jouir
- nature
- ver
- diction
- [ʒwiʁ] · 1 syllabe
- usage
- 26 par million de mots
Sens et définitions
Verbe 6
-
Profiter d’une chose que l’on a, que l’on possède, en goûter le plaisir, l’agrément, etc.
- Ce prologue le fatiguait, mais il ne pouvait l’écourter. L’éloquence fait partie de la fonction ; et il en avait trop complaisamment composé les périodes pour se priver de la satisfaction de s’entendre les phraser et de jouir de ces cadences étudiées. Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958
-
Éprouver du plaisir.
- Jouir de l’embarras de quelqu’un, de son affliction, de sa détresse, etc.
-
Avoir la liberté ou le temps de conférer avec quelqu’un, de l’entretenir, d’en tirer quelque service, quelque plaisir.
- Nous jouirons de lui pendant son séjour à la campagne. – Il est si occupé que l’on ne saurait jouir de lui.
-
Bénéficier.
- Je ne puis pas comprendre, autrement que par un souffle de Dieu, l’inconcevable popularité dont je jouis ici. Lamartine cité par Philippe Sollers in Éloge de l’infini, Gallimard, page 452
-
Avoir l’usage, la possession actuelle de quelque chose et en tirer tous les profits, tous les avantages, etc.
- Le bailleur est obligé, par la nature du contrat, et sans qu'il soit besoin d'aucune stipulation particulière, d'en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail. Code civil, article 1719
-
Éprouver un vif plaisir, un orgasme, etc.
- Et j’flippe à n’en plus pouvoir trembler, j’ai joui à n’en plus pouvoir bander […]. Casseurs Flowters, Des histoires à raconter, 2014
Conjugaison
Indicatif
Présent
- je jouis
- tu jouis
- il jouit
- nous jouissons
- vous jouissez
- ils jouissent
Imparfait
- je jouissais
- tu jouissais
- il jouissait
- nous jouissions
- vous jouissiez
- ils jouissaient
Passé simple
- je jouis
- tu jouis
- il jouit
- nous jouîmes
- vous jouîtes
- ils jouirent
Futur simple
- je jouirai
- tu jouiras
- il jouira
- nous jouirons
- vous jouirez
- ils jouiront
Passé composé
- j'ai joui
- tu as joui
- il a joui
- nous avons joui
- vous avez joui
- ils ont joui
Plus-que-parfait
- j'avais joui
- tu avais joui
- il avait joui
- nous avions joui
- vous aviez joui
- ils avaient joui
Passé antérieur
- j'eus joui
- tu eus joui
- il eut joui
- nous eûmes joui
- vous eûtes joui
- ils eurent joui
Futur antérieur
- j'aurai joui
- tu auras joui
- il aura joui
- nous aurons joui
- vous aurez joui
- ils auront joui
Subjonctif
Présent
- je jouisse
- tu jouisses
- il jouisse
- nous jouissions
- vous jouissiez
- ils jouissent
Imparfait
- je jouisse
- tu jouisses
- il jouît
- nous jouissions
- vous jouissiez
- ils jouissent
Passé
- j'aie joui
- tu aies joui
- il ait joui
- nous ayons joui
- vous ayez joui
- ils aient joui
Plus-que-parfait
- j'eusse joui
- tu eusses joui
- il eût joui
- nous eussions joui
- vous eussiez joui
- ils eussent joui
Conditionnel
Présent
- je jouirais
- tu jouirais
- il jouirait
- nous jouirions
- vous jouiriez
- ils jouiraient
Passé
- j'aurais joui
- tu aurais joui
- il aurait joui
- nous aurions joui
- vous auriez joui
- ils auraient joui
Impératif
Présent
- jouis
- jouissons
- jouissez
Passé
- aie joui
- ayons joui
- ayez joui
Formes impersonnelles
- Infinitif présent
- jouir
- Participe présent
- jouissant
- Participe passé
- joui
Citation
L'heureux vieillard jouit jusqu'à la fin des tendresses de sa famille
Proverbes et citations
- Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois, toute la morale. Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort
Origine du mot
Du latin gaudere (« se réjouir, éprouver une joie intime, aimer quelqu’un ou quelque chose ») devenu, en latin populaire *gaudīre.
Dans le dictionnaire latin : gaudere
1873 — le Littré
JOUIR v. n. (jou-ir)
1 Tirer plaisir, agrément. profit de quelque chose (sens le plus voisin du sens étymologique). encore relevé aujourd’hui
- Vous jouirez fort peu d'une telle insolence — CORN., Médée, II, 7
- .... Ce malheureux attendait, Pour jouir de son bien, une seconde vie — LA FONT., Fabl. IV, 20
11 autres citations
- L'heureux vieillard jouit jusqu'à la fin des tendresses de sa famille — BOSSUET, le Tellier.
- La véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi ; jouissez, prince, de cette victoire, jouissez-en éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice [celui de Jésus-Christ] — ID., Louis de Bourbon.
