de quelqu'un.... D'un trait envenimé Toujours l'honneur du sexe est par vous entamé — REGNARD, Distrait, I, 6
- Il est proscrit, déclaré détestable, Abominable, atteint et convaincu D'avoir tenté d'entamer la vertu Des saintes sœurs.... — GRESSET, Vert-Vert, IV
4 Entamer quelqu'un, entreprendre sur ses droits, empiéter sur sa charge. encore relevé aujourd’hui
Entamer quelqu'un, avoir de l'avantage sur lui. Les députés de l'opposition ne se laissèrent pas entamer par le ministère.
Faire capituler quelqu'un avec son devoir. Il n'est pas facile de l'entamer.
Pénétrer les vœux, les sentiments secrets de quelqu'un. Il est impénétrable, on ne peut l'entamer.
- Il [le maréchal ferrant qui avait eu des révélations] ne se laissait point entamer sur les audiences qu'il avait eues du roi — SAINT-SIMON, 68, 124
5Terme de guerre. Entamer un carré, un corps de troupes, commencer à le rompre, à le faire fléchir ; détruire une partie de sa ligne de bataille. encore relevé aujourd’hui
6 Commencer. Entamer une discussion. Entamer un procès. encore relevé aujourd’hui
- Il entame une autre dispute — SÉV., 614
- Il l'attaqua de cette manière pour entamer le sujet — HAMILT., Gramm. 4
3 autres citations
- Le concile se garda d'entamer la question si l'empereur devait confirmer l'élection du pape — VOLT., Mœurs, 47
- Le même poëte qui, pour célébrer l'éloge d'Apollon, avait mis son esprit dans une assiette tranquille, s'agite avec violence lorsqu'il entame l'éloge de Bacchus — BARTHÉL., Anach. ch. 80
- Elle entama cette dangereuse explication en termes assez mesurés — Mme DE GENLIS, Mlle de la Fayette, p. 292, dans POUGENS
Absolument.
- Personne à la cour ne veut entamer, on s'offre d'appuyer — LA BRUY., VIII
7Terme de manége. Entamer le chemin, se mettre en marche.
- Les chevaux entament le chemin, en galopant, par la jambe droite de devant, qui est plus avancée que la gauche — BUFF., Cheval
Absolument. Commencer une allure. Dans toutes les allures où les pieds se meuvent isolément, c'est toujours un pied de devant qui entame. Entamer du pied droit, du pied gauche, se dit pour désigner le pied que le cheval pose en avant quand il commence à galoper.
Entamer un cheval, lui donner les premières leçons.
8 S'entamer, v. réfl. Se faire une incision, une coupure. encore relevé aujourd’hui
- Le vieillard.... De nouvelles fureurs se déchire et s'entame — MALH., 1, 4
Être commencé.
- C'est ainsi que tout s'entame et que rien ne s'achève, par un fol orgueil, dont l'influence fatale se répand sur toutes les branches de l'administration — RAYNAL, Hist. phil. XII, 7
Historique
XIIe s.
- Jà par cop d'arme [le haume] ne sera entanpnez — Roncisv. p. 36
- E ne suffrid pas que oisels entamassent les cor de jurs, ne les bestes de nuiz — Rois, p. 202
XIIIe s.
- Li fromaches fu auques mox [un peu mou], Et Tiercelins i fiert grans cox [coups] De son bec, si que il l'entame — Ren. 7251
- Mais se cil ribaut m'entamast L'espaule, ou ma teste eüst quasse.... — la Rose, 14694
6 autres citations
- Et si m'en convient il à force Entamer ung poi de l'escorce — ib. 21982
- Et ainsi pot estre li ples [procès] entamés entre les parties — BEAUMANOIR, VII, 13
- Ne porquant se la jornée est entamée ne tant ne quant, il doit paier toute le [la] jornée entiere — ID., XXXVIII, 4
- Tant vous ama [Dieu], Dame des angles [anges] vous clama ; En vous s'enclost, ainz n'entama Vo dignité ; N'en perdites virginité — RUTEB., II, 4
- Si comme en la verriere Entre et reva arriere Li solaus que n'entame [sans entamer], Ainsinc fut vierge entiere, Quant Dieux, qui es cieux iere [était], Fist de toi mere et dame — ID., Théoph.
- Se pitié vostre cuer n'entame, Bien m'ont trahi Li œil dont je premiers vous vi, Salut d'amors — JUBINAL, t. II, p. 263
XIVe s.
- Par la mort qui tout met à fin, Et qui nos cars [chairs] mort et endame — J. DE CONDET, p. 104
- Contusions où le cuir n'est pas entamé par dehors — H. DE MONDEVILLE, f° 35
XVe s.
- Ce traité fut entamé et mis avant — FROISS., I, I, 115
XVIe s.
- De quelle prudence il [le chien] l'entomme [l'os], de quelle affection il le brise, et de quelle diligence il le sugce — RAB., Garg. I, prol.
- La fouldre consumera les os sans entommer la chair qui les couvre — ID., Pant. III, 33
4 autres citations
- Pour enguarder les chastagnes de peder, l'on les entame — ID., ib. II, 31
- Il faust que la necessité vous prenne à la gorge pour l'entamer [votre trésor] — MONT., I, 316
- Il ne vouloit pas que l'on parlast aucunement des meschans, se donnant bien garde d'en entamer jamais le propos — AMYOT, Caton, 52
- Aucuns n'entament leurs vins que le jour du vendredi — O. DE SERRES, 243
Étymologie
Berry, entenmer, entamer, entomer ; wall. edamer ; nam. èdaumer ; rouchi, adamer ; provenç. entamenar ; piémont. antamnà ; du latin attaminare, mettre la main sur quelque chose, prendre. Diez, qui préfère cette étymologie au grec ἐντέμνειν (comment en effet ce mot grec serait-il entré dans les langues romanes ?), et au celtique tam, mordre, remarque que les langues romanes changent non rarement le préfixe d'un mot latin : ainsi dans con-vier, venant de in-vitare, cum, au lieu de in. Le celtique (bas-breton, tam ; écossais, teum, irl. teuman) conviendrait plus directement au sens ; mais les formes entamenar du provençal, entanpner du français, semblent indiquer le latin. On remarquera endamer de J. de Condet qui était du Hainaut, et les patois voisins du Hainaut qui ont aussi le d. Ce d ne peut guère s'expliquer que par une confusion avec dam, dommage.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (profondeur)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
- Morphalou 3.1 — ATILF (CNRS / Université de Lorraine) LGPL-LR
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