outrage
- nature
- nom masculin
- diction
- [utʁaʒ] · 2 syllabes
- usage
- 6 par million de mots
- parenté
- outre
Sens et définitions
Nom 4
-
Injure grave de fait ou de parole.
- Par une inconcevable mansuétude, Elle avait toléré l’affront des fêtes décadaires, l’outrage de la déesse Raison vautrée sur l’autel à sa place. Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915
-
littéraire Tort, dommage, atteinte physique causé(e) aux êtres ou aux choses.
- Le parc de Sainte Sévère, avec ses beaux chênes seigneuriaux qui n’avaient jamais subi l’outrage de la cognée, se représentait à ma pensée pendant que je regardais les arbres du désert'. Sand, Mauprat, 1837, page 208
-
Outrages (du temps, de la vieillesse).
- Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage, Pour réparer des ans l’irréparable outrage. Jean Racine, Athalie, II, 5, Athalie
-
Violences sexuelles, viol.
- — Léontine Moreau, de la ferme du Moulin-Neuf. On ne lui a rien volé… — Et pas de… ? — Pas d’outrages, bien que ce soit une belle fille d’une trentaine d’années… Georges Simenon, Le fou de Bergerac, Fayard, 1932, réédition Le Livre de Poche, page 23
Formes fléchies 5
- Première personne du singulier du présent de l’indicatif de outrager.
- Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de outrager.
- Première personne du singulier du présent du subjonctif de outrager.
- Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de outrager.
- Deuxième personne du singulier de l’impératif de outrager.
Citation
Je ne sais point en lâche essuyer les outrages D'un faquin orgueilleux qui vous tient à ses gages
Origine du mot
Composé de outrer et -age : « action de passer outre », en ancien français oltrage ; du latin *ultratĭcum ; de ultra.
Dans le dictionnaire latin : ultratĭcum
1873 — le Littré
OUTRAGE s. m. (ou-tra-j')
1 Ce qui outre-passe les bornes en fait d'offense, d'injure.
- J'admire l'humilité de ceux qui veulent bien les porter [les grands noms] ; il les refuseraient, s'ils avaient l'esprit de faire réflexion à ce que leur coûte l'explication de ces beaux noms, et comme elle tombe tout en outrage sur leurs pauvres petits noms ; à quoi l'on ne penserait pas, s'ils n'avaient point voulu prendre les plumes du paon — SÉV., à Coulanges, 19 juin 1695
- Je ne sais point en lâche essuyer les outrages D'un faquin orgueilleux qui vous tient à ses gages — BOILEAU, Sat. I
5 autres citations
- Souvent avec prudence un outrage enduré Aux honneurs les plus hauts a servi de degré — RAC., Esth. III, 1
- Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage ? — ID., Ath. II, 7
- Dans tous les temps, ce que les peuples d'Asie ont appelé punition, les peuples d'Europe l'ont appelé outrage — MONTESQ., Esp. XVII, 5
- Celui qui dans les censures mettra les outrages violents, l'ignorance, la mauvaise foi, l'erreur et l'imposture à la place des raisons — VOLT., Suppl. au siècle de Louis XIV, 2e part.
- Les outrages affectent tous les hommes, mais beaucoup plus ceux qui les méritent et qui n'ont point d'asile en eux-mêmes pour s'y dérober — J. J. ROUSS., 1er dialogue.
Faire outrage, offenser.
- Quoi ! n'es-tu généreux que pour me faire outrage ? — CORN., Cid, V, 1
Fig. Faire outrage à la raison, à la morale, faire ou dire quelque chose qui y soit fort contraire.
On dit de même : faire outrage à la grammaire, au bon sens, au droit, dire ou écrire quelque chose grossièrement contraire à la grammaire, au bon sens, au droit.
- Un tel discours tenu à un sujet eût été odieux ; tenu à un ministre étranger, c'était un insolent outrage au droit des nations — VOLT., Louis XIV, 21
Le dernier outrage, se dit quelquefois pour exprimer l'infidélité qu'une femme fait à son mari.
