penser
- nature
- ver
- diction
- [pɑ̃se] · 2 syllabes
- usage
- 302 par million de mots
Sens et définitions
Verbe 11
-
Exercer l’activité de l’esprit ; accomplir quelque opération de l’intelligence ; concevoir ; imaginer ; réfléchir.
- Je suis incapable de rassembler deux idées ; votre vue m’a ébloui. Je ne pense plus, j’admire. Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IV
-
Croire.
- Je pensai que j'avais été trop aimable ou familière avec Adam Johnson et je rédigeai un texte froid et distant : …. Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, Éditions Albin Michel S.A., 1999, page 11
-
Estimer.
- J’irai vous voir demain, je pense.
-
Avoir une opinion.
- Cette feuille ne craignait pas de dire ce qu'elle pensait, même aux personnages les plus hauts placés. Dans le nᵒ 29 du 30 juin 1793, elle jugeait vertement le général Alexandre Beauharnais , qui venait d'être nommé ministre de la Guerre. Fernand Mitton, La Presse française, volume 2 : sous la Révolution, le Consulat, l'Empire, Paris : chez Guy Le Prat, 1945, page 172
-
Avoir des tendances intellectuelles, des préférences d’esprit et de goût.
- Penser avec justesse.
-
Avoir dans l’esprit.
- Il pense beaucoup de choses qu’il ne dit pas.
-
Avoir présent à l’esprit ; avoir le cœur occupé de.
- Des larmes lui coulaient bien tranquillement sur les joues, sans qu’il pensât à les essuyer. Georges Arnaud, Le salaire de la Peur, 1950
-
Se souvenir.
- Mais ne nous voilons pas la face : Rebaudengo était une fripouille et, si je pense à tout ce que j'ai fait après, j'ai l'impression de n'avoir fait des fripouilleries qu'à des fripouilles. Umberto Eco, Le cimetière de Prague, traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano, éd. Grasset, 2011, chapitre 6
- Prévoir et pourvoir.
- Vouloir, former un dessein, avoir une intention.
- Être sur le point de; faillir.
Nom 1
-
vieilli Opération consciente de la pensée ; pensée.
- Rouletabille ne dit plus rien et partit pour des pensers inconnus… Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune, 1907
Conjugaison
Indicatif
Présent
- je pense
- tu penses
- il pense
- nous pensons
- vous pensez
- ils pensent
Imparfait
- je pensais
- tu pensais
- il pensait
- nous pensions
- vous pensiez
- ils pensaient
Passé simple
- je pensai
- tu pensas
- il pensa
- nous pensâmes
- vous pensâtes
- ils pensèrent
Futur simple
- je penserai
- tu penseras
- il pensera
- nous penserons
- vous penserez
- ils penseront
Passé composé
- j'ai pensé
- tu as pensé
- il a pensé
- nous avons pensé
- vous avez pensé
- ils ont pensé
Plus-que-parfait
- j'avais pensé
- tu avais pensé
- il avait pensé
- nous avions pensé
- vous aviez pensé
- ils avaient pensé
Passé antérieur
- j'eus pensé
- tu eus pensé
- il eut pensé
- nous eûmes pensé
- vous eûtes pensé
- ils eurent pensé
Futur antérieur
- j'aurai pensé
- tu auras pensé
- il aura pensé
- nous aurons pensé
- vous aurez pensé
- ils auront pensé
Subjonctif
Présent
- je pense
- tu penses
- il pense
- nous pensions
- vous pensiez
- ils pensent
Imparfait
- je pensasse
- tu pensasses
- il pensât
- nous pensassions
- vous pensassiez
- ils pensassent
Passé
- j'aie pensé
- tu aies pensé
- il ait pensé
- nous ayons pensé
- vous ayez pensé
- ils aient pensé
Plus-que-parfait
- j'eusse pensé
- tu eusses pensé
- il eût pensé
- nous eussions pensé
- vous eussiez pensé
- ils eussent pensé
Conditionnel
Présent
- je penserais
- tu penserais
- il penserait
- nous penserions
- vous penseriez
- ils penseraient
Passé
- j'aurais pensé
- tu aurais pensé
- il aurait pensé
- nous aurions pensé
- vous auriez pensé
- ils auraient pensé
Impératif
Présent
- pense
- pensons
- pensez
Passé
- aie pensé
- ayons pensé
- ayez pensé
Formes impersonnelles
- Infinitif présent
- penser
- Participe présent
- pensant
- Participe passé
- pensé
Citation
Entendre vos raisons, qui se rapportent fort à celles qu'on a déjà pensées
Origine du mot
Du moyen français penser, de l’ancien français penser, panser du latin pensare (« peser, soupeser »). En français, le mot penser est un simple doublet de peser alors qu'en latin penso est le fréquentatif de pendo.
