conte

nature
nom masculin
diction
[kɔ̃t] · 1 syllabe
usage
16 par million de mots

Sens et définitions

Nom 3

  1. Récit d’aventures imaginaires, soit qu’elles aient de la vraisemblance ou que s’y mêle du merveilleux, du féerique.
    • Un conte ne s’adresse pas à la conscience éveillée, sécularisée : il exerce son empire sur les zones profondes de la psyché, il nourrit et stimule l’imagination. Mircea Eliade, Forgerons et Alchimistes, chapitre 10 « Forgerons, guerriers, maîtres d’initiation », Flammarion, coll. « Champs », Paris, 1977, page 91
  2. familier Histoire plaisante, vraie ou fausse, que l’on dit pour amuser, railler, médire, tromper, etc.
    • — Quels contes me fais-tu là, Claudie ? George Sand, Jeanne, 1844
1 emploi spécialisé
  1. Littérature Forme littéraire courte et simple, issue de la tradition populaire et orale, généralement destinée aux lectures divertissantes du soir en communauté ou à l’instruction des enfants.
    • Le conte remonte à la nuit des temps puisqu’il y a les contes orientaux (des Mille et Une Nuits), les paraboles des Évangiles, les récits hassidiques des communautés juives polonaises, les contes de fées, les contes fantastiques, etc. L’oralité est le facteur commun extérieur. Michel Tournier, Raconte-moi une histoire…, dans Les vertes lectures, collection Folio, 2007, page 22

Formes fléchies 5

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent de conter.
    • Je ne moralise ni ne rédemptorise : je conte. Arsène Houssaye, Les courtisanes du monde, volume 2, 1870
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent de conter.
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent de conter.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent de conter.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de conter.

Citation

J'ai une démangeaison naturelle à faire part des contes que je sais
Molière, Scapin, III, 3

Origine du mot

Déverbal de conter, issu du latin computare (« compter », « raconter »).

Dans le dictionnaire latin : computare

Le mot raconté

Le conte vient d’un verbe qui comptait autant qu’il racontait. Conter dérive du latin computare, où se rencontrent compter et raconter. Au XIIe siècle, les contes de Bretagne sont déjà des matières de poème ; au XIIIe, on conte les contes devant les rois et les comtes. Le récit est donc d’abord une parole transmise, faite pour circuler.

Il s’est ensuite resserré sur l’anecdote, l’aventure merveilleuse et le récit destiné à divertir. Les contes bleus ont désigné les contes de fées, puis les histoires sans fondement. De là vient l’autre versant du mot : un conte peut être une invention mensongère, un « conte en l’air », ou une histoire faite à plaisir. Le même nom accueille ainsi le plaisir de raconter et le soupçon qu’on puisse avoir inventé.

Sources : Wiktionnaire — conte (CC BY-SA 4.0)

1873 — le Littré

CONTE s. m. (kon-t')

1 Récit, rapport, et, particulièrement, récit de quelque anecdote, de quelque aventure. Un bon conte. Il sait des contes de toute sorte. Il fait un conte mieux qu'homme du monde.

  • Tu fais après cela des contes superflus — CORN., Héracl. IV, 4
  • J'ai une démangeaison naturelle à faire part des contes que je sais — MOL., Scapin, III, 3
9 autres citations
  • J'étais toute remplie du conte et je brûlais de le redire — ID., ib. III, 4
  • Des personnes qui disent de sots contes — PASC., J. C. 43
  • Dans la conversation, ce qu'on appelle conte est le récit bref et rapide de quelque chose de plaisant — MARMONT., Élém. de littér. t. VI, p. 207, dans POUGENS
  • On en fit le conte à la reine — HAMILT., Gramm. 8
  • De grâce n'allez pas divulguer un tel conte — MOL., l'Étour. II, 5
  • À cause des contes perpétuels qu'ils nous en font — SÉV., 243
  • Il nous fit l'autre jour un fort plaisant conte — ID., 504
  • Ses ennemis [de Bion] avaient fait des contes au roi Antigonus, au sujet de sa naissance ignominieuse — FÉN., Bion.
  • On aura fait quelque conte, Et de dépit transportés Peut-être ils règlent le compte De leurs infidélités — BÉRANG., Bon ménage.

