piquer

nature
ver
diction
[pike] · 2 syllabes
usage
30 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 37

  1. Percer, entamer légèrement avec quelque chose de pointu ; enfoncer, faire pénétrer une pointe.
    • Je m’apprête, pour descendre à table. J’endosse un gilet de fantaisie, un vêtement sombre. Je pique une perle à ma cravate. Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908
  2. Faire de petits trous, à l’aide d’aiguilles.
    • Piquer un papier, du carton.
  3. S’emploie encore en des sens analogues dans plusieurs termes d’arts, de métiers, de jeux, etc.
    • Piquer une pierre, un moellon, une meule, etc., les rendre rugueux, en y faisant de petits enfoncements avec le côté pointu du marteau.
  4. Mordre, darder en parlant des serpents, de la vermine, des insectes.
    • Être piqué par un serpent.
  5. familier : être follement épris ; avoir l'esprit exalté ou dérangé. (C'est à dire avoir été piqué par une tarentule qui était censée par sa piqûre provoquer la folie, l'exaltation.)
    • Fallait pas la laisser te piquer. Marwa Loud, Fallait pas, 2017
  6. Se dit également des insectes qui entament le bois, les étoffes, etc.
    • Ce livre est piqué des vers.
  7. Familier Avancer rapidement; se diriger vite.
  8. Familier Plonger, tomber.
  9. Picoter la langue.
  10. Faire une vive impression.
  11. Fâcher, irriter, froisser la susceptibilité ou la légitime fierté de quelqu’un, mettre en colère.
  12. Familier Emprunter, prendre ou voler quelque chose.
  13. Se percer légèrement la peau avec quelque chose de pointu.
  14. Injecter de la morphine ou de quelque autre substance analogue; se droguer.
  15. Familier Se piquer le nez; s’enivrer légèrement et habituellement.
  16. Se gâter, en présentant d’ordinaire des trous ou des taches.
  17. Aigrir, tourner au vinaigre.
  18. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part.
  19. Se glorifier de quelque chose, en faire vanité, en tirer avantage, en faire profession.
  20. Toucher l’adversaire, dans un duel à l’arme blanche.
  21. Donner des coups d’aiguillon à un animal de trait pour le forcer à avancer.
  22. Irriter en donnant une sensation de picotements.
  23. Familier Jurer (pour des couleurs), heurter les habitudes, la sensibilité, le sens commun, se faire remarquer négativement.
  24. Familier Piquer quelqu'un: le prendre sur le fait, en flagrant délit. Être piqué / se faire piquer: être pris / se faire prendre, cueillir, “choper”, attraper la main dans le sac, ou le doigt dans la confiture…
13 emplois spécialisés
  1. Couture Coudre, unir, faire avec du fil ou de la soie, sur deux ou plusieurs étoffes mises l’une sur l’autre, des points qui les traversent et qui les unissent.
    • « Aujourd’hui, disait maman, nous irons chez Mlle Mariette piquer ton tablier. » Marcel Arland, Terre natale, 1938, réédition Le Livre de Poche, page 100
  2. Maréchalerie Clouter.
    • Piquer un cheval, lui faire entrer la pointe du clou jusqu’à la chair vive, en le ferrant.
  3. Manège Éperonner un cheval pour le pousser au galop.
  4. Aéronautique Descendre brusquement.
  5. Marine Aller à l’encontre du vent.
  6. Billard Frapper perpendiculairement.
  7. Musique Détacher une note.
  8. Élevage Euthanasier (en parlant d’un animal domestique).
  9. Tauromachie Argot Lors d’une corrida, achever un taureau d’un coup d’épée.
  10. Pêche Familier Pêcher à la sagaie ou au fusil sous-marin.
  11. Pêche Pratiquer l'opération de piquage sur des poissons, en particulier des morues.
  12. Audiovisuel Effectuer un panoramique vertical avec une caméra vers le bas.
  13. Techniques culinaires Pâtisserie : Faire des petits trous à l'aide des dents d'une fourchette, pointe de couteau, etc., sur une abaisse de pâte, pour l'empêcher de gonfler.