Dans le dictionnaire latin : pensare
1873 — le Littré
PENSER1 v. a. (pan-sé)
1 Trouver en réfléchissant, imaginer, combiner (ce qui est le sens le plus voisin du latin pensare, peser, méditer). J'ai pensé une chose qui vous tirera d'affaire. encore relevé aujourd’hui
- Entendre vos raisons, qui se rapportent fort à celles qu'on a déjà pensées — SÉV., 17 mai 1680
- Ne puis-je pas penser après eux [Horace et Boileau] une chose vraie, et que d'autres encore penseront après moi ? — LA BRUY., I
1 autre citation
- Celui qui taille des colonnes, ou qui élève un côté d'un bâtiment, n'est qu'un maçon ; mais celui qui a pensé tout l'édifice, et qui en a toutes les proportions dans sa tête, est le seul architecte — FÉN., Télémaque, XXII
S'imaginer.
- Pensez la joie qu'auront nos femmes — VAUGEL., Q. C. 301
- Quant au surplus, je le laisse à penser — LA FONT., Rich.
2 autres citations
- Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis — ID., Fabl. I, 9
- Des circonstances que vous n'aviez pas même pensées — MASS., Carême, Pardon des offenses.
2 Avoir dans l'esprit. repris par le Wiktionnaire
- Enfin, que ne pense-t-on point quand on pense toujours, avec beaucoup de silence et de loisir ? — SÉV., 11 mai 1680
- La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut [en fait de religion], fait qu'on croit respirer un air nouveau — BOSSUET, Anne de Gonz.
4 autres citations
- Ils croiraient s'abaisser dans leurs vers monstrueux, S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux — BOILEAU, Art p. I
- Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense ! — RAC., Brit. v, 1
- Il est beau d'écrire ce qu'on pense ; c'est le privilége de l'homme ; dans toute notre Italie on n'écrit que ce qu'on ne pense pas ; ceux qui habitent la patrie des Césars et des Antonins n'osent avoir une idée sans la permission d'un jacobin — VOLT., Cand. 25
- On ne dit pas tout ce qu'on pense, et on ne crie pas tout ce qu'on dit — C. DELAV., D. Juan, III, 7
3 Dans le style philosophique. Penser une chose, en faire une pensée, une idée. encore relevé aujourd’hui
- Je pense les choses telles qu'elles sont, et elles se trouvent conformes à ma pensée, car elles sont comme je les pense — BOSSUET, Connaiss. IV, 8
- Les âmes des hommes que l'Eternel créa par sa seconde idée après avoir pensé les anges — CHATEAUB., Natch. liv. IV
Dans un style élevé et hardi, penser des pensées, entretenir certaines pensées.
- Nous savons qu'elle [la reine régente] a toujours imité Dieu, dont elle porte sur le front le caractère ; elle a toujours pensé des pensées de paix — BOSSUET, 1er sermon, Démons, 3
4 Croire, juger. Je pense mes raisons meilleures que les vôtres. Je ne sais qu'en penser. Il est difficile d'en penser du bien. Je n'en pense ni bien ni mal.
