oubli

nature
nom masculin
diction
[ubli] · 2 syllabes
attesté
1080
usage
36 par million de mots
parenté
oublier

Sens et définitions

Nom 4

  1. Manque de souvenir.
    • Mais le seul nom qui ait été sauvé de l'oubli, dans la poésie profane, est celui de ce médiocre rimeur de Mathieu-le-Juif, d'Arras, qui vivait au XIIIᵉ siècle […]. Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937
  2. Négligence, manquement.
    • Et les camarades bien divers d'agir en sourdine, de miner peu à peu les résolutions les plus vaillantes, prêcheurs d'oubli, de laisser-courre, d'exutoires ! Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958
  3. Pardon, renoncement.
    • L’oubli des injures.
  4. poétique Le fleuve d’oubli, Le fleuve qui, suivant les anciens, coulait dans les enfers et dont les eaux, disaient-ils, faisaient perdre la mémoire à ceux qui en buvaient. On l’appelle autrement le Léthé.
    • Un immense fleuve d’oubli nous entraîne dans un gouffre sans nom. Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1883, collection Folio, page 51.

Citation

Enchanté par sa passion, et détourné par les affaires, il [David] laissait la vérité dans l'oubli
Bossuet, Sermons, Prédicat. 2

Origine du mot

Déverbal de oublier ou du latin oblitus. ubli

Dans le dictionnaire latin : oblitus

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

OUBLI s. m. (ou-bli)

1 Perte du souvenir. encore relevé aujourd’hui

  • Enchanté par sa passion, et détourné par les affaires, il [David] laissait la vérité dans l'oubli — BOSSUET, Sermons, Prédicat. 2
  • Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connaître, Leur talent dans l'oubli demeurerait caché — BOILEAU, Sat. IX
8 autres citations
  • Oh ! d'un si grand service oubli trop condamnable ! — RAC., Esth. II, 3
  • D'adorateurs zélés à peine un petit nombre Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre ; Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal — ID., Ath. I, 1
  • Presque tous les événements sont précipités les uns par les autres dans un éternel oubli ; c'est une réflexion qu'on ne saurait trop faire — VOLT., Russie, Préf. hist.
  • D'un éternel oubli ne tirez point les morts — ID., Sémiram. II, 7
  • Déjà l'obscure nuit versait l'oubli des maux — DELILLE, Én. IX
  • La merveilleuse illusion de l'oubli fait aller le monde — STAËL, Corinne, XVIII, 3
  • Il n'y a point d'oubli pour les personnes d'une imagination forte — ID., ib. 6
  • Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde, Oui, vous sonnez la retraite à propos ; Pour compagnon, bientôt dans ma mansarde, J'aurai l'oubli, père et fils du repos — BÉRANG., Adieu, chansons.

Tomber dans l'oubli, s'effacer de la mémoire des hommes.

  • N'oubliez pas d'insister plus que vous ne faites dans votre épître, sur la protection qu'on accordait aux persécuteurs de Corneille, et sur l'oubli profond où sont tombées toutes les infamies qu'on imprimait contre lui — D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 8 sept. 1761

2 Action d'oublier.

  • Oubli du monde et de tout, hormis Dieu — PASC., dans son amulette.
  • Dans cet oubli profond et de Dieu et d'elle-même où elle ['âme] s'était plongée — BOSSUET, la Vallière.
2 autres citations
  • Jéhu, sur qui je vois que votre espoir se fonde, D'un oubli trop ingrat a payé ses bienfaits [de Dieu] — RAC., Athal. III, 6
  • Lorsque Julien voulut mettre de la simplicité et de la modestie dans ses manières, on appela oubli de la dignité ce qui n'était que la mémoire des anciennes mœurs — MONTESQ., Rom. 17

Mettre en oubli, perdre le souvenir.

  • Assez d'autres sans vous n'ont pas mis en oubli Par quelles cruautés son trône est établi — CORN., Cinna, I, 2
  • Les premières douleurs sont mises en oubli — PASC., Prophéties, 33, éd. FAUGÈRE.
2 autres citations
  • Quoi !... Nous mettrons notre honneur et son sang en oubli ! Il est mort ; savons-nous s'il est enseveli ? — RAC., Mithr. I, 3
  • Dont l'écrit froid et long, déjà mis en oubli, Ne fut jamais connu que de l'abbé Mably — VOLT., Ép. à Horace.

Oubli des injures, l'action d'oublier les injures et de n'en garder aucun ressentiment.

Oubli de soi-même, abnégation de ses intérêts, de ses droits.

Oubli de ses devoirs, action de manquer à ses devoirs.

  • Je vois avec une amère confusion jusqu'où l'oubli du premier de mes devoirs m'a fait porter celui de tous les autres — J. J. ROUSS., Hél. I, 39

Il se dit, dans un sens analogue, des personnes qu'on néglige.

  • ....Nourrir dans son âme Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme — RAC., Brit. III, 3
  • L'oubli de tous les droits né de l'oubli des dieux — DELILLE, Imag. I

3 Acte d'oubli. Réparer un oubli.

  • J'oubliais mon amour, dit-il... ah ! oui, les hommes ont de ces oublis ; leur cœur et leurs sens peuvent agir séparément — Mme RICCOBONI, Jul. Catesby, Œuvr. t. I, p. 380, dans POUGENS

4 Le fleuve de l'oubli, le Léthé (voy. ce mot).

Historique

XIe s.

  • Mais lui meïsme [il] ne vuet mettre en oubli — Ch. de Rol. CLXXIII

XIIIe s.

  • Et ce qu'on voit ne doit estre en oubli — EUST. LE PEINTRE, dans Couci.
  • Or te voil dire et conseillier, Que l'amors metes en obli, Dont ge te voi si afoibli — la Rose, 3031

XVe s.

  • Le jeune roy d'Angleterre ne meit pas en oubly le voyage qu'il devoit faire au royaume de France — FROISS., I, I, 52

XVIe s.

  • Tu bois le long oubli de tes travaux passez — DU BELLAY, VI, 8, recto.
  • Il a esté necessaire que Dieu eust ses registres authentiques pour y coucher sa verité, afin qu'elle ne perist point par oubli — CALV., Instit. 29
Étymologie

Provenç. oblit, obli ; catal. oblit, olvit ; espagn. olvido ; ital. oblio ; de oblitum, supin de oblivisci, oublier (voy. OUBLIER).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « oubli » du Wiktionnaire.

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