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je pique
  2. tu piques
  3. il pique
  4. nous piquons
  5. vous piquez
  6. ils piquent

Imparfait

  1. je piquais
  2. tu piquais
  3. il piquait
  4. nous piquions
  5. vous piquiez
  6. ils piquaient

Passé simple

  1. je piquai
  2. tu piquas
  3. il piqua
  4. nous piquâmes
  5. vous piquâtes
  6. ils piquèrent

Futur simple

  1. je piquerai
  2. tu piqueras
  3. il piquera
  4. nous piquerons
  5. vous piquerez
  6. ils piqueront

Passé composé

  1. j'ai piqué
  2. tu as piqué
  3. il a piqué
  4. nous avons piqué
  5. vous avez piqué
  6. ils ont piqué

Plus-que-parfait

  1. j'avais piqué
  2. tu avais piqué
  3. il avait piqué
  4. nous avions piqué
  5. vous aviez piqué
  6. ils avaient piqué

Passé antérieur

  1. j'eus piqué
  2. tu eus piqué
  3. il eut piqué
  4. nous eûmes piqué
  5. vous eûtes piqué
  6. ils eurent piqué

Futur antérieur

  1. j'aurai piqué
  2. tu auras piqué
  3. il aura piqué
  4. nous aurons piqué
  5. vous aurez piqué
  6. ils auront piqué

Subjonctif

Présent

  1. je pique
  2. tu piques
  3. il pique
  4. nous piquions
  5. vous piquiez
  6. ils piquent

Imparfait

  1. je piquasse
  2. tu piquasses
  3. il piquât
  4. nous piquassions
  5. vous piquassiez
  6. ils piquassent

Passé

  1. j'aie piqué
  2. tu aies piqué
  3. il ait piqué
  4. nous ayons piqué
  5. vous ayez piqué
  6. ils aient piqué

Plus-que-parfait

  1. j'eusse piqué
  2. tu eusses piqué
  3. il eût piqué
  4. nous eussions piqué
  5. vous eussiez piqué
  6. ils eussent piqué

Conditionnel

Présent

  1. je piquerais
  2. tu piquerais
  3. il piquerait
  4. nous piquerions
  5. vous piqueriez
  6. ils piqueraient

Passé

  1. j'aurais piqué
  2. tu aurais piqué
  3. il aurait piqué
  4. nous aurions piqué
  5. vous auriez piqué
  6. ils auraient piqué

Impératif

Présent

  1. pique
  2. piquons
  3. piquez

Passé

  1. aie piqué
  2. ayons piqué
  3. ayez piqué

Formes impersonnelles

Infinitif présent
piquer
Participe présent
piquant
Participe passé
piqué

Citation

Il [le tangaras] se nourrit de fruits, et pique les bananes et les goyaves, qu'il détruit en grande quantité
Buffon, Ois. t. VII, p. 388

Origine du mot

Dérivé de pic issu du latin picus (« pic-vert »).

Dans le dictionnaire latin : picus

1873 — le Littré

PIQUER v. a. (pi-ké)

, je piquais, nous piquions, vous piquiez ; que je pique, que nous piquions, que vous piquiez

Résumé des sens

1 Entamer légèrement avec quelque chose de pointu.

2 Percer la peau avec la lancette.

3 Se dit des serpents, des insectes.

4 Entamer les étoffes, le bois, en parlant d'insectes, de vers.

5 Piquer un cheval.

6 Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier.

7 Piquer une pierre.

8 Piquer un dessin

9 Piquer, en charpenterie en marine, en serrurerie

10 Frotter, polir.

11 Ajouter un robinet à une conduite d'eau.

12 En cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient.

13 Au billard, piquer la bille.

14 À la natation, piquer une tête.

15 Piquer les tables, les assiettes, vivre en parasite. Piquer le coffre, le tabouret, l'escabelle.

16 Marquer ceux qui manquent à un appel.

17 En parlant des mets, avoir un goût fort.

18Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre.

19Fig. Exciter, réveiller, animer.

20 Faire naître un sentiment d'amour.

21 Faire une impression vive et agréable.

22 Frapper d'un trait satirique.

23 Fâcher, irriter, mettre en colère.

24 V. n. Piquer, en fauconnerie, en vénerie.

25 En marine, piquer au vent.

26 Au jeu, piquer sur.

27 V. réfl. Se piquer, s'entamer avec un corps pointu.

28 Devenir percé de petits trous, en parlant d'étoffes, de livres, etc.

29 Commencer à s'aigrir.

30Fig. Se prendre d'amour.