- Car, soit que je vous pense ingrate ou secourable — RÉGNIER, Élég. I
- Nous apprendrons ce que nous devons penser de nos afflictions — MASS., Avent, Afflict.
1 autre citation
- Que pensez-vous qu'il m'en a coûté pour le mettre dans l'état où il est ? — J. J. ROUSS., Hél. IV, 11
Ne pas savoir que penser d'une personne, d'une chose, ne pas pouvoir s'en former une opinion.
- Il y en a un assez grand nombre qui ne savent qu'en penser et qui décideraient volontiers la question à croix ou pile — DIDER., Pens. phil. 22
À ce que je pense, suivant mon idée.
5 V. n. Exercer son esprit en combinant des idées. encore relevé aujourd’hui
- ....Les Anglais pensent profondément ; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament ; Creusant dans les sujets et forts d'expériences, Ils étendent partout l'empire des sciences — LA FONT., Fabl. XII, 23
- Ils [les compilateurs] ne pensent point : ils disent ce que les auteurs ont pensé — LA BRUY., I
10 autres citations
- Quiconque a le loisir de penser, ne voit rien de mieux à faire que d'être vertueux — FONTEN., Homberg.
- C'est par cette lâche habitude de n'oser penser par eux-mêmes, et de puiser leurs idées dans les débris des temps où l'on ne pensait pas, que dans la ville des plaisirs [Paris] il était encore des mœurs atroces — VOLT., Princ. de Babyl. 10
- Citer la pensée des vieux auteurs qui ont dit le pour et le contre, ce n'est pas penser — ID., Dial. XXIV, 1er entretien.
- Quiconque pense fait penser — ID., Frag. sur l'hist. XXIX.
- Penser et laisser penser, c'est la consolation de nos faibles esprits dans cette courte vie — ID., Dict. phil. âme.
- Il me choisit pour l'aider à penser ; Trois mois entiers ensemble nous pensâmes, Lûmes beaucoup et rien n'imaginâmes — ID., le Pauvre diable.
- L'esprit une fois en effervescence y reste toujours, et quiconque a pensé, pensera toute sa vie — J. J. ROUSS., Lett. à Mlle D. M. Corresp. t. I, p. 122, dans POUGENS.
- L'homme pense, et dès lors il est maître des êtres qui ne pensent pas — BUFF., Anim. domest.
- Un homme qui pense ne se contente pas de recueillir des faits ; il cherche à les lier entre eux — SENNEBIER, Art. d'observ. dans POUGENS
- Sans penser, écrivant d'après d'autres qui pensent — A. CHÉNIER, l'Invention.
6 Former en son esprit des pensées, des idées. encore relevé aujourd’hui
- Je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et, remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais — DESC., Méth. IV, 1
- Il disait que nous ne pouvions avoir d'idées que de ce qui avait passé par nos sens ; mon fils disait que nous pensions indépendamment de nos sens : par exemple, nous pensons que nous pensons — SÉV., 25 sept. 1680
3 autres citations
- La difficulté consiste moins à deviner comment la matière pourrait penser, qu'à deviner comment une substance quelconque pense — VOLT., Dict. phil. âme.
- Ils ont pensé avant de chercher comment on pense ; il fallait même qu'il s'écoulât des siècles pour faire soupçonner que la pensée peut être assujettie à des lois ; et aujourd'hui le plus grand nombre pense encore sans former de pareils soupçons — CONDIL., Log. obj. de cet ouv.
- Donner son attention, se ressouvenir, imaginer, comparer, juger, réfléchir, sont des manières de penser qui appartiennent à l'entendement — ID., Tr. anim. II, 10
Penser finement, noblement, avoir des pensées fines, nobles.
Penser subtilement, avoir des pensées subtiles.
