mortier

nature
nom masculin
diction
[mɔʁtje] · 2 syllabes
usage
5 par million de mots

Sens et définitions

Nom 13

  1. figuré Sorte de matière pâteuse et épaisse.
  2. vieilli Bouche à feu utilisée pour lancer des boulets comme une bombarde ou un canon court.
  3. Sorte de gros pétard qui peut servir de projectile.
  4. Coiffe de protection du XVIᵉ qui se portait sous le casque.
9 emplois spécialisés
  1. Maçonnerie Mélange pâteux, destiné à durcir, d’un liant et d’agrégats, servant à lier et sceller les pierres, les parpaings ou les briques d’une construction. Généralement il s'agit d'un mélange de sable, de ciment ou de chaux et d'eau.
    • Grâce à la bonté des mortiers, ces masses renversées ne se sont point disjointes et sont là comme des rochers […]. Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888
  2. Cuisine Récipient qui est fait d’une matière dure et résistante (métal, pierre, bois, granit, verre), et dont on se sert pour piler certaines substances que l’on veut réduire en poudre ou en pâte.
    • L’usage des moulins pour la transformation du blé en farine paraît avoir été introduit en Europe par les Romains après la conquête de l’Asie ; auparavant on se servait probablement de pilons et de mortiers, ou même simplement de pierres. Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 107
  3. Militaire Pièce d’artillerie se chargeant en principe par la bouche, formé d’un tube muni d’un percuteur fixe et tirant des obus avec une trajectoire courbe presque verticale, utilisé dans les opérations d’infanterie, en particulier pour les tirs indirects.
    • C’est la société Brandt qui fixe le standard du mortier d'infanterie, avec ses deux modèles conçus dans les années 1920, le 81 mm et le 60 mm. mortier, article Wikipédia
  4. Politique Coiffe ronde, comme une toque, de velours noir, bordée de galon d’or, que les présidents et le greffier en chef du parlement français portaient dans l’exercice de leurs fonctions, et qui est encore aujourd’hui la coiffure des présidents des cours de justice.
    • …, le noble sire couvrit ses oreilles d'un mortier, …. Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, 1842
  5. Histoire Coiffe de protection du XVI qui se portait sous le casque.
  6. Éducation Coiffe cérémonielle carrée des universitaires anglo-saxons.
  7. Généralités Récipient en bois, en porcelaine, en verre ou en métal, dans lequel on écrase avec un pilon des matières qu'on veut réduire en pâte ou en poudre.
  8. Cérémonies officielles Toque portée par les diplômés universitaires, notamment lors de la collation des grades. Elle est formée d'une sorte de calotte surmontée d'une plaque carrée d'où pend un gland.
  9. Construction Mélange d'un liant (ciment) avec des granulats fins (sables) et de l'eau.

Citation

Je ne voudrais pas avoir à faire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier ; je suis bien sûr que je serais pilé
Voltaire, Dict. phil. Athéisme.

Origine du mot

Du latin mortarium.

Dans le dictionnaire latin : mortarium

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

MORTIER s. m. (mor-tié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des mortié-z épais)

1 Vase à parois épaisses, en fer, en marbre ou autre substance, creusé d'une cavité hémisphérique évasée par le haut, et dans lequel on concasse, pulvérise ou écrase, à l'aide d'un pilon, des substances pour l'usage de la chimie ou de la pharmacie ou de la cuisine, etc. encore relevé aujourd’hui

  • Je ne voudrais pas avoir à faire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier ; je suis bien sûr que je serais pilé — VOLT., Dict. phil. Athéisme.

2 Ancien terme de la maison du roi. Mortier de veille, petit vaisseau d'argent, qui a quelque ressemblance avec un mortier à piler, et qu'on remplit d'eau, sur laquelle surnage un morceau de cire jaune d'une demi-livre avec un petit lumignon au milieu, qu'on allume aussitôt que le roi est couché, et qui brûle toute la nuit dans sa chambre.

3Par assimilation de forme avec un mortier , sorte de bonnet que le chancelier de France et les grands présidents, qu'on appelait présidents à mortier ou au mortier, portaient pour marque de leur dignité, et qui est encore aujourd'hui la coiffure des présidents de cours de justice.

  • C'est là leur diadème [des fleurs] ; ils en font plus de compte Que d'un cercle à fleurons de marquis ou de comte, Et des larges mortiers à grands bords abattus — VOLT., Ép. 76
  • Les barons en robe de soie, Avec leurs mortiers de velours — V. HUGO, Ballades, VI

4Fig. Le président lui-même. non relevé aujourd’hui

  • Il tient ici contre le mortier — LA BRUY., VII
  • Il traite les mortiers de bourgeoisie — ID., XI
2 autres citations
  • Tel ou tel corps se contestent l'un à l'autre la préséance ; le mortier et la pairie se disputent le pas — ID., XIV
  • Le premier président donna un grand dîner ; quelque magistrature avide du sac, d'Antin, nul autre duc ni autres gens de marque, quelque peu de mortiers — SAINT-SIMON, 362, 30

On dit président à mortier. Cependant Bouhours (Nouv. Rem.) voulait qu'on dît : président au mortier : " Lamoignon, remarque-t-il, disait toujours président au mortier, et il savait son nom apparemment. Patru, Ménage, Mlle de Scudéry, sont également pour président au mortier. Notre langue veut que les mots qui marquent une distinction retiennent l'article : huissier à la chaîne, chambre aux deniers. "

