souffler

nature
ver
diction
[sufle] · 2 syllabes
attesté
Au plus tard au XIIᵉ siècle
usage
20 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 15

  1. Pousser de l’air hors de la bouche.
    • En arrivant à Normée le berger souffle dans sa corne pour annoncer son retour. Les chiens aboient. Mariel J.- Brunhes Delamarre, Le berger dans la France des villages, Éditions du CNRS, 1970, page 164
  2. Faire une pause pour reprendre haleine ; respirer avec effort.
    • — Comme vous soufflez ! Est-ce que vous venez de monter six étages ? » Marcel Proust, La Prisonnière, Gallimard, 1923
  3. Pousser, agiter l’air.
    • Il ventait dur, sans que l’atmosphère en fût rafraichie, car le vent soufflait du sud. Charles Le Goffic, ’'Bourguignottes et pompons rouges, 1916, page 112
  4. Envoyer de l’air sur quelque chose, dans quelque chose.
    • Lors des vents de tempête, le reg graveleux est soufflé par le vent qui édifie ainsi ces rides de quelques centimètres de hauteur ; […]. Nicole Petit-Maire, Jean Riser et L. Blanc-Vernet, Sahara ou Sahel?: quaternaire récent du bassin de Taoudenni (Mali), Centre national de la recherche scientifique, 1983, page 99
  5. Déplacer ou détruire par un mouvement violent d’air ou de gaz.
    • Selon les témoignages publiés sur les réseaux sociaux, un bâtiment de l’université de Makiïvka servant de dortoir pour les mobilisés et les réservistes russes aurait été atteint par plusieurs projectiles dans la nuit du Nouvel An, soufflant littéralement les trois niveaux de l’immeuble. Cédric Pietralunga, Guerre en Ukraine : à Makiïvka, dans le Donbass, des dizaines de soldats russes tués dans le bombardement de leur base, Le Monde. Mis en ligne le 2 janvier 2023
  6. familier Parler, par ellipse de « ne souffler mot ».
    • N’oser souffler, ne pas souffler : Ne pas oser ouvrir la bouche pour faire des plaintes, des remontrances.
  7. figuré Faire naître, exciter.
    • Mais le diable a soufflé là-dessus, de son haleine fiévreuse et empestée, et les pires billevesées ont pris leur vol. L’homme a inventé les dieux et il a créé l’amour avec son cortège de sensibleries ridicules ou criminelles. Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 118
  8. Dire à quelqu’un sa leçon, son rôle, à voix basse, de façon à n’être entendu que de lui, les endroits de sa leçon, de son rôle dont il ne se souvient plus.
  9. Dire quelque chose à quelqu’un à voix basse.
  10. Enlever, prendre, voler.
  11. Dire, et spécialement dire dans un souffle.
  12. Familier Causer une grande surprise, provoquer l'étonnement.
3 emplois spécialisés
  1. Hippologie Renifler, flairer une jument.
    • Un étalonnier amène un entier afin qu'il la flaire de façon perpendiculaire à la barre. On dit qu'il souffle la jument, d'où son nom de souffleur.
  2. Jeu de dames Ôter un pion à celui contre qui l’on joue, parce qu’il ne s’en est pas servi pour prendre un autre pion qui était en prise. Règle abolie au début du XX siècle.
  3. Alimentation Procédure frauduleuse qui consiste à introduire un gaz dans les produits liquides pour faire croire au consommateur que la quantité est plus importante.

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je souffle
  2. tu souffles
  3. il souffle
  4. nous soufflons
  5. vous soufflez
  6. ils soufflent

Imparfait

  1. je soufflais
  2. tu soufflais
  3. il soufflait
  4. nous soufflions
  5. vous souffliez
  6. ils soufflaient

Passé simple

  1. je soufflai
  2. tu soufflas
  3. il souffla
  4. nous soufflâmes
  5. vous soufflâtes
  6. ils soufflèrent

Futur simple

  1. je soufflerai
  2. tu souffleras
  3. il soufflera
  4. nous soufflerons
  5. vous soufflerez
  6. ils souffleront

Passé composé

  1. j'ai soufflé
  2. tu as soufflé
  3. il a soufflé
  4. nous avons soufflé
  5. vous avez soufflé
  6. ils ont soufflé