- [De deux écrivains qui ont blâmé Montaigne] l'un ne pensait pas assez pour goûter un auteur qui pense beaucoup ; l'autre pense trop subtilement pour s'accommoder des pensées qui sont naturelles — LA BRUY., I
7 Croire, juger. encore relevé aujourd’hui
- Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense — LA FONT., Fabl. III, 1
- Le péril est pressant plus que vous ne pensez — RAC., Mithr. I, 5
Vous n'en êtes pas où vous pensez, c'est-à-dire vous vous mécomptez grandement.
- Je le ferai connaître, Et vous montrerai bien.... Qu'on n'est pas où l'on pense en me faisant injure — MOL., Tart. IV, 7
8 Avoir telle ou telle opinion, manière de voir. encore relevé aujourd’hui
- Nos caractères se ressemblent, il pense comme moi — MARIVAUX, l'Épreuve, SC. 8
- Si César et Pompée avaient pensé comme Caton, d'autres auraient pensé comme firent César et Pompée — MONTESQ., Rom. 11
1 autre citation
- Arbitre des humains, daigne veiller sur eux [mes enfants] ; Qu'ils pensent comme moi, mais qu'ils soient plus heureux — VOLT., Mahomet, IV, 4
Liberté de penser, la liberté de professer les opinions que l'on croit bonnes.
Façon de penser, opinion, jugement.
Familièrement. Dire à quelqu'un sa façon de penser, lui exprimer sans ménagement ce qu'on pense, lui faire des reproches, des remontrances.
Penser tout haut, faire connaître sans réticence ce qu'on a dans l'esprit, ne pas se gêner pour exprimer son opinion.
Penser bien, mal de, avoir bonne, mauvaise opinion de.
- Penser trop bien de soi, fait tomber tous les jours En des égarements étranges — DESHOULIÈRES, Réflexions diverses.
- L'homme, de sa nature, pense hautement et superbement de lui-même, et ne pense ainsi que de lui-même — LA BRUY., XI
1 autre citation
- Tous mes malheurs me viennent d'avoir trop bien pensé des hommes — J. J. ROUSS., Lett. à M. Gingins de M. Corresp. t. I, p. 14, dans POUGENS.
Bien penser, mal penser, avoir en religion, en morale, en politique des sentiments conformes ou contraires aux véritables principes.
- Travaillons à bien penser ; voilà le principe de la morale — PASC., Pens. I, 6, éd. HAVET.
Particulièrement. Penser bien, avoir des opinions réputées orthodoxes ou favorables à l'ordre établi ; penser mal, avoir des opinions contraires.
9 Réfléchir. encore relevé aujourd’hui
- Franchement, des plaisirs, des biens de cette sorte Ne sont pas, quand on pense, une chaîne bien forte — GRESSET, le Méch. II, 3
Il y a beaucoup à penser, c'est une affaire qui exige attention, précaution.
- Comme il y a beaucoup à penser, je pense beaucoup aussi, et par malheur bien inutilement — SÉV., 22 sept. 1687
Donner à penser, faire réfléchir, faire rentrer en soi-même.
- Cette petite chapelle.... qui a soixante-trois toises de longueur, donne bien à penser à notre chapitre, qui croyait être un des plus beaux de France — SÉV., 14 oct. 1694
10 Raisonner.
- Il faut chercher seulement à penser et à parler juste — LA BRUY., I
- Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons expliqué la génération des idées ; dans la seconde, nous avons fait voir comment on doit conduire son esprit : c'est tout ce que renferme l'art de penser — CONDIL., Art de pens. II, 7
11 Penser suivi, sans préposition, d'un verbe à l'infinitif, avoir une idée, une opinion dans l'esprit. encore relevé aujourd’hui
- Pardonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompée, Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée — CORN., Cinna, III, 4
- Nous pensions partir aujourd'hui, ma chère fille, mais ce ne sera que demain — SÉV., 644
1 autre citation
- Il poursuit son dessein parricide ; Mais il pense proscrire un prince sans appui — RAC., Baj. IV, 3
S'imaginer.
