grief

nature
nom masculin
diction
[ɡʁijɛf] · 2 syllabes
attesté
1001 (datation incertaine)
usage
3 par million de mots

Sens et définitions

Nom 5

  1. Sujet ou motif de plainte, reproche, blâme.
    • Voilà ce que je vous promets aussitôt notre arrivée à Paris : je vous mènerai à M. d’Artagnan, auquel vous conterez les griefs que vous pourrez avoir contre lui. Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne, 1847, Michel Lévy frères, page 256
  2. vieilli Dommage, tort que l'on subit.
    • Redresser les griefs.
3 emplois spécialisés
  1. Droit Plainte formelle déposée auprès d'une autorité judiciaire.
  2. Droit du travail À la fonction publique du Canada, plainte écrite déposée conformément à la par un fonctionnaire, soit pour son propre compte, soit pour son compte et celui de un ou plusieurs autres fonctionnaires.
  3. Vocabulaire parlementaire Plainte formulée à l'endroit de la Couronne que l'on tient responsable d'une situation, d'un acte ou d'une omission.

Adjectif 2

  1. vieilli Qui est grave, accablant.
    • Le crime, le cas n’est pas si grief que vous le faites.
  2. vieilli Qui est douloureux.
    • Non qu'il ne me soit grief que la Terre possède Ce qui me fut si cher. François de Malherbe

Citation

C'est dans ces communications indiscrètes que se font une infinité de péchés de médisance, et très souvent de jugements téméraires, plus griefs que l'on ne pense
Bossuet, Instr. aux ursul. sur le silence, 1

Origine du mot

Via l’ancien français grief, du latin gravis (« grave, pesant ») refait en latin populaire en *grevis influencé par son antonyme levis (« léger »). Apparenté à greu (« pénible, difficile ») en provençal.

Dans le dictionnaire latin : gravis

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

GRIEF, ÈVE1 adj. (gri-èf, è-v'. Prononcez grié, dit au XVIe siècle PALSGRAVE, p. 62)

1 Qui pèse sur la personne comme un poids qui l'accable. encore relevé aujourd’hui

  • Il défendit sous de grièves peines d'appeler Catherine reine d'Angleterre — MAUCROIX, Schisme, l. I, dans RICHELET
  • C'est dans ces communications indiscrètes que se font une infinité de péchés de médisance, et très souvent de jugements téméraires, plus griefs que l'on ne pense — BOSSUET, Instr. aux ursul. sur le silence, 1
2 autres citations
  • Une bulle pontificale où il fut déclaré que ces propositions [sur les états d'oraison] étaient respectivement hérétiques, suspectes, erronées, scandaleuses, blasphématrices, avec d'autres grièves qualifications portées dans la même bulle — ID., Ordonn. sur les états d'oraison
  • Si ce n'est que le cas qui donnerait lieu au refus fût si grief — ID., Lett. rel. 59

2 Douloureux. encore relevé aujourd’hui

  • Non qu'il ne me soit grief que la terre possède Ce qui me fut si cher — MALH., VI, 18
Remarque

Grief (écrit aussi gref) a toujours été monosyllabe dans l'ancienne langue ; et Malherbe l'a encore fait tel. Il est très probable que l'ancienne prononciation était gref ; puis, quand on voulut prononcer grief tel qu'il était écrit, il y eut lutte entre l'ancien usage de ce mot comme monosyllabe, et l'impossibilité de l'articuler désormais d'une façon monosyllabique. Au reste on remarquera que l'ancienne langue avait raison d'y voir un monosyllabe, car c'est une grave dérogation à l'étymologie que de représenter par deux syllabes l'unique syllabe gra du latin gravis.

Historique

XIe s.

  • Dur sont li cop, et li chaples est griefs — Ch. de Rol. CXXV

XIIe s.

  • Vostre talens [votre caractère] est moult pesmes et griez — Ronc. p. 12
  • Cist maus ert grois — ib. p. 25

XIVe s.

  • Car puis en ai soufert grant peine et grief tourment — Berte, XLVI
  • Car la parole mains [moins] est grieve à retenir quant ele est brieve — la Rose, 2237

XVe s.

  • Par quoy ce petit qu'il souffroit contre sa nature et accoustumance luy estoyt plus grief à porter — COMM., VI, 11

XVIe s.

  • Ô grand' fortune ! o crevecueur trop gref — MAROT, IV, 137
  • Ce plus grief luy est, en tant que par toy et les tiens ont esté ces griefz et tortz faictz — RAB., Garg. I, 31
4 autres citations
  • Rien ne peut estre grief qui n'est qu'une fois — MONT., I, 84
  • Il tumba en une griefve, estrange et perverse maladie — AMYOT, Numa, 36
  • Une peine griefve — ID., Solon, 3
  • Ce qui fut gref à Herodes — JOSEPHE, Guerre, I, 17, Trad. de DES ESSARS.
Étymologie

Provenç. greu, grieu ; espagn. portug. et ital. grave ; du lat. gravis, pesant, fâcheux.

GRIEF2 s. m. (gri-èf)

1 Dommage que l'on reçoit. Il a reçu des griefs dont il se plaint beaucoup. Redresser les griefs.

2 Motifs de plainte. Exposez vos griefs.

  • Calvisson avait été capitaine aux gardes et avait quitté, c'était le grief — SAINT-SIMON, 78, 2
  • Le peuple persan avait toujours compté parmi ses griefs contre le peuple turc le meurtre d'Aly, quoiqu'Aly n'eût point été assassiné par la nation turque qu'on ne connaissait point alors ; mais c'est ainsi que le peuple raisonne — VOLT., Mœurs, 158

3 Au plur. Terme de pratique. Mémoire où l'on expose le préjudice résultant d'un jugement dont on appelle. Donner des griefs. Griefs et contredits. Griefs d'appel.

Terme d'ancienne pratique. Griefs hors le procès, pièce d'écriture par laquelle on en appelait à des juges supérieurs.

Historique

XIIIe s.

  • Et li baron respondirent que c'estoit grans outrages que li quens avoit mandé ; car il estoit ses hommes et ne li faisoit on nul grief — Chr. de Rains, p. 145
  • Home et fame s'estoient perduz par une pomme, N'amender ne pooient leur meffait par nul homme, Si prist Diex char humaine pour alegier la somme De leurs griés [péchés] qui estoient greigneurs que je ne nomme — J. DE MEUNG, Test. 132

XVe s.

  • Et par ce moyen font de grands torts, et de grands griefs à leurs subjets — COMM., VIII, 13

XVIe s.

  • Dont tout à coup Phebus se repentit D'avoir juré, et du gref qu'il sentit Son chef luisant secoua plusieurs fois — MAROT, IV, 59
Étymologie

Grief 1 ; provenç. greug, greuge.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « grief » du Wiktionnaire.

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