Plus-que-parfait

  1. j'avais soufflé
  2. tu avais soufflé
  3. il avait soufflé
  4. nous avions soufflé
  5. vous aviez soufflé
  6. ils avaient soufflé

Passé antérieur

  1. j'eus soufflé
  2. tu eus soufflé
  3. il eut soufflé
  4. nous eûmes soufflé
  5. vous eûtes soufflé
  6. ils eurent soufflé

Futur antérieur

  1. j'aurai soufflé
  2. tu auras soufflé
  3. il aura soufflé
  4. nous aurons soufflé
  5. vous aurez soufflé
  6. ils auront soufflé

Subjonctif

Présent

  1. je souffle
  2. tu souffles
  3. il souffle
  4. nous soufflions
  5. vous souffliez
  6. ils soufflent

Imparfait

  1. je soufflasse
  2. tu soufflasses
  3. il soufflât
  4. nous soufflassions
  5. vous soufflassiez
  6. ils soufflassent

Passé

  1. j'aie soufflé
  2. tu aies soufflé
  3. il ait soufflé
  4. nous ayons soufflé
  5. vous ayez soufflé
  6. ils aient soufflé

Plus-que-parfait

  1. j'eusse soufflé
  2. tu eusses soufflé
  3. il eût soufflé
  4. nous eussions soufflé
  5. vous eussiez soufflé
  6. ils eussent soufflé

Conditionnel

Présent

  1. je soufflerais
  2. tu soufflerais
  3. il soufflerait
  4. nous soufflerions
  5. vous souffleriez
  6. ils souffleraient

Passé

  1. j'aurais soufflé
  2. tu aurais soufflé
  3. il aurait soufflé
  4. nous aurions soufflé
  5. vous auriez soufflé
  6. ils auraient soufflé

Impératif

Présent

  1. souffle
  2. soufflons
  3. soufflez

Passé

  1. aie soufflé
  2. ayons soufflé
  3. ayez soufflé

Formes impersonnelles

Infinitif présent
souffler
Participe présent
soufflant
Participe passé
soufflé

Citation

Je ne sais de quel côté le vent va souffler pour la philosophie
Jean Le Rond d'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 juill. 1764

Origine du mot

Du latin sufflare, de flare, « souffler ». (1120) sofler.

Dans le dictionnaire latin : sufflare

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

SOUFFLER v. n. (sou-flé)

1Pousser l'air d'une façon quelconque.

1 Pousser l'air d'une façon quelconque. Ce soufflet est percé, il ne souffle plus. encore relevé aujourd’hui

  • Annibal [à Cannes].... avait rangé ses troupes de sorte que le vent Vulturne, qui se lève dans un certain temps réglé, devait souffler directement contre le visage des Romains pendant le combat, et les inonder de poussière — ROLLIN, Traité des Ét. 3e part. I, Cannes.

Impersonnellement.

  • Par un hasard assez singulier, il soufflait des vents opposés en Savoie et en Piémont — SAUSSURE, Voy. Alpes, t. V, p. 142

Fig. Regarder de quel côté le vent souffle, observer les conjonctures.

  • Je ne sais de quel côté le vent va souffler pour la philosophie — D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 9 juill. 1764

Terme de l'Écriture. L'esprit souffle où il veut, Dieu communique ses grâces à qui il lui plaît.

2Faire du vent en poussant de l'air par la bouche.

2Particulièrement. Faire du vent en poussant de l'air par la bouche. Souffler dans un instrument à vent. encore relevé aujourd’hui

  • Trois fois en vain elle souffla Pour rendre vie à sa chandelle — SCARR., Poésies div. Œuvr. t. VII, p. 290, dans POUGENS
  • D'abord avec son haleine Il se réchauffe les doigts ; Puis sur le mets qu'on lui donne, Délicat, il souffle aussi — LA FONT., Fabl. V, 7
3 autres citations
  • Le même soir où il [le chasseur] a juré, en soufflant dans ses doigts, de ne plus retourner à son poste glacé [chasse aux canards sauvages], il fait des projets pour le lendemain — BUFF., Ois. t. XIII, p. 182
  • Qu'il lui faille en décembre Souffler, faute de bois, Dans ses doigts — BÉRANG., Pet. h. gris.
  • Ouvrir, comme disait un ancien, une grande bouche pour souffler dans une petite flûte — J. J. ROUSS., Dict. de mus. Effet.

