renier
- nature
- ver
- diction
- [ʁənje] · 2 syllabes
- usage
- 7 par million de mots
Sens et définitions
Verbe 4
-
Déclarer, contre la vérité, que l’on ne connaît pas une personne, une chose.
- Il renia son maître au moment du danger. Il le renierait cent fois encore pour étancher son ivrognerie. Paul Lafargue, Pie IX au Paradis - 1890
-
Désavouer une chose, s’en détacher, la nier.
- Renier sa patrie, sa famille, son nom.
-
Renoncer entièrement à une chose, n’y vouloir plus avoir de part.
- Il a renié sa religion. Renier sa loi.
-
Refuser de reconnaître quelqu’un pour ce qu’il est.
- Et comme Félicité prenait l’attitude d’une femme piquée, il ajouta à son oreille, en l’embrassant de nouveau : — Je tiens de toi, bien que tu m’aies renié. Trop d’intelligence nuirait en ce moment. Lorsque la crise arrivera, c’est toi qui devras conduire l’affaire. Émile Zola, La Fortune des Rougon, G. Charpentier, Paris, 1871, ch. III ; réédition 1879, p. 101
Conjugaison
Indicatif
Présent
- je renie
- tu renies
- il renie
- nous renions
- vous reniez
- ils renient
Imparfait
- je reniais
- tu reniais
- il reniait
- nous reniions
- vous reniiez
- ils reniaient
Passé simple
- je reniai
- tu renias
- il renia
- nous reniâmes
- vous reniâtes
- ils renièrent
Futur simple
- je renierai
- tu renieras
- il reniera
- nous renierons
- vous renierez
- ils renieront
Passé composé
- j'ai renié
- tu as renié
- il a renié
- nous avons renié
- vous avez renié
- ils ont renié
Plus-que-parfait
- j'avais renié
- tu avais renié
- il avait renié
- nous avions renié
- vous aviez renié
- ils avaient renié
Passé antérieur
- j'eus renié
- tu eus renié
- il eut renié
- nous eûmes renié
- vous eûtes renié
- ils eurent renié
Futur antérieur
- j'aurai renié
- tu auras renié
- il aura renié
- nous aurons renié
- vous aurez renié
- ils auront renié
Subjonctif
Présent
- je renie
- tu renies
- il renie
- nous reniions
- vous reniiez
- ils renient
Imparfait
- je reniasse
- tu reniasses
- il reniât
- nous reniassions
- vous reniassiez
- ils reniassent
Passé
- j'aie renié
- tu aies renié
- il ait renié
- nous ayons renié
- vous ayez renié
- ils aient renié
Plus-que-parfait
- j'eusse renié
- tu eusses renié
- il eût renié
- nous eussions renié
- vous eussiez renié
- ils eussent renié
Conditionnel
Présent
- je renierais
- tu renierais
- il renierait
- nous renierions
- vous renieriez
- ils renieraient
Passé
- j'aurais renié
- tu aurais renié
- il aurait renié
- nous aurions renié
- vous auriez renié
- ils auraient renié
Impératif
Présent
- renie
- renions
- reniez
Passé
- aie renié
- ayons renié
- ayez renié
Formes impersonnelles
- Infinitif présent
- renier
- Participe présent
- reniant
- Participe passé
- renié
Citation
Le premier et le plus zélé de tous [Pierre] le renie trois fois [Jésus]
Origine du mot
Du latin populaire *renegare (« renier »).
latin — abdico 2 « renier, désavouer : Liberi ejus abdicantur »
Dans le dictionnaire latin : renegare
Le mot raconté
Renier a longtemps été un mot de rupture religieuse. Dès le Xe siècle, il s’emploie pour nier Dieu ; les récits médiévaux rappellent Pierre qui renie Jésus et appellent renié celui qui a abjuré. Le verbe se forme sur nier, renforcé par le préfixe re-, et l’acte ne consiste pas seulement à refuser : il revient sur une reconnaissance déjà donnée.
Le mot a ensuite élargi ce déchirement. On peut renier un parent ou un ami en refusant de le reconnaître comme tel, une patrie ou une famille en les désavouant, ses volontés en y renonçant. Au XVIe siècle, il peut redevenir le simple fait de nier un événement ; il sert aussi à jurer le nom de Dieu. Entre dénégation, abandon et désaveu, renier conserve la violence d’un lien que l’on déclare rompu.
