étranger
- nature
- nom masculin
- diction
- [etʁɑ̃ʒe] · 3 syllabes
- usage
- 70 par million de mots
Sens et définitions
Adjectif 7
-
Relatif à ce qui vient de l’extérieur.
- Vous pensez bien, dit-il, que la nomination d’un chanoine étranger au diocèse n’a pas été considérée d’un œil indifférent par le clergé de Chartres. Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915
-
Qui est d'une autre nation, qui vient d’un autre pays.
- Les Magyars ne surent même pas défendre les Slovaques contre l’invasion étrangère. En 1244, ils furent écrasés par mes Mongols qui se répandirent sur le pays […]. Ernest Denis, La Question d'Autriche ; Les Slovaques, Paris, Delagrave, 1917, in-6, p.106
-
Qui n’est pas partie prenante.
- Il rejetait délibérément toutes préoccupations étrangères à sa neuve situation. Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 116
-
Qui n’a aucune notion ou est indifférent.
- Les grands une fois corrompus ne doutent de rien : devenus étrangers à la dignité d'une ame élevée, ils en attendent ce qu'ils ne balanceroient pas d'accorder; et lorsque nous ne nous avilissons pas à leur gré , ils osent nous accuser d’ingratitude. Denis Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron, livre 1, §. 29, dans les Œuvres de Denis Diderot, publiées par Jacques-André Naigeon, Paris : chez Desray & chez Deterville, an VI, vol. 8, p. 76
-
Ne pas faire partie d’un groupe social.
- Les personnes étrangères à l’association, à la famille.
-
Qui a cessé d’avoir des rapports avec une personne.
- Nous sommes devenus absolument étrangers l’un à l’autre.
-
Qui n’a aucun rapport avec le sujet du discours, avec la cause d'un événement.
- Alphonse n'est sans doute pas étranger à ce traitement, lui qui n'a confiance en personne lorsqu'il est question d'argent, et certainement en son fils prodigue. Richard Di Domenico, Moi, Lautrec / docteur litho - mister ribaud, Editions Phi, 2021
Nom 6
-
Personne en provenance (ou ayant une identité officielle) d’une ville, d’une région ou d’un pays différent.
- — Parfaitement... et il a dit à ces dames que c'était un étranger, arrivé récemment à Paris et colossalement riche. Fortuné du Boisgobey, Double-Blanc, Paris : chez Plon & Nourrit, 1889, p. 213
-
Personne qui n’appartient pas à une famille, un groupe social …
- Il a donné son bien à un étranger pour l’ôter à ses parents.
-
Ensemble des villes et des pays différents de celui du locuteur.
- Je vais vivre à l’étranger.
- Synonyme d’oriental (race de chat).
2 emplois spécialisés
- Droit international public Aux fins de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés, personne autre qu'un citoyen canadien ou un résident permanent.
- Vocabulaire parlementaire Toute personne qui n'est ni un député ni un fonctionnaire de la Chambre, y compris les sénateurs, les diplomates, les fonctionnaires des ministères, les journalistes et le public.
Verbe 3
-
Faire éloigner d’un lieu, désaccoutumer d’y venir, en parlant d’animaux.
- Étranger le gibier, les loups d'un pays
-
familier Écarter, éloigner, en parlant des personnes.
- Courtebonne, au lieu de se laisser étranger et sa femme, sut plaire et en tirer les meilleurs partis Saint-Simon, 145, 113
-
S’éloigner, s’écarter.
- Les deux amies d’enfance s’évitèrent pendant quelque temps et puis finirent par s’étranger complètement l’une à l’autre. Lucien Descaves, L’Hirondelle sous le toit, 1924
Citation
Rome par une loi que rien ne peut changer N'admet avec son sang aucun sang étranger
Origine du mot
Nivernais, étranzé ; bourguig. étraingé ; provenç. estrangier, estranher ; catal. estranger ; espagn. extrangero ; portug. estrangeiro ; ital. straniere ; du latin fictif extranearius, d'extraneus, (voy. ÉTRANGE). — Littré, 1873
latin — abalienatus « 1° Rendu étranger, séparé : Abalienati jure civium »
1873 — le Littré
ÉTRANGER, ÈRE1 adj. (é-tran-jé, jê-r')
1 Qui est d'une autre nation, qui appartient, qui a rapport aux autres pays. Les coutumes, les mœurs étrangères. Les langues étrangères. encore relevé aujourd’hui
- Rome par une loi que rien ne peut changer N'admet avec son sang aucun sang étranger — RAC., Bérén. II, 2
- La Grèce me reproche une mère étrangère — ID., Phèd. II, 2
4 autres citations
- Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés, Du reste des humains ils [les Juifs] semblent divisés — ID., Esth. II, 1
- Des hommes étrangers qui venaient de si loin — FÉN., Tél. II
- Il [Newton] a laissé environ 32000 livres sterling.... M. Leibnitz, son concurrent, mourut riche aussi.... ces deux exemples rares et tous deux étrangers semblent mériter qu'on ne les oublie pas — FONTEN., Newton.
