déroger
- nature
- ver
- diction
- [deʁoʒe] · 3 syllabes
- usage
- moins de 1 par million de mots
Sens et définitions
Verbe 3
-
S’écarter, de quelque manière que ce soit, de ce qui est établi par une loi, un acte de l’autorité publique, une convention, des droits, un usage, etc.
- Il faisait très chaud. Une canicule étouffante qui s’était installée sur le pays depuis plusieurs semaines. Et ce matin-là n’avait pas dérogé à la règle. Philippe Morvan, Les Fils du Ciel, Calmann-Lévy, 2021
-
S’écarter par sa conduite de ce à quoi oblige l’honneur, le rang social que l’on occupe, etc.
- Et, quoique Réginald Fitzurze ait laissé un fils, ce fils a dérogé de la fidélité et du courage de son père. Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820
-
S’abaisser jusqu’à condescendre.
- Il voulut bien déroger jusque-là.
Conjugaison
Indicatif
Présent
- je déroge
- tu déroges
- il déroge
- nous dérogeons
- vous dérogez
- ils dérogent
Imparfait
- je dérogeais
- tu dérogeais
- il dérogeait
- nous dérogions
- vous dérogiez
- ils dérogeaient
Passé simple
- je dérogeai
- tu dérogeas
- il dérogea
- nous dérogeâmes
- vous dérogeâtes
- ils dérogèrent
Futur simple
- je dérogerai
- tu dérogeras
- il dérogera
- nous dérogerons
- vous dérogerez
- ils dérogeront
Passé composé
- j'ai dérogé
- tu as dérogé
- il a dérogé
- nous avons dérogé
- vous avez dérogé
- ils ont dérogé
Plus-que-parfait
- j'avais dérogé
- tu avais dérogé
- il avait dérogé
- nous avions dérogé
- vous aviez dérogé
- ils avaient dérogé
Passé antérieur
- j'eus dérogé
- tu eus dérogé
- il eut dérogé
- nous eûmes dérogé
- vous eûtes dérogé
- ils eurent dérogé
Futur antérieur
- j'aurai dérogé
- tu auras dérogé
- il aura dérogé
- nous aurons dérogé
- vous aurez dérogé
- ils auront dérogé
Subjonctif
Présent
- je déroge
- tu déroges
- il déroge
- nous dérogions
- vous dérogiez
- ils dérogent
Imparfait
- je dérogeasse
- tu dérogeasses
- il dérogeât
- nous dérogeassions
- vous dérogeassiez
- ils dérogeassent
Passé
- j'aie dérogé
- tu aies dérogé
- il ait dérogé
- nous ayons dérogé
- vous ayez dérogé
- ils aient dérogé
Plus-que-parfait
- j'eusse dérogé
- tu eusses dérogé
- il eût dérogé
- nous eussions dérogé
- vous eussiez dérogé
- ils eussent dérogé
Conditionnel
Présent
- je dérogerais
- tu dérogerais
- il dérogerait
- nous dérogerions
- vous dérogeriez
- ils dérogeraient
Passé
- j'aurais dérogé
- tu aurais dérogé
- il aurait dérogé
- nous aurions dérogé
- vous auriez dérogé
- ils auraient dérogé
Impératif
Présent
- déroge
- dérogeons
- dérogez
Passé
- aie dérogé
- ayons dérogé
- ayez dérogé
Formes impersonnelles
- Infinitif présent
- déroger
- Participe présent
- dérogeant
- Participe passé
- dérogé
Citation
À la place de l'héritier que la nature appelait, ils mirent celui que demandait la conjoncture, se persuadant que la nécessité a ses lois qui dérogent à toutes les autres
Origine du mot
Du latin derogare (« déroger ») → voir interroger et proroger.
Dans le dictionnaire latin : derogare
1873 — le Littré
DÉROGER v. n. (dé-ro-jé. Le g prend un e devant a ou o : nous dérogeons, je dérogeais)
1Terme de jurisprudence. Prendre des dispositions qui sont différentes de dispositions antérieures ou qui y sont contraires. Déroger à une transaction par une autre. Les deux parties ont dérogé à leur contrat. encore relevé aujourd’hui
Il se dit aussi de lois ou de dispositions qui en modifient ou révoquent une autre. Les priviléges dérogent au droit commun.