- Et je pense avoir même entendu quelques voix Nous crier qu'on apprît à dédaigner les rois — CORN., Suréna, v, 5
- Qui pensera demeurer neutre.... — PASC., Pens. VIII, 1, éd. HAVET.
3 autres citations
- Pensent-ils [les libertins, les esprits forts] avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombent, et que les autres qui les ont vues les ont méprisées ? — BOSSUET, Anne de Gonz.
- Un discours trop sincère aisément nous outrage : Chacun dans ce miroir pense voir son visage — BOILEAU, Sat. VII
- On pense voir des fruits, des fleurs fraîches écloses, Et boire le nectar dans un bouquet de roses — DELILLE, Trois règ. IV
Espérer, se flatter.
- Armons-nous de courage, et nous ferons trembler Ceux dont les lâchetés pensent nous accabler — CORN., Nicom. I, 1
- Verville retourna souper avec le seigneur du bourg, vieil homme son parent, et dont il pensait hériter — SCARR., Rom. com. II, 12
2 autres citations
- Comme un enfant penses-tu me traiter ? — LA FONT., Rich.
- Il pense voir en pleurs dissiper cet orage — RAC., Andr. V, 1
En ce sens il se construit aussi avec que.
- Qui eût pu seulement penser que les années eussent dû manquer à une jeunesse qui semblait si vive ? — BOSSUET, Duchesse d'Orléans.
- Pensant qu'au moins le vin dût réparer le reste — BOILEAU, Sat. III
1 autre citation
- Pensons que, comme nous soupirons présentement pour la florissante jeunesse qui n'est plus.... la caducité suivra, qui nous fera regretter l'âge viril.... — LA BRUY., XI
12 Penser suivi de à, avec un substantif ou un verbe, réfléchir à, songer à, se souvenir de. encore relevé aujourd’hui
- Et sans penser aux biens où le vulgaire pense — RÉGNIER, Sat. v.
- Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes ; Et surtout pensez bien au choix de vos victimes — CORN., Pomp. III, 11
7 autres citations
- Quand nous voulons penser à Dieu, n'y a-t-il rien qui nous détourne, nous tente de penser ailleurs ? — PASC., Pens. XXIV, 55
- On me mande qu'il quitte tout pour penser à sa santé — SÉV., 557
- Un voyage tranquille devient tout à coup une expédition redoutable à ses ennemis [de Louis XIV] ; Gand tombe avant qu'on pense à le munir — BOSSUET, Mar.-Thér.
- Ce remède si simple et auquel il eût été si naturel de ne pas penser, produisit une parfaite et prompte guérison, presque miraculeuse — FONT., Chirac
- À quoi voulez-vous qu'il [l'enfant] pense, quand vous pensez à tout pour lui ? — J. J. ROUSS., Ém. II
- Puisque je ne puis oublier cet infortuné, j'aime mieux en causer avec toi que d'y penser toute seule — ID., Hél. IV, 1
- Que vous dirais-je ? je restai respirant à peine, tout mon corps froid comme marbre.... Dieu ! quand j'y pense encore ! — P. L. COUR., Lettr. 1er nov. 1807
Sans y penser, naturellement, sans effort.
- Elle ravit sans y penser : que fait-elle lorsqu'elle y pense ? — LA FONT., Lett. XX
Pensez à moi, voy. MYOSOTIS.
On a dit penser de.
- Pensez de vous résoudre à soulager ma peine — MALH., V, 29
- Si j'étais en lieu.... de vous donner des conseils, je vous donnerais celui de ne pas penser présentement d'aller à Grignan — SÉV., 22 déc. 1675
Voiture a dit penser en.
- Le reste du temps je l'employai à penser en madame votre mère et vous — VOIT., Lett. 128
Avoir en vue, avoir dessein.
