finesse

nature
nom féminin
diction
[finɛs] · 2 syllabes
attesté
1301
usage
10 par million de mots

Sens et définitions

Nom 12

  1. Qualité de ce qui est fin, délié ou menu.
    • […], et l'on y voit de grands troupeaux de mérinos, remarquables par leur bonne conformation et l'abondance et la finesse de leurs toisons […]. Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 103
  2. Qualité ce qui a une forme délicate et agréable.
    • Quant aux « désespoir du peintre », la finesse des petites taches rouges sur le blanc des pétales m'attirait sans que jamais j'aie pu savoir pourquoi leur irréalité me troublait autant. Jeannine Burny, Le jour s'en va toujours trop tôt: sur les pas de Maurice Carême, page 13, éditions Racine, 2007
  3. Effets de touche, de ton, remarquables par leur légèreté, leur grâce, leur délicatesse.
    • Finesses de touche. - Finesses de ton.
  4. Délicatesse, en parlant des sens.
    • Il a l’ouïe d’une grande finesse. - Les aveugles acquièrent en général une grande finesse de tact.
  5. figuré Délicatesse de l’esprit, du goût, du jugement.
    • Les Comanches battirent l’estrade avec cette finesse et cette habileté que les Peaux-Rouges possèdent à un degré si éminent; mais tout fut inutile. Gustave Aimard, La grande flibuste, chap. 24 : Les Coureurs des bois, 5ᵉ éd., Paris : chez Amyot, 1862, p. 379
  6. Qualité des choses faites pour être appréciées par le goût et par la pénétration d’esprit.
    • Cela est dit, est exprimé avec finesse. - Il ne sentit pas d’abord toute la finesse de cette réponse. - La finesse de ses railleries. - Des jugements pleins de finesse.
  7. La chose même qui est difficile à sentir, à saisir, à pénétrer.
    • Les artifices et les mystères du style chinois sont sans nombre; ici le titre lui-même, Printemps et Automne, n'est probablement pas sans quelque secrète intention et quelque finesse cachée. Jean-Jacques Ampère, La Chine et les travaux d'Abel Rémusat, Revue des Deux Mondes, 1832, tome 8
  8. La finesse d’esprit.
  9. Ruse; artifice. Invention cousue de fil blanc, machination particulièrement habile ou ridicule. Mensonge.
3 emplois spécialisés
  1. Gravure Manière de peindre, de graver, de dessiner légère, délicate et gracieuse ; effet qui en résulte.
    • Finesse de pinceau, de burin, de touche.
  2. Théorie des gaz et aérodynamique Rapport entre Cz coefficient de portance et Cx coefficient de traînée qui caractérise la qualité aérodynamique d'un avion. Plus la finesse est grande, plus faible est la résistance aérodynamique pour une sustentation donnée.
  3. Tricot et tissus extensibles Diminution brusque et accidentelle d'épaisseur sur une longueur plus ou moins importante.

Citation

Jamais Lamotte n'aura ce style, disaient-ils ; quelle finesse et quelle grâce ! on reconnaît la Fontaine à chaque mot ; la fable était de Lamotte
Voltaire, Mél. littér. à M. de Laharpe

Origine du mot

Fin 2 ; provenç. fineza, pureté ; catal. finesa ; espagn. fineza ; ital. finezza. — Littré, 1873

1873 — le Littré

FINESSE s. f. (fi-nè-s')

1 Qualité de ce qui est fin, c'est-à-dire de ce qui a le caractère d'une élégante délicatesse. Il y a beaucoup de finesse dans cette plaisanterie. Réponse pleine de finesse. Finesse de vues, d'aperçus. encore relevé aujourd’hui

  • Jamais Lamotte n'aura ce style, disaient-ils ; quelle finesse et quelle grâce ! on reconnaît la Fontaine à chaque mot ; la fable était de Lamotte — VOLT., Mél. littér. à M. de Laharpe

2 Il se dit de ce qui a une forme délicate et élégante. La finesse des contours dans une figure, dans un dessin. encore relevé aujourd’hui

  • La tête a aussi plus de finesse ; ce qui lui rend la physionomie agréable — BUFF., Quadrup. t. XII, p. 109, dans POUGENS
  • C'était la belle Desfourniels qui, pour la régularité, la délicatesse des traits et leur finesse inimitable, était le désespoir des plus habiles peintres — MARMONTEL, Mém. III

Terme de sculpture, de peinture et de gravure. Finesse de ciseau, de pinceau, de burin, manière délicate et gracieuse de sculpter, de peindre, de graver.

  • Elle est sans finesse.... mais tant mieux.... oui, mais j'entends sans finesse de pinceau — DIDER., Salon de 1765, Œuv. t. III, p. 343, dans POUGENS

Finesses de touche, finesses de ton, effets de touche, de ton, remarquables par leur grâce et leur délicatesse.

Qualité de ce qui est svelte et élégant. La finesse de la taille.