- À la place de l'héritier que la nature appelait, ils mirent celui que demandait la conjoncture, se persuadant que la nécessité a ses lois qui dérogent à toutes les autres — ROLLIN, Hist. anc. t. VI, p. 15, dans POUGENS
- Leurs lois ont dérogé aux lois de la nature pour assurer la tranquillité, pour encourager l'industrie, pour affermir la liberté — RAYNAL, Hist. phil. XVI, 13
2 Ne pas se conformer à, porter atteinte à. Déroger aux droits de quelqu'un. encore relevé aujourd’hui
- Je sais bien que toute la gloire de la sainte Vierge vient de ce qu'elle est mère du Sauveur ; et je dis de plus qu'il y a beaucoup de gloire au Sauveur d'être le fils de la Vierge ; n'appréhendez pas, chrétiens, que je veuille déroger à la grandeur de mon maître par cette proposition — BOSSUET, 2e serm. Comp. de la sainte Vierge, 1
- Vous diriez qu'on déroge à l'amour de Dieu en se plaisant à le voir — ID., Or. 5
2 autres citations
- Maxime qui, bien loin de déroger à la grandeur des souverains de la terre, ne sert au contraire qu'à la relever et à lui donner plus d'éclat — BOURDAL., 2e disc. après Pâq. Dominic. t. II, p. 10
- Dieu, en vous donnant ces biens, n'a jamais eu intention de déroger à ses droits — ID., Dim. de la septuagés. Dominic. t. I, p. 351
3 Déroger à noblesse, ou, absolument, déroger, faire une chose qui entraînait la perte des droits et des priviléges de la noblesse. Déroger en se mettant dans le commerce. encore relevé aujourd’hui
Par extension. Le commerce dérogeait, il faisait que le noble qui commerçait n'était plus noble.
- Il faut avouer que la nation française, aussi polie qu'aucune nation, est encore dans cette barbarie, qu'elle doute si les sciences poussées à une certaine perfection ne dérogent point, et s'il n'est point plus noble de ne rien savoir — FONTEN., l'Hospital.
Fig.
- Quant aux romans tout à fait inventés, ils étaient continuellement, quelle que fût l'époque et le nom des personnages, la reproduction de l'élégante politesse du XVIIe siècle ; ils ne dérogeaient pas jusqu'à la vérité — VILLEMAIN, Litt. fr. XVIIIe siècle, 2e part. 1re leçon.
4 Faire une chose indigne de.
- Ne dérogez pas à votre caractère par une si lâche complaisance — Dict. de l'Acad.
- À Dieu ne plaise que je prétende en aucune sorte déroger à la vérité et à la sainteté de cette morale — BOURD., Pensées, liv. I, p. 25
5 Déroger se dit, surtout avec ironie, pour condescendre, s'abaisser à. Il voulut bien déroger jusques-là. encore relevé aujourd’hui
- Que des traces du monstre [la chicane] on purge la tribune ; J'y monte ; et mes talents, voués à la fortune, Jusqu'à la prose encor voudront bien déroger — PIRON, Métrom. III, 7
Déroger se conjugue avec l'auxiliaire avoir.
Historique
XIVe s.
- Nul droit positif ne peut desroguer à droit naturel, ne obligier à faire contre droit naturel — ORESME, Eth. 182
XVIe s.
- Car cueur, parlant soubz bouche desloyalle, N'est qu'arcenic dedans le miel logé ; Car trop desrogue à dignité royalle — J. MAROT, V, 194
- Ainsi nous avons deux choses à considerer, quand nous parlons de cette humanité ; c'est que nous ne lui ostions pas la verité de sa nature, et que nous ne desrogions rien à sa condition glorieuse — CALV., 201
9 autres citations
- L'homme mortel usurpe l'office de Dieu, et derogue à sa majesté, quand il se fait juge de ses prochains — ID., 309
- Il n'est point à nous de rien deroguer à Dieu, quoy que nous en parlions impertinemment — ID., Instit. 23
- On ne peut pas d'iceux [passages] inferer que Dieu ait rien derogué à son premier conseil — ID., ib. 159
- Je ne veux point, dit-il, par ambition deroguer à personne — ID., ib. 905
- Les Atheniens, derogans à la loi de leur ostracisme, rappelerent tous ceulx qu'ilz avoient releguez — AMYOT, Arist. 21
- Derogant en cela la dignité du souverain magistrat, et rendant, par maniere de dire, le consulat un tribunat du peuple — ID., Pomp. 66
- Cela ne desroge à la gloire de ces anciens aucteurs qui.... — MONT., III, 354
- Mon histoire ne desrogera pas à la bien-seance, de vous conter ce qui.... — D'AUB., Hist. I, 70
- Or, tout cecy ne deroge aucunement à la doctrine commune, que le monde est faict pour l'homme, et l'homme pour Dieu — CHARRON, Sagesse, I, 42
Étymologie
Provenç. et espagn. derogar ; ital. derogare, dirogare ; du latin derogare, déroger à une loi, en retrancher une disposition ; de la préposition de, et rogare, porter une loi, demander (voy. ROGATOIRE).
Supplément au dictionnaire
DÉROGER. Ajoutez :
6 Activement, ôter par dérogation.
- Le Fils de Dieu lui donnait toujours [à l'Église judaïque] la même autorité qu'elle avait pour soutenir et instruire les enfants de Dieu, ne lui dérogeant la créance que dans le point que Dieu avait révélé par tant de miracles ; car la croyance qu'il donnait par ces miracles à l'Eglise chrétienne ne dérogeait qu'à cet égard à la foi de l'Église judaïque — BOSSUET, Médit. Évang. Serm. de N. S. 55e journée.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
- Morphalou 3.1 — ATILF (CNRS / Université de Lorraine) LGPL-LR
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