proie
- nature
- nom féminin
- diction
- [pʁwa] · 1 syllabe
- usage
- 39 par million de mots
Sens et définitions
Nom 6
-
figuré Ce dont on s’empare pour s’en nourrir.
- À ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ; Et, pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Jean de la Fontaine, Le Corbeau et le Renard (1668) dans Fables de Jean de La Fontaine, Bernardin-Béchet, Paris, 1874, pages 30-31
-
Butin fait à la guerre, et généralement, toute chose dont on s’empare avec violence, avec une sorte de rapacité.
- Aussi rien n'est-il plus naturel que de voir des policiers […] prendre, pour ne pas effaroucher leur proie, l'apparence des gars qu'ils ont la mission d'appréhender. Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927
-
figuré Personne qui a beaucoup à souffrir des passions des autres ou de sa propre passion.
- J’avais reculé pour m’adosser au tronc de l’épineux. Ce n’était point lâcheté, j’en suis certain ; si j’en avais été la proie, je n’aurais aucun scrupule à le dire. Joseph Kessel, Le Lion, Gallimard, 1958
-
Action d'être soumis au ravage ou à la destruction.
- A la suite du terrible massacre des juifs de la péninsule ibérique, en 1391, le Call de Perpignan fut envahi, en 1392, et devint la proie du meurtre et du pillage. Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937, page 129
2 emplois spécialisés
-
Zoologie
Animal vivant qu’un animal carnassier ravit pour le manger.
- Tout vit de proie. La nature va se dévorant elle même […] Jules Michelet, L’insecte, 5ᵉ édition, L. Hachette et Cⁱᵉ, Paris, 1863, page 209
- Comportement animal Être vivant dont un animal ... s'empare pour le dévorer.
Citation
L'âne sauvage est la proie du lion dans le désert ; ainsi les pauvres sont la proie des riches
Origine du mot
De l'ancien français preie, praie (« proie »), lui même du latin praeda (« butin, dépouille, proie »)
Dans le dictionnaire latin : praeda
1873 — le Littré
PROIE s. f. (proî)
1 Ce que les animaux carnassiers ravissent pour leur nourriture. encore relevé aujourd’hui
- L'âne sauvage est la proie du lion dans le désert ; ainsi les pauvres sont la proie des riches — SACI, Bible, Ecclésiast. XIII, 23
- Nous sommes quatre à partager la proie — LA FONT., Fabl. I, 6
5 autres citations
- Ni loups, ni renards n'épiaient La douce et l'innocente proie — ID., ib. VII, 1
- Comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces — BOSSUET, Anne de Gonz.
- Le corps de mon frère aurait été la proie des vautours — FÉN., Tél. XVII
- Tout animal qui se nourrit d'autres animaux vivants, quoique très petits, est un animal de proie — BUFF., Ois. t. v, p. 279
- Lorsqu'il [le lion] saute sur sa proie, il fait un bond de douze ou quinze pieds, tombe dessus, la saisit avec les pattes de devant, la déchire avec ses ongles, et ensuite la dévore avec les dents — ID., Quadrup. t. III, 124
Oiseau de proie, oiseau qui donne la chasse au gibier et qui s'en nourrit.
- Dans chaque grande division de l'espèce animale, elle [la nature] a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargés de dévorer les autres ; ainsi il y a des insectes de proie, des reptiles de proie, des oiseaux de proie, des poissons de proie et des quadrupèdes de proie, — J. DE MAISTRE, Soirées de St-Pétersbourg, 7e entretien
Fig. Un oiseau de proie, un homme qui vit, qui s'enrichit de rapines et de fraudes.
Terme de fauconnerie. Être âpre à la proie, se dit en parlant d'un oiseau qui se sert courageusement de son bec et de ses ongles.
Fig.
- Et l'avare Achéron ne lâche pas sa proie — RAC., Phèdre, II, 5
- C'est Vénus tout entière à sa proie attachée — ID., ib. I, 3
1 autre citation
- Jette encore une proie aux bourreaux de mon père ! — C. DELAV., Louis XI, III, 11
2 Butin fait à la guerre.
- Lorsqu'aux pieds des murs fumants de Troie Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie — RAC., Andr. I, 2
Par extension, tout ce qu'on prend par la guerre.
- Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté ; tu disais en ton cœur avare : Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie — BOSSUET, Mar.-Thér.
- Ils [les indiscrets] ressemblent, dit le sage, à une ville sans murailles, qui est ouverte de toutes parts, et qui devient la proie du premier venu — ID., Duch. d'Orl.
En proie à, devenu la conquête.
- Ce roi [saint Louis] qui deux fois donna Sidon en proie à ses peuples françois — RÉGNIER, Sat. X
- Nos ennemis communs attendent avec joie Qu'un des partis défait leur donne l'autre en proie — CORN., Hor. I, 4
3 autres citations
- Poussé de tous côtés, il faut qu'il [Merci] laisse en proie au duc d'Enghien non-seulement son canon et son bagage, mais encore tous les environs du Rhin — BOSSUET, Louis de Bourbon.
- Ainsi fut livrée en proie aux Mèdes cette superbe Babylone — ID., Hist. II, 4
- Elle [Rome] est en proie aux barbares — ID., ib. III, 1
Fig. En proie à, exposé à, tourmenté par.
