défier
- nature
- ver
- diction
- [defje] · 2 syllabes
- usage
- 8 par million de mots
Sens et définitions
Verbe 6
-
Provoquer à une lutte, au duel.
- Vadius — Je te défie en vers, prose, grec, et latin. Trissotin — Hé bien, nous nous verrons seul à seul chez Barbin. Molière, Les Femmes savantes, acte III, scène 3
-
figuré Braver quelque chose de dangereux, s’y exposer hardiment, courageusement, lutter contre.
- […] on voyait qu’elle ne défiait pas l’attaque mais qu’une fois commencée, elle était sérieusement résolue à la repousser. Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820
-
Mettre en demeure quelqu’un de faire quelque chose en laissant entendre qu’on le croit incapable de réussir.
- Les sabbats ont alors la forme grandiose et terrible de la Messe noire, de l’office à l’envers, où Jésus est défié, prié de foudroyer, s’il peut. Jules Michelet, La Sorcière, Hetzel - E. Dentu, 1862, page 143
-
Se mettre en garde contre quelqu’un ou quelque chose.
- Cela semblait évident à Tchen, mais il se défiait de telles évidences, aujourd’hui. André Malraux, La condition humaine, 1946, réédition Folio Plus Classiques, 2019, page 63
-
Prévoir ou soupçonner quelque chose de fâcheux.
- Ceux qui se défiaient de l’empire, pressentant qu’il serait la guerre, avaient-ils tort ? Émile de Girardin, en préface de Le dossier de la Guerre de 1870, 23 septembre 1877
-
Avoir peu de confiance.
- Et c'est là un autre paradoxe de Max Jacob : il n'aimait pas Montmartre. Il se défiait de ses « petits maquereautins pâlots que les romances poétisent stupidement », de ses « petits faussaires » et de ses « petits brigands ». Il préférait l'humanité du Paris ouvrier et bourgeois. Dan Franck, Le temps des Bohèmes, éd. Grasset, 2015
Conjugaison
Indicatif
Présent
- je défie
- tu défies
- il défie
- nous défions
- vous défiez
- ils défient
Imparfait
- je défiais
- tu défiais
- il défiait
- nous défiions
- vous défiiez
- ils défiaient
Passé simple
- je défiai
- tu défias
- il défia
- nous défiâmes
- vous défiâtes
- ils défièrent
Futur simple
- je défierai
- tu défieras
- il défiera
- nous défierons
- vous défierez
- ils défieront
Passé composé
- j'ai défié
- tu as défié
- il a défié
- nous avons défié
- vous avez défié
- ils ont défié
Plus-que-parfait
- j'avais défié
- tu avais défié
- il avait défié
- nous avions défié
- vous aviez défié
- ils avaient défié
Passé antérieur
- j'eus défié
- tu eus défié
- il eut défié
- nous eûmes défié
- vous eûtes défié
- ils eurent défié
Futur antérieur
- j'aurai défié
- tu auras défié
- il aura défié
- nous aurons défié
- vous aurez défié
- ils auront défié
Subjonctif
Présent
- je défie
- tu défies
- il défie
- nous défiions
- vous défiiez
- ils défient
Imparfait
- je défiasse
- tu défiasses
- il défiât
- nous défiassions
- vous défiassiez
- ils défiassent
Passé
- j'aie défié
- tu aies défié
- il ait défié
- nous ayons défié
- vous ayez défié
- ils aient défié
Plus-que-parfait
- j'eusse défié
- tu eusses défié
- il eût défié
- nous eussions défié
- vous eussiez défié
- ils eussent défié
Conditionnel
Présent
- je défierais
- tu défierais
- il défierait
- nous défierions
- vous défieriez
- ils défieraient
Passé
- j'aurais défié
- tu aurais défié
- il aurait défié
- nous aurions défié
- vous auriez défié
- ils auraient défié
Impératif
Présent
- défie
- défions
- défiez
Passé
- aie défié
- ayons défié
- ayez défié
Formes impersonnelles
- Infinitif présent
- défier
- Participe présent
- défiant
- Participe passé
- défié
Citation
Ce qui devait tenir contre les vents et défier la durée même des siècles
Origine du mot
De dé- et fier avec l’influence du latin diffidere (« ne pas se fier à »).
Dans le dictionnaire latin : diffidere
1873 — le Littré
DÉFIER v. a. (dé-fi-é)
, je défiais, nous défiiens, vous défiiez ; que je défie, que nous défiions, que vous défiiez
1 Provoquer à un combat, à une lutte. encore relevé aujourd’hui
- Défiant leurs nombreuses cohortes — RAC., Mithr. V, 4
- Toi, superbe Orbassan, c'est toi que je défie — VOLT., Tancr. III, 6
Par extension. Défier quelqu'un à la course, à la paume, aux échecs. Défier quelqu'un à boire.
- Défier aux chansons les oiseaux dans les bois — BOILEAU, Sat. VIII
Fig. Son teint peut défier la rose.
