ronger

nature
ver
diction
[ʁɔ̃ʒe] · 2 syllabes
usage
4 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 5

  1. Entamer, déchiqueter avec les dents à fréquentes reprises.
    • Un chien qui ronge un os.
  2. Miner, corroder ou consumer peu à peu, en parlant de certaines choses.
    • Antipas attendait les secours des Romains ; et Vitelius, gouverneur de la Syrie, tardant à paraître, il se rongeait d’inquiétudes. Gustave Flaubert, Trois Contes : Hérodias, 1897
  3. figuré Inquiéter, tourmenter, en parlant d'un sentiment, d'une émotion.
    • J'étais rongé par la jalousie. Soufiane Khaloua, La Vallée des Lazhars, éd. Agullo, 2025, page 109
  4. figuré Se faire du souci, s’inquiéter.
    • Il était normal qu’il ne me répondît pas puisque nous désirions tous deux que notre amitié « reste entre nous ». Pourtant, je me rongeai. Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958, réédition Le Livre de Poche, page 298
  5. familier Dilapider, consumer le bien d’autrui.
    • Il a une foule de complaisants, de collatéraux qui le rongent.

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je ronge
  2. tu ronges
  3. il ronge
  4. nous rongeons
  5. vous rongez
  6. ils rongent

Imparfait

  1. je rongeais
  2. tu rongeais
  3. il rongeait
  4. nous rongions
  5. vous rongiez
  6. ils rongeaient

Passé simple

  1. je rongeai
  2. tu rongeas
  3. il rongea
  4. nous rongeâmes
  5. vous rongeâtes
  6. ils rongèrent

Futur simple

  1. je rongerai
  2. tu rongeras
  3. il rongera
  4. nous rongerons
  5. vous rongerez
  6. ils rongeront

Passé composé

  1. j'ai rongé
  2. tu as rongé
  3. il a rongé
  4. nous avons rongé
  5. vous avez rongé
  6. ils ont rongé

Plus-que-parfait

  1. j'avais rongé
  2. tu avais rongé
  3. il avait rongé
  4. nous avions rongé
  5. vous aviez rongé
  6. ils avaient rongé

Passé antérieur

  1. j'eus rongé
  2. tu eus rongé
  3. il eut rongé
  4. nous eûmes rongé
  5. vous eûtes rongé
  6. ils eurent rongé

Futur antérieur

  1. j'aurai rongé
  2. tu auras rongé
  3. il aura rongé
  4. nous aurons rongé
  5. vous aurez rongé
  6. ils auront rongé

Subjonctif

Présent

  1. je ronge
  2. tu ronges
  3. il ronge
  4. nous rongions
  5. vous rongiez
  6. ils rongent

Imparfait

  1. je rongeasse
  2. tu rongeasses
  3. il rongeât
  4. nous rongeassions
  5. vous rongeassiez
  6. ils rongeassent

Passé

  1. j'aie rongé
  2. tu aies rongé
  3. il ait rongé
  4. nous ayons rongé
  5. vous ayez rongé
  6. ils aient rongé

Plus-que-parfait

  1. j'eusse rongé
  2. tu eusses rongé
  3. il eût rongé
  4. nous eussions rongé
  5. vous eussiez rongé
  6. ils eussent rongé

Conditionnel

Présent

  1. je rongerais
  2. tu rongerais
  3. il rongerait
  4. nous rongerions
  5. vous rongeriez
  6. ils rongeraient

Passé

  1. j'aurais rongé
  2. tu aurais rongé
  3. il aurait rongé
  4. nous aurions rongé
  5. vous auriez rongé
  6. ils auraient rongé

Impératif

Présent

  1. ronge
  2. rongeons
  3. rongez

Passé

  1. aie rongé
  2. ayons rongé
  3. ayez rongé

Formes impersonnelles

Infinitif présent
ronger
Participe présent
rongeant
Participe passé
rongé

Citation

N'étant pas de ces rats qui les livres rongeants, Se font savants jusques aux dents
Jean de La Fontaine, Fabl. VIII, 9

Origine du mot

De l’ancien français rungier, issu du latin rumigare (« ruminer »), le \o\ de la nasale provenant pour sa part de rodere ; les deux verbes étant sémantiquement proches.

Dans le dictionnaire latin : rumigare

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

RONGER v. a. (ron-jé. Le g prend un e devant a et o : rongeant, rongeons)

1 Couper avec les dents ou avec le bec à plusieurs reprises. Un chien qui ronge un os. Les vers rongent le bois. encore relevé aujourd’hui

  • Un furieux oiseau de proie Sans cesse lui ronge le foie — SCARR., Virg. VI
  • N'étant pas de ces rats qui les livres rongeants, Se font savants jusques aux dents — LA FONT., Fabl. VIII, 9
1 autre citation
  • Cette guenon avait rongé une petite partie de sa queue — BUFF., Quadrup. t. XII, p. 92

Ronger ses ongles, se dit du geste que l'on fait, pendant que l'on médite, que l'on réfléchit.

  • Attendez un peu que j'y songe, Pendant que mes ongles je ronge — SCARR., Poés. div. Œuv. t. VII, p. 23, dans POUGENS

Fig. Se ronger les poings de quelque chose, en concevoir une vive irritation, un vif regret.

  • Sa femme s'en ronge les poings de fureur — DIDER., Lett. à Mlle Voland, 1er oct. 1769

Par exagération. Ronger sa litière, en être réduit à manger ce qui ne vaut guère mieux qu'une litière.