- Caliste, où pensez-vous ? qu'avez-vous entrepris ? — MALH., V, 13
- Ils croient être convertis, dès qu'ils pensent à se convertir — PASCAL, Pens. div. 170, édit. FAUGÈRE.
3 autres citations
- M. Colbert, qui ne pense qu'à ses finances, et presque jamais à la religion — MAINTENON, Lett. à Mme de St-Géran, 24 août 1681
- Un homme de cœur pense à remplir ses devoirs, à peu près comme le couvreur pense à couvrir : ni l'un ni l'autre ne cherchent à exposer leur vie, ni ne sont détournés par le péril — LA BRUY., II
- L'astronome pense aux astres, le physicien pense à la nature, et le philosophe pense à soi — FONTEN., Dial. 4, Morts anc.
Penser à mal, avoir quelque mauvaise intention.
Faire ou dire une chose sans penser à mal, la faire, la dire sans mauvaise intention.
Ne pas se risquer à.
- Et s'il était ici, peut-être en sa présence Vous penseriez deux fois à lui faire une offense — CORN., Nicom. I, 2
Prendre garde. Vous avez des ennemis, pensez à vous.
Aspirer.
- Et moi, par un bonheur où je n'osais penser... — RAC., Théb. IV, 3
Penser à une personne, s'en occuper en idée d'amour, de mariage.
- Comment, avec un extérieur si peu fait pour plaire, pouvait-il penser à ma sœur ? — GENLIS, Théâtre d'éducation, la Bonne mère, III, 2
13 Être sur le point de, en parlant des personnes et des choses. encore relevé aujourd’hui
- Ce chien, voyant sa proie en l'eau représentée, La quitta pour l'image, et pensa se noyer — LA FONT., Fabl. VI, 17
- Mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais — MOL., Bourg. gent. I, 2
6 autres citations
- Ma fille a pensé être mariée ; cela s'est rompu, je ne sais pourquoi — SÉV., à Bussy, 6 juin 1668
- Mme de Vins est encore ici, les autres à Pompone ; leur hôtel de Paris a pensé brûler — ID., 5 janv. 1680
- Madame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire [à une scène plaisante]... la majesté du roi en pensa être ébranlée — ID., 3 janv. 1689
- Ce fut là [auprès de Turenne mort] où M. de Lorges, M. de Roye.... pensèrent mourir de douleur — ID., 28 août 1675
- [Luther] dans la première jeunesse, effrayé d'un coup de tonnerre dont il avait pensé périr — BOSSUET, Var. v, 1
- C'était à elle [la princesse Sophie] à qui elle [Madame] écrivait ces lettres si étranges que le roi vit et qui la pensèrent perdre à la mort de Monsieur — SAINT-SIMON, 357, 215
Impersonnellement.
- M. Bianchini ne manqua pas de sentir toute la joie d'un antiquaire et de se livrer à sa curiosité ; il pensa lui en coûter la vie ; il allait tomber de quarante pieds de haut dans ces ruines — FONTEN., Bianchini.
- Il pensa bien y avoir en Orient à peu près la même révolution qui arriva, il y a environ deux siècles, en Occident — MONTESQ., Rom. 22
Au sens d'être sur le point, penser se construit sans préposition, avec le verbe à l'infinitif ; Mme de Sévigné a péché contre cet usage :
- Nous y vîmes.... un chat qui voulut arracher les deux yeux de Mme de la Fayette, et pensa bien d'en passer son envie — SÉV., 15 mai 1671
14 Se penser, v. réfl. Croire de soi, sur son compte.
- Qu'ils sachent que toutes les autres choses dont ils se pensent peut-être plus assurés, comme d'avoir un corps, sont moins certaines [que la notion de Dieu] — DESC., Méth. IV, 7
- Je ne me pensais pas si fort dans sa mémoire — CORN., la Veuve, v, 3
1 autre citation
- Des enfants qui se pensent libres, lorsqu'échappés de la maison paternelle, ils courent sans savoir où ils vont — BOSSUET, Sermons, Vêture d'une bernardine, 1
Être pensé. Cela se pensait en secret.