31 Se vanter de, avoir des prétentions à.

32 S'affliger.

33 Se sentir offensé.

1 Entamer légèrement avec quelque chose de pointu. encore relevé aujourd’hui

  • Il se piquait un doigt toutes les fois qu'il écrivait à cette princesse, et ne lui écrivait jamais que de son sang — SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 292, dans POUGENS
  • Il [le tangaras] se nourrit de fruits, et pique les bananes et les goyaves, qu'il détruit en grande quantité — BUFF., Ois. t. VII, p. 388

Absolument.

  • Le bon sens et l'expérience nous assurent que le meilleur moyen pour n'être point blessé par la douleur d'une piqûre, c'est qu'il ne faut point se piquer ; mais les stoïciens disent : Piquez, et je vais, par la force de mon esprit et par le secours de ma philosophie.... — MALEBR., Rech. vér. v, 2

Piquer un papier, y faire de petits trous.

Il ne sent rien quand on le pique, se dit d'un ladre ou lépreux dont la peau est insensible, et fig. de celui qui est insensible aux affronts.

Fig.

  • Elle mit une haie d'épines autour de ses oreilles, pour arrêter et pour piquer les médisants — FLÉCH., Dauphine.

Terme de pêche. Piquer un poisson, donner à l'hameçon une secousse plus ou moins forte, pour le faire entrer dans les chairs du poisson, quand on sent que la proie mord.

Synonyme de harponner.

En termes de marine, piquer un homme, le frapper avec un bout de corde.

2 Se dit du chirurgien qui perce la peau avec la lancette pour saigner. encore relevé aujourd’hui

  • Je me regarde saigner, je tiens moi-même la lumière, ce qui est fort simple, et je ne puis, sans quelque peine, voir piquer une autre personne — GENLIS, Veillées du château t. I, p. 136, dans POUGENS

Piquer l'artère, piquer le tendon, se dit de la lésion de ces organes faite par la lancette en saignant.

3 Il se dit aussi des serpents, des insectes. Une vipère le piqua au pied. encore relevé aujourd’hui

  • Son corps nu, exposé au soleil, fut bientôt couvert et piqué de mouches et de moucherons — SCARR., Rom. com. II, 16
  • Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie — BOILEAU, Lutr. I

Absolument.

  • Tous venins y mourront comme aux temps de nos pères, Et mêmes les vipères Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas — MALH., VI, 6

Fig. On ne sait quelle mouche le pique, on ne sait point le sujet de sa colère, de son dépit.

  • On ne sait bien souvent quelle mouche le pique — BOILEAU, Sat. IX

4 Il se dit des entamures que certains insectes font aux étoffes, aux bois. Les teignes, les vers ont piqué cet habit, ces livres. encore relevé aujourd’hui

5Terme de maréchalerie. Piquer un cheval, lui faire entrer, en le ferrant, la pointe d'un clou jusqu'à la chair vive. encore relevé aujourd’hui

Terme de manége. Piquer un cheval, ou, absolument, piquer, donner de l'éperon à un cheval, et le pousser au galop.

  • Il ne songea donc plus qu'à piquer sa bête qui n'était pas fort bonne — SCARR., Rom. com. II, 13
  • Malgré les fâcheuses circonstances de son État, Sa Majesté Britannique ne laissait pas d'aller courageusement à la chasse avec Monseigneur, et piquait comme eût pu faire un homme de vingt ans qui n'a d'autre souci que celui de se divertir — LA FAY., Mém. cour de France, Œuv. t. II, p. 408, dans POUGENS.
1 autre citation
  • Ils virent paraître du côté de Valence quatre ou cinq cavaliers qui piquaient à outrance — LE SAGE, Diable boit ch. 13

Ce cavalier pique bien, il pousse vigoureusement son cheval au galop

Piquer des deux, donner des deux éperons à la fois, et, par conséquent, donner vigoureusement de l'éperon pour accélérer sa marche.

  • Tantôt piquant des deux, tantôt marchant à petits pas — J. J. ROUSS., Ém. v.

Fig. Piquer des deux, faire grande diligence. C'est une affaire où il faut piquer des deux.

Familièrement. Piquer la mazette, monter un mauvais cheval.

  • Depuis huit jours entiers avec vos longues traites Nous sommes à piquer des chiennes de mazettes — MOL., Sgan. 7

Terme de chasse. Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le fort du bois.

