éperon
- nature
- nom masculin
- diction
- [epəʁɔ̃] · 3 syllabes
- usage
- 3 par million de mots
Sens et définitions
Nom 18
- Sorte de fortification en angle saillant qu’on élève au milieu des courtines, ou devant des portes, pour les défendre.
- Ouvrage en pointe qui sert à rompre le cours de l’eau, devant les piles des ponts, ou sur les bords des rivières.
- Tout pilier qu’on construit extérieurement d’un mur de terrasse de distance en distance, et qui se lie avec le corps du mur pour tenir la poussée des terres (Contrefort, anciennement contre-fort).
-
Meuble représentant l’objet du même nom dans les armoiries. Il est composé d’une branche en métal en U avec une tige au bout de laquelle se trouve une molette à six rais mais le nombre peut varier d'un illustrateur à l’autre. Il est représenté en pal, la molette vers le chef (haut). Dans les représentations anciennes, il est parfois muni d’une sangle en cuir. À rapprocher de molette d’éperon.
- D’azur, à trois éperons d’or, qui est de la commune de Lécluse du Nord → voir illustration « armoiries avec 3 éperons »
14 emplois spécialisés
-
Équitation
Pièce de métal à deux branches, qui s’adapte au talon du cavalier et dont l’extrémité pointue ou portant une molette sert à piquer les flancs du cheval pour le stimuler.
- Et, enfonçant les éperons dans les flancs de sa monture qui hennit de douleur, il partit à fond de train. Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858
- Botanique Prolongement en forme de tube de la corolle ou du calice (ne concerne parfois qu’un pétale ou sépale particulier).
-
Marine
Partie de la proue d’un bâtiment qui se termine en pointe et qui a plus ou moins de saillie en avant.
- L’éperon des galères antiques était armé de fer.
- Géographie Partie d’un contrefort, d’une chaîne de collines ou de montagnes qui se termine en pointe.
- Courses hippiques et sports équestres Arceau métallique terminé par une pointe ou une molette, qui s'adapte au talon de la botte d'un cavalier pour piquer les flancs de sa monture et la stimuler.
- Glaciologie Avancée sous-marine d'un mur de glace, d'une falaise de glace, d'un iceberg ou d'un floe.
- Géomorphologie et géomorphogénie Partie en saillie d'un ensemble morphologique plus important comme une pente continentale, un seuil ou une dorsale océanique.
- Botanique Prolongement tubuleux du calice ou de la corolle au-dessus de la fleur.
- Conception architecturale Pilastre en coin formant un angle saillant sur la face du mur.
- Ports Extrémité d'une digue, d'une jetée ou d'un enrochement.
- Chemins de fer Partie du pousseur de wagon servant d'appui.
- Anatomie animale Pointe terminant une crête rosacée.
- Tunnels Massif de maçonnerie terminé en pointe; se dit surtout des avant-becs de piles de ponts.
- Constructions navales Sorte de lame renforcée fixée à l'étrave d'un brise-glace et utilisée pour briser ou couper la glace juste à l'avant du navire afin de permettre à ce dernier de tourner plus facilement.
Citation
Notre esprit assez souvent n'a pas moins besoin de bride que d'éperon
Origine du mot
De l’ancien français esperon, du vieux-francique *sporo ; apparenté notamment, dans les langues germaniques, à l’allemand Sporn, l’anglais spur, le néerlandais spoor et le suédois sporre.
1873 — le Littré
ÉPERON s. m. (é-pe-ron)
1 Petite branche de métal qui s'adapte aux talons, et est armée à l'extrémité d'une espèce de roue en étoile dont les pointes servent à exciter le cheval. encore relevé aujourd’hui
Anciennement. Chausser les éperons, faire chevalier ; locution qui vient de ce que, en armant le nouveau chevalier, on lui chaussait ses éperons.
Familièrement. Gagner ses éperons, se distinguer à sa première affaire ; et fig. bien mériter par ses actes
Fig. Cet homme a besoin d'éperon, il a besoin d'être excité, poussé.
Il a plus besoin de bride que d'éperon, d'être retenu que d'être poussé.
- Notre esprit assez souvent n'a pas moins besoin de bride que d'éperon — BOILEAU, Longin, Sublime, ch. 2
Chausser de près les éperons à quelqu'un, poursuivre de près quelqu'un qui s'enfuit. Les ennemis se retiraient, notre cavalerie leur chaussa les éperons. Locution qui vieillit.
Donner un coup d'éperon jusqu'à un certain endroit, y courir, y aller en diligence.
Ce cheval n'a ni bouche ni éperon, il a la bouche dure et n'est pas sensible à l'éperon. Et fig. Cet homme n'a ni bouche ni éperon, il est stupide, insensible.
Terme de manége. Souffrir l'éperon, se dit d'un cheval peu sensible à cette manière de la conduire. Avoir l'éperon délicat et fin, fuir l'éperon, connaître l'éperon, s'attacher à l'éperon, se manier aisément avec l'éperon, expressions qui toutes désignent un cheval facile à conduire et à stimuler.
Journée des éperons, bataille perdue par les Français à Guinegate [1513], ainsi nommée parce que les Français firent plus usage de leurs éperons que de leurs armes ; et la bataille de Courtray [1302], perdue par les Français, ainsi dite à cause de la grande quantité d'éperons que les Flamands vainqueurs prirent sur les chevaliers tués dans la bataille.
2Par analogie, ergot des coqs.