- L'hiver était si près de nous, qu'il n'avait fallu qu'un coup de vent de quelques minutes pour l'amener âpre, mordant, dominateur ; on sentit aussitôt qu'en ce pays il était indigène, et nous étrangers — SÉGUR, Hist. de Napol. IX, 7
Affaires étrangères, relations d'un État avec les gouvernements étrangers. Ministre des affaires étrangères, le ministre chargé de diriger les affaires étrangères.
On dit de même le ministère, le département des affaires étrangères.
Être étranger dans son pays, ne pas en connaître les usages.
- Êtes-vous à ce point parmi nous étrangère ? — RAC., Athal. II, 4
Par extension. Être étranger dans sa famille, ne savoir pas les affaires de sa maison.
N'être étranger nulle part, avoir ce qu'il faut pour ne se trouver embarrassé nulle part, pour être bien vu, bien accueilli partout.
Terme de peinture. Lumière étrangère, lumière différente de la principale, et ménagée artistement pour le bon effet du tableau.
2 Qui n'appartient pas à. encore relevé aujourd’hui
- On écarte tout cet attirail qui t'est étranger, pour pénétrer jusqu'à toi qui n'es qu'un fat — LA BRUY., II
- Que d'imitateurs votre rang n'a-t-il pas donnés à vos désordres ! ....que de crimes étrangers sur lesquels on ne s'avise pas même d'entrer en scrupule ! — MASS., Car. Confess.
Avec quoi on n'a pas de rapport.
- Ah ! si sous votre empire on ne m'épargne pas, Si mes accusateurs observent tous mes pas, Que ferais-je au milieu d'une cour étrangère ? — RAC., Brit. IV, 2
- [Cette cour] Quel séjour étranger et pour vous et pour moi ! — ID., ib. v, 1
Qui ne concerne pas.
- Ces lois sévères Sont faites pour vous seuls et me sont étrangères — VOLT., Scythes, v, 1
3 En parlant des personnes, qui n'est pas parent. encore relevé aujourd’hui
- Et les fils de ce roi, Quoique nés de mon sang, sont étrangers pour moi — RAC., Athal. II, 7
- Il fut assassiné par des mains étrangères — VOLT., Œdipe, IV, 1
4 Qui ne se mêle point d'une chose, qui n'y a point de part, qui n'y prend point de part. Il n'est pas étranger à cette émeute. encore relevé aujourd’hui
- Je ne suis pas assez étranger aux affaires publiques pour ignorer.... — RAYNAL, Hist. phil. XVIII, 43
- Si la reine étrangère à la publique ivresse — LEMERC., Agamemn. III, 3
Absolument.
- Voyant avec des yeux étrangers ce qui se passe ici-bas — MASS., Av. Disp.
Être étranger à une science, à un art, n'en avoir aucune notion.
Être étranger à une compagnie, n'en pas faire partie.
Être étranger à toute humanité, n'avoir aucun sentiment d'humanité.
5 Qui n'a point de liaison, d'intimité avec. encore relevé aujourd’hui
- Nous sommes devenus absolument étrangers l'un à l'autre — GENLIS, Ad. et Théod. t. III, lett. 7, p. 38, dans POUGENS
6 Qui n'a aucun rapport, aucune conformité avec l'objet dont on parle. Une dissertation étrangère au sujet. Des citations étrangères à la cause. encore relevé aujourd’hui
Qui n'est pas naturel ou propre à une personne ou à une chose. Se montrer sous des dehors étrangers.