6 Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier, dont le second point entre dans le trou fait par le premier et ainsi de suite, de façon qu'il n'y a point d'intervalle entre les points. encore relevé aujourd’hui

Piquer un collet d'habit, des poignets de chemises, y faire des points et des arrière-points symétriques pour les orner.

Piquer du taffetas, du tabis, le percer et le figurer avec un petit fer.

Terme de cordonnier. Faire des rangs de points tout autour de la première semelle. Le cordonnier pique aussi les bordures des souliers, l'étoffe des bottines à leur cuir.

Terme de tapissier. Fixer le crin avec la toile de rembourrure pour former le fond et le dossier d'un siége.

7Terme de maçonnerie. Piquer une pierre, la rendre raboteuse, en y faisant de petits trous avec un marteau. encore relevé aujourd’hui

  • Tout s'est borné à des préparatifs, et à piquer à coups de marteaux de grandes pierres de roche, qui, à mon gré, ne conviennent point du tout à une maison de campagne — VOLT., Lett. Mme de St-Julien, 14 déc. 1775

8Terme de beaux-arts. Piquer un dessin, en suivre les contours en piquant légèrement, de manière à former un poncis. encore relevé aujourd’hui

Rehausser les parties claires par des touches de crayon blanc, ou avec du blanc détrempé dans de l'eau de gomme.

9Terme de charpentier. Marquer avec le traceret sur une pièce de bois l'ouvrage qu'il faut y faire.

Terme de marine. Piquer une pièce de bois, la brocheter.

Terme de serrurier. Piquer une serrure, tracer avec une pointe sur le palastre l'endroit où doivent répondre les différentes parties qui, par leur assemblage, forment la serrure.

10 Frotter la surface d'une glace avec une autre glace, en introduisant entre elles de l'émeri humecté d'eau. encore relevé aujourd’hui

Terme de marbrier. Polir une pièce de marbrerie en frottant sa surface avec un bouchon de linge fin humecté d'eau, sous lequel on met du plomb en limaille, ou de l'émeri, ou bien encore de la boue de lapidaire.

11Terme de fontainier. Ajouter un robinet sur une conduite.

12En termes de cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient. Piquer des oignons de clous de girofle. encore relevé aujourd’hui

Piquer de la viande, la larder.

  • Il y a les Hébreux qui ne vous donneront jamais de boudin ni de lard.... ils aimeraient mieux mourir que de piquer un poulet — VOLT., Dial. 16

Piquer de gros lard un morceau de bœuf, le larder avec de gros lardons.

Piquer menu, piquer avec des lardons fins.

  • Nous trouvâmes qu'il fallait qu'ils fussent pour le moins trois cents piqueurs pour piquer menu — SÉV., 68

13Terme de billard. Piquer la bille, la toucher presque perpendiculairement avec la queue.

14 Piquer une tête, s'élancer dans l'eau la tête la première, ou y tomber la tête la première. encore relevé aujourd’hui

15Fig. Piquer les tables, les assiettes, et, plus ordinairement, piquer l'assiette, courir après les dîners, vivre en parasite. encore relevé aujourd’hui

Substantivement. Un pique-assiette, un parasite.

Fig. Piquer le coffre, piquer le tabouret, se disait de celui qui, chez le roi ou chez un grand, attendait dans une antichambre, assis sur un coffre.

Piquer l'escabelle, en parlant d'un jeune homme, travailler dans les études des notaires ou des avoués (locution peu usitée).

16Fig. Piquer les absents, marquer ceux qui manquent à leur poste, à un appel.

  • Le sous-chef donnait au chef le nom des absents, et, dans l'instant où le travail commençait, sans faire d'appel, tous les absents étaient notés et piqués — FORFAIT, Instit. Mém. scienc. t. v, p. 287

Piquer des ouvriers, veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps.

Terme de marine. Piquer l'heure, toucher, avec le battant d'une cloche, un certain nombre de fois déterminé par l'usage, la paroi intérieure de cette cloche, pour annoncer l'heure.

  • À bord des bâtiments français, on a l'habitude de piquer l'heure toutes les trente minutes — JAL

17Fig. En parlant des mets, avoir un goût fort, faire une vive impression. Ce vin pique la langue. repris par le Wiktionnaire

Absolument. Ce fromage pique.

Il se dit absolument aussi du poisson qui n'est plus frais et qui affecte désagréablement le goût. Cette alose pique.

18Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre. Piquer de..., faire éprouver un certain sentiment. encore relevé aujourd’hui

  • Son histoire m'a remué tout l'esprit et piqué tout ce qu'il a de sensible — BALZ., liv. VII, lett. 7
  • Le blâme piquait au vif les cœurs généreux et retenait les plus faibles dans le devoir — BOSSUET, Hist III, 6
3 autres citations
  • Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage : en nous dégoûtant, elles nous purifient ; en nous piquant, elles nous guérissent — MASS., Carême, Dégoûts
  • Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance, ....Et suis trop au-dessus de cette indignité Pour te vouloir piquer de générosité — CORN., Héracl. III, 2
  • Ils [les Juifs] m'ont, dit-il [Jéhovah], piqué de jalousie, en adorant ceux qui n'étaient pas dieux — BOSSUET, 2e sermon, profession, 3

Piquer d'honneur, exciter une personne à quelque chose, en lui représentant qu'elle a du cœur et de l'honneur.

  • Le connétable de Montmorency aida à me tromper : il me persuada qu'il fallait vous piquer d'honneur, en vous laissant passer sans condition — FÉN., Dial. des morts mod. (Charles V, François Ier)

19Fig. Exciter, réveiller, animer. encore relevé aujourd’hui

  • Un brûlant aiguillon lui pique le courage — RÉGNIER, Épît. I
  • Cette immortalité où ils aspiraient, et dont l'espérance les piquait, les encourageait, les emportait au travers de tous les obstacles — BOURD., Serm. pour la Toussaint, III
4 autres citations
  • Voilà comment s'expliquaient autrefois les prophètes pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toute divine dont ils tâchaient de les piquer — ID., Serm. pour le dim. octave de la Passion, II
  • La peine doit être aussi légère qu'il est possible, mais accompagnée de toutes les circonstances qui peuvent piquer l'enfant de honte et de remords — FÉN., Éduc. des filles, v
  • Il [Cambyse] le prit [Polycrate] par ce double appât, en piquant par la même offre et son avarice et son ambition — ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. II, p. 331
  • Des marques d'honneur et de justes récompenses attachées au mérite piquent et réveillent l'industrie — ID., Traité des Ét. VI, II, 1

Piquer la curiosité de quelqu'un, rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose.

  • Je ne m'amuserai point à dire que j'ai choisi, dans toute la philosophie, la matière la plus capable de piquer la curiosité ; il semble que rien ne devrait nous intéresser davantage, que de savoir comment est fait ce monde que nous habitons — FONTEN., Mondes, Préf.

20Fig. Faire naître un sentiment d'amour, une passion. encore relevé aujourd’hui

  • Ce penser... Du trait de sa beauté me pique jour et nuit — RÉGNIER, Plainte.
  • ...les âmes... S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer — CORN., Rodog. I, 7
1 autre citation
  • ...Elle-même est l'objet qui le pique — TH. CORN., Berger extravag. I, 4

21Fig. Faire une impression vive et agréable. encore relevé aujourd’hui

  • Les plaisirs défendus n'auront rien qui vous pique — LA FONT., Coupe.
  • Ils essayent de tout : rien ne les pique — MASS., Pet. carême, Malh.

Absolument. La physionomie de cette femme pique et attire.

  • C'est la plus divine lettre du monde ; il n'y a rien qui ne pique et qui ne soit salé — SÉV., 19 juill. 1675
  • La vie de sérail est une vie unie qui ne pique pas — MONTESQ., Lett. pers. 34

22Fig. Frapper d'un trait satirique. encore relevé aujourd’hui

  • D'un ris et de ces mots elle m'alla piquant... — RÉGNIER, Élég. IV
  • M. Jurieu... en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat — BOSSUET, Déf. Var. 1er disc. 66
1 autre citation
  • Mais qu'on nous pique, même légèrement, mais qu'on nous rende un mauvais office ; c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte — BOURDAL., Dim. Octave de l'Ascension, Dominic. t. II, p. 275

Absolument.

  • C'est ce qui m'a contraint de librement écrire, Et, sans piquer au vif, me mettre à la satire — RÉGNIER, Sat. I

23Fig. Fâcher, irriter, mettre en colère. encore relevé aujourd’hui

  • Et vous n'ignorez pas combien cela me pique — CORN., le Ment. III, 1
  • Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique — MOLIÈRE, l'Ét. II, 14
2 autres citations
  • La déraison me pique, et le manque de bonne foi m'offense — SÉVIGNÉ, 8 avr. 1671
  • Dites d'une femme mondaine, qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiez un commerce de galanterie — BOURDAL., 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 326

Absolument.