3 Ergot que les chiens ont aux jambes de devant.
4Terme de botanique. Prolongement postérieur de la base du calice ou de la corolle de certaines fleurs. encore relevé aujourd’hui
Terme de jardinage. Branches courtes, droites, parallèles à l'horizon.
Éperon de la Vierge ou de chevalier, plante, pied d'alouette (delphinium consolida, L.).
5Terme d'anatomie. Petite saillie formée, dans l'intérieur des artères, par leur membrane interne, au niveau de chacune de leurs divisions.
Terme d'entomologie. Certaines épines insérées à l'extrémité du tibia de quelques insectes.
6 Partie de la proue d'un bâtiment terminée en pointe. encore relevé aujourd’hui
- L'éperon, qu'on appelait rostrum, était à fleur d'eau ; c'était une poutre qui avançait, munie d'une pointe de cuivre et quelquefois de fer — ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. IV, p. 569, dans POUGENS
- Leurs gros vaisseaux, portés sur les rochers des côtes voisines, brisés les uns contre les autres, entr'ouverts dans leurs flancs par les éperons des galères athéniennes, couvraient la mer de leurs débris — BARTHÉL., Anach. Introd. part. II, sect. 2
Aujourd'hui les éperons des vaisseaux cuirassés sont des masses d'acier, à bord tranchant, qui occupent toute la hauteur de la proue.
7Terme de guerre. Fortification en angle saillant, qui se fait au milieu des courtines, sur les bords des rivières, etc. pour garantir une place. encore relevé aujourd’hui
8 Tout ouvrage en pointe qui sert à rompre le cours de l'eau. encore relevé aujourd’hui
Terme de marine. Pointe de rocher qui rompt les lames à l'entrée d'un havre.
Ouvrage de maçonnerie terminé en pointe et servant d'appui à un bâtiment, à une muraille.
- Une assez haute portion de tour gothique avec l'éperon qui la soutient — DIDEROT, Salon de 1767, Œuvres, t. XIV, p. 486, dans POUGENS.
Terme de géologie. Saillie brusque que présente le contre-fort d'une chaîne de montagnes.
9Fig. et familièrement. Rides qui se forment au coin de l'œil des vieillards.
10Terme d'eaux et forêts. Instrument pour repiquer en glands les clairières des bois.
11 Anciennement, couper les éperons, dégrader un chevalier.
12 Ordre de l'Éperon, ordre institué en 1266 par le roi de Naples. non relevé aujourd’hui
Ordre de l'Éperon d'or, ordre institué en 1559 à Rome par les papes, pour récompenser le mérite civil.
Historique
XIe s.
- Esperuns d'or [il] ad en ses piez fermez — Ch. de Rol. XXVI
XIIe s.
- Et [il] li chaussa son premier esperon — Ronc. p. 29
XIIIe s.
- Li Barrois le saisit par le col, et feri cheval des esporons, et le traist par force de bras des archons — Chr. de Rains, p. 40
- Se j'estoie montés sor mon ceval et le feroie [piquais] des esperons parmi enfans ou par presse de gent — BEAUMANOIR, LXIX, 6
XVe s.
- Monterent à cheval, et au fraper des esperons entrerent en la ville de Courtray ; car il n'y avoit deffense, nul contredit — FROISS., II, p. 226, dans LACURNE
XVIe s.
- Je ne pouvois fournir de rennes [rênes] pour les premiers ; ces derniers ont usé mes esperons — D'AUB., Hist. I, 156
- Ils poursuivirent leur victoire en tuant jusques dans l'eau, à la merci et sous les esperons des galeres — ID., ib. I, 246
5 autres citations
- On avoit basti au milieu du pont deux demi-esperons qui se flanquoient bien — ID., ib. II, 350
- Le ressentiment de la roine d'Escosse servit d'espron pour faire partir cette grande armée — ID., ib. III, 199
- L'os de l'esperon ou petit focile de la jambe — PARÉ, IV, 31
- Les ergots et esperons hautement posés à costé des jambes [chez le coq] — O. DE SERRES, 350
- Que Millan seroit bientôt revoltée, et qu'il esperoit aller jusques dedans Millan avec un esperon de bois [sans difficulté] — ROB. DE LA MARK, Seign. de Fleuranges, Mém. ms. p. 160, dans LACURNE
Étymologie
Wallon, sporon ; provenç. espero ; espagn. esperon, espolon ; portug. espora, esporão ; ital. sperone, sprone ; de l'anc. h. -allem. sporo au nominatif, sporon à l'accusatif ; gaélique, spor. Le radical spor tient peut-être au sanscrit sphar, agiter.
Supplément au dictionnaire
ÉPERON. Ajoutez :
13 La veine de l'éperon, veine qui est voisine du lieu où l'éperon pique d'ordinaire.
- Le barbe avait probablement été malade ; car plusieurs épingles entourées d'un nœud de crin, et fixées, soit au cou de Scham, soit sur le trajet de la veine de l'éperon (les Anglais la saignent quelquefois), témoignaient que le barbe avait dû perdre beaucoup de sang — E. SUE, Godolphin Arabian, ch. VI
Dicton normand : Il faut le saigner à la veine de l'éperon, se dit en parlant de quelqu'un qu'on soupçonne de faire le malade.
14Terme de chirurgie. Éperon, saillie résultant, dans l'anus contre nature, de l'adossement des deux portions de l'intestin accolées l'une à l'autre derrière l'ouverture fistuleuse.
- Mémoire sur les anus contre nature dépourvus d'éperons — VELPEAU, Paris, 1836
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- TERMIUM Plus (OGL-C)
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « éperon » du Wiktionnaire.