- Je veux croire que c'est là tout votre crime, et que vous ne m'avez point fait le dernier outrage — LESAGE, Diable boit. ch. 13, p. 243, dans POUGENS
Le dernier outrage signifie aussi l'attentat à la pudeur.
2Fig. et dans le style élevé. Dommage apporté par les choses inanimées, que l'on compare à une offense. encore relevé aujourd’hui
- Esprits du dernier ordre.... Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages Sur tant de beaux ouvrages ? — LA FONT., Fabl. V, 16
- Tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulé sur une tête, qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune — BOSSUET, Reine d'Anglet.
5 autres citations
- Et le mont la [une habitation] défend des outrages du nord — BOILEAU, Ép. VI
- Souffrez que de vos pleurs je répare l'outrage — RAC., Bérén. IV, 2
- Mes ans se sont accrus ; mes honneurs sont détruits ; Et mon front dépouillé d'un si noble avantage Du temps qui l'a flétri laisse voir tout l'outrage — ID., Mithr. III, 5
- Cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage Pour réparer des ans l'irréparable outrage — ID., Ath. II, 5
- Là tous les champs voisins peuplés de myrtes verts N'ont jamais ressenti l'outrage des hivers — VOLT., Henr. IX
3En termes de jurisprudence, outrage à la religion, à la morale publique, offense commise par la voie de la presse contre la religion, la morale publique.
- On ne l'accusait pas seulement [Courier], dans le principe, d'outrage à la morale publique ; d'autres textes avaient été essayés.... l'outrage à la morale publique est resté seul, parce que le sens de ces termes, fixé, à la vérité, aux yeux des jurisconsultes, offre pourtant, aux personnes qui n'ont pas étudié la législation, une sorte de latitude et d'arbitraire dont l'accusation peut profiter — BERVILLE, dans P. L. COUR. Procès
Historique
XIe s.
- Respunt Rolans : ne dites tel ultrage — Ch. de Rol. LXXXV
XIIe s.
- Et Gilemers l'Escot dit outrage et folie — Sax. X
- Mais de Charle leur pese, qu'il lor demande outrage [chose excessive] — ib. XXVI
1 autre citation
- De grant outrage faire nuls hom ne monteplie — ib. XXXII
XIIIe s.
- Mout i avoit de ceus del conseil l'empereour.... qui tindrent à mout grant outrage le mandement que cil de Constantinoble avoient fait — VILLEH., CXXVIII
- Ciertes, dist freres Garins, vous demandés outrage et cose qui avenir ne puet — Chr. de Rains, p. 143
2 autres citations
- Et cis outrages [excès] doit estre restrains par le juge à la requeste des autres hoirs — BEAUMANOIR, XIV, 15
- Je aime miex que l'outrage de grans despens que je faiz soit fait en aumosnes pour l'amour de Dieu, que en boban [luxe] ne en vainne gloire de ce monde — JOINV., 298
XVe s.
- Si vous diray comme les Flamens furent desconfits, et tout par leur outrage [orgueil] — FROISS., I, I, 49
- L'endemain, sitost qu'il s'en fut parti, il [le roi de France] regarda derriere lui, et vit que l'abbaye estoit toute enflammée : de ce fut-il moult courroucé, et s'arresta sur les champs, et dit que ceux qui avoient fait cet outrage, outre sa defense, le comparroient [payeraient] chierement — ID., I, I, 274
XVIe s.
- Elle est belle voirement, mais il n'y a rien d'outrage [d'extraordinaire] — COTGRAVE
Étymologie
Bourguig. otraige ; provenç. oltratge ; catal. ultratge ; espagn. ultraje ; ital. oltraggio ; d'une forme non latine ultraticum, de ultra, outre (voy. OUTRE 2). Palsgrave écrit oultraige et prononce outraige, p. 63.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (cibles)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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