5Par une autre assimilation de forme , nom donné à une pièce d'artillerie pour lancer des bombes. encore relevé aujourd’hui

  • Que cette armée était d'environ 20000 hommes, que M. de Munster avait soixante-dix mortiers, avec lesquels il prétendait désoler cette place — PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 121, dans POUGENS
  • Jusque-là il n'était tombé dans l'esprit de personne que des mortiers pussent n'être pas placés à terre et se passer d'une assiette solide — FONTEN., Renau.
2 autres citations
  • M. Renau avait encore inventé de nouveaux mortiers qui chassaient les bombes plus loin et jusqu'à 1700 toises — ID., ib.
  • Longtemps après sa chute [de la bombe], on voit fumer encore La bouche du mortier, large, noire et sonore — V. HUGO, Odes, III, 6

6Terme de maçonnerie qui provient de ce que le mortier se pilait dans un mortier. Sable et chaux mélangés dont on se sert pour lier les pierres d'un mur. Faire du mortier. Mortier à chaux et à sable. encore relevé aujourd’hui

  • Le mortier est un mélange intime de chaux, d'eau et d'un corps dur réduit en petits fragments — THENARD, Traité de chimie, t. II, p. 219, dans POUGENS
  • C'est à tort que certains maçons donnent le nom de chaux au mortier de chaux, pour le distinguer du mortier de terre qu'ils appellent absolument mortier — LEGOARANT

Bâti à chaux et à mortier, bâti solidement.

Mortier gras, mortier dans lequel il y a beaucoup de chaux. Mortier maigre, mortier dans lequel la chaux manque et qui n'est pas liant. Mortier blanc, mortier fait avec une chaux de faible qualité. Mortier bâtard, mortier fait avec de bonne et de mauvaise chaux.

Mortier liant, mortier qui se manie facilement.

Fig. et par plaisanterie.

  • Il dit que son évêque d'Annecy, qui s'intitule prince de Genève, est cousin germain de son maçon, et que c'est un prélat qui n'a pas le mortier liant — D'ALEMB., Lett. au roi de Pr. 7 août 1769

Fig. et familièrement. Cette soupe est du mortier, elle est trop épaisse.

7 Mélange d'argile et de sable avec lequel on construit les fourneaux. encore relevé aujourd’hui

Mélange d'argile, de sable et de foin ou de bourre servant à construire des murs dans les pays où la pierre à bâtir est rare.

Terme de peinture. Composition de chaux et de sable dont on fait des enduits pour peindre à fresque.

8 Bassin creux fait en terre où l'on éteint la chaux.

Historique

XIIe s.

  • Phieles [fioles] e mortiers, e encensiers, tut de fin or — Rois, p. 257

XIIIe s.

  • Mortiers ouvrés, desquex la charretée.... — Liv. des mét. 277
  • Li mortelier doivent jurer.... qu'il ne feront nul mortier fors que de bon liois, et se il le fet d'autre pierre.... il doit estre despeciez — ib. 110
4 autres citations
  • Li murs.... Tot entor est faist à compas, Et est fais trestous d'un mortier Qui ne doute pikois d'acier — Fl. et Bl. 1789
  • Peivere [poivre] soudout [il broyait] en un morter — Lai del desiré
  • Et lor fist commencer la tor de pierre fort à chauz et à mortier — Merlin, f. 31, verso
  • Gloutonie.... Refet sovent le mortier [cornet à dés] bruire Et chiés [chez] Hasart le tavernier — RUTEB., II, 38

XIVe s.

  • Un mortier de plon o [avec] pestel [pilon] de plon — H. DE MONDEVILLE, f° 96
  • On dist que mortiers est adès les aux florans [sent toujours l'ail] — Baud. de Seb. II, 385
1 autre citation
  • Et ama mieux estre pilé en un mortier, qu'il revelast à un tirant le secret de sa cité — ORESME, Eth. 49

XVe s.

  • Toujours veult mortier qu'on besongne — E. DESCH., Poésies mss. f° 333
  • Abusé m'a et faict entendre Tousjours d'ung que ce fust ung aultre, De farine que ce fust cendre, D'ung mortier, un chapeau de feautre — VILLON, Grand testam. Double ballade.
1 autre citation
  • Chargerent un mortier, puis mirent le feu dedans, et vint choir tout droit sur la nef de l'eglise, et rompit la dite nef — ANDRÉ DE LA VIGNE, Voy. de Charles VIII, p. 134, dans LACURNE

XVIe s.

  • Les Mores assiegés tiroient certains tonnerres avec des mortiers de fer — PARÉ, IX, Préf.
  • S'en esveilla en sursault, et approchant le mortier de cire qui brusloit [sorte de veilleuse]... — D. Flores de Grèce, f° 53, dans LACURNE
Étymologie

Bourg. motey ; wallon, moirtei ; namur. morti ; provenç. mortier ; cat. morter ; esp. mortero ; port. morteiro ; ital. mortaio, le mortier à piler ; du lat. mortarium, qui signifie à la fois le mortier à construire, et le mortier où l'on pile, parce que le mortier à construire se pilait. Mortarium paraît avoir des affinités avec marcus, martulus, marteau ; radical sanscr. mar, broyer, a changé en o, comme dans mori, radical mar.

Supplément au dictionnaire

MORTIER. Ajoutez :

9 Cavité faite dans une forte pièce de bois, où, pour la fabrication de la poudre, le soufre, le salpêtre et le charbon sont battus ensemble par des pilons.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « mortier » du Wiktionnaire.

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