tyran

nature
nom masculin
diction
[tiʁɑ̃] · 2 syllabes
usage
11 par million de mots

Sens et définitions

Nom 6

  1. Celui qui exerce la puissance souveraine arbitrairement et sans contrôle.
    • Une faction puissante conspire avec les tyrans de l’Europe pour nous donner un roi, avec une espèce de constitution aristocratique. Maximilien de Robespierre, Discours contre Brissot & les girondins, 10 avril 1793
  2. Celui qui gouverne avec injustice et sans aucun respect pour les lois et les libertés humaines.
    • Mon vénéré père disait qu’il n’y a pas pire tyran qu’un montreur d’ânes devenu sultan. Yasmina Khadra, Morituri, éditions Baleine, 1997, page 28
  3. figuré Quelqu’une ou quelqu'un qui abuse de son autorité.
    • C’est un vrai tyran : on ne peut pas appeler autrement un bambin qui abuse de sa faiblesse et qui devient le maître de la maison. Léon Frapié, Le tyran, dans Les contes de la maternelle, éditions Self, 1945, page 123
  4. figuré Maître souverain symbolique.
    • L’usage est le tyran des langues.
  5. Passereau de la famille des Tyrannidés.
    • La première espèce des tyrans est le titiri ou pipiri: il a la taille et la force de la pie-grièche grise. Georges Louis Leclerc Buffon, Hippolyte Romain Joseph Duthillœul, œuvres complètes de Buffon: Oiseaux, 1822, page 115
1 emploi spécialisé
  1. Antiquité Roi absolu, monarque, despote qui usurpe la puissance souveraine.
    • Les tyrans furent nombreux dans la Grèce du sixième et du cinquième siècle avant notre ère : Pisistrate fut l’un des plus célèbres.

Citation

C'est ce qu'on appelle un tyran ; il ne fait pas le mal par le seul plaisir de le faire ; mais le mal ne lui coûte rien, toutes les fois qu'il le croit utile à l'accroissement de sa grandeur
Fénelon, Dial. des morts (Solon, Pisistrate).

Origine du mot

Du latin tyrannus (« tyran, despote »), emprunté au grec ancien τύραννος, týrannos (« maître »).

Dans le dictionnaire latin : tyrannus

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1873 — le Littré

TYRAN s. m. (ti-ran)

1 Dans l'antiquité, parmi les Grecs, celui qui s'emparait de l'autorité souveraine sur une communauté républicaine, soit qu'il l'exerçât avec modération et douceur, soit qu'il en abusât. Pisistrate fut tyran d'Athènes. encore relevé aujourd’hui

  • C'est ce qu'on appelle un tyran ; il ne fait pas le mal par le seul plaisir de le faire ; mais le mal ne lui coûte rien, toutes les fois qu'il le croit utile à l'accroissement de sa grandeur — FÉN., Dial. des morts (Solon, Pisistrate).
  • Ce fut alors que parut une suite de souverains connus sous le nom de tyrans, parce qu'ils jouissaient d'une autorité absolue — BARTHÉLEMY, Anach. ch. 37
1 autre citation
  • Comme l'usurpation amène et nécessite la tyrannie, les Grecs prirent bientôt le nom de tyran dans la même acception que nous — SAINTE-CROIX, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. II, p. 510

2 Celui qui a usurpé la puissance souveraine dans un État (sens qui a vieilli). encore relevé aujourd’hui

  • La soif de commander enfanta des tyrans — BOILEAU, Sat. X
  • Puisqu'il [César] était tyran, il n'eut point de vertus — VOLT., M. de César, III, 8
2 autres citations
  • Les habiles tyrans ne sont jamais punis — ID., Mérope, v, 5
  • On donne aujourd'hui le nom de tyran à un usurpateur, ou à un roi qui fait des actions violentes et injustes ; Cromwell était un tyran sous ces deux aspects — ID., Dict. phil. tyran.

Les trente tyrans, voy. TRENTE.

3 Prince, usurpateur ou non, qui gouverne avec injustice, avec cruauté, en foulant aux pieds les lois divines et humaines. encore relevé aujourd’hui

  • Aux noces d'un tyran, tout le peuple en liesse Noyait son souci dans les pots — LA FONT., Fabl. VI, 12
  • Ses yeux indifférents [de Néron] ont déjà la constance D'un tyran dans le crime endurci dès l'enfance — RAC., Brit. v, 7
5 autres citations
  • Les vices ont aussi leur perfection : un demi-tyran [au théâtre] serait indigne d'être regardé ; mais l'ambition, la cruauté, la perfidie, poussées à leur plus haut point, deviennent de grands objets — FONT., Réfl. poét. 17
  • J'aimerais autant mettre les voleurs de grand chemin au rang des corps de l'État, que de placer les tyrans au rang des rois — VOLT., Dial. XXIV, 1
  • On appelle tyran le souverain qui ne connaît de lois que son caprice, qui prend le bien de ses sujets, et qui ensuite les enrôle pour aller prendre celui de ses voisins ; il n'y a point de ces tyrans-là en Europe — ID., Dict. phil. Tyrannie.
  • Henri VIII était tyran dans son gouvernement comme dans sa famille, et couvert du sang de deux épouses innocentes, comme de celui des plus vertueux citoyens — ID., ib. Tyran.
  • Les grands le traitaient de tyran [Louis XI], parce qu'il ne leur permettait pas de l'être — DUCLOS, Œuv. t. III, p. 356

4Par extension, il se dit de tous ceux qui tyrannisent. Il est le tyran de sa famille. C'est un tyran dans sa maison. Ce chef est un tyran pour ses subordonnés.

