tourment

nature
nom masculin
diction
[tuʁmɑ̃] · 2 syllabes
usage
8 par million de mots

Sens et définitions

Nom 3

  1. Supplice, torture.
  2. Violente douleur corporelle.
    • Depuis lors, ce prince, en proie à une fièvre brûlante et aux tourments de la goutte, qu’il supportait avec une grande patience, et désillusionné par l’âge et par de cruelles expériences des choses d’ici-bas, ne s’occupa plus que de ses devoirs de chrétien. Victor Du Hamel, Histoire d’Espagne, A. Mame, Tours, 1855, page 163
  3. figuré Grande peine morale, grand souci.
    • « En vérité, je devrais avoir tourment de tant d’indécence. » Joseph Kessel, Les Cavaliers, Gallimard, 1967

Citation

Dans les tourments inouïs de sa dernière maladie, la princesse Anne n'a eu à se repentir que d'avoir une seule fois souhaité une mort plus douce
Bossuet, Anne de Gonz.

Origine du mot

Du latin tormentum.

Dans le dictionnaire latin : tormentum

Les mots français venus du latin

Le mot raconté

Le tourment fut d’abord un moyen de faire souffrir. Il a nommé le supplice et la torture, puis la douleur violente que le corps endure. Mais les plus anciens emplois ne restent pas enfermés dans la chambre du supplice : le mot peut aussi désigner un orage, et des chroniques médiévales l’emploient pour des machines de guerre. La violence y est présente, sans toujours viser une personne.

Peu à peu, la peine quitte le seul corps. Le tourment devient une souffrance morale, un souci qui obsède ou une difficulté pesante ; on peut rencontrer le tourment du gouvernement d’une famille aussi bien que les tourments de la vie. Cette extension garde la force du mot initial : elle ne décrit pas un simple désagrément, mais ce qui serre, accable ou met à l’épreuve. Le singulier rassemble alors torture, douleur et inquiétude sous une même image de contrainte.

1873 — le Littré

TOURMENT s. m. (tour-man)

1 Violente douleur corporelle. repris par le Wiktionnaire

  • Dans les tourments inouïs de sa dernière maladie, la princesse Anne n'a eu à se repentir que d'avoir une seule fois souhaité une mort plus douce — BOSSUET, Anne de Gonz.
  • Le superbe animal [un taureau], agité de tourments, Exhale sa douleur en longs mugissements — BOILEAU, Lutr. I

Fig.

  • Et, dans ce long tourment de la terre et de l'onde, Un nouveau monde éclos des débris du vieux monde ! — DELILLE, Jard. II

2 Tortures qu'on fait souffrir à quelqu'un. encore relevé aujourd’hui

  • Il [Pierre] estime déjà ses oreilles coupables D'entendre ce qui sort de leurs bouches damnables, Et ses yeux d'assister aux tourments qu'on lui fait [à Jésus] — MALH., I, 4
  • Dans les tourments ils laissèrent la vie — RAC., Esth. II, 3
2 autres citations
  • Les Juifs, dont le bénédictin Calmet a fait graver les supplices dans son Dictionnaire, n'ont pu que couper, déchirer, mutiler, tirer, brûler, étouffer, écraser ; tous les tourments se réduisent là — VOLT., Princ. d'action, 8
  • Ne me demandez pas non plus si les tourments des méchants seront éternels, et s'il est de la bonté de l'auteur de leur être de les condamner à souffrir toujours — J. J. ROUSS., Ém. IV

3Fig. Grande peine d'esprit.

  • Qu'elle soit le tourment et le plaisir des cœurs — RÉGNIER, Sat. VII
  • La cruelle chose que d'avoir une tête aussi délicate et aussi épuisée que la sienne [de Pascal], qui a fait le tourment de sa vie, et l'a coupée enfin au milieu de sa course — SÉV., 544
6 autres citations
  • Leur esprit [aux poëtes] toutefois se plaît dans son tourment — BOILEAU, Ép. X
  • Quel tourment de se taire en voyant ce qu'on aime, De l'entendre gémir, de l'affliger soi-même, Lorsque par un regard on peut le consoler ! — RAC., Brit. III, 7
  • Dieu vous préserve de joindre les tourments de l'esprit à ceux du corps ! — VOLT., Lett. Mme de Fontaine, 18 juin 1755
  • L'amour est un dieu que la terre adore, Il fait nos tourments, il sait les guérir — ID., Dict. phil. Hémistiche.
  • De la religion ténébreux monuments [les hiéroglyphes], Pour les sages futurs laborieux tourments — A. CHÉN., Fragm. d'un poëme intit. Hermès.
  • Et quand vous conterez votre longue infortune, Les tourments de l'espoir et l'attente importune — DELILLE, Hom. des ch. var. et add. ch. 4
Historique

XIe s.

  • En France en ad mult mervellus turment [orage] — Ch. de Rol. CIX
  • Et [sauvas] Daniel del mervellus turment Enz en la fosse.... — ib. CCXXIV

XIIe s.

  • Que je sui cil qui plus a de torment — Couci, VII
  • Deus en prist vengement [du roi d'Angleterre Guillaume le Roux], Al berser [coup de flèches] fu ocis e fina malement, Li corz en est purriz e l'aneme en turment — Th. le mart. 92
1 autre citation
  • Engleterre est enclose et de terre et de vent ; Ne crient Deu ne ses sains pur un poi de turment [orage] — ib. 66

XIIIe s.

  • Adonc s'apaisa li tourmens, e fu la mer coie — Chr. de Reims, p. 49
  • Car puis en ai soufert grant peine et grief tourment — Berte, XLVII
1 autre citation
  • Il vint à nous qui l'attendions en la chambre ou palais, et nous dit en riant, le tourment que il avoit eu aus prelas, dont le premier fu tel.... — JOINV., 291

XIVe s.

  • Mes devroit l'en plus eslire morir et soustenir et souffrir très durs tormens — ORESME, Éth. 49
  • Après que il eut assiegé quinze jours, il fist drecer ses pierrers et ses mangonneaux, et maintes autres manieres de tourmens [machines de guerre] — Chr. de St Denis, t. II, f° 3, dans LACURNE

XVIe s.

  • Au mort et à l'absent Injureni tourment — LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 233
  • Cette mort, que les uns appellent des choses horribles la plus horrible, qui ne sait que d'autres la nomment l'unique port des torments de la vie ? — MONT., I, 295
2 autres citations
  • Il n'y a gueres moins de torment au gouvernement d'une famille que d'un estat entier, id. I, 274. Assez parens, assez tourmens — COTGRAVE
  • Abayez comme chiens, hurlez en vos tourmens, L'abysme ne repond que d'autres hurlemens — D'AUB., Tragiques, jugement.
Étymologie

Picard et Berry, torment ; wallon, tourmain ; provenç. torment, turment ; espagn. et ital. tormento ; du lat. tormentum, tourment, proprement engin à tordre, de torquere (voy. TORDRE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 4 (PDF, 234 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « tourment » du Wiktionnaire.

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