2 Déclarer à quelqu'un qu'on ne le croit pas en état de faire une chose. Vous me menacez de me battre, je vous en défie. Je vous défie de deviner cette énigme. encore relevé aujourd’hui
- J'ose le défier de me pouvoir surprendre — MOL., Éc. des maris, II, 2
- Je défie la calomnie, et je la mets à pis faire — D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 26 oct. 1762
Familièrement. Je le défie d'être plus votre serviteur que moi.
- Je n'aime point, ma fille, que vous disiez que vos lettres sont insipides et sottes ; voilà deux mots qui n'ont jamais été faits pour vous ; vous n'avez qu'à penser et à dire ; je vous défie de ne pas bien faire — SÉV., 442
Poétiquement.
- Je défiais ses yeux de me troubler jamais — RAC., Androm. I, 1
3 Affronter, braver. encore relevé aujourd’hui
- Je m'en vais défier les vents au milieu de l'Océan — VOIT., Lett. 42
- Sa bonne conduite défie la fortune — SÉV., 299
4 autres citations
- Ce qui devait tenir contre les vents et défier la durée même des siècles — MASS., Car. Inconst.
- Instruite à défier le péril et la mort — VOLT., Scythes, I, 1
- Le brave la défie [la mort] et marche au-devant d'elle — ID., Orphel. I, 5
- Vous croyez à l'abri de votre caractère Pouvoir impunément défier ma colère — ID., Catil. II, 1
4Terme de marine.
- On défie une embarcation d'un choc, en en modérant la vitesse, ou en l'éloignant au moyen d'une gaffe ; on défie le navire de la lame, en manœuvrant de façon à empêcher le choc violent que la lame peut lui donner ; on le défie du vent en gouvernant de manière à empêcher qu'il ne vienne trop au vent — JAL
Défie de l'arrière ! commandement adressé au timonier, lorsqu'un bâtiment navigue au plus près.
Défie du vent ! commandement de mettre la barre au vent.
Défie tout ! ordre de faire agir vivement le gouvernail sous le plus grand angle possible, pour éviter que le vent ne masque les voiles.
Dans ces termes de marine, défier a le sens de se défier (ne pas se fier), en changeant le pronom réfléchi en un nom ou pronom direct. Défier un navire de la lame, c'est se défier de la lame (le navire au lieu de se), ne pas le fier à la lame.
5 Se défier, v. réfl. Se provoquer. Ces deux ennemis se défiaient l'un l'autre. encore relevé aujourd’hui
6 Avoir de la défiance, être en garde contre. Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé. encore relevé aujourd’hui
- Si c'est te faire tort que de m'en défier.... — CORN., Cinna, IV, 6
- De tous ses mouvements mon esprit se défie — ID., Héracl. V, 2
7 autres citations
- Et je me défierais d'un trop prompt changement — ID., Théod. III, 5
- Quand on tue celui qui ne s'en défie en aucune manière — PASC., Prov. 7
- Je me défie des allures des gens — SÉV., 302
- Roxane, qui depuis, loin de s'en défier, à ses desseins secrets voulut m'associer — RAC., Baj. I, 4
- Et quand de toi peut-être un père se défie.... — ID., Mithr. IV, 1
- Ils commençaient à se défier de tous les Grecs — FÉN., Tél. X
- Tous les animaux se défient de l'homme et n'ont pas tort ; mais sont-ils sûrs une fois qu'il ne leur veut pas nuire, leur confiance devient si grande qu'il faudrait être plus que barbare pour en abuser — J. J. ROUSS., Conf. VI
Absolument.
- Non, mais il fut surpris et Créon se défie — CORN., Médée, I, 5
Défiez-vous, soyez sur vos gardes, se dit souvent entre ouvriers qui soulèvent un lourd fardeau ou font toute autre manœuvre qui peut avoir du danger si on se néglige.
7 Avoir peu de confiance dans. repris par le Wiktionnaire
- De mes faibles efforts ma vertu se défie — RAC., Mithr. II, 6
- Vous, favori ! vous, grand ! défiez-vous des rois ; Leur faveur est glissante, on s'y trompe, et le pire C'est qu'il en coûte cher.... — LA FONT., Fabl. X, 10
1 autre citation
- Celui qui sollicite son juge ne lui fait pas honneur ; car il se défie de ses lumières et même de sa probité — LA BRUY., XIV
Se défier de soi-même, de ses forces, etc. avoir peu de confiance en soi, en ses forces. Le silence est le parti le plus sûr pour celui qui se défie de soi-même.
- Si, avant que d'agir et de décider sur des choses essentielles, vous vous étiez défié de vous-mêmes, — BOURDAL., Sur la fausse consc. 1er Avent.
En ce sens il se construit aussi avec que.
- Quelque ardeur qu'un chrétien fasse paraître pour la cause de son Dieu, je me défierai toujours, ou plutôt je désespérerai toujours, que de la délicatesse des repas, des habits, de l'équipage et du train, il accepte de passer à la rigueur des prisons, des roues et des chevalets — BOURD., Car. t. I, p. 232
Se douter, soupçonner, prévoir.
- Une chose vous manque, à vous et à vos semblables, vous ne vous en défiez pas : et je vais vous jeter dans l'étonnement ; une chose vous manque, c'est l'esprit — LA BRUY., V
- Ils commencent à se défier du contraire — PASC., Prov. 1
En ce sens il se construit aussi avec que.