Fig. Ne pas souffler, ne dire mot.

  • On lui arrache [à Jésus] les cheveux et la barbe ; il ne dit mot, il ne souffle pas — BOSSUET, 1er sermon, sur la Passion, 2
  • Arrive-t-il vers lui [l'hypocrite] un homme de bien et d'autorité, qui le verra et qui peut l'entendre, non-seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs ; si l'homme de bien se retire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne souffle pas — LA BRUY., XIII
1 autre citation
  • Nous savons tout, et nous ne soufflons pas — J. J. ROUSS., Ém. III

N'oser souffler, ne pas souffler, ne pas oser ouvrir la bouche pour se plaindre ou pour s'excuser.

  • Je voudrais bien qu'elle eût soufflé devant moi, et qu'elle s'avisât de traverser ce que j'aurais résolu — HAUTEROCHE, Crisp. médec. I, 2
  • Quoi ! parce qu'elle est demoiselle, il faut qu'elle ait la liberté de me faire ce qui lui plaît, sans que j'ose souffler ? — MOL., G. Dand. II, 9
1 autre citation
  • M. d'Épinay n'oserait souffler devant moi — Mme D'ÉPINAY, Mém. t. I, p. 323, dans POUGENS

Ne pas souffler d'une chose, n'en rien dire.

  • Elle me conta qu'en Danemark il y avait un prince allemand qui s'enfonça une épingle dans le côté, mais c'était dans une étrange occasion qu'il avait rencontré cette épingle : il n'en souffla pas, et deux mois après la gangrène s'y mit — SÉV., 21 août 1680
  • La pauvre Warmestré vient d'accoucher tranquillement au milieu de la cour, sans que vous en ayez soufflé — HAMILT., Gramm. 7

Fig. Il croit qu'il n'y a qu'à souffler et à remuer les doigts, se dit d'un homme qui s'imagine qu'une chose est aisée, bien qu'elle soit difficile.

3Souffler sur, éteindre en soufflant.

3 Souffler sur, éteindre en soufflant. encore relevé aujourd’hui

  • Souffle sur ton amour, ami, si tu me crois, Ainsi que pour m'éteindre elle a soufflé sur moi [c'est une lampe qui parle] — A. CHÉN., Élégies, XXXVII

Fig. Souffler sur, détruire, faire disparaître.

  • Qu'ils aient le courage de s'élever au-dessus de l'instant où ils vivent, ils verront de loin la postérité souffler sur ces nuages, et condamner à un mépris éternel ceux qui ont eu la honte de les rassembler — D'ALEMB., Él. Bossuet, note 11
  • Les revers ont soufflé sur la fleur de son âge — MASSON, Helvét. VI
1 autre citation
  • L'âge a soufflé sur mes croyances — BÉRANG., F. follets.

Terme de l'Écriture. Dieu a soufflé sur cette race impie et en a fait sécher la racine, il a détruit, exterminé cette race.

  • Vous souhaiteriez que l'orgueil des impies fût humilié, et que le Seigneur soufflât sur ce colosse de grandeur et de puissance qui les élève — MASS., Carême, Mélanges.
  • Le Seigneur a toujours soufflé sur les races orgueilleuses — ID., Pet. carême, Respect que les gr. doivent à la relig.

Dans le même langage : Le Seigneur a soufflé sur l'amas de leurs richesses, et l'a dissipé comme de la poussière.

  • Le Seigneur a soufflé sur ces superbes édifices et sur notre fortune, et l'a dissipée comme de la poussière — MASS., Carême, Aumône.
4Souffler sur, se dit aussi des sorciers.

4 Souffler sur, se dit aussi des sorciers qui se servaient de leur souffle comme d'un moyen d'enchantement.

  • Tous les prétendus sorciers soufflaient et soufflent encore sur ceux qu'ils imaginent ensorceler — VOLT., Philos. Déf. Bolingbr. 38
  • Camille : Si le curé de votre paroisse soufflait sur un verre d'eau, et vous disait que c'est un verre de vin, le boiriez-vous comme tel ? - Perdican : Non. - Camille : Si le curé de votre paroisse soufflait sur vous, et me disait que vous m'aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire ? — A. DE MUSS., On ne badine pas avec l'amour, II, 5

Les fées ont soufflé sur lui, il a reçu de la fortune toute sorte d'avantages.