Familièrement. Quel conte me faites-vous avec vos dépenses ? c'est-à-dire, que me parlez-vous de dépenses ? c'est-à-dire encore, vous me parlez de dépenses qui ne sont pas réelles ou auxquelles je ne veux pas prendre part.

2 Récit d'aventures merveilleuses ou autres, fait en vue d'amuser. Les contes de fées. Les contes de Perrault. encore relevé aujourd’hui

  • On fait en Italie un conte assez plaisant — RÉGNIER, Sat. IX
  • Boccace en fait certain conte pour rire — LA FONT., Mazet.
7 autres citations
  • Maudit censeur, te tairas-tu ? Ne saurai-je achever mon conte ? — ID., Fab. II, 1
  • Une morale nue apporte de l'ennui ; Le conte fait passer le précepte avec lui — ID., ib. VI, 1
  • Le conte est du bon temps, non du temps où nous sommes — ID., ib. X, 10
  • Jamais ce qu'on appelle un bon conte ne passe d'une main à l'autre sans recevoir quelque embellissement — ID., Contes, Préf. du tome II
  • Les aises de la vie, l'abondance, le calme d'une grande prospérité font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain, d'un singe, d'un imbécile et d'un mauvais conte — LA BRUY., IX.
  • Qui croirait que le ménestrel Rutebeuf, Hébert et d'autres auteurs aussi inconnus et en apparence aussi méprisables, fussent les originaux des meilleurs contes de Bocace ? — FONTEN., Hist. du th. fr. Œuvres, t. V, p. 11, dans POUGENS.
  • C'est à qui trouvera les meilleures chansons, à qui fera les meilleurs contes — J. J. ROUSS., Hél. V, 7

Contes bleus, contes de fées et autres récits de ce genre, ainsi dits parce qu'ils étaient d'ordinaire couverts d'un papier bleu ; et par extension, récits imaginaires, raisons sans fondement, billevesées.

  • Les pères, les maris me prendront aux cheveux, Pour dix ou douze contes bleus ! — LA FONT., Oies.
  • Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plaire — MOL., Tart. I, 1
1 autre citation
  • Nargue des vertus ! On n'en sait que faire ; Aux sots revêtus Le tout est de plaire ; De ses contes bleus L'honneur nous assomme — BÉRANG., Scand.

Récit où une aventure plus ou moins libre est racontée.

  • J'avais résolu de ne consentir à l'impression de ces contes qu'après que j'y pourrais joindre ceux de Boccace qui sont le plus à mon goût — LA FONT., Contes, préface du tome I
  • On m'en peut faire deux principales [objections] : l'une que ce livre est licencieux, l'autre qu'il n'épargne pas assez le beau sexe ; quant à la première, je dis hardiment que la nature du conte le voulait ainsi, étant une loi indispensable selon Horace et selon la raison et le sens commun de se conformer aux choses dont on écrit — ID., ib.
2 autres citations
  • Ce principe une fois posé, ce n'est pas une faute de jugement que d'entretenir les gens d'aujourd'hui de contes un peu libres — ID., ib.
  • Je ne pèche pas non plus en cela contre la morale ; s'il y a quelque chose dans nos écrits qui puisse faire impression sur les âmes, ce n'est nullement la gaieté de ces contes ; je craindrais plutôt une douce mélancolie où les romans les plus chastes et les plus modestes sont très capables de nous plonger — ID., ib.

Conte gras, conte graveleux.

3Par extension, discours ou récit mensonger, peu vraisemblable et auquel on ne croit pas.

  • Jugez par là combien ce conte est ridicule — CORN., Héracl. I, 1
  • Certes, ma sœur, le conte est fait avec adresse — ID., Pomp. I, 3
4 autres citations
  • Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire Qui l'étonne lui-même et le force à se taire — CORN., le Ment. I, 6
  • C'est un conte à n'y rien connaître, Un conte extravagant, ridicule, importun ; Cela choque le sens commun ; Mais cela ne laisse pas d'être — MOL., Amph. II, 1
  • .... Je vois que d'un conte odieux Vous avez, comme moi, sali votre mémoire — BOILEAU, Sat. X
  • Ils nous donnent encore, avec leurs lois sévères, De cent sots contes par le nez — MOL., Amph. II, 3

Faire des contes, dire des choses qui sont sans fondement.