  • Et donnons un tyran à ces tyrans du monde [les Romains] — CORN., Pomp. I, 1
  • Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans — RAC., Phèdre, v, 1
6 autres citations
  • Ne se contentant pas de faire le petit tyran dans une fête — HAMILT., Gram. VI
  • Telle est l'ingratitude des hommes ; plus vous les rendez maîtres de votre cœur, plus ils s'en rendent les tyrans — MASS., Carême, Pécheresse.
  • Les Romains, après avoir été les tyrans des nations.... — VOLT., Philos. Lett. de Memmius, III
  • Voilà bien, reprit-elle, le propos d'un tyran qui ne croit jouir de sa liberté qu'autant qu'il trouble celle des autres — J. J. ROUSS., Hél. IV, 11
  • Il faut en ce monde-ci avoir le moins de tyrans qu'il est possible — D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 23 juin 1766
  • Lorsqu'il [Aristote] dit que le peuple souverain est un tyran à mille têtes — SAINTE-CROIX, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. II, p. 510

Tyran domestique, se dit d'un homme qui tyrannise sa famille, sa maison.

Il est le tyran de sa compagnie, il a pris dans sa compagnie une autorité dont il abuse.

Fig.

  • Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour, et qu'on appelait autrefois le tyran des mots et des syllabes — BALZ., Socrate chrétien, Disc. 10e.

Adjectiv.

  • Je ne fus plus cet homme malhonnête et tyran, qui voulais sacrifier tous mes amis à mon ambition et à mon caprice ; on ne parla dans la conversation que de la tendresse qu'on avait pour moi — RETZ, Mém. t. IV, liv. v, p. 127, dans POUGENS
  • C'est être faux et tyran de dire : il n'est pas fort, donc je ne l'estimerai pas ; il n'est pas habile, donc je ne le craindrai pas — PASC., Pens. VI, 10, éd. HAVET.

5Fig. Il se dit de choses dont on compare l'action à la tyrannie des hommes.

  • Secrets tyrans de ma pensée, Respect, amour, de qui les lois.... — CORN., la Veuve, II, 1
  • Mon Dieu ! que votre amour en vrai tyran agit ! — MOL., Tart. IV, 5
3 autres citations
  • L'art est un tyran qui se plaît à gêner ses sujets, et qui ne veut pas qu'ils paraissent gênés — FONT., Refl. poét. LXI
  • Ainsi lorsque les vents, fougueux tyrans des eaux, De la Seine ou du Rhône ont soulevé les flots — VOLT., Henr. IV
  • D'une sainte folie un peuple furieux Chanter : Amour, tyran des hommes et des dieux ! — A. CHÉNIER, l'Invention.

L'usage est le tyran des langues, l'usage prévaut sur les règles de la grammaire.

6 Oiseau du genre faucon.

  • Le nom de tyran donné à des oiseaux doit paraître plus que bizarre — BUFF., Ois. t. VIII, p. 387

Genre d'oiseaux sylvains ou de passereaux de la famille des gobe-mouches.

Remarque

Quelques-uns ont essayé de dire tyranne, par exemple Desportes ; mais cela n'a pas réussi ; et il faut dire tyran en parlant d'une femme. Cette femme est un tyran domestique. Toutefois Fr. Soulié a employé ce mot dans le style familier.

  • Assurément, mais.... - Il n'y a pas de mais ; je veux, j'exige que vous teniez votre parole, entendez-vous ? - Soit, tyranne, dit M. de Simon, en embrassant sa femme — SOULIÉ, Au jour le jour, § XI
Historique

XIIe s.

  • Et en la croix vous pendirent tyrant — Ronc. p. 152

XIIIe s.

  • Ne ja, pour nul desirier, [je] Ne remainrai avecque ces tirans Qui sont croisés à loier Pour dimer clers et bourjois et serjens — QUESNES, Romancero, p. 97

XIVe s.

  • Et pour ce nous ne disons pas que les tyrans soient prodiges [prodigues] — ORESME, Éth. 106
  • Je vous deliverrai de ceste gent tirant — Guesclin 3035
1 autre citation
  • Mesmes vont les Juifs Pietre le roy blasmant ; En derrieres de lui l'apeloient tirant — ib. 6948

XVe s.

  • Est licite de adompter et endormir par belles paroles les oreilles du tyran — MONSTRELET, I, 39
  • Adonc marcha avant le tyrant [bourreau], qui print la royne par la main ; si la mena jusque à l'estache — Perceforest, t. v, f° 102

XVIe s.

  • Il sembloit, quand ils [les huguenots] oyoient parler de moy, qu'ils avoient le bourreau à la queue ; aussi m'appeloient-ils ordinairement le tyran — Mém. de Montluc, t. II, p. 57
  • Mais vous, belle tyranne, aux Nerons comparable — DESPORTES, Diane, I, 16
Étymologie

Provenç. tiran ; catal. tirá ; espagn. tirano ; ital. tiranno ; du lat. tyrannus qui est le grec τύραννος. L'anglais dit tyrant ; c'est une orthographe qu'il a reçue de l'ancien français, et que l'ancien français, par erreur, avait adoptée, prenant ce mot pour un participe présent.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « tyran » du Wiktionnaire.

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