  • J'embrasse le laborieux Grignan, le seigneur Corbeau, le présomptueux Adhémar et le fortuné Louis-Provence, sur qui tous les astrologues disent que les fées ont soufflé — SÉV., 106
  • Que dites-vous de ce mariage de la princesse de Conti, sur qui toutes les fées avaient soufflé ? — ID., 7 juill. 1680
5Respirer avec peine, avec effort.

5 Respirer avec peine, avec effort. Il souffle après avoir chanté. encore relevé aujourd’hui

  • L'attelage suait, soufflait, était rendu — LA FONT., Fabl. VII, 9

On dit qu'un cheval souffle, quand il a de l'essoufflement.

Reprendre haleine. J'ai besoin de souffler un peu. Laissez souffler les chevaux.

  • Je leur demanderais volontiers qu'au lieu de leur course impétueuse ils voulussent plusieurs fois reprendre haleine, souffler un peu, et laisser souffler leurs auditeurs — LA BRUY., XV
6Souffler aux oreilles de quelqu'un.

6 Souffler aux oreilles de quelqu'un, lui parler souvent pour le gagner, pour le séduire. Les flatteurs lui soufflent sans cesse aux oreilles.

7Se dit des taupes dans la saison où elles travaillent.

7Terme rural. Se dit des taupes dans la saison où elles travaillent.

8Dans les moulins à poudre, le mortier ou la matière souffle.

8 Dans les moulins à poudre, lorsque les matières ne sont pas assez humectées dans les mortiers, elles en sortent en poussière sous les coups du pilon ; on dit alors que le mortier ou la matière souffle, Aide-mémoire d'artillerie du général de Gassendi.

9Chercher la pierre philosophale.

9 Chercher la pierre philosophale ; locution qui vient des fourneaux que les alchimistes entretenaient en soufflant.

  • Bréanté se maria médiocrement, et se ruina en plein ; on prétendit que ce fut à souffler — SAINT-SIMON, 212, 111
10V. a. Faire du vent sur une chose.

10 V. a. Faire du vent sur une chose. Souffler le feu. encore relevé aujourd’hui

  • En le faisant détoner [le salpêtre], on le voit souffler son propre feu, comme le ferait un soufflet étranger — BUFF., Introd. à l'hist, des min. 1re part.

Fig. Souffler le feu, l'incendie, exciter la dissension.

  • Les jésuites et maints autres ambitieux et brouillons soufflaient sans cesse le feu — SAINT-SIMON, 423, 124
  • Les jésuites soufflant secrètement l'incendie, les jansénistes criant avec fureur, le schisme paraissant près d'éclater — VOLT., Hist. Parl. 66

Fig. et populairement. Il souffle des pois, il ronfle d'une manière très bruyante.

  • Il soufflait des pois, ou faisait d'autres grimaces mortelles pour le statuaire — GRIMM, Corresp. t. I, p. 223

Souffler une chandelle, souffler sur la flamme d'une chandelle pour l'éteindre.

En un sens analogue.

  • Et mon corps est encore si faible, qu'il ne faudrait que le souffler pour l'abattre — BALZ., liv. I, lett. 13

Souffler quelque chose, l'enlever en soufflant.

  • La marge de l'in-quarto où je gratte un point jaune, je souffle un poil, je détache une paille — TÖPFFER, Nouv. génev. Bibl. de mon oncle, 2
11Souffler les canons, y brûler de la poudre.

11Terme d'artillerie. Souffler les canons, y brûler une petite quantité de poudre pour en faciliter le nettoyage.

12Souffler le verre, l'émail.

12 Souffler le verre, souffler l'émail, former du verre ou de l'émail, en soufflant avec la bouche dans un tuyau de fer pour la verrerie, et de verre pour l'émail, tuyau dont on trempe le bout dans la matière liquide.

