mollesse
- nature
- nom féminin
- diction
- [molɛs] · 2 syllabes
- usage
- 7 par million de mots
Sens et définitions
Nom 9
-
État de ce qui est mou.
- — Vous tenez sur vos jambes, au moins ? Levez-vous. Elles avaient des mollesses de chaussettes, mais elles tenaient. René Fallet, Paris au mois d’août, Denoël, 1964, Le Livre de Poche, page 127
- Température douce et molle, en parlant du climat.
-
Complexion, tempérament mou, en parlant des personnes.
- La mollesse de sa complexion l’expose à beaucoup de maladies.
-
figuré Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite, dans les mœurs.
- Babylone, si longtemps plongée dans une mollesse oisive, devint le théâtre d'une guerre civile affreuse. Voltaire, Zadig ou la Destinée, XVI. Le basilic, 1748
-
Excès d’indulgence.
- Sa mollesse face aux brutalités policières envers les Noirs a laissé des traces indélébiles dans l'esprit des minorités noires. Loïc Tassé, Cinq obstacles pour Trump, Le Journal de Montréal, 24 octobre 2020
-
Délicatesse d’une vie efféminée.
- J’aime le luxe, et même la mollesse, Tous les plaisirs, les arts de toute espèce, La propreté, le goût, les ornements : Tout honnête homme a de tels sentiments. Voltaire, Le Mondain, 1736
3 emplois spécialisés
- Sculpture L’imitation vraie de la flexibilité, de la morbidesse des chairs.
- Peinture Défaut de fermeté dans le maniement du pinceau.
- Littérature Manque de fermeté.
Citation
La terre est partout, et jusqu'à des profondeurs considérables, composée de couches parallèles et de matières qui ont été autrefois dans un état de mollesse
Origine du mot
Prov. molleza, moleza ; port. molleza ; ital. mollezza ; du lat. mollitia, de mollis, mou. — Littré, 1873
1873 — le Littré
MOLLESSE s. f. (mo-lè-s')
1 Qualité de ce qui est mou. La mollesse et la dureté des corps. La mollesse des chairs est l'indice d'une mauvaise constitution.
- La terre est partout, et jusqu'à des profondeurs considérables, composée de couches parallèles et de matières qui ont été autrefois dans un état de mollesse — BUFF., Hist. nat. Preuv. théor. terre, Œuvr. t. II, p. 25
2 En parlant du climat, température douce et molle. La mollesse de ce climat. encore relevé aujourd’hui
3 En parlant de la complexion, du tempérament des personnes, défaut de résistance. encore relevé aujourd’hui
- J'ai vu Sous un faste imposant des corps dont la mollesse Faisait mentir le fer qui chargeait leur faiblesse — C. DELAV., Paria, I, 1
4 Il se dit de la prononciation, de l'articulation de certaines lettres. Toutes les fois qu'il n'y a point d'i devant les ll, la prononciation ne prend point cette mollesse [l'articulation des ll mouillées], le Théâtre de P. Corn. Préface, édit. de 1682.
Douceur, en parlant d'une langue, non sans une sorte de faiblesse.
- Lorsque son sujet demande de l'élévation, on est étonné comment la mollesse de la langue italienne prend un nouveau caractère dans ses mains [du Tasse] et se change en majesté et en force — VOLT., Ess. poés. épiq. ch. 7
5 En littérature, douceur de pensées et de style, accompagnée d'un certain abandon gracieux.
- On reconnaît dans Racine [en une scène analogue à celle de Corneille] la même idée, les mêmes nuances que dans Corneille ; mais avec cette douceur, cette mollesse, cette sensibilité, et cet heureux choix des mots qui portent l'attendrissement dans l'âme — VOLT., Comm. Corn. Rem. Pertharite, II, 5
Il se dit de la danse dans le même sens.
- Le caractère de la musique était exprimé tour à tour par la précision et la mollesse des mouvements — STAËL, Corinne, VI, 1
6En termes de peinture et de sculpture, la mollesse des chairs, l'imitation vraie de la flexibilité, de la souplesse des chairs. encore relevé aujourd’hui
La mollesse du pinceau, le défaut de fermeté dans le maniement du pinceau.
- Cela est d'une négligence, d'une mollesse de pinceau, d'une paresse de tête qui fait pitié — DIDER., Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 371, dans POUGENS
Il se dit du style dans un sens analogue.
- Que prétend la faiblesse étudiée de ce langage forcé [les paraphrases de l'Écriture sainte], cette violente expression qui met les lecteurs à la torture, pour ne produire que de la mollesse et de l'afféterie ? — BALZ., Socrate chrét. disc. 7
7Fig. Manque de vigueur et de fermeté dans le caractère, dans la conduite. encore relevé aujourd’hui
- Cette indigne mollesse et ces lâches défenses Sont des punitions qu'attirent mes offenses — CORN., Poly. II, 6
- N'avez-vous point de honte avec votre mollesse ? Et se peut-il qu'un homme ait assez de faiblesse Pour laisser à sa femme un pouvoir absolu ? — MOL., Femmes sav. II, 9
3 autres citations
- Il ne faut point manquer à de telles grâces [l'action de Dieu sur l'âme], ni les recevoir avec mollesse — BOSSUET, Anne de Gonz.