3 Qualité de ce qui est fin, délié, menu. Du linge d'une grande finesse. La finesse des cheveux, d'une dentelle. encore relevé aujourd’hui

4 Subtilité des sens. Il a l'ouïe d'une grande finesse. encore relevé aujourd’hui

5 Qualité qui fait que l'esprit, par la délicatesse, saisit et perçoit les choses fines. La finesse du jugement. La finesse du goût. La grâce et la finesse de la Fontaine. encore relevé aujourd’hui

  • Le mot de finesse ne saurait non plus l'avoir fâché en l'endroit où il est ; il ne signifie autre chose qu'adresse, que science, que subtilité — BALZAC, Lettres, I, 4, dans RICHELET
  • Le sage nous avertit que la vraie finesse est de bien connaître non la voie des autres, mais sa voie propre — NICOLE, Ess. mor. 2e traité, chap. 5
5 autres citations
  • .... Pour dire un mot faut-il tant de finesse ? — MOL., Tart. I, 6
  • [L'esprit] C'est une finesse de raison qui s'évapore, et qui est d'autant plus faible et plus sujette à s'évanouir qu'elle est plus délicate et plus épurée — FLÉCHIER, Mme de Montausier.
  • Dans la conduite, finesse exprime toujours, comme dans les arts, quelque chose de délié — VOLT., Dict. phil. Finesse.
  • Par une grande finesse de discernement, on distinguera les pensées stériles des pensées fécondes — BUFF., Disc. de réception.
  • La finesse semble être la qualité dominante de son esprit ; mais il l'a portée à un si haut degré, il l'a si heureusement employée, et elle l'a si bien servi que cette qualité prend chez lui un caractère de grandeur, et produit ce sentiment d'admiration et d'étonnement qui semble réservé aux prodiges qu'en fantent la force et la profondeur du génie — CONDORCET, Daniel Bernoulli.

Absolument, finesse se dit pour finesse d'esprit. Sa physionomie exprime la finesse.

  • La finesse imagine au lieu de voir ; à force de supposer elle se trompe — DUCLOS, Consid. mœurs, chap. 13

Parole, action qui dénote de la finesse.

  • Gardez-vous bien d'imiter ces personnes qui applaudissent aux enfants lorsqu'ils ont marqué de l'esprit par quelque finesse — FÉNEL., Éduc. des filles, chap. 9

Entendre finesse à quelque chose, y donner un sens fin et quelquefois malin, en tout cas ne pas la prendre dans le sens qui se présente.

  • Nous le verrions pendre que nous y entendrions encore quelque finesse — SÉV., 301
  • Ceux qui n'y entendaient point de finesse.... — HAMILT., Gramm. 10
2 autres citations
  • On inspire la défiance en employant toujours la finesse ; on se trompe presque toujours en entendant finesse à tout — VOLT., Dict. phil. Finesse.
  • Ils sont au comble de l'esprit, lorsqu'ils savent entendre finesse à tout — MONTESQ., Lett. pers. 82

On dit de même : chercher finesse à une chose. Il ne faut pas chercher de finesse à ce que je vous dis.

N'y pas savoir de finesse, ne pas vouloir tromper, faire illusion.

  • Il y en a parmi eux [les médecins] qui sont eux-mêmes dans l'erreur populaire, dont ils profitent ; et d'autres qui en profitent sans y être ; votre monsieur Purgon, par exemple, n'y sait point de finesse ; c'est un homme tout médecin, depuis la tête jusqu'aux pieds — MOL., Mal. imag. III, 3
  • Moi, je n'y sais point de finesse ; j'avertis qu'elle finira une heure au moins plus tôt qu'une autre pièce — RÉGNARD, Fol. amour. Prol.

Faire finesse d'une chose, ou, simplement, faire finesse, cacher, dissimuler ce qu'on ne devrait pas dissimuler.

  • Nous n'avions point dessein de vous faire de finesse — SÉV., 249
  • Je n'en ai pas fait de finesse à monsieur le chevalier — ID., 531
1 autre citation
  • Je ne voudrais pas faire finesse de tout — BOSSUET, Lett. abb. 247

6 Il se dit de la chose même qui est difficile à saisir, à sentir. encore relevé aujourd’hui

  • On m'a prêté un exemplaire des remarques de M. de Vaugelas avec des notes écrites de la main de feu M. Chapelain, à qui aucune finesse de notre langue n'était inconnue — VAUGELAS, Rem. not. Th. Corn. t. I, p. 40, dans POUGENS
  • Presque personne ne savait les finesses de la versification [avant Racine] — VOLT., Dict. phil. Art dramat.
2 autres citations
  • Il [Aristote] veut que l'orateur connaisse les passions des hommes et les mœurs, les humeurs de chaque condition ; je ne crois pas qu'il y ait une seule finesse de l'art qui lui échappe — ID., ib. Aristote.
  • Les finesses de l'art sont rarement dues aux premiers inventeurs — ID., Newton, II, 9