  • Je pensai que les anciens.... ignoraient l'art de le couler [le verre] pour en faire de grandes glaces, qu'ils n'avaient tout au plus que celui de le souffler et d'en faire des bouteilles et des vases — BUFF., Hist. min. Introd. Part. exp. Œuv. t. VII, p. 152
13Souffler l'orgue.

13 Souffler l'orgue, donner du vent aux tuyaux d'orgue par le moyen des soufflets.

Jouer en soufflant.

  • Un marouffle, Mis à neuf, Joue et souffle, Comme un bœuf, Une marche De Luzarche — V. HUGO, Ball. 12
14Souffler un veau, un mouton.

14 Souffler un veau, un mouton, faire pénétrer de l'air entre la chair et la peau, afin d'en séparer celle-ci plus aisément. encore relevé aujourd’hui

Fig.

  • Ce n'est pas tout d'agencer des paroles, Et de souffler de froides hyperboles — J. B. ROUSS., Épît. I, 6
  • Note, style lapidaire n'est bon qu'à souffler des nains — J. J. ROUSS., Ém. II
15Appliquer un soufflage à un navire.

15Terme de marine. Appliquer un soufflage à un navire (ce qui est en quelque sorte le souffler). encore relevé aujourd’hui

  • ...Que le côté du vaisseau où on a employé du bois vert est beaucoup plus léger que l'autre, qu'ainsi il ne peut pas bien porter la voile, et qu'on est obligé de le souffler ou de lui faire de grands radoubs — Corresp. de Colbert, III, 2, p. 306
  • J'armai à Rochefort l'Ambitieux ; et, comme c'était un vaisseau neuf qui ne portait point du tout la voile, je me trouvai dans la nécessité de le faire souffler — Mém. de Villette, 1692, dans JAL.
16En termes de chasse,souffler le poil au lièvre.

16Terme de chasse. Ce chien a soufflé le poil au lièvre, il a presque appuyé le museau dessus et il l'a manqué.

On dit aussi : Il lui soufflait au poil, il le suivait de très près.

Fig. et familièrement. Souffler au poil de quelqu'un, le poursuivre de très près. Il faillit être pris, les gendarmes lui soufflaient au poil.

Terme de maréchalerie. La matière souffle aux poils, du pus apparaît sur la couronne, cela indique un décollement du sabot du cheval.

17Envoyer par le souffle.

17 Envoyer par le souffle. encore relevé aujourd’hui

  • Vous savez tout ce que la fortune a soufflé sur la duchesse de Fontanges ; voici ce qu'elle lui garde.... — SÉV., 1er mai 1680
  • Il y a certaines choses.... sur quoi on se trouve disposé à souffler du bonheur, comme du temps des fées — ID., 29 déc. 1679
4 autres citations
  • La discorde souffle dans tous les cœurs un venin mortel — FÉN., Tél. v.
  • C'est moi qui souffle de la malice à l'un, de la présomption à l'autre — DANCOURT, Diable boit. Prol.
  • Je te communique pour toute la soirée mes facultés et mes talents, et je te souffle une partie de mon esprit. - Marton : L'esprit du diable — ID., les Fêtes du cours, sc. 3
  • Esprits contagieux, tyrans de cet empire, Qui soufflez dans nos murs la mort qu'on y respire — VOLT., Œdipe, I, 2

Souffler le froid et le chaud, diriger son souffle de manière qu'à volonté il rafraîchisse ou réchauffe.

  • Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid — LA FONT., Fabl. V, 7

Fig. Souffler le froid et le chaud, parler pour et contre une chose ou une personne, être tour à tour d'avis contraires.

  • Le président Talon alla en l'autre monde voir s'il est permis de souffler le froid et le chaud comme M. de Luxembourg le lui avait fait faire — SAINT-SIMON, 55, 157
  • Elle fait comme les traîtres, elle souffle le chaud et le froid en même temps — TH. LECLERCQ, Prov. t. IV, p. 12, dans POUGENS
18Souffler quelque chose à l'oreille de quelqu'un.

18 Souffler quelque chose à l'oreille de quelqu'un, lui dire quelque chose tout bas. encore relevé aujourd’hui

Ne pas souffler mot, ne pas souffler un mot, ne rien dire.