- Jouissant, en sujet fidèle, des prospérités de l'État et de la gloire de son maître — ID., le Tellier.
- La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut fait qu'on croit respirer un air nouveau ; on s'imagine jouir de soi-même et de ses désirs — ID., Anne de Gonz.
- Hâtons-nous aujourd'hui de jouir de la vie ; Qui sait si nous serons demain ? — RAC., Ath. II, 9
- Roxane.... Nous engagea tous deux par sa facilité à la laisser jouir de sa crédulité — ID., Baj. I, 4
- Le coup de foudre qui allait éclater se cachait encore sous l'éclat trompeur de la nuée ; Dieu nous laissait encore jouir de notre erreur — MASS., Or. fun. Dauphin.
- On s'enferme dans une maison sainte, plutôt pour jouir quelques moments plus à loisir de la paresse, que pour fuir les plaisirs — ID., Carême, Vérit. culte.
- Après avoir calculé pour le sage, calculons pour l'homme bien moins rare qui jouit de ses erreurs souvent plus que de sa raison — BUFF., Homme, arith. morale.
- Pendant que Davoust jouissait peut-être du dangereux plaisir d'avoir humilié son ennemi [Berthier] — SÉGUR, Hist. de Nap. III, 2
- Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive, Il coule et nous passons — LAMART., Médit. I, 13
Absolument. Savoir profiter de ce qu'on a, vie, temps, fortune. Il est riche, mais il ne sait pas jouir.
- L'homme, sourd à ma voix comme à celle du sage, Ne dira-t-il jamais : c'est assez, jouissons ? — LA FONT., Fabl. VIII, 27
- Cependant jouissons ; l'âge nous y convie ; Avant de la quitter, il faut user la vie ; Le moment d'être sage est voisin du tombeau — A. CHÉN., Élégie XX
Jouir de l'embarras de quelqu'un, jouir de son affliction, de sa détresse, etc. éprouver du plaisir à le voir ou à le savoir embarrassé, affligé, malheureux, etc.
- Du malheur qui me presse Tu ne jouiras pas, infidèle princesse — RAC., Mithr. IV, 7
- Jouissez de sa perte injuste ou légitime — ID., Phèdre, V, 7
1 autre citation
- Laissez-moi le plaisir de confondre l'ingrat ; Je veux voir son désordre, et jouir de sa honte — ID., Baj. IV, 6
2 Absolument. Éprouver un plaisir sensuel. Le gastronome jouit en mangeant de bons morceaux. encore relevé aujourd’hui
Populairement. Ça ne fait pas jouir, se dit de quelque douleur physique, par exemple l'arrachement d'une dent.
3Par extension, avoir la possession, l'usage de toute chose qui procure bien-être, avantage, agrément. Jouir d'une grande réputation. Jouir de l'estime publique. encore relevé aujourd’hui
- Leur roi n'a pu jouir de ton cœur adouci — CORN., Mort de P. V, 4
- Les honneurs dont a joui Marie-Thérèse — FLÉCH., Mar.-Thér.
4 autres citations
- Il allait jouir d'un noble repos dans sa retraite de Bâville — ID., Lamoignon.
- Vous jouirez bientôt de son aimable vue — RAC., Baj. V, 6
- Du fruit de tant de soins à peine jouissant En avez-vous six mois paru reconnaissant — ID., Brit. IV, 2
- Chacun peut désormais jouir de mon aspect — VOLT., Zaïre, I, 3
Cet homme ne jouit pas de sa raison, c'est-à-dire son intelligence est troublée, il est fou, il est en enfance.
On dit quelque fois jouir, en parlant des animaux. Les animaux qui jouissent de la faculté de voir dans l'obscurité.
4Particulièrement. Avoir la possession de quelque bien, de quelque avantage, et en profiter. Jouir d'une terre, d'un emploi. Jouir des droits civils, politiques. Il est majeur, il jouit de son bien. encore relevé aujourd’hui
- On ne m'a rien dit ni rien fait de leur part [les magistrats hollandais sollicités par Jurieu] ; j'ai joui de tous mes droits, et fait toutes mes fonctions comme auparavant — BAYLE, Lett. à Minutoli, 27 août 1691
- Il m'avoua, pour me consoler, qu'il jouissait de quatre cent mille livres de rente — VOLT., l'Homme aux quarante écus, désastre
2 autres citations
- L'usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, comme le propriétaire lui-même, mais à la charge d'en conserver la substance — Cod. Nap. 578
- La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par les lois et par les règlements — ib. 544
Absolument. Jouir de bonne foi. Vous m'avez vendu votre terre, faites-moi jouir. Il jouissait paisiblement.
Au sens juridique, percevoir les fruits que produit une chose.
- L'usufruitier a le droit de jouir de toute espèce de fruits, soit naturels, soit industriels, soit civils, que peut produire l'objet dont il a l'usufruit — Cod. Nap. 582
5Fig. Avec un nom de chose pour sujet, il se dit des avantages attachés à cette chose. La réputation méritée dont jouit cet ouvrage. Cette entreprise jouit d'une grande faveur dans le public. Cette contrée jouit d'un printemps perpétuel.