7 Supercherie, ruse.

  • Enfin j'ai vu le monde et j'en sais les finesses — MOL., Éc. des femmes, IV, 5
  • Je vous ai soupçonnée de finesse ; je suis bien aise de m'être trompée — MAINTENON, Lett. à Mme de la Viefville, 23 fév. 1705
6 autres citations
  • La finesse est l'occasion prochaine de la fourberie ; de l'une à l'autre le pas est glissant — LA BRUY., VIII
  • Avec les gens qui par finesse écoutent tout et parlent peu, parlez encore moins ; ou, si vous parlez beaucoup, dites peu de chose — ID.
  • Elles [les filles] estiment la finesse ; et comment ne l'estimeraient-elles pas, puisqu'elles ne connaissent pas de meilleure prudence ? — FÉNELON, Éduc. filles, ch. 9
  • La finesse est un mensonge en action ; et le mensonge part toujours de la crainte ou de l'intérêt, et par conséquent de la bassesse — DUCLOS, Consid. mœurs, ch. 13
  • Il [Louis XI] introduisait trop souvent dans la politique la finesse, qui la supplée rarement et qui l'avilit toujours — ID., Hist. de Louis XI, Œuvres, t. III, p. 357, dans POUGENS.
  • La finesse n'a jamais réussi à personne dans les grandes choses — VOLT., Lett. Catherine, 21 sept. 1770

Acte de finesse, de ruse.

  • Bien qu'il parle de paix, ce n'est qu'une finesse Pour trouver un moyen de revoir la princesse — DESMARETS, Mirame, I, 1
  • On les voit [les animaux] attaquer et se défendre aussi industrieusement qu'on le puisse imaginer, ruser même ; et, ce qui est plus fin encore, prévenir les finesses, comme il se voit tous les jours à la chasse, où les animaux semblent montrer une subtilité exquise — BOSSUET, Connaiss. V, 1
5 autres citations
  • Ce que j'appelle ici mauvaises finesses, ne sont pas seulement les finesses grossières ou les raffinements trop subtils, mais en général toutes les finesses qui usent de mauvais moyens — ID., Politique, V, II, 9
  • Jamais ces misérables finesses que les religieuses prennent pour habileté — MAINTENON, Lett. à Mme de la Viefville, 17 oct. 1707
  • Il n'est plus question de deviner les finesses des prêtres par des moyens qui pourraient eux-mêmes paraître trop fins ; un temps a été qu'on les a découvertes de toutes parts aux yeux de toute la terre, ce fut quand la religion chrétienne triompha hautement du paganisme — FONTEN., Oracl. I, 17
  • C'étaient de petites finesses [d'Auguste] pour se faire donner ce qu'il ne croyait pas avoir assez acquis — MONTESQ., Rom. XII
  • Prenez garde que toutes ces histoires de maîtres supposés sont de vieilles finesses, des moyens de comédie — BEAUMARCH., Barb. de Sév. III, 2

Des finesses cousues de fil blanc, des artifices grossiers, métaphore prise des tailleurs mal habiles qui font des coutures grossières et avec du fil blanc.

Il est au bout de ses finesses, c'est-à-dire il est au bout de ses inventions pour tromper.

Synonyme

1. FINESSE, SUBTILITÉ., La subtilité de l'esprit est la finesse poussée à l'excès et devenue un défaut.

2. FINESSE, PÉNÉTRATION., La pénétration perce les choses difficiles, obscures. La finesse discerne les choses fines et qui échappent facilement à la vue.

3. FINESSE, RUSE., La finesse, en ce sens, n'est que la finesse d'esprit conduite jusqu'à un mauvais usage. Il reste donc toujours quelque chose de fin, de délié, qui peut manquer tout à fait à la ruse.

Historique

XVe s.

  • Jouer une finesse [jouer un mauvais tour] — DU CANGE, fictitia.
  • Leur administrer bastons ou armeures deffensables pour faire leurs finesses [leur mauvais coup] — ID., ib.
1 autre citation
  • Et à qui que feisse finesse [courtoisie, service], Il ne m'aymoit que pour le myen — VILLON, Regrets de la belle Heaulmyère.

XVIe s.

  • Combattre de vertu, non de finesse [adresse] — MONT., I, 23
  • Je ne meslois à mes jeux ni tricotterie ni finesse [astuce] — ID., I, 109
3 autres citations
  • Quelqu'un proposoit contre Cleanthes des finesses dialectiques — ID., I, 190
  • Il leur feit cognoistre que toutes leurs finesses n'estoient que jeux d'enfans — AMYOT, Philop. 22
  • Finesse est une parolle mitoyenne entre la prudence et la tromperie — PASQUIER, Recherches, liv. VIII, p. 756, dans LACURNE
Étymologie

Fin 2 ; provenç. fineza, pureté ; catal. finesa ; espagn. fineza ; ital. finezza.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « finesse » du Wiktionnaire.

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