- Si son âme vaincue avait quelque mollesse, Mon devoir et ma foi soutiendraient sa faiblesse — VOLT., Orphel. IV, 4
- Ce fut surtout de cette mollesse de conscience que me guérit mon nouvel état — MARMONTEL, Mém. X
Il se dit aussi au pluriel, en ce sens.
- Heureux pourtant et favorisé jusqu'à la fin, puisqu'il lui fut donné [à Bernis] par ses derniers sacrifices, de pouvoir racheter et expier en quelque sorte les mollesses de ses débuts — STE-BEUVE, Causeries, 11 avr. 1853
Excès d'indulgence.
- Est-ce que vous voulez qu'un père ait la mollesse De ne savoir pas faire obéir la jeunesse ? — MOL., Éc. des f. V, 7
- Nous ne lui saurons jamais gré de sa complaisance.... nous aimerons toujours mieux après tout sa dureté même que sa mollesse — BOURDAL., Carême, I, Jugem. dern. 248
8 Délicatesse d'une vie efféminée, mœurs efféminées. repris par le Wiktionnaire
- Des plaisirs criminels les damnables mollesses — CORN., Imit. I, 1
- Comme il ne perdit pas ses jeunes années dans la mollesse et la volupté, il n'a pas été contraint de passer les dernières dans l'oisiveté et dans la faiblesse — FLÉCH., Turenne.
13 autres citations
- ....Deux imprudentes princesses Qui passaient tous les jours dans de vaines mollesses — PERRAULT, Contes, l'Adroite princesse.
- Un roi déjà vaincu par sa propre mollesse — RAC., Alex. II, 2
- Il s'endort, il s'éveille au son des instruments, Son cœur nage dans la mollesse — ID., Esth. II, 9
- Les grands qui vivent dans la mollesse — FÉN., Tél. XII
- Ce faste, ces mollesses, ces soupçons, ces cruautés, ces colères, ces emportements furieux contre tes amis — ID., Dial. des morts, I, 24
- Philippe, déjà vieux, raffine sur la propreté et sur la mollesse — LA BRUY., XI
- L'expérience confirme que la mollesse ou l'indulgence pour soi et la dureté pour les autres n'est qu'un seul et même vice — ID., IV
- La délicatesse et la mollesse étaient portées si loin [à Sybaris], qu'on écartait sévèrement de la ville tous les ouvriers qui faisaient trop de bruit en travaillant — ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 476, dans POUGENS
- Il fut élevé comme la plupart des Parisiens, avec trop de mollesse — D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 175, dans POUGENS
- Elle n'a point trouvé la pompe et la mollesse Dont la cour des Tarquins enivra sa jeunesse — VOLT., Brutus, I, 2
- ....La mollesse est douce et sa suite est cruelle — ID., Zaïre, I, 2
- ....Qui, passant du carnage aux bras de la mollesse.... — ID., Triumv. V, 2
- Ces moments dangereux perdus dans la mollesse — ID., Henr. X
Sorte de déité que crée la poésie.
- L'air qui gémit du cri de l'horrible déesse [la Discorde], Va jusque dans Cîteaux réveiller la Mollesse ; C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour ; Les plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour : L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ; L'autre broie en riant le vermillon des moines — BOILEAU, Lutr. II
Historique
XIIe s.
- Par roide destrenzon [effort] laveir tot ce que de molece naist en la pense [pensée] — Job, p. 449
XIIIe s.
- Quant Salhedin vit et pierchut sa moleche et sa nicheté, si li manda par plusieurs fois bataille — Chr. de Rains, 5
XVIe s.
- La mollice de la soye — RAB., Garg. I, 13
- L'on sent une mollesse et inondation à l'endroit de la dite contusion — PARÉ, VIII, 5
Étymologie
Prov. molleza, moleza ; port. molleza ; ital. mollezza ; du lat. mollitia, de mollis, mou.
Supplément au dictionnaire
MOLLESSE. Ajoutez : - REM. Mollesses au pluriel, dans le sens de vie efféminée, n'est cité que de Perrault. Il y en a un excellent exemple de Corneille : Des plaisirs criminels les damnables mollesses, Imit. I, 54.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Tome 3 de l’édition papier
Liens de sens
Terme générique
complexion défaut délicatesse excès imitation manque température
Terme spécifique
Domaine
littérature
Prononciation
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- Wiktionnaire (dump du 6 juillet 2026) Licence Creative Commons partage identique
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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