ruer

nature
ver
diction
[ʁɥe] · 1 syllabe
attesté
Au plus tard au XIIᵉ siècle
usage
4 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 4

  1. vieilli Jeter ou lancer vivement.
    • Arrocher est un vieux mot champenois qui signifie jeter des pierres, ruer des bâtons vers un but. Bernard Coussée, Le coq: folklore et mythologie d’un oiseau, à compte d'auteur, 1992, page 52
  2. vieilli Agiter ou projeter vivement ses membres ; se débattre.
    • La bave aux lèvres la malheureuse tentait d’arracher violemment ses vêtements mais ses douleurs semblaient si vives qu’elle ne parvenait qu’à se mettre en sang. Se rongeant la peau de ses ongles elle ruait en tout sens. Alexandre Cadet-Petit, La femme, un roman de plus de 69 pages, Desnel, 2008, page 165
  3. Lancer vivement en arrière ses jambes postérieures, en parlant d’un équidé.
    • Et ce n'est pas qu'il trottât mal, ou qu'il ruât, ou qu'il fût encore plus âne que les autres ânes. Vladimir Volkoff, Les Brumeurs de la mer : Olduvai͏̈, Julliard/L'Âge d'Homme, 1980, page 222
  4. Se jeter impétueusement sur quelqu’un, sur quelque chose.
    • Les convives se ruèrent alors dans la salle à manger. Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, 1831

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je rue
  2. tu rues
  3. il rue
  4. nous ruons
  5. vous ruez
  6. ils ruent

Imparfait

  1. je ruais
  2. tu ruais
  3. il ruait
  4. nous ruions
  5. vous ruiez
  6. ils ruaient

Passé simple

  1. je ruai
  2. tu ruas
  3. il rua
  4. nous ruâmes
  5. vous ruâtes
  6. ils ruèrent

Futur simple

  1. je ruerai
  2. tu rueras
  3. il ruera
  4. nous ruerons
  5. vous ruerez
  6. ils rueront

Passé composé

  1. j'ai rué
  2. tu as rué
  3. il a rué
  4. nous avons rué
  5. vous avez rué
  6. ils ont rué

Plus-que-parfait

  1. j'avais rué
  2. tu avais rué
  3. il avait rué
  4. nous avions rué
  5. vous aviez rué
  6. ils avaient rué

Passé antérieur

  1. j'eus rué
  2. tu eus rué
  3. il eut rué
  4. nous eûmes rué
  5. vous eûtes rué
  6. ils eurent rué

Futur antérieur

  1. j'aurai rué
  2. tu auras rué
  3. il aura rué
  4. nous aurons rué
  5. vous aurez rué
  6. ils auront rué

Subjonctif

Présent

  1. je rue
  2. tu rues
  3. il rue
  4. nous ruions
  5. vous ruiez
  6. ils ruent

Imparfait

  1. je ruasse
  2. tu ruasses
  3. il ruât
  4. nous ruassions
  5. vous ruassiez
  6. ils ruassent

Passé

  1. j'aie rué
  2. tu aies rué
  3. il ait rué
  4. nous ayons rué
  5. vous ayez rué
  6. ils aient rué

Plus-que-parfait

  1. j'eusse rué
  2. tu eusses rué
  3. il eût rué
  4. nous eussions rué
  5. vous eussiez rué
  6. ils eussent rué

Conditionnel

Présent

  1. je ruerais
  2. tu ruerais
  3. il ruerait
  4. nous ruerions
  5. vous rueriez
  6. ils rueraient

Passé

  1. j'aurais rué
  2. tu aurais rué
  3. il aurait rué
  4. nous aurions rué
  5. vous auriez rué
  6. ils auraient rué

Impératif

Présent

  1. rue
  2. ruons
  3. ruez

Passé

  1. aie rué
  2. ayons rué
  3. ayez rué

Formes impersonnelles

Infinitif présent
ruer
Participe présent
ruant
Participe passé
rué

Citation

Ah ! je devais du moins lui jeter son chapeau, Lui ruer quelque pierre, ou crotter son manteau
Molière, Sgan. 16

Origine du mot

Du bas latin *rutare (« lancer »), intensif créé sur rutum, le supin de ruere « lancer, renverser, bousculer » et « se ruer ».

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

RUER v. a. (ru-é)

, je ruais, nous ruions, vous ruiez ; que je rue, que nous ruions, que vous ruiez

1 Jeter avec impétuosité (sens qui a vieilli). encore relevé aujourd’hui

  • Elle sauva le ciel et rua le tonnerre Dont Briare mourut — MALH., II, 12
  • Ah ! je devais du moins lui jeter son chapeau, Lui ruer quelque pierre, ou crotter son manteau — MOL., Sgan. 16

2 Ruer de grands coups, frapper de grands coups (locution qui a vieilli).

3 V. n. Lancer une pierre. Il gage qu'il ruera plus loin que vous (emploi vieilli).

Ruer à tort et à travers, frapper de tous côtés dans une foule.