  • ....j'étais résolu, faisant autant que trois, De boire et de manger comme aux veilles des Rois ; Mais, à si beau dessein défaillant la matière, Je fus enfin contraint de ronger ma litière — RÉGNIER, Sat. X

Fig. Donner un os à ronger à quelqu'un, lui donner quelque emploi qui l'aide à vivre, ou lui faire quelque légère grâce pour se délivrer de ses importunités.

Par allusion à cette locution.

  • Je crains bien que notre mariage ne se rompe.... et, si l'on veut donner à ronger l'espérance d'un duc qui ne viendra point, Mlle d'Alerac a bien l'air d'en être la victime — SÉV., 1er oct. 1684

On lui a donné un os à ronger, on lui a suscité quelque affaire qui l'occupe fort et qui l'empêche de nuire à autrui.

Ce cheval ronge son frein, il le mord, il le mâche.

Fig. Ronger son frein, dissimuler son dépit.

  • Jeanne, rongeant son frein, de mine s'apaisa — RÉGNIER, Sat. X
  • Elle ronge son frein, Trouve le jour obscur, quoiqu'il soit fort serein — BOURSAULT, Fabl. d'Ésope, II, 3
1 autre citation
  • Je ronge mon frein et mon âme bien tristement loin de mon cher ange — VOLT., Lett. d'Argental, 7 mars 1777

2Par extension, consumer, corroder, entamer. L'eau-forte ronge les métaux. Un ulcère lui a rongé le nez. La goutte le ronge. encore relevé aujourd’hui

  • Les restes de l'ancien pays que l'océan a rongé et couvert peu à peu — BUFF., Hist. nat. Pr. th. terr. Œuv. t. II, p. 117
  • La salive est connue depuis longtemps comme rongeant ou oxydant assez promptement le fer et le cuivre — FOURCROY, Conn. chim. t. IX, p. 365

Absolument.

  • L'Arve, à force de ronger, s'est creusé un lit qui côtoie les jardins — SAUSSURE, Voy. Alpes, t. I, p. 16, dans POUGENS

3Fig. Consumer le bien d'autrui Cet avoué ronge ceux qui ont affaire à lui. encore relevé aujourd’hui

  • Si je connaissais sa maîtresse, j'irais lui conseiller de le piller, de le manger, de le ronger, de l'abîmer — LESAGE, Turcaret, IV, 12

4Fig. Exercer sur l'âme une action comparée à un rongement. encore relevé aujourd’hui

  • Cet animal [le lièvre] est triste, et la crainte le ronge — LA FONT., Fabl. II, 14
  • Un songe, me devrais-je inquiéter d'un songe ? Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge — RAC., Ath. II, 5
3 autres citations
  • Les noirs soucis qui rongeaient son cœur — FÉN., Tél. VII
  • Là, Télémaque aperçut des visages pâles, hideux et consternés ; c'est une tristesse noire qui ronge ces criminels — ID., ib. XVIII
  • Un horrible soupçon me tourmente et me ronge — C. DELAV., Vêpr. sicil. IV, 1

Se ronger le cœur, se laisser aller à des inquiétudes, à des chagrins qui tourmentent.

  • Je me ronge le cœur, je n'ai point de repos — RÉGNIER, Élég. II
  • Je ne crois pas qu'il puisse être content d'une personne qui ne lui donne pas tous les jours sujet de songer creux et de se ronger le cœur — FONT., Lett. gal. II, 15

5 V. n. Détruire les couleurs.

6Terme de vénerie. On dit que le cerf ronge quand il rumine.

7 Se ronger, v. réfl. Exercer sur soi un rongement. encore relevé aujourd’hui

  • Et de quelque souci qu'en veillant je me ronge — MALH., V, 21
  • Son orgueil [d'une âme mélancolique] fait son supplice ; elle se ronge, dans la solitude, du dépit secret d'être méprisée et oubliée — VOLT., Dict. phil. Homme.

Être rongé.

  • Sentir son âme, usée en impuissant effort, Se ronger lentement sous la rouille du sort — LAMART., Méd. II, 15
Historique

XIIe s.

  • Mais par tel serement quida Deu enginnier [il crut tromper Dieu] ; Mais dedenz cel an porent sa char li ver rungier — Th. le mart. 32

XIIIe s.

  • Sovent li menbre [souvient] des jelines, [poules], Dont il selt rungier les eschines — Ren. 15193
  • [Je] Puis chascun jur runger les os, Dunt je me fas e cras e gros — MARIE, Fable 34
2 autres citations
  • Li tans ki runge ceste vie — GUI DE CAMBRAI, Barl. et Jos. p. 18
  • Et quant il i a grant quantité de forage devant eux [les bœufs], il mangent lour [leur] saülée, et puis seient et ronngent — Bibl. des chartes, 4e série, t. II, p. 368

XIVe s.

  • Si comme aucuns qui rugent as dens leur ungles — ORESME, Eth. 203
  • Et passe l'espreuve [la sonde] duc à l'os [jusqu'à l'os], et le treuve aspre aussi comme se il fust rungié — H. DE MONDEVILLE, f° 90

XVe s.

  • Puisqu'il me faut ainsi ronger mon frain — E. DESCH., Poésies mss. f° 179

XVIe s.

  • Triste et rongé du soing qui plus me nuict — DU BELL., IV, 86, verso.
Étymologie

Berry, roûger ; poitev. rouger ; picard, rogner. Ronger veut dire ruminer, et, étant composé comme songer de somniari, représente rumniare, altération de ruminare, ou la forme latine peu usitée rumigare (voy. RUMINER). De ruminer à ronger, le passage est facile ; car le bœuf ronge ce qu'il rumine.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « ronger » du Wiktionnaire.

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