naïf

nature
adj masculin
diction
[naif] · 2 syllabes
usage
14 par million de mots

Sens et définitions

Adjectif 9

  1. Naturel, ingénu, sans fard, sans apprêt, sans artifice.
    • La population de Saint-David m’intéressait fort par ses mœurs simples et naïves et parlait un curieux patois anglais plein d’expressions maritimes. Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929
  2. Qui retrace simplement la vérité, qui imite la nature sans laisser paraître d’artifice ni d’effort.
    • Faire une description, une relation, une peinture naïve de quelque chose.
  3. Qui n’est pas concerté, qui n’est pas étudié.
    • Avoir quelque chose de naïf dans l’humeur, dans l’esprit, dans l’air.
  4. Qui dit sa pensée sans détour, ingénument, en parlant des personnes.
    • C’est un homme naïf, une personne franche et naïve.
  5. Qui dit, par un excès de simplicité, ce qu’il aurait intérêt à cacher.
    • Que la réalité ne corresponde pas au rêve, seuls les naïfs s’en étonneront. D’abord, il y eut autant de rêves que de rêveurs. […] Enfin, et surtout, si les hommes pouvaient réaliser leurs utopies, cela se saurait. Élie Barnavi, L’Europe comme utopie, dans Marianne du 13 août 2011, p.81
  6. Qui, par excès de simplicité, se laisse facilement tromper.
    • Il leur faut des électeurs ouvriers assez naïfs pour se laisser duper par des phrases ronflantes sur le collectivisme futur. Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.IV, La grève prolétarienne, 1908, p.157
  7. Qualifie certaines choses de l’humanité, dans tous les sens analogues.
    • Il lui est échappé une réponse bien naïve.
2 emplois spécialisés
  1. Médecine Vierge de tout traitement.
  2. Traitements non chirurgicaux Se dit d'un sujet n'ayant jamais pris un certain médicament ou une certaine catégorie de médicaments.

Nom 1

  1. Personne naïve.
    • Il faut admettre que le titre de cet ouvrage pourrait à lui seul donner à croire que son auteur est un naïf, un candide ou encore un provocateur niais. Claude Giraud, De la violence, 2022

Citation

Les grâces naïves de l'enfance.... À cet air si naïf croirait-on qu'elle y touche ?
Jean-François Regnard, le Distr. I, 4

Origine du mot

Du latin nativus (« qui naît, inné, naturel ») → voir natif.

Dans le dictionnaire latin : nativus

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

NAÏF, IVE adj. (na-ïf, i-v'. Au pluriel, qu'il écrivait naïfz, le XVIe siècle prononçait na-ï, sans f, J. PELLETIER, dans LIVET, la Gramm. franç. p. 148)

1 Natif (vieilli en ce sens).

  • Une couleur de roses... avait... Rehaussé de son teint la naïve blancheur — LA FONT., Climène, Comédie.

En termes de lapidaire , pointe naïve, diamant qui, naturellement et sans taille, offre une forme pyramidale.

2Fig. Qui retrace simplement la vérité, la nature, sans artifice et sans effort. Faire une description, une peinture, une relation naïve. L'attitude, la pose de cette statue est naïve. encore relevé aujourd’hui

  • Jacques Amyot, plus connu par sa naïve traduction de Plutarque que par cette ambassade — VOLT., Mœurs, 172

3Fig. Qui est gracieusement inspiré par le sentiment. Une beauté naïve. encore relevé aujourd’hui

  • Les grâces naïves de l'enfance.... À cet air si naïf croirait-on qu'elle y touche ? — REGNARD, le Distr. I, 4
  • La nature naïve anime ses discours — VOLT., Zaïre, IV, 3
5 autres citations
  • J'estime ta valeur Et de ton cœur ouvert la naïve candeur — ID., Scythes, II, 2
  • Tout ce qui est vrai n'est pas naïf : mais tout ce qui est naïf est vrai, d'une vérité piquante, originale et rare — DIDER., Pensées sur la peint. Œuv. t. XV, p. 232, dans POUGENS.
  • Soit que j'eusse perdu la naïve confiance du premier âge — MARMONTEL, Mém. VII
  • Dans un long entretien, à sa pitié naïve J'offris tout le tableau des maux que j'ai soufferts — DUCIS, Othello, I, 5
  • Ciel ! de faibles sanglots ! un cri naïf et tendre ! — M. J. CHÉN., Œdipe roi, V, 3