  • Je leur enjoindrai bien de ne vous pas souffler un mot de moi, ni à moi un mot de vous — DIDER., Lett. à Mlle Voland, 28 août 1768
  • André, si j'entends souffler un mot de cette aventure, je te chasse — PICARD, Collatéral, I, 15
1 autre citation
  • Chevasse est un bon homme que je mène par le nez, et qui, la chose faite, ne soufflera mot — CH. DE BERNARD, Un homme sérieux, XX
19Suggérer, inspirer.

19Fig. Suggérer, inspirer. encore relevé aujourd’hui

  • Ce n'est pas seulement prédire, c'est souffler la rébellion, que de parler de la sorte — BOSSUET, 5e avert. 11
  • Qui vous a pu souffler une si folle audace ? — BOILEAU, Sat. IX
3 autres citations
  • Dans le fond de la Thrace un barbare enfanté Est venu dans ces lieux souffler la cruauté — RAC., Esth. III, 4
  • Si un amour outré de la gloire les enivre [les princes], tout leur souffle la désolation et la guerre — MASS., Pet. carême, Exemples.
  • Astarté entre dans la grotte d'Eudore, et commence à lui souffler les pensées d'un amour purement humain — CHATEAUBR., Mart. XI
20Dire tout bas à celui à qui la mémoire manque.

20 Souffler quelqu'un, lui dire tout bas, quand la mémoire lui manque, ce qu'ils doit répéter tout haut. encore relevé aujourd’hui

  • Il récita six fois le même vers, sans pouvoir trouver en sa mémoire celui qui devait suivre ; pensant que je m'en souviendrais mieux que lui à cause que je l'avais ouï répéter, il me disait : comment est-ce qu'il y a après ? Francion, souffle-moi — Francion, IV, p. 141
  • Mais je ne sais pas lire. - Hé, l'on te soufflera — RAC., Plaid. II, 14

Il se dit de la chose que l'on souffle.

  • Il y avait un théâtre où l'on jouait souvent des pièces ; on me chargea d'un rôle que j'étudiai six mois sans relâche, et qu'il fallut me souffler d'un bout à l'autre à la représentation — J. J. ROUSS., Conf. VII
  • Dans nos études, je lui soufflais la leçon, quand il hésitait — ID., ib. 1

Absolument. Il souffle bien.

  • Oh ! prenez-le plus bas ; Si vous soufflez si haut, l'on ne m'entendra pas — RAC., Plaid. III, 3

Fig. Souffler quelqu'un, lui apprendre ce qu'il doit dire.

  • Elle répète sa leçon ; mais, dans les circonstances où elle n'aura pas été soufflée, son génie n'y suppléera pas — Mme DU DEFFANT, Lett. à H. Walpole, t. II, p. 32, dans POUGENS
21Souffler une dame, au jeu de dames.

21Terme de jeu de dames. Souffler une dame, l'ôter à son adversaire, parce qu'il ne s'en est pas servi pour prendre une autre dame qui était en prise. encore relevé aujourd’hui

On dit aussi : souffler le joueur même. Vous n'avez pas pris ; je vous souffle.

Absolument. Souffler n'est pas jouer, après avoir soufflé, on a le droit de jouer.

Fig. Il lui a soufflé le pion, il lui a enlevé une affaire qu'il croyait faire.

Fig. et familièrement. Souffler quelque chose à quelqu'un, le lui enlever, le lui dérober.

  • Je pourrai bien tantôt lui souffler cette proie — MOL., l'Ét. III, 6
  • Les affaires qui tenaient de l'important lui avaient été soufflées [à Pontchartrain] par d'Argenson, en qui le roi avait toute confiance — SAINT-SIMON, 242, 220
3 autres citations
  • Au lieu de m'armer contre le Pâris qui m'avait soufflé mon Hélène, je lui sus bon gré de m'en avoir défait — LESAGE, Gil Blas, I, 17
  • Le livre de Boulanger est très rare ici ; nous en avons fait venir par la poste deux ou trois exemplaires, qu'on nous a soufflés — DIDER., Lett. à Mlle Voland, 25 juill. 1762
  • Souffler une maîtresse à son ami, c'est une rouerie trop commune pour moi — A. DE MUSSET, Capr. de Mar. II, 4

Souffler une dépêche, ne pas la communiquer à celui qui devrait en avoir communication.

