outrage

nature
nom masculin
diction
[utʁaʒ] · 2 syllabes
usage
6 par million de mots
parenté
outre

Sens et définitions

Nom 4

  1. Injure grave de fait ou de parole.
    • Par une inconcevable mansuétude, Elle avait toléré l’affront des fêtes décadaires, l’outrage de la déesse Raison vautrée sur l’autel à sa place. Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915
  2. littéraire Tort, dommage, atteinte physique causé(e) aux êtres ou aux choses.
    • Le parc de Sainte Sévère, avec ses beaux chênes seigneuriaux qui n’avaient jamais subi l’outrage de la cognée, se représentait à ma pensée pendant que je regardais les arbres du désert'. Sand, Mauprat, 1837, page 208
  3. Outrages (du temps, de la vieillesse).
    • Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage, Pour réparer des ans l’irréparable outrage. Jean Racine, Athalie, II, 5, Athalie
  4. Violences sexuelles, viol.
    • — Léontine Moreau, de la ferme du Moulin-Neuf. On ne lui a rien volé… — Et pas de… ? — Pas d’outrages, bien que ce soit une belle fille d’une trentaine d’années… Georges Simenon, Le fou de Bergerac, Fayard, 1932, réédition Le Livre de Poche, page 23

Formes fléchies 5

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de outrager.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de outrager.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de outrager.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de outrager.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de outrager.

Citation

Je ne sais point en lâche essuyer les outrages D'un faquin orgueilleux qui vous tient à ses gages
Nicolas Boileau, Sat. I

Origine du mot

Composé de outrer et -age : « action de passer outre », en ancien français oltrage ; du latin *ultratĭcum ; de ultra.

Dans le dictionnaire latin : ultratĭcum

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

OUTRAGE s. m. (ou-tra-j')

1 Ce qui outre-passe les bornes en fait d'offense, d'injure.

  • J'admire l'humilité de ceux qui veulent bien les porter [les grands noms] ; il les refuseraient, s'ils avaient l'esprit de faire réflexion à ce que leur coûte l'explication de ces beaux noms, et comme elle tombe tout en outrage sur leurs pauvres petits noms ; à quoi l'on ne penserait pas, s'ils n'avaient point voulu prendre les plumes du paon — SÉV., à Coulanges, 19 juin 1695
  • Je ne sais point en lâche essuyer les outrages D'un faquin orgueilleux qui vous tient à ses gages — BOILEAU, Sat. I
5 autres citations
  • Souvent avec prudence un outrage enduré Aux honneurs les plus hauts a servi de degré — RAC., Esth. III, 1
  • Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage ? — ID., Ath. II, 7
  • Dans tous les temps, ce que les peuples d'Asie ont appelé punition, les peuples d'Europe l'ont appelé outrage — MONTESQ., Esp. XVII, 5
  • Celui qui dans les censures mettra les outrages violents, l'ignorance, la mauvaise foi, l'erreur et l'imposture à la place des raisons — VOLT., Suppl. au siècle de Louis XIV, 2e part.
  • Les outrages affectent tous les hommes, mais beaucoup plus ceux qui les méritent et qui n'ont point d'asile en eux-mêmes pour s'y dérober — J. J. ROUSS., 1er dialogue.

Faire outrage, offenser.

  • Quoi ! n'es-tu généreux que pour me faire outrage ? — CORN., Cid, V, 1

Fig. Faire outrage à la raison, à la morale, faire ou dire quelque chose qui y soit fort contraire.

On dit de même : faire outrage à la grammaire, au bon sens, au droit, dire ou écrire quelque chose grossièrement contraire à la grammaire, au bon sens, au droit.

  • Un tel discours tenu à un sujet eût été odieux ; tenu à un ministre étranger, c'était un insolent outrage au droit des nations — VOLT., Louis XIV, 21

Le dernier outrage, se dit quelquefois pour exprimer l'infidélité qu'une femme fait à son mari.