- Et, ma foi, je m'étais toujours bien défié Que ce jeune galant cajolait Isabelle — SCARRON, Jodelet ou le Maître valet, IV, 7
- Qu'il est difficile, quand on peut tout, de se défier qu'on peut aussi trop entreprendre ! — MASS., Louis le Grand.
4 autres citations
- Il ne s'était même jamais avisé de se défier que la voie où il marchait.... pût le conduire à la perdition — ID., Car. Mauv. riche.
- Qui se serait jamais défié que Manassès, qui avait introduit l'abomination dans le lieu saint.... dût devenir un jour le restaurateur du temple et des sacrifices ? — ID., Carême, Mélange.
- Il [l'impie] se défie seulement qu'il n'y a rien après cette vie, et là-dessus il le croit — ID., Carême, Vér. d'un avenir.
- Vous n'en avez pas usé de même, et c'est sur quoi je commençai à me défier que vous agissiez avec passion — PASC., Prov. 17
Remarque
Défier, dans le sens de provoquer, faire un un défi, veut à : défier quelqu'un à boire. Dans le sens de mettre à pis faire, de déclarer impossible, il veut de : je le défie d'y aller.
Historique
XIe s.
- [Je] Desfi les en, sire, vostre veiant — Ch. de Rol. XXIV
- Par nule guise ne m'aviez desfiet — ib. CXLVII
1 autre citation
- Je desfiai Rolant le poigneor — ib. CCLXXIV
XIIe s.
- Et dist à Pinabel : Je vous desfi, vassal — Ronc. p. 193
- Et Gilemers l'Escot dit outrage et folie, Quant de ceste besogne devant tous vous desfie — Sax. X
3 autres citations
- Ils vous ont desfié de [à] guerre moult prochaine — ib. XX
- Richarz li respundi par ire e par buffei : " Quant ne volez venir ensemble od mei al rei, Or vus desfi-ge dunc e des miens et de mei " — Th. le mart. 51
- Coment, fait saint Thomas, avez me desfié ? Nenal, fait Jocelins, mais ço vus ad mandé Li reis .... — ib. 130
XIIIe s.
- Et distrent que bon seroit que il envoiassent à lui bons messages pour demander leur covenances, et si il le vouloit faire, il le preissent, et se ce non, si le defiassent de par els — VILLEH., XCIII
- Et manda li quens Ferrans au roi Phelippe qu'il li rendist les chastiaus et les cités que vous avez oï, ou se çou non, il le deffioit et bien seüst qu'il enterroit en sa terre en brief tans — Chron. de Rains, 144
2 autres citations
- L'en demain par matin quant l'aube fu crevée, Bauduin de Rohais [les Turcs] ont parole mandée, Par un lor latinier qui lui a bien contée, Que il deviegne turc, s'ait sa loi defiée, Trois cos [queues] se face faire à l'us de lor contrée — Ch. d'Ant. VI, 9
- Se l'amiral eust esté refusé, il eust presenté au roy ces trois coutiaus pour le deffier — JOINV., 259
XVIe s.
- Tu me sembles aulcunement doubter, voyre deffier de ma paternité — RAB., Pant. III, 27
- Cesar se print à desfier le Dieu Neptunus — MONT., I, 22
5 autres citations
- Il desfia le roy de le combattre en chemise avec l'espée — ID., I, 59
- Il estoit garni des biens et des thresors qui desfient la fortune — ID., IV, 316
- Il cassa la compagnie de trois cents satellites de Romulus, disant qu'il ne se vouloit point desfier de ceulx qui se fioient en luy — AMYOT, Numa, 12
- Il deffia au combat d'homme à homme le plus vaillant des Gaulois — ID., ib. 22
- Il se partit pour aller au devant de luy, ne se deffiant pas que Caesar ne fust pour luy pardonner, ains.... — ID., Cicéron, 49
Étymologie
Dé.... préfixe, et fier, v. a. ; provenç. desfiar, desfizar ; ital. disfidare, diffidare. La série des sens est : démentir la foi de quelqu'un (dé-fier, dé-fiance), puis, de là, provoquer, et, avec le pronom réfléchi, n'avoir pas foi, confiance.
Supplément au dictionnaire
DÉFIER. - REM. Ajoutez :
2. Corneille a supprimé le pronom personnel dans cette phrase : Annibal, qu'elle vient de lui sacrifier, L'engage en sa querelle et m'en fait défier, Nicom. I, 1. J. J. Rousseau aussi : Malgré ma prévention pour le talent des autres, qui m'a toujours fait défier des miens, Confess. VII. Cette tournure est correcte, mais peu usitée ; on dit plutôt : m'a fait me défier.
3. Le même a dit : Tous les plaisirs ont beau être pour les méchants, en voilà pourtant un que je leur défie de goûter, Lettre à Milord Maréchal, 31 mars 1764. C'est une faute ; il faut : je les défie.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (cibles)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
- Morphalou 3.1 — ATILF (CNRS / Université de Lorraine) LGPL-LR
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