Proverbes
Honni soit qui mal y pense, il ne faut pas interpréter en mal ce qui peut être innocent.
Il est comme le perroquet de M. de Vendôme, s'il ne dit mot, il n'en pense pas plus, se dit de celui qui ne dit rien parce qu'il n'a rien à dire.
En sens contraire, il ne dit mot, mais il n'en pense pas moins, c'est-à-dire il ne dit rien, mais il garde sa façon de penser.
- Soit ; mais ne disant mot, je n'en pense pas moins — MOL., Tart. II, 2
Historique
XIe s.
- [Il] Baisse son chef, si comence à penser — Ch. de Rol. IX
- Li quens Rolans nel se deüst penser [n'aurait pas dû avoir cette pensée] — ib. XXVI
XIIe s.
- Mais à dame de valor Doit on penser nuit et jor — Couci, I
- Mais fol desir fait souvent cuer penser En si haut lieu, qu'il n'i peut avenir — ib. x
4 autres citations
- ....Je vous pri et demand Que vous pensez [pensiez] de moi guerredonner ; Je penserai de bien servir avant — ib. XII
- Que plus [je] ne doi à fin d'amours penser — ib. XX
- Entour lui [il] voit ses homes panser et embroncher — Sax. XVI
- Par Deu ! seignor, fait-il, moult pensa grant folage, Qui à Charle loa tel conseil et tel rage — ib. XXVI
XIIIe s.
- Car j'ai assez autre chose à penser — QUESNES, Romancero, p. 100
- Mais li vilains le dist piecha [depuis longtemps] en reprouver, Que moult a grant discorde entre faire et penser — LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, 494
4 autres citations
- Et Berte le reçoit, qui mal n'i a pensé, Berte, xv. Ce est chose passée [résolue], jà n'i convient penser — ib. CXII
- Penst chascun [que chacun pense] de garder son cors — Ren. 14768
- Chascuns pense du cors, et de l'ame n'a cure ; Or sachiés que li mondes est en grant aventure — RUTEB., 233
- Quant les Templiers virent ce, il se penserent que il seroient honniz se il lessoient le conte d'Artois aler devant eulz — JOINV., 224
XIVe s.
- Elle, ne pensant à mal, gecte le papier ou feu — Ménagier, I, 6
XVe s.
- Il envoya messire Godemar à Tournay pour là aviser des besognes, et penser que la cité fust bien pourveue — FROISS., I, II, 3
- Ces paroles et autres que le comte de Nevers remontra au roi et aux hauts barons leur donnerent moult à penser — ID., III, IV, 60
2 autres citations
- Trop mauvais y fait, quand j'y pense, Chevauchier par leur païs — E. DESCH., Virelai contre le pays de Flandres.
- Tantost l'ung dira, le roi est contre nous, et puis pensera de se fortifier et de se accointer de ses ennemys — COMM., VI, 13
XVIe s.
- Afin que nous ne pensissions que le salaire se doive mesurer selon les merites — CALV., Instit. 649
- Afin que les Juifs ne pensassent une telle grace appartenir seulement aux gentils — ID., ib. 773
10 autres citations
- Si les sciences ne nous apprennent ny à bien penser ny à bien faire... — MONT., I, 149
- Il vint le tuer lorsqu'on ne pensoit plus en lui — D'AUB., Hist. II, 105
- Or sus venez, pensers, pensons encor en elle — RONS., 286
- Trop penser fait resver — LEROUX DE LINCY, Prov. t. Il, p. 429
- Ce sont les sots et maladvisés qui disent : je n'y pensois pas — CHARRON, Sagesse, p. 329, dans LACURNE
- Ils ne disent mot, mais ils n'en pensent pas moins — H. EST., Apol. d'Hérod. p. 584, dans LACURNE
- Mal pense qui ne repense — COTGRAVE
- Il est bientost deceu qui mal ne pense — ID.