  • Je veux croire que c'est là tout votre crime, et que vous ne m'avez point fait le dernier outrage — LESAGE, Diable boit. ch. 13, p. 243, dans POUGENS

Le dernier outrage signifie aussi l'attentat à la pudeur.

2Fig. et dans le style élevé. Dommage apporté par les choses inanimées, que l'on compare à une offense. encore relevé aujourd’hui

  • Esprits du dernier ordre.... Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages Sur tant de beaux ouvrages ? — LA FONT., Fabl. V, 16
  • Tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulé sur une tête, qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune — BOSSUET, Reine d'Anglet.
5 autres citations
  • Et le mont la [une habitation] défend des outrages du nord — BOILEAU, Ép. VI
  • Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage — RAC., Bérén. IV, 2
  • Mes ans se sont accrus ; mes honneurs sont détruits ; Et mon front dépouillé d'un si noble avantage Du temps qui l'a flétri laisse voir tout l'outrage — ID., Mithr. III, 5
  • Cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage Pour réparer des ans l'irréparable outrage — ID., Ath. II, 5
  • Là tous les champs voisins peuplés de myrtes verts N'ont jamais ressenti l'outrage des hivers — VOLT., Henr. IX

3En termes de jurisprudence, outrage à la religion, à la morale publique, offense commise par la voie de la presse contre la religion, la morale publique.

  • On ne l'accusait pas seulement [Courier], dans le principe, d'outrage à la morale publique ; d'autres textes avaient été essayés.... l'outrage à la morale publique est resté seul, parce que le sens de ces termes, fixé, à la vérité, aux yeux des jurisconsultes, offre pourtant, aux personnes qui n'ont pas étudié la législation, une sorte de latitude et d'arbitraire dont l'accusation peut profiter — BERVILLE, dans P. L. COUR. Procès
Historique

XIe s.

  • Respunt Rolans : ne dites tel ultrage — Ch. de Rol. LXXXV

XIIe s.

  • Et Gilemers l'Escot dit outrage et folie — Sax. X
  • Mais de Charle leur pese, qu'il lor demande outrage [chose excessive] — ib. XXVI
1 autre citation
  • De grant outrage faire nuls hom ne monteplie — ib. XXXII

XIIIe s.

  • Mout i avoit de ceus del conseil l'empereour.... qui tindrent à mout grant outrage le mandement que cil de Constantinoble avoient fait — VILLEH., CXXVIII
  • Ciertes, dist freres Garins, vous demandés outrage et cose qui avenir ne puet — Chr. de Rains, p. 143
2 autres citations
  • Et cis outrages [excès] doit estre restrains par le juge à la requeste des autres hoirs — BEAUMANOIR, XIV, 15
  • Je aime miex que l'outrage de grans despens que je faiz soit fait en aumosnes pour l'amour de Dieu, que en boban [luxe] ne en vainne gloire de ce monde — JOINV., 298

XVe s.

  • Si vous diray comme les Flamens furent desconfits, et tout par leur outrage [orgueil] — FROISS., I, I, 49
  • L'endemain, sitost qu'il s'en fut parti, il [le roi de France] regarda derriere lui, et vit que l'abbaye estoit toute enflammée : de ce fut-il moult courroucé, et s'arresta sur les champs, et dit que ceux qui avoient fait cet outrage, outre sa defense, le comparroient [payeraient] chierement — ID., I, I, 274

XVIe s.

  • Elle est belle voirement, mais il n'y a rien d'outrage [d'extraordinaire] — COTGRAVE
Étymologie

Bourguig. otraige ; provenç. oltratge ; catal. ultratge ; espagn. ultraje ; ital. oltraggio ; d'une forme non latine ultraticum, de ultra, outre (voy. OUTRE 2). Palsgrave écrit oultraige et prononce outraige, p. 63.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « outrage » du Wiktionnaire.

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