abstraction

nature
nom féminin
diction
[apstʁaksjɔ̃] · 3 syllabes
usage
3 par million de mots
parenté
abstraire

Sens et définitions

Nom 6

  1. Opération par laquelle l’esprit isole une caractéristique d'un ensemble.
  2. Idée générale créant un lien unitaire, par l'esprit, entre plusieurs réalités concrètes qui comportent un trait commun mais sont différentes dans le détail.
    • Dans toute abstraction il reste un peu de réalité, comme dans le vide artificiel il reste toujours un peu d’ air. Frédéric Ozanam, Essai sur la philosophie de Dante
  3. péjoratif Idée trop théorique tellement éloignée de la réalité qu'elle risque de donner lieu à des absurdités, à des non-sens ou à un résultat inutile.
    • Si c'est de la sorte que Kaulbach entend le réalisme, nous aimons encore mieux les abstractions les plus nuageuses ou les imitations les plus archaïquement byzantines. Théophile Gautier, L'Art moderne, Paris, Michel Lévy frères, 1856, page 272
  4. Préoccupation, rêverie qui empêche un homme de penser aux choses dont on lui parle ou qu’il a sous les yeux.
    • Cet homme est dans des abstractions continuelles.
2 emplois spécialisés
  1. Intelligence artificielle Processus de suppression de détails physiques, spatiaux, temporels ou d'attributs dans l'étude d'objets ou de systèmes pour attirer l'attention sur des détails de plus grande importance.
  2. Captage des eaux Prélèvement artificiel d’eau dans une rivière, une nappe phréatique ou un lac de barrage.

Citation

Un point géométrique est une supposition, une abstraction de l'esprit
Voltaire, Memm. XI

Origine du mot

Du latin abstractus, du verbe abstraho (« tirer, traîner loin de, séparer de, détacher de, éloigner de »). Au XVIᵉ siècle, ce nom désigne le fait de s’isoler de la société.

Dans le dictionnaire latin : abstractus

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

ABSTRACTION s. f. (ab-stra-ksion ; en poésie, de quatre syllabes)

1 Action d'abstraire, opération intellectuelle par laquelle, dans un objet, on isole un caractère pour ne considérer que ce caractère ; résultat de cette action. Sans l'abstraction, l'esprit humain ne pourrait conduire aucun raisonnement un peu compliqué. L'abstraction ne crée pas des êtres et n'est qu'un artifice logique. Le pouvoir d'abstraction. Par une abstraction puissante, il a saisi ce qu'il y avait de plus général dans son sujet. La blancheur considérée en soi est une abstraction, puisqu'il y a dans la nature, non la blancheur, mais des choses blanches. Il faut bien se garder de prendre des abstractions pour des réalités.

  • Un point géométrique est une supposition, une abstraction de l'esprit — VOLT., Memm. XI
  • On est souvent forcé de s'écarter, pour l'intérêt public, de la rigoureuse pureté d'une abstraction philosophique — MIRAB., Collection, t. III, p. 323
1 autre citation
  • Dans ces diverses cosmogonies, on est placé entre des contes d'enfants et des abstractions de philosophe — CHATEAUB., Gén. I, III, 1

2 Faire abstraction de, écarter, ne pas faire entrer en compte. Faire abstraction des inconvénients. Abstraction faite des hommes et du temps. Il faut estimer le mérite pour lui-même et faire abstraction de la fortune.

  • En faisant abstraction de tout sens — PASC., Prov. I
  • De quelque manière que l'on considère cette république, abstraction faite de sa grandeur — J. J. ROUSS., Contr. IV, 3

3 Au plur. Dans un sens défavorable, idées trop métaphysiques, mal soutenues par les faits. C'est un esprit chimérique qui se perd dans les abstractions.

4 Au plur. Rêverie, préoccupation. Le voilà de nouveau dans ses abstractions.

Synonyme

FAIRE ABSTRACTION, ABSTRAIRE. Faire abstraction, c'est ne pas tenir compte de. Abstraire, c'est exécuter l'opération intellectuelle par laquelle on isole, dans un objet, un caractère. On abstrait pour généraliser ; on fait abstraction de, quand on n'a pas égard à ceci ou à cela.

Historique

XIVe s.

  • À ce peut l'en respondre : la cause est pour ce que les choses de mathematiques sont cogneues par abstration, imagination et phantasie — ORESME, Eth. 181
Étymologie

Provenç. abstraccio ; catal. abstracció ; espagn. abstraccion ; ital. astrazione ; de abstractio, de abstrahere, abstraire.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « abstraction » du Wiktionnaire.

Retour au dictionnaire