- Le loup sçait bien que male beste pense — ID.
- Mettez fol à part soy, il pensera — ID.
Étymologie
Génev. penses-tu de sortir dimanche ? se penser, croire, imaginer : je m'étais bien pensé qu'il pleuvrait ; provenç. pensar, pessar ; espagn. et portug. pensar, pesar ; ital. pensare, pesare ; du lat. pensare, proprement peser, puis examiner, apprécier, fréquentatif de penderĕ, suspendre au bout de son bras, soupeser, peser.
Supplément au dictionnaire
1. PENSER. Ajoutez : - REM.
1. On lit dans Mme de Sévigné : Un beau matin nos états donnèrent des gratifications pour cent mille écus ; un bas Breton me dit qu'il pensait que les états allassent mourir, de les voir ainsi faire leur testament, 13 sept 1671. On dirait plutôt aujourd'hui allaient. Allassent indique davantage le doute.
2. Ailleurs Mme de Sévigné écrit à Mme de Grignan, qui était en Provence : Je n'eusse jamais cru que le beurre dût être compté dans l'agrément de vos repas ; je pensais que vous fussiez en Bretagne, 25 juillet 1689. Ici le subjonctif est indispensable ; car la phrase veut dire : j'aurais pensé que vous étiez en Bretagne.
PENSER2 s. m. (pan-sé ; l'r ne se prononce et ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des pan-sé-z audacieux)
1 Manière de penser. encore relevé aujourd’hui
- Ce penser mâle des âmes fortes, qui leur donne un idiome si particulier, est une langue dont il n'a pas la grammaire — J. J. ROUSS., Hél. I, 65
2 Faculté de penser.
- Quel est l'homme sur la terre qui peut assurer sans une impiété absurde, qu'il est impossible à Dieu de donner à la matière le sentiment et le penser ? — VOLT., Dict. phil. cité dans LAFAYE, Synon.
3 Dans le langage élevé et poétique, pensée.
- N'écoutons plus ce penser suborneur Qui ne sert qu'à ma peine — CORN., Cid, I, 9
- Que de pensers divers ! que de soucis flottants ! — ID., Héracl. IV, 4
5 autres citations
- Comme ils se confiaient leurs pensers et leurs soins — LA FONT., Fabl. III, 1
- Le seul penser de cette ingratitude Fait souffrir à mon âme un supplice si rude — MOL., Tart. III, 7
- Vainement offusqué de ses pensers épais, Loin du trouble et du bruit il croit trouver la paix — BOILEAU, Épît. X
- Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques — A. CHÉN., l'Invention.
- Et mes pensers, nourris dans l'ombre solennelle, Deviennent grands, profonds, majestueux comme elle — DELILLE, Imag. III
Historique
XIIe s.
- Baron, dit il, or oiés mon pensé ; Chascuns aport son bon branc aceré — Raoul de C. 208
- Nouvele amor où j'ai mis mon penser — Couci, II
1 autre citation
- Tuit mi penser sont à ma douce amie — ib. II
XIIIe s.
- Certes nenil, ne me vint en penser Qu'onques nul jour je vous daignasse aimer — QUESNES, Romancero, p. 108
- De mon penser aim miex [j'aime mieux] la compagnie Qu'onques Tristans ne fist Yseult s'amie — THIBAUT DE NAVARRE, LIX.
Étymologie
C'est l'infinitif du verbe penser, pris substantivement ; ital. pensiere, qui n'est pas un infinitif. Pensé, dans l'ancienne langue, est le participe passé pris substantivement.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Wiktionnaire (dump du 6 juillet 2026) Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (profondeur)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
- Morphalou 3.1 — ATILF (CNRS / Université de Lorraine) LGPL-LR
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