- Il s'abandonne en proie aux soucis plus cuisants — RÉGNIER, Sat. VI
- Aux accès insolents d'une bouffonne joie La sagesse, l'esprit, l'honneur furent en proie — BOILEAU, Art p. III
6 autres citations
- Aux conseils des méchants ton roi n'est plus en proie — RAC., Esth. III, 7
- Pendant que Pygmalion était en proie à la défiance — FÉN., Tél. VIII
- L'Allemagne était en proie à six armées formidables, qui la dévoraient en même temps — VOLT., Louis XV, 32
- Je plains cette douleur où votre âme est en proie — VOLT., Adél. du Guesclin. I, 1
- Quinault, avec tout son mérite, resta donc en proie aux injures de Boileau et à la protection de Lulli — ID., Dict. phil. Art dramatique.
- Regardez cet avare en proie à sa richesse, Et d'un gros revenu puni par sa tristesse — DELILLE, Convers. II, Prologue.
Absolument. En proie, exposé, livré comme une proie.
- Tout ce que la religion a de plus saint a été en proie ; l'Angleterre a tant changé, qu'elle ne sait plus elle-même à quoi s'en tenir — BOSSUET, Reine d'Anglet.
- Il [le prince de Condé] part à ce premier mouvement [de l'armée ennemie] ; déjà l'armée hollandaise avec ses superbes étendards ne lui échappera pas ; tout nage dans le sang ; tout est en proie — ID., Louis de Bourb.
3 Toute chose dont on s'empare avec violence, avec une sorte de rapacité. Sa fortune devint la proie d'avides héritiers.
- Le chien mit bas la proie Pour la défendre mieux, n'en étant plus chargé — LA FONT., Fabl. VIII, 7
- À ce nouveau venu la voilà [une femme] donc en proie — ID., Fianc.
3 autres citations
- Perrin a de ses vers obtenu le pardon, Et la scène française est en proie à Pradon — BOILEAU, Épître VIII
- Et j'espérais ma part d'une si riche proie — ID., Athal. III, 3
- Ils ont perdu leur force en disputant leur proie — VOLT., Tancr. I, 1
4Fig. Il se dit des personnes dont on s'empare.
- Je pourrai bien tantôt lui souffler cette proie — MOL., l'Ét. III, 6
- Quelle joie D'enlever à l'Epire une si belle proie [Hermione] ! — RAC., Andr. II, 3
5 Celui qui est persécuté par un autre, qui en devient la victime. encore relevé aujourd’hui
- Je ne sais si ce tigre a reconnu sa proie — RAC., Esth. III, 3
Être la proie de, être exposé à.
- La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie — MALH., II, 1
- Pour sortir des tourments dont mon âme est la proie — RAC., Bérén. v, 6
2 autres citations
- Il y a longtemps que mon cœur est la proie de vos yeux — HAMILT., Gramm. 7
- Témoin les collecteurs dont nous sommes la proie — C. DELAV., Louis XI, III, 1
6 Il se dit des choses qui ravagent, détruisent. Cette maison a été la proie des flammes. Le pays était en proie à la disette.
7 Il s'est dit pour bétail.
- Défenses sont faites à toutes personnes habitant la censive de Testmilon, de faire aucunes proies ou troupeaux à part, ni de les mener pâturer à garde séparée, même le long des chemins, — Arrêt du parl. 14 août 1787
Historique
XIIIe s.
- En son païs porte li cuens [le comte] sa proie [la dame enlevée] — AUDEFR. LE BAST., Romancero, p. 31
- Or sont à sejor [en repos] Dame et seignor, Et larron vont en proie — ib. p. 66
1 autre citation
- Chascuns devient oisel de proie ; Nus [nul] ne vit més se il ne proie [praedatur] — RUTEB., 218
XVe s.
- La garnison trop se defendroit ; mais j'ai vu, dit l'espie, issir la proie [le bétail] hors de la ville, et y a bien sept ou huit cents grosses bestes, et sont par dessous la ville ès prés — FROISS., I, I, 254
XVIe s.
- Ils ont appelé les armes estrangeres ; qui est à dire en bon langage mettre en proye ce royaume — CONDÉ, Mémoires, p. 679
- Aujourd'hui ce royaume de France est en proye — MONTLUC, Mém. liv. VI
4 autres citations
- Ils ne font pas moins de ravage dans leur propre pays, que si c'estoit en celui des ennemis, où toutes choses sont en proye — LANOUE, 13
- Qui denie l'instruction et la correction à son enfant, le laisse en proye du vice, qui après le traine en perdition — ID., 116
- Tant pour sauver ma vie et à ma femme et enfants, qui seroient en peril et danger indubitable, et nos biens en proie, que pour tascher.... — Protestation de Brisson, dans Journ. de l'Estoile. t. I, p. 387
- Le peuple romain qui s'etoit donné toute nation en proie — ÉT. PASQUIER, Recherches, I, 7
Étymologie
Provenç. et ital. preda ; du latin præda que les étymologistes regardent comme étant pour præ-hida (comparez præbeo pour prœhibeo), représentant la forme non nasalisée de prehendere, prendre ; pour l'absence de nasalisation comparez ἔχαδον aor. 2 de χανδάνω, hendere.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- TERMIUM Plus (OGL-C)
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (profondeur)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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