  • Ce sont apparemment mes ennemis, madame, qui vous ont fait ces contes ; ils vont criant que je suis mal en cour — VOLT., le Taureau blanc.

On dit en ce sens : conte de bonne femme, conte borgne, conte à dormir debout, conte de vieille, conte d'enfant, conte de ma mère l'oie, conte de ou à la cigogne, conte de peau d'âne.

  • Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophes — CHATEAUB., Génie, I, III, 1

Conte en l'air, mensonge, duperie.

  • Ce ne sont pas là des contes en l'air comme les vôtres — PASC., Prov. 16
  • Mais il prend mes avis pour des contes en l'air — MOL., Éc. des mar. II, 14

Voilà un beau conte, de beaux contes ! se dit pour exprimer qu'on n'ajoute aucune foi aux récits, aux paroles de quelqu'un.

Conte fait à plaisir, récit inventé de toute pièce.

  • Ce privilége [de changer le récit] cessera-t-il à l'égard des contes faits à plaisir, et faudra-t-il dorénavant avoir plus de respect pour le mensonge que les anciens n'en ont eu pour la vérité ? — LA FONT., Contes, préface du tome II
Synonyme

CONTE, FABLE, NOUVELLE, ROMAN. Il n'y a pas de différence fondamentale entre le conte et le roman ; l'un et l'autre sont des narrations mensongères ou regardées comme telles. Tout ce qu'on peut dire, c'est que conte est le terme générique puisqu'il s'applique à toutes les narrations fictives, depuis les plus courtes jusqu'aux plus longues. Le roman ne se dit que de celles-ci. Un conte de trois pages ne s'appellera jamais un roman, tandis qu'un roman est, dans toute la rigueur du terme, un conte suffisamment long. La nouvelle ne se distingue pas non plus au fond du conte ou du roman. Dans l'usage ordinaire, c'est un roman de petite dimension dont le sujet est présenté comme nouveau ou peu ancien, ou avec des détails inconnus jusqu'ici. La fable, dans le sens d'apologue, est le récit d'une petite scène entre des animaux ou des végétaux auxquels on prête les sentiments et le langage humains. Dans la conversation, quand après un récit entendu on dit : c'est un conte, ou c'est une fable, on entend que le récit n'est pas vrai. Quand on dit : c'est un roman, on veut dire que les aventures racontées sont extraordinaires ; elles peuvent néanmoins être vraies.

Historique

XIIe s.

  • Ne sont que trois matieres [de poëme] à nul home entendant, De France, de Bretaigne et de Rome la grant ; Li conte de Bretaigne sont si voir et plaisant — Sax. I

XIIIe s.

  • Encor est-il [Artus] de tel renom, Que l'en conte de li les contes Et devant rois et devant contes — la Rose, 1187

XVe s.

  • Pourquoi vous feroie-je long conte ? — FROISS., I, I, 152

XVIe s.

  • Le conte dict que Psammenitus.... — MONT., I, 6
  • Les enfants sçavent le conte du roy Croesus à ce propos — ID., I, 65
3 autres citations
  • Tu te fondes sur les contes des medecins — ID., I, 73
  • Il y en a qui estiment que ce sont toutes fables, et comptes faicts à plaisir — AMYOT, Rom. 12
  • Un conte attire l'autre — COTGRAVE
Étymologie

Provenç. conte, comte ; espagn. cuento ; ital. conto (voy. CONTER).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Tome 1 de l’édition papier

Liens de sens

Terme générique

art oratoire histoire littérature orale récit

Partie de

veillée contée

Ensemble

péripétie trame narrative

Dérivés

conte à dormir debout conte à tuer un loup à coups de bonnet conte bleu conte d’enfants conte de bonne femme conte de fées conte de randonnée conte étiologique conte merveilleux conte moral conte satirique conter conteur Les Contes de ma mère l’Oye

Domaine

littérature

Famille morphologique

conteur

Prononciation

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « conte » du Wiktionnaire.

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