- Cette voie est basse, indigne et étrangère — PASC., Pens. I, 3
- Tout est étranger dans l'humeur, les mœurs et les manières de la plupart des hommes — LA BRUY., XI
1 autre citation
- Dans quelques républiques anciennes, où le peuple en corps avait le débat des affaires, il était naturel que la puissance exécutrice les proposât et les débattît avec lui ; sans quoi, il y aurait eu dans les résolutions une confusion étrangère — MONTESQ., Espr. XI, 6
7 En parlant des choses, ignoré de. Cette science lui est tout à fait étrangère. encore relevé aujourd’hui
- Avez-vous quelque notion de physique et d'histoire naturelle ? Rien de tout cela ne m'est étranger — GENLIS, Veillées du chât. t. I, p. 515, dans POUGENS
Ignoré, en parlant des sentiments. La bienveillance lui est étrangère. La haine lui est étrangère.
- Tout autre sentiment nous doit être étranger — VOLT., Tancr. IV, 1
Absolument.
- Parler à un homme intéressé de faire des largesses aux pauvres, c'est lui tenir un langage étranger — BOURD., Pensées, t. 1, p. 341
8 Qui est inconnu. Les traits de cet homme ne me sont pas étrangers. encore relevé aujourd’hui
- Ma voix ne t'est pas étrangère — RAC., Esth. Prol.
9Terme de chimie. Qui n'est pas de même nature que le corps auquel il est uni, allié. Des métaux purifiés de tout corps étranger.
Terme de chirurgie. Corps étranger, toute chose qui se trouve engagée contre nature dans les parties vivantes. Une balle, une esquille sont des corps étrangers qui compliquent souvent les plaies.
10 S. m. Un peuple étranger. encore relevé aujourd’hui
- L'étranger est en fuite et le Juif est soumis — RAC., Athal. v, 6
- L'étranger envahit la France Et je maudis tous ses succès — BÉRANG., Ma dern. chans.
11 Les pays étrangers. Vivre à l'étranger. Les ouvrages français qui s'impriment à l'étranger. encore relevé aujourd’hui
Passer à l'étranger, s'expatrier.
Ce que nous disons l'étranger, se disait, au XVIIIe siècle, le pays étranger.
- S'il était possible qu'elle [l'Encyclopédie] s'imprimât dans le pays étranger, en continuant, comme de raison, à se faire à Paris.... — D'ALEMB., Lett. à Volt. 28 janv. 1757
12 Caractère d'étranger. encore relevé aujourd’hui
- Quoiqu'avec beaucoup d'étranger dans ses expressions et dans son accent, il [Law] s'exprimait en fort bons termes — SAINT-SIMON, 441, 147
13 Ce qui est étranger, non naturel. encore relevé aujourd’hui
- Par l'addition de l'étranger et du superflu, vous effacez souvent le propre et l'essentiel — BALZ., Socr. chrét. Disc. 7
14 S. m. et f. Étranger, étrangère, une personne qui n'est pas du pays où elle se trouve. encore relevé aujourd’hui
- Songez qu'un même jour leur ravira leur mère Et rendra l'espérance au fils de l'étrangère — RAC., Phèd. I, 3
- Huit ans déjà passés, une impie étrangère.... — ID., Athal. I, 1
1 autre citation
- La règle, c'est qu'étant obligés de vivre comme étrangers sur la terre et de n'aimer ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde, nous devons craindre tout ce qui nous rendra notre exil trop aimable — MASS., Car. Confess.
Celui, celle qui n'est pas d'une famille. Il a légué presque tout son bien à des étrangers. Il ne faut pas que les étrangers voient les papiers ni sachent les secrets de notre famille.
- Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ! Non, de par tous les chats ! entrant lors au combat, Il croque l'étranger.... — LA FONT., Fabl. XII, 2
Historique
XVe s.
- Tuit estrangier l'ament et ameront [Paris] ; Car pour deduit, et pour estre jolis, Jamais cité tele ne trouveront ; Rien ne se puet comparer à Paris — E. DESCH., Sur les beautés de Paris.
XVIe s.