1873 — le Littré
RENIER v. a. (re-ni-é)
, je reniais, nous reniions, vous reniiez ; que je renie, que nous reniions, que vous reniiez
1 Déclarer qu'on ne connaît point une personne, une chose que l'on connaît effectivement. encore relevé aujourd’hui
- Le premier et le plus zélé de tous [Pierre] le renie trois fois [Jésus] — BOSSUET, Hist. II, 6
- Ses larmes effacèrent le crime que sa bouche avait commis, en reniant son maître — BOURDAL., Exhort. sur le ren. de St Pierre, t. I, p. 473
Absolument.
- Viens t'instruire par l'exemple d'un si grand apôtre [Pierre] : il présume, il s'engage, il renie — BOSSUET, Méd. sur l'Évang. la Cène, 76e jour.
2 Renier quelqu'un pour son parent, pour son ami, refuser de le reconnaître pour tel. encore relevé aujourd’hui
On dit dans le même sens : renier ses parents, ses amis.
- Il [Lamotte] exhortait Rousseau, qui reniait son père, à ne point rougir de sa naissance — VOLT., Louis XIV, Écriv. Lamotte.
- Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu, Tu n'y peux faire un pas, sans y trouver ton Dieu ; Et tu n'y peux rester sans renier ton père, Ton honneur qui te parle, et ton Dieu qui t'éclaire — ID., Zaïre, II, 3
1 autre citation
- M. l'abbé Rothelin, qui m'a un peu renié devant les hommes — ID., Lett. Formont, 20 déc. 1738
3 Désavouer, méconnaître une chose de fait. Renier sa patrie, sa famille. encore relevé aujourd’hui
4 Abandonner entièrement. Le peuple dit que les sorciers renient chrême et baptême.
- Il ne pouvait être tranquille, depuis qu'il avait eu le malheur de renier sa foi — LESAGE, Diable boit. 15
- Deux cents et un témoins les accusèrent [les templiers] de renier Jésus-Christ en entrant dans l'ordre — VOLT., Mœurs, 66
1 autre citation
- Non, renier sa croyance, Non, renier son Dieu n'est pas en sa puissance — C. DELAV., Une famille, 15
Absolument. Apostasier. Parmi les chrétiens établis en Orient, il y en a toujours quelqu'un qui renie.
5 Renier Dieu, et, absolument, renier, jurer le nom de Dieu.
- La Rancune, avec une froideur capable de faire renier un théatin, lui disait : Voilà un grand malheur — SCARR., Rom. com. I, 6
Historique
Xe s.
- Qu'elle Deo raneiet, chi maent [demeure] sus en ciel — Eulalie
XIIe s.
- Sainz Pieres li apostles, que Deus tant honura, Que en ciel e en terre poesté li duna, Jesu Crist sun seigneur par treis feiz renia — Th. le mart. 107
XIIIe s.
- Atant es vous un crestien renoiet venus au conte, qui bien savoit les passages et le pays — Chr. de Rains, 204
- Car se tu le bien congneüsses, Onques ses homs esté n'eüsses.... Ains croi que, sans point de demore, Son hommage li renoiasses, Ne jamès par amor n'amasses — la Rose, 4265
5 autres citations
- Voudriiez vous Dieu renoier, Celui que tant solez proier ? — RUTEB., II, 82
- De ce clos où il les avoient mis, les fesoient traire l'un après l'autre, et leur demandoient : te veulz-tu renoier ? — JOINV., 242
- Il me fist amener mes mariniers devant moy, et me dit que il estoient touz renoiés — ID., 241
- Renoier soi n'est pas autre chose que refuser ses volentez, en tel maniere que cil qui estoit superbes deviegne humbles — BRUN. LATINI, Trésor, p. 460
- Envers Hervé, le cuivert renoié — DU CANGE, renegatus.
XVe s.
- Et aux plusieurs forts et grands pillards françois reniés, ils firent trancher les testes, ou pendre à un gibet — FROISS., III, IV, 1
XVIe s.
- Le devin ne renia [nia] point le faict — AMYOT, Alex. 117
- Le roi, en reniant à sa mode, dist à son frere devant la roine qu'il falloit qu'un d'eux sortist le roiaume [sic] — D'AUB., Hist. II, 106
1 autre citation
- Il regnioit Dieu, que s'ils y revenoient plus, qu'il les tailleroit en pieces — CARL., V, 8
Étymologie
Berry, regnier ; wallon, riney ; provenç. renegar, renejar, reneyar ; espagn. renegar ; ital. rinnegare ; de re, et lat. negare, nier.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
- Morphalou 3.1 — ATILF (CNRS / Université de Lorraine) LGPL-LR
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