4 Se dit d'un cheval, d'un mulet, etc. qui lance avec force les pieds de derrière en l'air. Il suffit de relever fortement la tête de l'animal pour l'empêcher de ruer. encore relevé aujourd’hui

  • L'archevêque a de grandes pensées ; mais plus il est vif, plus il faut s'approcher de lui comme des chevaux qui ruent — SÉV., 19 janv. 1689
  • M. Durnol s'emporta, il donna un grand coup de pied à l'enfant, qui lui dit en pleurant : ah ! je conviens que l'âne de Balaam parlait, mais il ne ruait pas — VOLT., Mél. litt. Lettre de Cubstorf.

Par extension.

  • Les Hollandais racontent que le casoar se sert de ses pieds pour sa défense, ruant et frappant par derrière comme un cheval selon les uns, et selon les autres.... — BUFF., Ois. t. II, p. 316

Ruer à la botte, se dit de la défense du cheval qui cherche, avec l'un de ses pieds postérieurs, à frapper la jambe du cavalier au moment où il la ferme, ou lorsqu'il monte à cheval.

Ruer en vache, se dit d'un cheval qui porte le pied de derrière jusqu'à la jambe de devant, et en frappe, comme font les vaches, la personne occupée à cette jambe de devant.

Fig. Voilà une chose qui ne mord ni ne rue, se dit d'une chose qui ne peut faire ni bien ni mal.

5 Se ruer, v. réfl. Se jeter impétueusement sur quelqu'un ou sur quelque chose. encore relevé aujourd’hui

  • Cependant on fricasse, on se rue en cuisine — LA FONT., Fabl. IV, 4
  • Le loup, prêt à se ruer sur la bergerie, voit les bergers armés et les chiens en garde ; tout affamé qu'il est, il se retire pour cette fois — BOSSUET, 1er sermon, Pentecôte, 2
3 autres citations
  • Et, chacun vainement se ruant entre deux — BOILEAU, Sat. III
  • Roguet avec sa colonne se rua brusquement sur le centre et au milieu de leur camp, où il entra pêle-mêle avec eux — SÉGUR, Hist. de Nap. X, 5
  • Gomorrhe, Sodome.... L'ardente nuée Sur vous s'est ruée, ô peuples pervers — V. HUGO, Orientales, 1

6Fig. Être porté, frappé, en parlant de coups. encore relevé aujourd’hui

  • Tous les matins, il [Monseigneur] allait prendre du chocolat chez Mlle de Lislebonne ; là se ruaient les bons coups — SAINT-SIMON, 96, 15
  • Apparemment que les grands coups s'y ruaient [chez Mme de Maintenon] pour le successeur [de Chamillart] — ID., 235, 136
Remarque

M. Auguste Barbier a fait ruer monosyllabe : Que faisaient-ils, tandis qu'à travers la mitraille Et sous le sabre détesté La grande populace et la sainte canaille Se ruaient à l'immortalité ? Ïambes, la Curée.

Historique

XIIe s.

  • Pois [puis] ruerent Absalon en une grant fosse de cele lande, et jeterent pierres sur lui — Rois, p. 187

XIIIe s.

  • Et li prevoz de Paris fait jurer iceus quatre homes seur sains, que.... se il i trevent poisson porri ou mauvès, que il le feront ruer en Saine — Liv. des mét. 267
  • Tant en i vient parmi la rue, Qui n'i puet avenir s'i rue — Ren. 11622
1 autre citation
  • Et li vilains qui vint après, Leva la hache quant vint près ; Son coup rua de grant aïr [colère] — ib. 2073

XIVe s.

  • Et si ne dois nul temps ruer De ta bouche male parole — J. BRUYANT, dans Ménagier, t. II, p. 16

XVe s.

  • Si y avoit souvent des rencontres, des escarmouches et des rués par terre des uns et des autres.... — FROISS., I, I, 114
  • Encores, quant à mariage, Tendroie cellui à plus saige Qui la laide femme prendroit, Que cil qui la belle tendroit ; Car à la belle chascuns rue — E. DESCH., Poés. mss. f° 501
2 autres citations
  • Mais grans chevaulx s'arreste et va le pas, Quant il est fait, sanz ruer en tout cas — ID., Ball. des chevaux.
  • Qui ne luy pouvoit donner luy ruoit [parlant de quelqu'un à qui tout le monde fait amitié] — Aresta amorum, p. 335, dans LACURNE

XVIe s.

  • Il ferroyt les cigalles, se ruoyt très bien en cuysine — RAB., Garg. I, 11
  • Je mors, je rue, je frappe — ID., ib. I, 33
6 autres citations
  • Ilz se ruerent sur eulx, et tascherent à leur oster leur argent — AMYOT, Rom. 36
  • Les lions, sans aucunes armes, ne faignent point de s'aller ruer au milieu d'un troupeau de bestes timides — ID., Caton, 27
  • Les chevaux irritez et courroucez ruoient des pieds de derriere — ID., Eum. 22
  • Pour nous garantir du coup qu'on nous rue — MONT., I, 48
  • Quand je seray venu à ceste proposition et qu'il faudra ruer les grands coups de part et d'autre — H. EST., Précell. édit. FEUGÈRE, p. 38
  • Encores n'a pas failli qui a à ruer — COTGRAVE
Étymologie

Berry, roucher ; du lat. ruere, pousser, lancer, pour srovo, du rad. sanscr. sru, couler : c'est faire couler, faire aller, Curtius, n° 517.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « ruer » du Wiktionnaire.

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