résigner

nature
ver
diction
[ʁeziɲe] · 3 syllabes
usage
7 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 4

  1. vieilli Se démettre, remettre. Il s’entendait ordinairement d’un bénéfice.
    • Malheureusement, les troubles avaient empêché qu’on s’occupât des finances; l’armée était sans solde, le ministre Garcia avait résigné la direction du trésor. Anonyme, Mexique.- Situation des partis, Revue des Deux Mondes, 1829, tome 1
  2. Abandonner, renoncer à.
    • Je voulais résigner ce rôle d’oiseleur, si imprudemment accepté. Honoré de Balzac, Honorine, 1844
  3. Se soumettre, accepter.
    • Un marin qui se respecte ne se résignera jamais à endosser la capote d'un fantassin. Charles Le Goffic, Bourguignottes et pompons rouges, 1916, page 52
  4. Se démettre, remettre. (Désuet) Il s’entendait ordinairement d’un bénéfice.

Citation

Possesseur d'un trésor dont je n'étais pas digne, Souffrez avant ma mort que je vous le résigne
Pierre Corneille, Poly. IV, 4

Origine du mot

Du latin resignare.

Dans le dictionnaire latin : resignare

Les mots français venus du latin

Le mot raconté

Se résigner n’a pas commencé par accepter son sort. Le verbe a d’abord signifié céder une chose à quelqu’un, se démettre d’un droit, d’un office ou d’un bénéfice. Les textes des XIIIe et XIVe siècles parlent d’élection abandonnée et d’abdication ; au XVe, on peut résigner « purement et simplement » un droit.

Le geste juridique portait dans son origine une image concrète : le latin resignare signifie écarter un sceau. Il est devenu religieux lorsque l’on résigne son âme ou son cœur à Dieu, puis réfléchi quand on se soumet à une décision ou à la fatalité. Ainsi l’acceptation moderne garde le mouvement d’un transfert : on ne combat plus pour conserver ce qui était à soi, on le remet entre d’autres mains ou à ce qui semble devoir arriver.

1873 — le Littré

RÉSIGNER v. a. (ré-zi-gné ; d'après Bèze, XVIe siècle, on ne prononçait pas le g : c'est aussi la prononciation de Malherbe : Telle cette princesse en vos mains résinée Vaincra de ses destins la rigueur obstinée, IV, 2)

1 Abandonner quelque chose en faveur de quelqu'un. encore relevé aujourd’hui

  • Possesseur d'un trésor dont je n'étais pas digne, Souffrez avant ma mort que je vous le résigne — CORN., Poly. IV, 4
  • Vous résignez quatre mille livres d'appointements : cela est d'autant plus beau que la faction ne vous en saura aucun gré — VOLT., Lett. à l'abbé Mignot, 24 juin 1771

Fig.

  • Je résigne aux mignons [aux jeunes gens].... Avecque les plaisirs, tous les maux que j'ai eus — RÉGNIER, Épît. II

Résigner quelque chose à quelqu'un, avec un nom de chose pour sujet, faire qu'on la lui abandonne sans réserve.

  • Ces vrais amis que je te donne, Ces unions que je te fais, Doivent me résigner si bien tous tes souhaits, Que tu sois mort à tout si tôt que je l'ordonne — CORN., Imit. III, 42

2 Se démettre d'un bénéfice, d'un office, etc. encore relevé aujourd’hui

  • Il [le cardinal Altieri] l'a tiré [Cunigi] de Lucques pour en faire son secrétaire, et, depuis, lui a résigné l'archevêché de Ravenne sous une pension presque aussi grande que le revenu — PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 429
  • Pour se faire résigner un bénéfice — PASC., Prov. X
1 autre citation
  • M. le prieur se mit en tête qu'il pourrait lui résigner son bénéfice — VOLT., Ingénu, 3

Absolument, il s'entend d'ordinaire d'un bénéfice.

  • Laisser perdre charges et bénéfices plutôt que de vendre ou de résigner, même dans son extrême vieillesse c'est se persuader qu'on n'est pas du nombre de ceux qui meurent — LA BRUY., XI

3 Résigner son âme à Dieu, la remettre entre les mains de Dieu.

4 Se résigner, v. réfl. Se soumettre à la volonté de Dieu, à son sort, à une décision. encore relevé aujourd’hui

  • Prions avec le peuple, et résignons-nous avec les sages — VOLT., Dict. phil. Prières.
  • Tout ce que je sais, c'est qu'il faut s'attendre à tout dans cette vie, se tenir prêt à tout, savoir se sacrifier pour l'amitié, et se résigner à la fatalité aveugle qui dispose des choses de ce monde — ID., Lett. Richelieu, 13 janv. 1767
3 autres citations
  • À quoi servirait-il d'avoir vécu quatre-vingt-deux ans, comme j'ai fait, si je n'avais pas appris à me résigner — ID., Lett. Mme de St-Julien, 29 mai 1776
  • Tu m'as dit que ton nom, ton devoir, ton honneur Des Romains offensés te font le défenseur ; Il faut m'y résigner — M. J. CHÉN., Gracques, II, 1
  • On se résigne aisément à souffrir un mal que tous les autres endurent — Pensée de Sénèque, dans GIRAULT-DUVIVIER
Historique

XIIIe s.

  • Johans dit que li meres [le maire] avoit oï les contens [la dispute], et que Peres [Pierre] avoit fete pez par-devant le meor [le maire], et avoit resiné à sa esliction, et li meres avoit confermé Johan.... — Liv. de jost. 33

XIVe s.

  • Ledit Minucius qui avoit resigné [abdiqué] — BERCHEURE, f° 60, verso.

XVe s.

  • Resigner purement et simplement [un droit] — FROISS., III, IV, 76

XVIe s.

  • Heraclytus resigna la royauté à son frere — MONT., I, 141
  • Il nous faut ceder de nostre volonté, resigner nostre cœur, renoncer et quitter toutes les cupiditez de nostre chair — CALV., Instit. 195
1 autre citation
  • Nul n'a deument renoncé à soi-mesme, sinon quand il s'est tellement resigné à Dieu, qu'il souffre volontairement toute sa vie estre gouvernée au plaisir d'icelui — ID., ib. 547
Étymologie

Provenç. et espagn. resignar ; ital. rassegnare ; du lat. resignare, de re, et signare, marquer, montrer (le sens primordial est écarter le sceau, signum).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « résigner » du Wiktionnaire.

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