  • L'abbé d'Estrées commença à lui souffler quelques dépêches — SAINT-SIMON, 131, 199

Souffler un exploit, voy. EXPLOIT.

22Boire d'un trait.

22 Boire d'un trait.

  • Il y a un Tigillin qui souffle ou qui jette en sable un verre d'eau-de-vie — LA BRUY., XIII
  • Oh ! nous avons, ma foi, soufflé d'excellent jus — DANCOURT, Métemps. III, 3

Souffler la rôtie, s'est dit pour avaler un verre de vin.

  • C'est moi qui soufflais la rôtie Et qui buvais plus d'hippocras, — les Aventures de M. d'Assoucy, IX
23V. Réfl. Se souffler, être soufflé.

23 Se souffler, v. réfl. Être soufflé. Le verre se souffle. encore relevé aujourd’hui

Historique

XIIe s.

  • Sufflerad li espiriz de lui, e decurrunt les ewes — Liber psalm. p. 229
  • Fous est qui le feu esteint sofle — BENOIT, v. 15362

XIIIe s.

  • Li espirites de lui sofflera, et corront eves — Psautier, f° 177
  • Il soufloit les foux [feux] dudit fevre [forgeron] à alumer la forge — Miracles St Loys, p. 139

XIVe s.

  • Ainsi besongnai sans sejour, Jusqu'à tant que je vy le jour ; Lors ma chandelle alay soufler — BRUYANT, dans Ménagier, t. II, p. 38
  • Li hom qui souffle contre vent, à ensient [escient] sa paine pert — J. DE CONDÉ, t. III, p. 134

XVe s.

  • Le pouete Virgilius, Es estoiles Tholomeus, Ypocras le phisicien, De la mort n'est eschappez nulz ; Souflez, nostre vie n'est rien — E. DESCH., Poés. mss. f° 444
  • Chascun parle de divers jeux jouer, De cliner l'œil, de porter male honte, Et de la briche aux compaignons donner, Et de souffler le charbon.... — ID., ib. f° 215
2 autres citations
  • Il ne vault rien aujourd'hui qui ne souffle [ne mente, ne se vante] — ID., ib. f° 222
  • Quelque haut bien qui fust en elle [une belle dame], Puisque une fois la mort l'a prise, Il en faut souffler la chandelle, Et en choisir une autre belle — G. CHASTELAIN, l'Oultré d'amour, t. VI, p. 142, Œuvres, édit. de Bruxelles.

XVIe s.

  • C'est souffler de mesme bouche le chauld et le froid — MONT., I, 249
  • Salomon n'a point escrit avoir en soufflant trouvé ce secret — LANOUE, 476
9 autres citations
  • Ce pauvre aprentif estoit un que je conoissois, qui avoit soufflé en trois ans une belle maison sienne accompagnée de mille ou douze cens livres de rente — ID., 480
  • Je pense qu'ils eussent soufflé en leurs doigts, car il faisoit grand froid — ID., 625
  • Le vent commençant à souffler à bon esciant de devers les montaignes — AMYOT, Cam. 58
  • Disans que Hannibal, tant comme il eust vescu, estoit un feu pour l'empire romain, qui n'avoit besoing que de quelqu'un qui le soufflast — ID., Flam. 44
  • Jamais on n'en veit un qui suast, ne qui soufflast, encore que le premier choc eust esté fait en courant — ID., Marius, 45
  • Il se leva un petit vent du costé d'une belle prairie, qui leur souffla grande quantité de fleurs — ID., Sylla, 58
  • Il leur estoit defendu qu'ilz n'eussent ès assemblées aucuns protecolles pour leur souffler aux oreilles les noms des particuliers citoyens — ID., Cat. d'Utiq. 14
  • Il luy souffloit tous les jours aux oreilles, que.... — ID., Artax. 41
  • Mieux vault soufler que brusler — GÉNIN, Récr. t. II, p. 244
Étymologie

Bourguig. sofflai ; wallon, soflé ; provenç. sofflar, sufflar ; espagn. soplar ; portug. soprar ; ital. soffiare ; du lat. sufflare, de sub, sous, et flare, souffler, de même radical que l'anglais to blow, souffler, et l'all. blasen.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « souffler » du Wiktionnaire.

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