- Ces exemples estrangiers ne sont pas estranges si nous considerons.... — MONT., I, 106
- Par ce moyen ne pouvoient les Lacedemoniens achepter marchandises estrangeres — AMYOT, Lyc. 14
2 autres citations
- Banni de son pays, estranger en province estrange — ID., Sert. 1
- Mais comment voudriez-vous la France abandonner, Quand tous les estrangers y veulent sejourner ? — RONS., Élég. 13
Synonyme
ÉTRANGE, ÉTRANGER. Ces deux mots ont été primitivement synonymes. Aujourd'hui ils sont distincts, et signifient, l'un ce qui est hors des conditions naturelles, l'autre ce qui est hors de la nation, du pays. Dans le figuré, les significations se rapprochent beaucoup ; cependant elles ne se confondent pas complétement ; voy. ci-dessus le n° 6.
Étymologie
Nivernais, étranzé ; bourguig. étraingé ; provenç. estrangier, estranher ; catal. estranger ; espagn. extrangero ; portug. estrangeiro ; ital. straniere ; du latin fictif extranearius, d'extraneus, (voy. ÉTRANGE).
ÉTRANGER2 v. a. (é-tran-jé. Le g prend un e devant a ou o : nous étrangeons, j'étrangeais)
1 Faire éloigner d'un lieu, désaccoutumer d'y venir, en parlant d'animaux. Étranger le gibier, les loups d'un pays. repris par le Wiktionnaire
2Fig. et familièrement. Écarter, éloigner, en parlant des personnes. repris par le Wiktionnaire
- Ils se séparèrent, Monsieur outré, mais n'osant éclater, et le roi très piqué, mais ne voulant pas étranger Monsieur — SAINT-SIMON, 91, 204
- Courtebonne, au lieu de se laisser étranger et sa femme, sut plaire et en tirer les meilleurs partis — ID., 145, 113
3 S'étranger, v. réfl. S'éloigner, s'écarter. Le gibier s'est étrangé de cette plaine. encore relevé aujourd’hui
Sauf l'usage technique pour la chasse, ce verbe vieillit, et c'est dommage.
Historique
XIIIe s.
- Pens i [penses-y] de bon cuer orendroit Conment nos puissons estrangier [éloigner] Renart, qui bien quide mengier Nos gelines et noz chapons — Ren. 16475
- Car bien est drois que s'en estrange, Et die : trop m'avés meffait, Vengier m'estuet de ce meffait — la Rose, 14416
1 autre citation
- Contes, dus, roys et princes sunt si en leur dangier [sous l'empire des Franciscains], Que qui de leurs hostiex les vouldroit estrangier, Je cuit qu'il le vouldroient par raison chalengier, Et prover par usaige qu'en ne les puet [peut] changier — J. DE MEUNG, Test. 838
XVIe s.
- .... Pour tel mal estranger [chasser], Besoin luy est d'eslongner la personne, à qui son cœur enamouré se donne — MAROT, 1, 162
- J'apperçois bien qu'amour est de nature estrange, .... Il se veut approcher quand de luy on s'estrange — ID., VI, 262
3 autres citations
- Du temps qu'il estoit encores payen et estrangé de la foy — CALVIN, Instit. 32
- Le peuple des Païs Bas est d'une nature franche ; par douceur et humanité non feinte on remue les affections de son cœur ; mais par coups et injures on l'estrange et on l'anime — LANOUE, 397
- Si la dame est legere, il faut estre leger ; Si elle fait l'estrange, il faut s'en estranger — AM. JAMYN, Poésies, p. 207, dans LACURNE
Étymologie
Du latin extraneare, d'extraneus (voy. ÉTRANGE), prov. estranhar ; catal. estranyar ; esp. extrañar ; port. estranhar ; ital. stranare, straniare.
Supplément au dictionnaire
2. ÉTRANGER. Ajoutez : - REM. J'ai regretté que ce verbe, sauf pour l'usage technique dans la chasse, ait vieilli ; je constate que, même de notre temps, il n'est pas tout à fait hors d'emploi : vous connaissez le mot des couturiers : Madame, cette robe vous étrange. - Dès qu'un vêtement m'étrange, il n'est pas fait pour moi, Mme DE GASPARIN, Voyages, t. IV, à Florence, 2e édit. Paris, 1866. Ce mot signifie ici donner un caractère étranger. Il faut encourager les efforts contre la désuétude des mots dignes d'être conservés. Comment, en effet, remplacerait-on étranger dans cette phrase de Malherbe : Une petite somme étrange celui qui l'emprunte ; une grande le rend ennemi, Lexique, éd. Lalanne.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- TERMIUM Plus (OGL-C)
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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