4 En parlant des personnes, qui obéit gracieusement à ses sentiments.

  • Une personne franche et naïve Elle [Mme de Bouillon sortant de l'interrogatoire pour l'affaire des poisons] fut reçue de tous ses amis, parents et amies avec adoration ; tant elle était jolie, naïve, naturelle, hardie, et d'un bon air et d'un esprit tranquille — SÉV., 31 janv. 1680

5 Qui dit sa pensée sans détour, ingénument. encore relevé aujourd’hui

  • Vous dites donc que Diderot est un bon homme ; je le crois, car il est naïf — VOLT., Lett. d'Argental, 12 mars 1758

En mauvaise part. Qui dit par un excès de simplicité ce qu'il aurait intérêt à cacher. C'est un homme naïf dont on tire tout ce qu'on veut. Vous êtes bien naïf.

  • Il lui dit qu'il était un peu naïf — HAMILT., Gramm. IV

En ce sens, il se dit des choses. Une réponse naïve. Un amour-propre naïf. Une vanité naïve.

6 Il se prend encore en mauvaise part et s'applique à ceux qui ne sont pas pénétrants, qui ne comprennent pas ce que tout le monde comprend. Ah ! vous comptiez qu'arrivé au pouvoir, il tiendrait ses promesses ; vous êtes naïf.

7 S. m. Ce qui est naïf. L'école flamande offre des modèles du naïf en peinture.

  • La cour désabusée Dédaigna de ces vers [burlesques] l'extravagance aisée, distingua le naïf du plat et du bouffon — BOILEAU, Art poét. I
  • Brancas parlait bien et de source, avec un air naturel, souvent un naïf inimitable — SAINT-SIMON, 447, 277
Synonyme

NAÏF, NATUREL. Le naturel est opposé au recherché et au forcé ; le naïf est opposé au réfléchi, et appartient au sentiment. En littérature, le naïf est le naturel dans les petites choses.

Historique

XIIe s.

  • Il a un fiz nez de nos gens, Qui devers sa mere est naïs De nos [nous], del regne et du païs — Chron. de Normand. t. I, p. 365, V. 8186
  • [Les seigneurs] Qui de nostre franchise [immunité] sont prudhome naïf [nés instruits] — Sax. XXIV

XIIIe s.

  • La pierre est de roche naïve, De quoi l'en fist le fondement — la Rose, 3852
  • ... Jà fame, jor qu'ele vive, N'aura fors sa biauté naïve — ib. 8942
1 autre citation
  • Moult est chetis et fox [fou] naïs, Qui croit que ci est son païs — ib. 5649

XIVe s.

  • ....Alloit à piet, par la forest naïe — Baud. de Seb. VIII, 68

XVIe s.

  • De tel façon, que ce qui tant me nuit, Corromp du tout le nayf de ma muse — MAROT, III, 274
  • L'un grave en bronze, et dans le marbre à force Veut le naïf de nature imiter — RONS., Odes, III, 18
6 autres citations
  • Cela faict [des coups de bâtons reçus], voylà Chicquanous riche pour quatre moys ; comme si coups de baston feussent ses naïfves moissons — RAB., Pant. IV, 12
  • L'histoire du siege de Jerusalem qui represente au naïf celuy de nostre ville [Paris] — Sat. Mén. p. 156
  • Il avoit la langue un peu grasse, ce qui ne luy seoit pas mal, ains donnoit une certaine grace naïfve et attrayante à son parler — AMYOT, Alc. 2
  • Puis, tout ravy de leur grace naïve, Dormir au frais d'une source d'eau vive, Dont le doux bruit semble parler d'amour — DESPORTES, Bergeries.
  • Ils font une mine de duc et d'empereur ; mais tantost après les voyez devenus valets et crocheteurs miserables, qui est leur naïfve et originelle condition — MONT., I, 327
  • Mes deffauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis — ID., Essais, l'auteur au lecteur.
Étymologie

Provenç. natiu ; espagn. et ital. nativo ; du lat. nativus, qui vient de natus, né.

Supplément au dictionnaire

NAÏF. Ajoutez :

8 Au naïf, naïvement.

  • Vous les représentez [mes vertus] au naïf — RAC., Lexique, éd. P. Mesnard.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « naïf » du Wiktionnaire.

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