- D'où l'on voit que ç'a été dans l'année 36588 de la formation des planètes, c'est-à-dire il y a 38244 ans, que ce satellite [de Jupiter] jouissait de la même température dont jouit aujourd'hui la terre — BUFF., Théor. terre, part. hyp. Œuv. t. IX, p. 174
6 Jouir de quelqu'un, avoir la liberté, le temps de conférer avec lui, de l'entretenir, d'en tirer quelque service, quelque plaisir. Nous jouirons de lui pendant son séjour à la campagne. encore relevé aujourd’hui
Familièrement. On ne peut jouir de cet enfant, c'est-à-dire il est turbulent, capricieux, volontaire, on ne peut en venir à bout.
7 En langage libre, jouir d'une femme, avoir commerce avec elle. encore relevé aujourd’hui
- J'aimerais autant croire Dion Cassius, qui assure que les graves sénateurs de Rome proposèrent un décret, par lequel César, âgé de cinquante-sept ans, aurait le droit de jouir de toutes les femmes qu'il voudrait — VOLT., Mœurs, introduction.
8Terme de chasse. Les chiens courants jouissent lorsque après avoir chassé, ils prennent l'animal et font curée. Pour avoir de bons chiens, il faut les faire jouir souvent.
Remarque
Jouir, impliquant une satisfaction, ne se dit pas des choses mauvaises. Ainsi c'est parler ridiculement que de dire : Il jouit d'une mauvaise santé, d'une mauvaise réputation. Toutefois, quand la chose mauvaise dont il s'agit, malheur, peine, souffrance, peut être, par une hardiesse de l'écrivain, considérée comme quelque chose dont l'âme se satisfasse, alors jouir est très bien employé :
- Il ne croit rien avoir s'il n'a tout ; son âme est toujours avide et altérée, et il ne jouit de rien que des malheurs — MASS., cité dans GIRAULT-DUVIVIER
- Je t'ai perdu ; près de ta cendre Je viens jouir de ma douleur — ST-LAMBERT, Épitaphe d'Helvétius
Historique
XIIe s.
- Li quelz doit mieux, par droit, d'amors joïr... ? — Couci, X
- Li rois les voit, s'est encontre saillis ; Assés les a acolés et joïs, Bernier baisa et puis le sor Geri — Raoul de C. 256
XIIIe s.
- Vieschi [voici] li roi Ricart qui est entrés en ma terre, et bien sai qu'il est outrecuidiés ; et, s'il pooit tant faire qu'il peust de moi goïr, bien sai de voir [de vrai] ne porteroie la vie — Chr. de Rains, p. 75
- Chil [celui] qui doit goïr se vie [sa vie durant] des fruis par reson du testament.... — BEAUMANOIR, XII, 12
2 autres citations
- Jà ne la querroient oïr [la vérité], Trop en porroient mal joïr, Se je disoie d'eus parole Qui ne lor fust plesante et mole — la Rose, 11000
- Joie d'amours fait tant gai Le cuer [le cœur], que c'est faerie [féerie], Que nulz qui got set celer — Bibl. des ch. 4e série, t. V, p. 26
XVe s.
- Si jouirent chevaliers et escuyers paisiblement de leurs prisonniers — FROISS., II, II, 19
XVIe s.
- Il n'y eust rien qui leur semblast si plaisant à regarder, ne si doulx à jouir que sa compaignie et sa personne propre — AMYOT, P. Aem. 37
- La santé que j'ay jouie jusques à present très vigoureuse — MONT., I, 78
7 autres citations
- Il se trouva court à jouir d'elle — ID., I, 76
- L'amitié est jouie à mesure qu'elle est desirée — ID., I, 209
- Jouir du privilege de.... — ID., I, 234
- La solitude se puelt jouir au milieu des courts — ID., I, 276
- Les vrays biens desquels on jouit à mesure qu'on les entend — ID., I, 287
- C'est le jouir, non le posseder, qui nous rend heureux — ID., I, 329
- Je le voyois [Montaigne] habiller le mot de jouir du tout à l'usage de Gascongne, et non de nostre langue françoise : la santé que je jouy jusques à present — PASQUIER, Lettres, t. II, p. 380
Étymologie
Génev. gaudir de quelqu'un, en venir à bout ; norm. cette poutre est lourde, mais j'en jouirai bien, je viendrai à bout de la porter ; provenç. gaudir, jauzir, gauzir ; cat. gausir, jausir ; anc. ital. gaudire ; ital. mod. gaudere ; du lat. gaudere.
Supplément au dictionnaire
JOUIR. - REM. Ajoutez :
2. Malherbe a employé jouir activement : A quoi doit-il penser qu'à vivre, Vous jouir et se réjouir ? Lexique, éd. L. Lalanne. Cela est tout à fait hors d'usage.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
- Morphalou 3.1 — ATILF (CNRS / Université de Lorraine) LGPL-LR
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