  • Un malheur continuel [au jeu] pique et offense — SÉV., 9 mars 1672

Piquer au vif, causer une très vive irritation.

24 V. n. Terme de fauconnerie. Piquer après la sonnette, suivre l'oiseau, qui porte en effet une sonnette.

Terme de chasse. Piquer à la queue des chiens, les suivre d'assez près pour les aider et les faire manœuvrer.

  • Le piqueur doit bien accompagner ses chiens, toujours piquer à côté d'eux, toujours les animer sans trop les presser — BUFF., Quadrup. t. II, p. 21

25Terme de marine. Piquer au vent, même sens que pincer le vent.

26 Au jeu, piquer sur, commencer à prendre des points sur un adversaire qui a déjà une grande avance. encore relevé aujourd’hui

27 Se piquer, v. réfl. S'entamer avec un corps pointu. Il s'est piqué dans les ronces. encore relevé aujourd’hui

Fig.

  • Il est impossible de s'approcher d'eux [des gens mal gracieux] sans se piquer — BALZ., De la cour, 6e disc.

28 Il se dit de certaines choses, étoffes, livres, etc. que les vers percent de petits trous. Ce bois se pique. Ces étoffes se piquent. encore relevé aujourd’hui

Par assimilation aux piqûres de vers , ce papier imprimé se pique, il jaunit, se tache.

29 Cette boisson se pique, elle commence à s'aigrir.

30Fig. Se prendre d'amour. encore relevé aujourd’hui

  • Il se piqua pour certaine femelle De haut état... — LA FONT., Magnif.
  • S'il se fût piqué d'elle — ID., Court.

31Fig. Se vanter de, avoir des prétentions à. encore relevé aujourd’hui

  • Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien — LA ROCHEF., Max. 203
  • Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse — LA FONT., Fabl. VI, 7
8 autres citations
  • Parmi les animaux le chien se pique d'être Soigneux et fidèle à son maître — ID., ib. VIII, 25
  • On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes [hommes comme il faut] ; et ils ne se piquent jamais tant de savoir rien du reste, comme d'être honnêtes hommes — PASC., Pens. VI, 32, éd. HAVET.
  • Je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie — SÉV., 125
  • Je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes que de se piquer de science ; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage — BOSSUET, Déf. var. 1er disc. 62
  • Je ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé — RAC., Baj. I, 1
  • La plupart [des sophistes], comme Gorgias, se piquaient de satisfaire sur-le-champ à toutes les questions qu'on leur pouvait faire — ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 386, dans POUGENS
  • Catinat avait dans l'esprit une application et une agilité qui le rendaient capable de tout, sans qu'il se piquât jamais de rien — VOLT., Louis XIV, 16
  • Il se piquait de tout, et n'était bon à rien — MARMONTEL, Cont. mor. Heureusement.

S'en piquer, avoir la prétention d'exceller en quelque chose.

  • Eh comment diable ! je ne ferais pas mieux, moi qui m'en pique [de versifier] — BEAUMARCH., Barb. de Sév. I, 6

Se piquer d'honneur, montrer dans quelque occasion plus de courage, plus de générosité, etc. qu'on n'a coutume d'en faire paraître.

  • Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre — CORN., le Ment. IV, 6

Se piquer d'honneur, signifie aussi tenir obstinément à ce qu'on a décidé.

  • Le siége apostolique a cela de recommandable qu'il ne se pique pas d'honneur, et se porte volontiers à révoquer ce qu'on a tiré par surprise — PASC., Prov. XVIII

Se piquer au jeu, ou, simplement, se piquer, s'opiniâtrer à jouer malgré la perte.

Fig. Se piquer au jeu, persister dans une entreprise malgré les obstacles, s'y opiniâtrer.

32Fig. S'affliger (vieilli en ce sens).

  • Après tout, entre nous, confesse franchement Qu'une fille en ces lieux qui perd un frère unique, Jusques au désespoir fort rarement se pique — CORN., Mél. IV, 10

Devenir plus cuisant, plus amer.

  • Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret ; Par là mon désespoir davantage se pique — CORN., la Gal. du Pal. III, 11

33Fig. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part. repris par le Wiktionnaire

  • Ces gens à se piquer ardents — RÉGNIER, Sat. x
  • Entre amis on ne va pas se piquer pour si peu de chose — MOL., Préc. 15
Historique

XIIIe s.

  • Illec [là] les Turs nous assailloient de toutes pars ; une partie d'eulz entrerent en la meson deffete, et nous piquoient de leurs glaives par desus — JOINV., 225

XVe s.

  • Et ceux de dehors avoient fait chas et instrumens, par quoi on piquoit les murs, tout à couvert — FROISS., I, I, 155
  • Chascun qui puet [peut] prent, hape et pique, Pour avoir grant estat et mise — E. DESCH., Poésies mss. f° 337
4 autres citations
  • Le suppliant loua les jumens ou eques de Raymond, pour piquer ou batre son mil ou blé — DU CANGE, picare.
  • Au rapport qu'il fit, il estoit fort malade, et, à la verité dire, aussi estoit-il bien piqué [amoureux] — LOUIS XI, Nouv. XLVIII
  • L'autre se taisoit et piquoit son chemin [fuyait] — ID., ib. LXXXIV
  • Elle monta sur son cheval, et piqua fort, tant qu'ils eurent eslongé la place — ID., ib. XCVIII

XVIe s.

  • Ces hommes satyriques font profession de mesdire et de picquer tout le monde — AMYOT, Péric. 30
  • Le dit Luther demouroit piqué [arrêté] en sa doctrine — SLEIDAN, f. 4
9 autres citations
  • Il fallut courir à l'escurie, où depuis trois semaines par prevoiance on avoit accoustumé de picquer des chevaux en une carriere ouverte — D'AUB., Hist. II, 187
  • Puis le fils ayant picqué près du pere pour avoir veu à son visage une esmotion non accoustumée — ID., Mém. éd. LALANNE, p 5
  • On pique à pointe de marteau les meules de moulin, quand elles sont trop applanies — PARÉ, IV, 1
  • Un sachet de tafetas bien piqué — ID., XXI, 2
  • Comme les tempestes se picquent contre l'orgueil de nos bastiments — MONT., I, 66
  • Sans se picquer [s'entêter] et opiniastrer à se convaincre... — ID., I, 97
  • De quoy Plutarque se picque [se fâche] avec raison — ID., I, 265
  • Il s'y affectionne, il s'y picque et s'y plaist [à cet exercice] — ID., II, 358
  • Trop piquer le cheval le fait restif — COTGRAVE
Étymologie

Pic 1 ; prov. picar, pichar ; espagn. picar ; ital. piechiare ; angl. to pick ; allem. picken.

Supplément au dictionnaire

PIQUER.

29 Ajoutez :

Se piquer, s'altérer, se dit aussi en parlant de l'huile.

  • Au bout d'une année, l'huile d'olive de Dalmatie se pique, suivant l'expression populaire, et n'est plus mangeable — Journ. offic. 3 fév. 1873, p. 791, 2e col.

34 Locution populaire. Piquer un chien, dormir dans la journée sans être couché.

On attribue cette métaphore avec vraisemblance aux mendiants aveugles assis avec leur chien devant eux, qui auraient soin de tenir dirigée vers l'animal la pointe de leur bâton, afin que, s'ils viennent à s'endormir et dès lors à se pencher en avant, la pointe pique le chien, qui, en remuant, les réveille.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Tome 3 de l’édition papier

Liens de sens

Dérivés

avoir un nez à piquer des gaufrettes contre-piquer dépiquer impiquable marteau à piquer ne pas être piqué des hannetons ne pas être piqué des vers note piquée picage piquable pique-aiguille pique-bœuf pique-feu pique-fleur pique-fleurs pique-mine pique-mouche pique-note pique-notes pique-œuf pique-prune piquement piquer au vif piquer des deux piquer du nez piquer la curiosité piquer les yeux piquer un fard piquer un macadam piquer un roupillon piquer un sang piquer un soleil piquer un somme piquerie piqueur quelle mouche le pique repiquer se piquer au jeu se piquer d’honneur surpiquer

Domaine

aéronautique billiards bullfighting couture cuisine farriery marine musique pêche

Prononciation

Homophones

piqué

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « piquer » du Wiktionnaire.

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