remords
- nature
- nom masculin
- diction
- [ʁəmɔʁ] · 2 syllabes
- usage
- 38 par million de mots
Sens et définitions
Nom 1
-
Reproche, tourment, regret sincère provoqué par la conscience d’avoir mal agi.
- Les bourreaux doivent savourer la même omnipotence, se livrer à pareille furie, goûter une égale joie de meurtrir sans remords. Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958
Formes fléchies 3
- Première personne du singulier de l’indicatif présent de remordre.
-
Deuxième personne du singulier de l’indicatif présent de remordre.
- Hydre absolue, ivre de ta chair bleue, Qui te remords l’étincelante queue Dans un tumulte au silence pareil Paul Valéry, Le Cimetière marin, 1920
- Deuxième personne du singulier de l’impératif de remordre.
Citation
Un vertueux remords n'a point touché mon âme : Pour perdre mon rival, j'ai découvert sa trame
Origine du mot
Faisait remors en ancien français → voir remorse en anglais ; du latin remorsus, participe passé substantivé de remordere qui a donné remordre. Le d avant le s est un ajout postérieur pour « coller » au nouveau participe de remordre, remordu.
Dans le dictionnaire latin : remorsus
1873 — le Littré
REMORDS s. m. (re-mor ; l's ni le d ne se lient : un remor éternel)
Reproche que le coupable reçoit de sa conscience. encore relevé aujourd’hui
- Un vertueux remords n'a point touché mon âme : Pour perdre mon rival, j'ai découvert sa trame — CORN., Cinna, V, 3
- D'effroyables remords, mégères éternelles, Invisibles bourreaux des âmes criminelles — ROTR., Antig. V, 5
16 autres citations
- Quand le moment viendra d'aller trouver les morts, J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords — LA FONT., Fabl. XI, 4
- Vous savez comme je hais les remords ; ce m'eût été un dragon perpétuel, que de n'avoir point rendu les derniers devoirs à ma pauvre tante — SÉV., 149
- Siècle vainement subtil, où l'on veut pécher avec raison.... où tant d'âmes insensées.... ne font d'effort contre elles-mêmes que pour vaincre, au lieu de leurs passions, les remords de leur conscience — BOSSUET, Anne de Gonz.
- Le remords de conscience que nous sentons après le péché est une grâce intérieure — BOURDAL., 9e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 142
- L'un [le juge méchant] pèche avec connaissance, et il est inexcusable ; l'autre [le juge ignorant] pèche sans remords, et il est plus incorrigible — FLÉCH., Lamoignon.
- Tes remords te suivront comme autant de furies — RAC., Brit. V, 6
- La peur d'un vain remords trouble cette grande âme : Elle flotte, elle hésite ; en un mot, elle est femme — ID., Ath. III, 3
- On n'est plus ingénieux que pour se tromper et pour étouffer ses remords — FÉN., Tél. VII
- Le remords qui, dans le langage de l'Écriture, est appelé le ver de la conscience, n'est proprement qu'une honte portée à l'excès — BOULAINVILLIERS, Réfut. de Spinoza, p. 309
- Secrets persécuteurs des cœurs nés vertueux, Remords, qu'exigez-vous ? — CRÉBILLON, Atrée et Th. IV, 1
- Qu'on appelle la raison et les remords comme on voudra, ils existent, et ils sont le fondement de la loi naturelle — VOLT., Loi nat. préface.
- [Au théâtre] J'ai cru m'apercevoir que les remords et la religion faisaient toujours un très grand effet sur le public — ID., Lett. Mme de Fontaine, 4 janv. 1761
- Le remords s'endort durant un destin prospère et s'aigrit dans l'adversité — J. J. ROUSS., Confess. II
- Il connut qu'un seul remords suffit pour empoisonner la félicité la plus pure — GENLIS, Veillées du château t. II, p. 87, dans POUGENS
- Même avant le forfait on connaît le remords — M. J. CHÉN., Ch. IX, IV, 1
- Le remords quelquefois fait mieux que la vertu — DELILLE, Pit. II
En vers, on peut au singulier supprimer l's.
- Oui, je veux.... laisser, à ma mort, Dans ton cœur qui m'aima le poignard du remord — VOLT., Tancr. IV, 7
- Tous à leur infortune ajoutant le remord, Séparés par l'effroi, sont rejoints par la mort — DELILLE, Pitié, III
1 autre citation
- Souvenirs expirants, regrets, dégoûts, remord ; Si du moins ces débris nous attestaient sa mort [de la passion] ! — LAMART., Méd. I, 18
Étymologie
REMORDS, REPENTIR. Le remords est plus fort et s'adresse aux grosses offenses contre la morale. Le repentir est moins spécial ; il s'applique aussi bien aux fautes qui blessent l'utilité qu'aux fautes qui blessent la morale.
Historique
XIIIe s.
- Jusqu'au remors de consciance — RUTEB., 82
XIVe s.
- Et se tu dis : las ! je suis mors ; Car j'ay plus de mille remors Et plus de cent mille pensées Diversement entremelées — MACHAUT, p. 98
XVIe s.
- Quand le duc de Glocestre vit le convenent de ces gens assemblés contre lui, si lui vint un remords de conscience — FROISS., II, III, 79
XVIe s.
- Mon ame, de sa complexion, refuyt la menterie, et nait mesme à la penser ; j'ai une interne vergongne et un remords picquant, si parfois elle m'eschappe — MONT., III, 52
Étymologie
Lat. remorsum, supin de remordere (voy. REMORDRE) ; le d est, comme on voit, le résultat d'une orthographe faussement savante. Il y avait dans l'ancienne langue un autre remors, ou mieux remort, qui signifiait souvenir et qui se rattachait à rememorer :
- Encor en sont biel li remort [des croisades] Et li fait plaisant à reprendre — BAUDOUIN DE CONDÉ, t. I, p. 7
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (cibles)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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